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Le roi sut que Landsmath avait perdu son confesseur, missionnaire de la paroisse de Notre-Dame; l'usage des lazaristes était d'exposer leurs morts à visage découvert. Louis XV voulut éprouver la fermeté d'âme de son écuyer : « Vous avez perdu votre confesseur? lui dit le roi. -- Oui, sire.— On l'exposera sans doute à visage découvert ?- C'est l'usage. - Je vous ordonne d'aller le voir. — Sire, mon confesseur était mon ami, cela me coûterait beaucoup. — N'importe , je vous l'ordonne. — Est-ce tout de bon , sire ? -- Tout de bon. - Ce serait la première fois de ma vie que j'aurais manqué à un ordre de mon souverain! j'obéirai. » Le lendemain à son lever, le roi lui dit aussitôt qu'il l'apperçut : « M'avez - vous obéi, Landsmath ? — Sans aucun doute, sire, - Eh bien, qu'avez-vous yu? — Ma foi, j'ai vu que Votre Majesté et moi ne sommes pas grand'chose ^. »

'« Le roi parlait souvent de la mort , dit madame du Hausset dans ses Mémoires, aussi d'enterremens et de cimetières ; personne n'était plus mélancolique. Madame m'a dit qu'il éprouvait une sensation pénible quand il était forcé à rire, et qu'il l'avait souvent priée de finir une histoire plaisante. Il souriait et voilà tout. En général, le roi avait les idées les plus tristes sur la plupart des événemens. Quand il arrivait un nouveau ministre, il disait : Il a étalé sa marchandise comme un autre, et promet les plus belles choses du monde , dont rien n'aura lieu. Il . ne connait pas ce pays-ci : il verra.... Quand on lui parlait de

A la mort de la reine Marie Leckzinska , M. Campan , depuis secrétaire du cabinet de la reine Marie-Antoinette, alors officier de la chambre, ayant rempli plusieurs fonctions de confiance au moment du décès de la princesse , le roi demanda à madame Adélaïde comment il pouvait le récompenser. Elle le pria de créer en sa faveur une charge de maître de la garde-robe dans sa maison, avec mille écus d'appointemens. « Je le veux bien , dit le roi, ce » sera un titre honorable; mais dites à Campan » qu'il n'en fasse pas pour un écu de dépense de » plus dans son ménage; car vous verrez qu'ils ne » le paieront pas '. »

projets pour renforcer la marine, il disait : « Voilà vingt fois » que j'en entends parler ; jamais la France n'aura de marine , » je crois. » C'est M. de Marigny qui m'a dit cela. »

(Note de l'édit.) . 1 « Le chevalier de Montbarrey était fort aimé du feu roi Louis XV. Un de ses amis, qui vivait depuis long-temps en province, persuadé qu'un homme qui est bien traité du roi peut tout obtenir , lui écrivit pour l'engager à lui faire donner une place qui eût fait sa fortune. Le chevalier de Montbarrey lui répondit : « Si jamais le roi prend du crédit, je vous promets de » lui demander ce que vous désirez. » (Souvenirs de Félicie.)

(Note de l'édit.)

La manière dont mademoiselle de Romans, maitresse de Louis XV, et mère de l'abbé de Bourbon, lui fut présentée , mérite, je crois, d'être rapportée. Le roi s'était rendu en grand cortège à Paris pour y tenir un lit de justice. Passant le long de la terrasse des Tuileries , il remarqua un chevalier de Saint-Louis, vêtu d'un habit de lustrine, assez passé, et une femme d'une assez bonne tournure, tenant sur le parapet de la terrasse une jeune fille d'une beauté éclatante, trés - parée, et ayant un fourreau de taffetas couleur de rose. Le roi fut involontairement frappé de l'affectation avec laquelle on le faisait remarquer à cette jeune personne. De retour à Versailles, il appela Le Bel, ministre et confident de ses plaisirs secrets, et lui ordonna de chercher et de trouver dans Paris une jeune personne de douze à treize ans, dont il lui donna le signalement de la manière que je viens de détailler. Le Bel l'assura qu'il ne voyait nul espoir de succès dans une semblable commission. «Par» donnez-moi, lui dit Louis XV; cette famille doit » habiter dans le quartier voisin des Tuileries, du » côté du faubourg Saint-Honoré, ou à l'entrée du » faubourg Saint-Germain. Ces gens-là vont sûre» ment à pied, ils n'auront pas fait traverser Paris » à la jeune fille dont ils paraissent très-occupés. » Ils sont pauvres ; le vêtement de l'enfant était si » frais, que je le juge avoir été fait pour le jour » même où je devais aller à Paris. Elle le portera » tout l'été ; les Tuileries doivent être leur prome» nade des dimanches et des jours de fêtes. Adres» sez-vous au limonadier de la terrasse des Feuil» lans; les enfans y prennent des rafraîchissemens, » vous la découvrirez par ce moyen. » Le Bel suivit les ordres du roi; et, dans l'espace d'un mois, il découvrit par ses perquisitions la demeure de la jeune fille ; il sut que Louis XV ne s'était trompé en rien sur les intentions qu'il supposait. Toutes les conditions furent aisément acceptées ; le roi contribua par des gratifications considérables pendant deux années, à l'éducation de mademoiselle de Romans. On lui laissa totalement ignorer sa destinée future ; et, lorsqu'elle eut quinze ans accomplis, elle fut menée à Versailles sous le simple prétexte de voir le palais. Elle fut conduite, entre quatre ou cinq heures de l'après-midi, dans la galerie de glaces, moment où les grands appartemens étaient toujours très-solitaires. Le Bel, qui les attendait, ouvrit la porte de la glace qui donnait de la galerie dans le cabinet du roi, et invita mademoiselle de Romans à venir en admirer les beautés. Rassurée par la vue d'un homme qu'elle connaissait et excitée par la curiosité bien pardonnable à son âge , elle accepta avec empressement, mais elle insistait pour que Le Bel procurât le même plaisir à ses parens. Il l'assura que c'était impossible; qu'ils allaient l'attendre assis dans une des fenêtres de la

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galerie, et qu'après avoir parcouru le mens intérieurs, il la reconduirait vers eux. Elle accepta; la porte de glace se referma sur elle. Le Bel lui fit admirer la chambre la salle du conseil, lui parla , avec enthousiasme du monarque possesseur de toutes les beautés dont elle était environnée, et la conduisit enfin vers les petits appartemens où mademoiselle de Romans trouva le roi lui-même, l'attendant avec toute l'impatience et tous les désirs d'un prince qui avait préparé, depuis plus de deux ans le moment où il devait : Ja posséder.

Quelles réflexions affligeantes naissent de tant d'immoralités ! L'art avec lequel cette intrigue avait été conduite; l'innocence réelle de la jeune de Romanis, furent sans doute les motifs qui attachèrent plus particulièrement le roi à cette maîtresse. Elle est la seule qui obtint de lui de faire porter le nom de Bourbon à son fils. Au moment d'accoucher, elle reçut un billet de la main du roi, conçu en ces mots : « M. le curé de Chaillot, en baptisant l'en» fant de mademoiselle de Romans, lui donnera les » noms suivans. Louis N. de Bourbon. » Peu d'années après, le roi, mécontent des prétentions que mademoiselle de Romans établissait sur le bonheur qu'elle avait eu de donner le jour à un fils reconnu, et voyant, par les honneurs dont elle l'environnait, qu'elle se flattait de le faire légitimer, le fit enlever des mains de sa mère. Cette commission fut exécutée avec une grande sévérité. Louis XV s'était pro

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