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justement le mal que nous faisons ou plutôt qu'il fait en nous : La grande perfection de la foi , dit-il, eft de croire que Dieu. eft jufte, quoiqu'il nous rende nécessairement damnables par sa volonté, enforte qu'il semble fe plaire au supplice des malheureux.

Dieu nous plaît , dit-il encore , quand il couronne des indignes, il ne doit pas nous déplaire quand il condamne des innocens.

En finissant cet ouvrage contre le libre arbitre, il assure que tout ce qu'il a avancé, il la dit, non en examinant, mais en déter minant, n'entendant le soumettre au jugement de personne.

Ce ton de hauteur réuffiffoit & Luthers. Sa doctrine fur ce point devint celle de tout son parti. Mélanahon difoit après lui : La prescience de Dieu send le libre arbitre absolument impoffible; Dieu n'est pas moins cause de la trahifor de Judas que de la come version de S. Paul. (a)

Mais Calvin fur-tout s'attacha à fouter nir ce point de la doctrine de Luther. Voici le titre qu'il met à la tête du fecond livre de ses inftitutions : L'homme eft de présent dépouillé du bibre arbitre, & captif Sous une misérable fervitude. Pour le prouver il emploie quatre grands chapitres out il soutient, comme Luther, que le péché ,

(4) Comment, in Epist. ad Rom.

quoique commis nécessairement , eft justement imputé à l'homme,

Vous comprenez , Monsieur , que ce prétendu défaut de liberté dans l'homme a un rapport essentiel avec fa justification & le mérite de ses bonnes peuvres. Aufl les patriarches de la réforme renverferentils toutes les notions qu'on avoit toujours eues dans l'église sur ces deux derniers articles.

Mais avant de les examiner, je vous le demande, saviez-vous que les fondateurs des sociétés proteftantes avoient enfeigné que nous n'avions aucune liberté. :

LE PROTESTANT. Non, Monfieur, personne ne me l'avoit dit. L'avois bien entendu prêcher dans nos églises que fans la grace de Dieu nous ne pouvions rien pour le salut éternel; mais en même tems nos prédicateurs nous exhortoient à correspondre à la grace; ce qui fuppofe que nous sommes libres.

LE DOCTE V R. Il faut bien qu'on prêche ainsi, puifqu'on se propose d'exciter les hommes à la pratique du bien & à la fuite du mal.

Si un prédicateur difoit à fon auditoire: * Mes freres, depuis le péché origineb ► l'homme n'a plus de liberté : toutes ses

» actions se font nécessairement; c'est Dieu » qui fait en lui le mal & le bien. Quand » vous commettez un péché, c'est que » vous ne pouviez l'éviter. Cependant » en le commettant, vous méritez que » Dieu vous condamne aux flammes éter» nelles ». Si, dis-je, un prédicateur parloit de la forte, tout auditeur de bon sens seroit tenté de lui répondre « : S'il ne me » reste aucune liberté, il est inutile que » je vienne à vos inftructions : mais quoi » que vous en difiez, je sens que je suis » libre, & si j'offense Dieu , les remords ► de ma conscience m'avertissent affez » que je pouvois résister à la tentation »,

Dans tous les pays & dans tous les tems on a décerné des récompenses pour ceux qui feroient le bien , & des fupplices pour les criminels. Tout le genre humain a donc toujours cru que l'homme eft libre. Otez la liberté, on ne peut plus ni blâmer, ni louer, ni punir, ni récompenser perfonne. Dieu , dites-vous, fait en nous le mal & le bien; mais s'il fait le mal , comment est-il infiniment saint, infiniment parfait ? Vous prononcez un blafphême. Comment d'ailleurs pourroit-il, fans injustice, me condamner à des feux éternels, pour avoir omis ce que je ne pouvois faire, ou pour avoir fait ce dont je ne pouvois m'abstenir? Tout maître prêt à frapper fon ef

n'ai

clave qui n'a pas

exécuté les ordres , eft désarmé par cette réponse, fi elle est véritable: Il ne m'a

pas

été posible de le faire. Cet article de la doctrine des fondateurs de la prétendue réforne est non seulement faux, mais scandaleux, destructif de tout bon ordre , puisqu'il tend manifestement à disculper tous les coupables & à justifier toutes sortes de crimes. Il n'y a aucun homme au monde qui ne croie éviter le blâme d'une a&tion, & qui ne foit réellement regardé comme excusable dès qu'il peut dire avec vérité.: Je

pu faire autrement. Cette erreur de Luther & de Calvin est tellement opposée à la foi & à la raison, que quoiqu'ils se soient efforcés de l'établir comme un des points capitaux, cependant on ne l'enseigne plus dans les sectes qu'ils ont fondées : on y enseigne même le contraire. Voyez le catéchisme des calvinistes imprimé à Geneve en 1770, lisez

Page 55; on y fait cette demande : Dieu est-il l'auteur du mal que les hommes font ? On répond , Non, &.ce. Seroit une impiété de le croire.

Mais cette impiété a été enseignée par Luther & Calvin; cependant on vous les donne pour des envoyés de Dieu.

LE PROTESTANT. Je suis très-persuadé de tout ce que

la

vous venez de dire concernant la liberté; passons , fi vous le voulez bien, à ce qui regarde la justification.

LE DOCTEUR. Avant de vous expliquer cette matiere abstraite, je vous prie d'observer qu'il y a trois principes de la doctrine catholique, que Luther n'entreprit point d'ébranler; les voici:

1°. L'homme est en état de grace ou en état de péché; il est ami ou ennemi de Dieu.

2o. Il ne peut passer de l'état du péché à celui de la grace, qu'en vertu des mérites de Jésus-Chrift.

3°. Ce changement par lequel l'homme passe de l'état de péché à l'état de grace, est ce qu'on appelle justification. Et cette justification est gratuite, c'est-à-dire, fans qu'il la doive, aux dispositions du pécheur pénitent, parce que de toutes les actions que nous pouvons faire avant que d'être justifié, il n'y en a point qui mérite la grace de justification , quoiqu'elles puissent y disposer quand elles ont la grace pour principe. Dieu accorde cette grace de juftification par un effet de fa miséricorde.

Sur ces trois points les protestans & les catholiques font d'accord ; mais ils ne le sont pas fur ce qui regarde la nature

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