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fondie du langage pour servir, non seulement à les perfectionner dans l'usage de leur langue maternelle, mais encore à les introduire, lorsqu'ils en auront le goût ou que leur vocation pourrait l'exiger, dans l'étude des langues étrangères, qui pour lors deviendrait un excellent moyen pour étendre et développer chez eux la connaissance des choses mêmes.

Déjà instruits par les connaissances anthropologiques qu'ils auront acquises, de la marche graduelle que les hommes ont suivie dans leurs recherches et leurs découvertes, leurs lumières sur cet objet deviendront tout autrement nettes, étendues et satisfaisantes, si on en rapproche encore celles que peut fournir l'histoire et la théorie du langage, si l'on les fait remonter jusqu'aux premières origines et à ces éléments primitifs dont les hommes ont su si ingénieusement tirer parti pour l'étendre et le perfectionner, et pour former tant de langues diverses, dont les progrès ont suivi le même cours et le même sort que ceux des connaissances humaines chez les divers peuples.

Mais ici on s'attachera particulièrement à faire comprendre aux jeunes gens que c'est un préjugé très nuisible à l'étude des langues de supposer, comme on l'a toujours fait, qu'elles ne peuvent être apprises que séparément, comme si elles étaient absolument étrangères les unes aux autres, et on cherchera à les convaincre que, pour les étudier avec fruit, il faut nécessaire

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ment les rapprocher les unes des autres pour démêler leurs affinités et les ramener en quelque sorte toutes de front à leur origine commune.

Pour cet effet on prendra la peine de les initier dans le grand art étymologique jusqu'à les mettre en état de rassembler peu à peu, dans des espèces de tableaux toujours exposés à leurs yeux, les diverses familles des mots usités dans les différentes langues, et disposés selon leur ordre généalogique, afin d'acquérir par là des lumières suffisantes pour ramener les dérivés et les composés à leurs primitifs radicaux, et fixer les valeurs particulières de ceux-là par la connaissance de la valeur naturelle et nécessaire de ceux-ci, selon ce qui a été dit dans la première partie.

Ainsi on ne s'en tiendra pas aux principes généraux de cet art, mais on leur apprendra tout de suite à en faire usage, en leur aidant à se former une espèce de vocabulaire étymologique, ou, en prenant la langue grecque pour point de ralliement, on leur fera rapprocher les mots des diverses langues de cette langue ancienne, et en même temps de leur langue maternelle, et on les exercera à rassembler ainsi d'eux-mêmes tous les mots dont l'affinité est sensible pour les classer par grandes familles, rapportées dans de grands tableaux, chacune à son chef primitif.

Nous avons dressé dans notre septième partie un échantillon d'un tel dictionnaire, qui pourrait servir de canevas et que les jeunes gens pourraient étendre et perfectionner d'eux-mêmes à mesure qu'ils étudieraient les diverses langues des nations policées ; méthode qui leur rendrait cette étude beaucoup plus facile, abrégée, intéressante et utile.

Il serait temps, après cela, de mettre à profit les connaissances qu'ils auraient acquises sur leurs opérations intellectuelles, dont le discours n'est qu'un continuel exercice, et sur la théorie du langage, pour les élever aux principes abstraits de la grammaire générale et raisonnée, si étroitement liée avec l'analyse de l'esprit humain et de laquelle sont dérivées toutes les grammaires particulières.

On aura soin de leur faire appliquer ces principes généraux, premièrement à leur propre langue et ensuite aux autres langues étrangères qu'ils voudraient apprendre, en leur faisant toujours observer ce qui est commun à toutes et ce en quoi elles diffèrent.

On les exercera aussi à des analyses grammaticales sur quelque livre correctement écrit dans leur propre langue, qui serviront à leur mieux inculquer la grammaire générale, celle de leur langue maternelle et même celle des langues étrangères qu'ils voudraient étudier par les comparaisons qu'ils pourront en faire avec la précédente. Nous n'avons encore aucun livre de grammaire générale sous la forme qui serait à désirer pour

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l'institution; la huitième partie de notre ouvrage en offre un léger essai, et on cherche à y mettre au jour un principe de la plus haute importance, c'est qu'une seule et même grammaire générale, dont tous les termes seraient pris dans la langue maternelle et toutes les règles appliquées à cette langue, pourrait servir, avec les plus légères additions, à l'étude de toutes les diverses langues, sans excepter les orientales, et fournir toutes les notions et expressions essentielles pour faire une exacte analyse grammaticale du discours, dans quelque langue qu'il puisse être énoncé; principe dont on fournit la preuve dans divers échantillons d'analyse en grec, latin, hébreu, allemand, etc., qui démontrent également comment une seule méthode grammaticale pourrait tenir lieu de toutes celles qu'on a si inutilement multipliées.

Parvenus à l'âge de seize ou dix-sept ans, et instruits sur un très grand nombre d'objets, entre autres ceux qui ont rapport à la marche que les hommes ont suivie dans tous les temps pour s'instruire, connaissant l'histoire de la formation du langage et sa théorie, exercés dans l'art étymologique avec le secours du vocabulaire et par l'habitude d'analyser les mots pour en découvrir les affinités et la généalogie, initiés dans les principes de la grammaire générale et raisonnée; munis ainsi de toutes les connaissances qui servent de préparatifs à l'étude des langues, j'ose garantir que ces jeunes gens pourront à la fin,

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d'eux-mêmes et sans le secours des maîtres, ni même des diverses grammaires, s'appliquer tout de suite à la lecture des bons auteurs, premièrement des grecs et ensuite des latins, et se mettre en état de les comprendre et de les lire avec facilité, après quelque temps d'exercice.

Instruits en effet du fond commun aux diverses langues, ils pourront, en s'occupant de telle ou telle en particulier, remonter, par le moyen de l'étymologie, aux primitifs dont cette langue a tiré ses dérivés et ses composés et, en établissant clairement cette généalogie, pénétrer facilement dans leur signification dérivée et accessoire, sans perdre jamais le fil des signes et des pensées que ces signes doivent exprimer.

Ils ne seront plus arrêtés dans la lecture et l'intelligence des auteurs par aucun obstacle insurmontable, ni par l'analyse des mots, ni par leur réduction aux racines primitives, ni par leur signification originaire et dérivée, ni par les variétés de déclinaison, de conjugaison, de syntaxe; du moins se trouveront-ils pourvus de tous les principes et les ouvertures nécessaires pour lever eux-mêmes des difficultés qui ne sont telles que pour ceux qui s'occupent de l'étude des langues avant d'avoir fait aucun préparatif pour en faciliter et assurer le succès.

Alors les jeunes gens liraient les auteurs en langues étrangères avec intelligence et, dès là même, avec intérêt et avec fruit; ils saisiraient avec précision le sens et l'énergie des exprès

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