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d'ossements? De sépultures romaines de l'ancienne Colonia Agrippensis. Les sarcophages, les inscriptions latines, les armes, les ustensiles trouvés dans les tombeaux, ne laissent aucun doute sur ce point. Ainsi les ossements de païens ont été révérés pendant des siècles , et le sont encore comme des reliques de vierges martyrs! Ces prétendues reliques ont opéré des miracles! Quel argument décisif pour l'authenticité de maint miracle et de mainte relique! Il ne manquait plus qu'une chose pour couvrir de ridicule et les saints, et les reliques et les miracles. Un savant allemand a prouvé, autant que choses pareilles se prouvent, qu'Ursule, la sainte de Cologne, était une déesse païenne (1). Ce qui n'a pas empêché sainte Ursule de faire des miracles et de remplir la bourse du clergé de Cologne.

Que l'on songe que ces fraudes se pratiquaient au douzième siècle, l'âge des croisades, l'âge de la foi vive et sincère, comme on dit aujourd'hui en parlant du bon vieux temps que l'on ne connait pas, et que l'on idéalise parce qu'on l'ignore. Il y avait à la vérité une grande foi, mais la foi était aveugle, et il y avait des hommes intéressés à perpétuer l'aveuglement. De là ces ignobles mensonges que l'on couvre du nom de révélations divines; de là ces faux monstrueux pratiqués avec une effronterie qui étonne et qui afflige. Quelle pouvait être la foi chez des gens qui s'en servaient comme d'un instrument au profit d'une sordide cupidité? Les prétendus élus de Dieu étaient des charlatans qui trompaient des dupes. Grande leçon pour notre siècle! A ceux qui remettent en honneur les révélations et les miracles, l'humanité moderne répond, l'histoire à la main : « Je vous connais, vous êtes les descendants de ceux qui ont abusé le monde pour l'exploiter. Vos visions et vos miracles sont du domaine des tribunaux criminels; votre dévotion n'est que de la fraude. Le grand but que vous poursuivez à travers les siècles, c'est de dominer les hommes en callivant leur ignorance. et leur crédulité. »

(1) Schade, p. 68, ss.

II. Les fausses reliques.

Il serait presque inutile de parler des fausses reliques, tant les faux sont nombreux et évidents, si en plein dix-neuvième siècle on ne spéculait sur la bêtise humaine au profit de ce qu'on appelle la réaction religieuse, il faudrait dire au profit d'une niaise superstition et d'une ambition immortelle. Un savant italien qui a passé sa vie dans l'étude laborieuse du moyen-âge, Muratori, dit qu'il y a un nombre infini de saints et de reliques que deux ou plusieurs églises prétendent posséder ('). Comme on n'accorde pas aux saints le don de se multiplier au gré de leurs adorateurs, il faut bien reconnaître que les populations se sont prosternées pendant des siècles devant des ossements vulgaires, voire même devant des débris d'animaux. Cela était inévitable : le culte des reliques prétait trop à la fraude, pour que la fraude ne s'en soit pas mêlée. Muratori dit que le commerce des fausses reliques se faisait déjà au quatrième siècle, ainsi dans les beaux temps du christianisme! La fraude était publique; même au milieu des ténèbres du moyen-âge on la connaissait, ce qui n'empêchait pas le clergé de l'accréditer. « La tête de saint Jean-Baptiste, dit Guibert de Nogent, est à la fois à Constantinople et à Angers ; les uns ou les autres sont trompés ou ils trompent » (3). A quoi bon insister sur des détails, quand un concile général nous apprend que « DANS LA PLUPART DES Lieux on employait HABITUELLEment de fausses Légendes et de FAUX DOCUMENTS pour TROMPER LES FIDÈLES, dans le but de GAGNER DE L’Argent? (0) Le concile de Latran ne mit pas fin à ces turpitudes; la source du mal était dans le culte même que l'on rendait aux reliques; maintenir le culte, et punir les fraudes qui en sont inséparables, c'était tourner dans un cercle vicieux. Au treizième et au quatorzième siècle, on entend toujours les mêmes plaintes : il faut lire dans le synode de Mayence de 1261 les ignobles artifices auxquels des

(1) Muratori, Dissert. 58 (Antiq., T. V, p. 10).
(2) Guibert de Nogent, De pignoribus sanctorum, I, 3, § 2.
(3) Concile de Latran de 1245, c. 62 (Mansi, T. XXII, p. 1049.

cleres avaient recours pour berner le peuple : ils sont dignes des charlatans de nos foires (').

Nous citerons quelques-unes des plus fameuses reliques, pour montrer à quel point ra la crédulité religieuse et l'imposture qui en abuse. Sans le déluge nous aurions des reliques d'Adam et d'Eve; le déluge ayant tout englouti, il fut impossible de remonter plus haut qu'à Noë: on montrait des morceaur de l'arche qu'il construisit pour sauver le genre humain. Au onzième siècle, la verge de Moise attirait une foule de dévots à Sens; il en venait d'Italie, et jusque des iles britanniques. Les cornes de Voise qu'un prêtre de Gènes rapporta de Sinai, et la barbe d'Aaron rivalisaient avec ces reliques de l'Ancienne Loi). Mais les reliques de la Vierge et de Jésus-Christ effaçaient, comme de juste, les merveilles des patriarches. D'abord nous avons une des plumes de l'ange Gabriel, laquelle demeura en la chambre de la Vierge Marie quand il lui vint faire l'annonciation de Nazareth (). Voici dans une fiole du lait de la Vierge ; voilà les bandelettes dont elle emmaillotait son enfant en Egypte. Le saint foin, c'est-à-dire le foin qui était dans la crèche où fut mis l'enfant Jésus, faisait de grands miracles en Lorraine (1). Nous allious oublier la chandelle qui fut allumée lors de sa naissance (°). Pour rester dans le domaine matériel, nous citerous encore la queue de l'âne sur lequel Notre Seigneur fut porté; il n'y a pas jusqu'aux crottes de l'ane qui n'aient passé à la postérite (*). Nous avons des reliques plus respectables : une dent de Jesus-Christ qu'il perdit à l'âge de neuf ans, son nombril et son

(t' Concil. Moguntin., 1261, c. 48 (Vansi, T. XXIII, p. 4402) : « Hi profanissimi, pro reliquiis sæpe exponunt ossa profana hominum, seu brutorum, et miYula mentiuntur, causasque petitionum suarum mendose confictas, effusis lacrimarum prettuviis, ad quas habent oculos eruditos, et extenuatis faciebus, cum clamoribus validis, et gestibus miserandis. »

(9) Wurstory, Dissert, $8 (T. 1, p. 13). — Glaber Radulphus, lib. III, c. 6. — Menry stienne, Apologie d'Herodote, ch. 38, § 5.

(3) Henry Estienne raconte avec beaucoup d'esprit les diverses légendes de cette curieuse relique (ch. 39, $ 99.

(4) Henry Estienne, ch. 38 $ 3.
18 Vabilem, Acta sanct. ord. S. Benedicti, Saec. IV, P. I, p. 114,
.) trommler (erbeyens., ad a. 1317.

prépuce ('). Les choses les plus insaisisables ont été conservées : on montrait dans une boite, mais qu'il fallait se garder d'ouvrir, du souffle de Jésus-Christ, gardé soigneusement par sa mère depuis qu'il était petit enfant.

Demanderons-nous à ceux qui faisaient métier et marchandise de ces saintes reliques, comment elles leur étaient parvenues? Les légendes qui allestent l'authenticité des reliques sont aussi curieuses que les reliques elles-m 'mes. Henri Étienne nous contera l’histoire du sang de Jésus-Christ : « Quand Nicodème dépendit Notre Seigneur de la croix, il recueillit du sang d'icelui en un doigt de son gant, avec lequel il faisait plusieurs grands miracles. A raison de quoi, étant persécuté par les Juifs, il s'en défit par une invention merveilleuse. C'est qu'ayant pris un parchemin où il écrivit tous les miracles et tout ce qui appartenait à ce mystère, il enferma le sang avec ce parchemin dedans un grand bec d'oiseau, et l'ayant lié le mieux qu'il lui était possible, le jela à la mer, le recommandant à Dieu. Qui voulut que mille ou douze cents ans après, ce saint bec, après s'être bien promené par toutes les mers de levant et de ponent, arriva en Normandie. Où étant jeté par la mer entre quelques broussailles, avint qu'un duc de Normandie chassant un cerf dans ces quartiers-là, on ne sut que devinrent ni le cerf ni les chiens ; jusqu'à ce qu'il fût aperçu en un buisson étant à genoux, et les chiens auprès de lui, tout cois, et à genoux aussi (aucuns écrivent qu'ils disaient leurs heures). Ce qui émut tellement la dévotion de ce bon duc, que soudain il fit essarter le lieu où le précieux bec fut trouvé. Qui fut cause qu'il y fonda l'abbaïe appelée aujourd'hui pour celle cause l'abbaïe du Bec, si bien enrichie, qu'on peut bien dire que c'est un bec qui nourrit beaucoup de ventres » (?).

La sainte larme de Vendôme n'est pas moins célèbre que le saint sang. Ici nous avons l'avantage de nous appuyer sur les religieux bénédictins qui firent imprimer un livre intitulé : Histoire véritable de la sainte larme que Notre Seigneur pleura sur le Lazare :

(1) Guibertus, De pignoribus sanctorum, II, 1.
(2) Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, ch. 38, $ 4.

comme et par qui elle fut apportée au monastère de la sainte Trinité de Vendôme. Ensemble plusieurs beaux et insignes miracles arrivés depuis 630 ans, qu'elle a été miraculeusement consacrée en ce saint lieu. Un théologien catholique a pris la peine de réfuter ce que les Bénédictins appellent les preuves de leur miraculeuse relique : il suffit d'exposer cet incroyable amas de bêtises, pour couvrir de ridicule et la relique, et les Bénédictins. Donc ils disent que la larme de Vendôme est une de celles que Notre Seigneur versa sur la mort de Lazare. Un ange la recueillit, la mit dans un petit vase où on la voit encore à présent, l'enferma dans un second vase un peu plus grand et la donna à la Madeleine. La Madeleine l'apporta en France, lorsqu'elle fut conduite au port de Marseille avec son frère Lazare, sa seur Marthe, saint Maximin et saint Célidoine. Quand la Madeleine sentit approcher son bienheureux trépas, elle fit appeler saint Maximin, évêque d'Aix, et lui laissa la sainte larme qu'il garda soigneusement tant qu'il vécut. La sainte larme fit encore bien des voyages avant d'arriver à bon port. Transportée à Constantinople par les Grecs, elle y resta jusque vers l'an 1040, qui est le temps de la fondation du monastère de Vendôme. Ici la sainte larme se lie aux événements historiques; mais les faits sont tellement défigurés par la maladresse ou l'ignorance des légendaires, que la fabrication de toute la légende saute aux yeux. Thiers conclut que l'histoire de la sainte larme est apocryphe et fabuleuse; l'honnête théologien ajoute que l'on ne doit point souffrir des faussetés sous le manteau de la dévotion (').

Que faut-il admirer de plus, la sottise humaine ou l'impudence de ceux qui en abusent? On dirait que plus une fraude est monstrueuse, plus les hommes sont disposés à y ajouter foi. Un abbé du douzième siècle nous dira quel était le mobile de ces saintes impostures : « Les mensonges, dit Guibert de Nogent, qu'on débile chaque jour avec une effronterie sans égale, n'ont d'autre but que de vider les poches des gens crédules » (?). Le concile général de Latran flétrit en vain celte vile cupidité ; les fraudes pieuses se

(1) Thiers, Traité des superstitions, T. I, p. 98; T. II, p. 398–403. (2) Guiberti, De pignoribus sanctorum, lib. II, c. 2, $ 5.

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