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La brochure ne renferme aucun autre détail intéressant. Il fut décidé que les bataillons s'assembleraient, et prêteraient de nouveau serment d'obéissance, après quoi ils manifesteraient leurs vœux par des pétitions spéciales. Le serment prêté par les bataillons fut dénoncé au club des Cordeliers, qui prit un arrêté à ce sujet. La discussion sur le caractère de l'obéissance que devait la force publique fut reprise avec une vigueur nouvelle. Marat se distingua dans cette polémique. Il faut voir ses interpellations sur la doctrine de l'obéissance passive à Rabaud, ce perfide et hypocrite huguenot. Tous les arrêtés du club des Cordeliers furent dénoncés par l'accusateur public, et le bataillon de cette section, indigné de la conduite des factieux , demanda à changer son nom en celui de bataillon de l'Observance; ce qui lui fut accordé, Le Moniteur du 26 avril ferme ainsi ces collisions. [M. le maire, instruit des inquiétudes de l'armée parisienne, a fait mettre à l'ordre, le 24, que le corps municipal avait reçu, dans la journée du 25, le vœu de cinquante-quatre bataillons ; -qu'il recevrait sans doute le vœu des autres le lendemain, et qu'il s'empresserait de prendre les mesures qui peuvent satisfaire, et l'armée, et la capitale, et le corps municipal. M. le major-général a été chargé par M. le maire d'inviter MM. les chefs de division et commandans de bataillon à veiller particulièrement à la tranquillité publique pendant les fêtes de Pâques, it , , Tous les bataillons de la garde nationale parisienne ayant renouvelé le serment d'obéissance à la loi, le résultat de leurs délibérations a été remis à la municipalité, et communiqué à M. la Fayette, qui a repris les fonctions de commandant général, et a assisté ce matin à la parade de la garde de la réserve de l'Hôtel-de-ville, ' , P. Le roi et sa famille ont assisté hier à l'office à Saint-Germainl'Auxerrois.] | | 1 * , · - - Brissot fut presque le seul journaliste révolutionnaire qui, tout en blâmant certains actes et certaines démarches, prit ou

vertement le parti de la Fayette. Cette opinion le fit classer par Marat au nombre des ennemis publics. L'un des coups d'autorité qui indisposa le plus les patriotes à la suite de ces affaires, fut le licenciement des grenadiers soldés du bataillon de l'Observatoire. C'était l'élite de ces gardes françaises, qui avaient donné tant de gages à la révolution. On pense bien que Marat participa largement à ces querelles. Dans son numéro CCCCXXXIX, il inséra uue lettre au général démissionnaire, pour lui démontrer que son devoir, si toutefois ce mot avait un sens pour lui, était de disparaître de la scène politique. En désespoir de cause, il publia contre lui le pamphlet dont la teneur suit : Du mardi 26 avril 1791.

Histoire curieuse, véritable et remarquable des plus beaux traits de la vie de Marie-Paul-Joseph-Roch-Yves-Gilbert Mottié, marquis de la Fayette, maréchal de camp, député de la noblesse de Riom aux états-généraux, fondateur du club des monarchiens et du club des fédérés, instituteur des mouchards de l'état-major, président du comité autrichien, généralissime des contre-révolutionmaires, conspirateur en chef du royaume de France, et général de l'armée parisienne, et grenadier à moustaches du bataillon des Théatins; offerte à l'admiration des Français, amis de la vertu et de la liberté. Tout ce qui reluit n'est pas d'or.

« Il faudrait du loisir et une plume plus exercée que la mienne pour faire la vie de ce vil courtisan, qui naquit parmi nous pour le malheur de la France, de ce fourbe consommé dont la renommée se plut si long-temps à publier les faux exploits, de cet adroit fripon qu'une cabale cachée mit à la tête des légions citoyennes, de ce conspirateur musqué dont la main barbare cherche à entraîner la patrie dans l'abime, de ce monstre atroce dont l'astuce voudrait enfin forcer les soldats de la liberté à devenir les satellites du despotisme, les oppresseurs de leurs frères, les bourreaux des amis de la révolution. Pressé par les dangers imminens auxquels il vient d'exposer la chose publique, à peine ai-je le temps d'esquisser le canevas de ses principales aventures; mais les traits de ce héros indigne seront tracés avec l'impartialité du pinceau de l'histoire. Puisse l'horreur qu'ils inspirent, ouvrir les yeux des aveugles Parisiens. , , , • » Je ne le prendrai point au berceau, j'observerai seulement qu'il apporta au monde un physique équivoque, qui laissait indécise sous le vêtement la différence des sexes, et une chevelure de la couleur pour laquelle nous avons une espèce de dégoût, et dont un préjugé vulgaire fait le signe apparent de cette fausseté de caractère quimarquade son sceau toutes les actions de savie. » Je ne dirai rien des fredaines qui empoisonnèrent les principaux momens de sa lubrique jeunesse, dont presque tout le cours fut ensuite consacré aux essors de la vanité, à l'étude de la dissimulation, à lapratiquedel'artd'enimposer aux hommes.Je le prendrai dans cet âge qui sépare la jeunesse de la virilité, dans cet âge heureux où l'âme a tout son élan, sans avoir encore toute son energie. . » La nature l'avait formé pour la volupté; mais la fortune prit long-temps à tâche de lui en refuser les douces jouissances. Dupe du libertinage, trahi par l'hymen, repoussé par l'amour, il semblait condamné à renoncer à jamais au plaisir. » Cependant la renommée se plaisait à le dédommager des rigueurs de l'amour. Jalouse de sa célébrité, elle faisait tourner à son avantage ses propres défaites, et tirait sa gloriole de la source même de ses humiliations. Les colonies anglaises venaient de secouer le joug de la métropole; elles combattaient pour leur liberté. Bientôt une foule d'aventuriers français passent les mers, pour offrir leurs services aux Américains. On a fait honneur à leur haine pour la tyrannie, et à leur compassion généreuse pour des opprimés de cette noble ardeur qui animait ces militaires; on les représentait comme des défenseurs des droits de l'humanité qui brûlaient de combattre pour une si belle cause. Pures sornettes; ces prétendus redresseurs de torts étaient eux-mêmes sous le joug d'un maître despotique. Or, ce n'est point à des esclaves à vouloir combattre pour la liberté.Mottié était du nombre

de ces coureurs d'aventures que fait toujours éclore parmi nous l'envie de se signaler en s'exposant aux dangers de la guerre ; rongé de vanité, il donne le plus grand éclat à son équipée, il veut porter aux insurgés des munitions de toute espèce ; il arme à ses frais un vaisseau et s'embarque dessus. La nouvelle de son départ est annoncée avec emphase dans toutes les gazettes; lui-même, se métamorphosant en héros, fait publier par quelques plumes vénales que M. le marquis de la Fayette, animé de l'amour de la gloire, et donnant l'exemple des plus rares'vertus, dans un âge où l'on ne pense encore qu'aux plaisirs, vient de renouveler en France les plus beaux jours de la chevalerie! Il se donnait alors tout à son aise de l'encensoir par le nez; il n'avait encore ni envieux, ni détracteur; et c'est là sans contredit la plus brillante époque de sa vie.

» Ce petit manége lui réussit au mieux; il n'y eut presquepersonne en France quin'en fut complétement la dupe.Son nom volait de bouche en bouche; et à la cour comme à la ville, Mottié était le modèle des Paladins.Combien ses crédulesadmirateurs eussent été surpris d'apprendre qu'un désespoir amoureux était l'unique cause de son départ. Je ne déchirerai point le voile qui couvre les aventures de la tendre Pénélope; mais qui ignore combien il eut à dévorer de chagrins de n'être pas l'objet de ses chastes feux ? - - » Il promenait dans les cercles brillans de la capitale sa douleur et son ennui, lorsqu'il y rencontra la comtesse de Nolstein, jeune et jolie femme, attachée à madame de Chartres, et dont le mari était colonel de Chartres, infanterie. Le duc en était l'amant heureux. Le sieur Mottié, qui en était le piteux rival, ne . pouvant la rendre sensible, porta son désespoir chez les Américains.Un dépit amoureux, et non l'amour de la gloire, moins encore l'amour de la liberté, devint donc le principe indirect de sa fortune et de sa réputation. -

» A un premier retour de l'Amérique, sa passion n'était pas . éteinte : madame de Nolstein, négligée par le duc, devint moins cruelle, et la chronique porte qu'il en eut un ensant. Le lectcur,

curieux d'apprendre quelle était l'héroïne qui l'avait enchaîné à son char, n'entendra pas sans scandale que les débordemens de cette bellel'avaient mise au rang des prostituées.On prétend que, pour s'amuser, elle se laissait raccrocher le soir au Palais-Royal, et qu'elle menait souvent à bien ses aventures. Nous ne dirons rien de l'habitude qu'elle avait de voler dans les boutiques des marchands; mais nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ici que le successeur qu'elle a donné au héros des deux mondes était un laquais vigoureux, dont elle a eu un fils. » Ce qu'il y a de constant , c'est que madame de Barbantane, sa mère, a écrit plusieurs fois à madame la duchesse de Chartres pour lui représenter que sa fille était désormais indigne d'approcher de sa personne; qu'en conséquence elle lui demandait la permission de la faire renfermer, pour mettre un frein à son libertinage, à ses escroqueries, et empêcher qu'elle ne déshonorât pas plus long-temps sa famille et son nom, » Un objet aussi méritant était bien digne de fixer le cœur du marquis de la Fayette. Je ne le suivrai point dans le nouveaumonde, où l'avaient poussé les dédains d'une messaline. Qu'il me suffise d'observer que les secours qu'il porta aux insurgés lui valurent le titre de major-général d'une de leurs armées; qu'il ne s'est trouvé à aucune de leurs glorieuses expéditions; que ses exploits se sont bornés à garder un parc d'artillerie, comme les goujats gardent le bagage, à ramener à l'armée un peloton de soldats mécontens, à accrocher un vaste domaine, à faire le bravache avec le lord Percy, et à se donner à lui-même le titre d'émule de Washington. Tirons le rideau sur ces hauts faits ; ramenons dans ses foyers le héros des deux mondes, et suivonsle sur la nouvelle scène qu'il s'est ouverte à nos regards depuis la révolution. » A force de se dire qu'il était un héros, il est parvenu à le croire; et à force de le répéter aux sots, il était parvenu à le leur , persuader. Sans doute que la cour ne fut pas dupe de ce petit manége; mais elle traita le marquis de la Fayette de manière à le faire imaginer la reine feignit devoir en lui un soutien futur de

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