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Bartholo. Comment! lorsque je les prends sui le fait! Maudit barbier! il me prend des envies . . . Figaro. Je me retire, il est fou. Le Comte. Et moi aussi; d'honneur, il est fou. Figaro. Il est fou, il est fou ... 5

(/& sortent.)

SCÈNE XIX
Bartholo, seul, les poursuit.

Je suis fou! Infâmes suborneurs! Emissaires du diable dont vous faites ici l'office, et qui puisse vous emporter tous ! . . . Je suis fou ! . . . Je les ai vus comme je vois ce 10 pupitre ... et me soutenir effrontément ! . . . Ah ! il n'y a que Bazile qui puisse m'expliquer ceci. Oui, envoyons-le chercher. Holà, quelqu'un ! .. . Ah! j'oublie que je n'ai personne . . . Un voisin, le premier venu ; n'importe. Il y a de quoi perdre l'esprit !... il y a de quoi perdre l'esprit! 15

Pendant l'entr'acte, le théâtre s'obscurcit: on entend un bruit d'orage.

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ACTE QUATRIÈME.

Le théâtre est obscur.

SCÈNE PREMIÈRE Bartholo, Don Bazile, une lanterne de papier à la main.

Bartholo. Comment, Bazile, vous ne le connaissez pas? ce que vous dites est-il possible?

Bazile. Vous m'interrogeriez cent fois, que 1 je vous

5 ferais toujours la même réponse. S'il vous a remis la lettre

de Rosine, c'est sans doute un des émissaires du comte.

Mais, à la magnificence du présent qu'il m'a fait, il se

pourrait que ce fût le comte lui-même.

Bartholo. Quelle apparence?2 Mais à propos de ce !o présent ... eh! pourquoi l'avez-vous reçu?

Bazile. Vous aviez l'air d'accord ;3 je n'y entendais rien; et dans les cas difficiles à juger, une bourse d'or me paraît toujours un argument sans réplique. Et puis, comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre '. . . 15 Bartholo. J'entends, est bon . . .

Bazile. A garder.*

Bartholo, surpris. Ah! ah!

Bazile. Oui, j'ai arrangé comme cela plusieurs petits proverbes avec des variations. Mais, allons au fait: à quoi 20 vous arrêtez-vous?5

Bartholo. En ma place, Bazile, ne feriez-vous pas les derniers efforts pour la posséder?

Bazile. Ma foi non, docteur. En toute espèce de biens, posséder est peu de chose; c'est jouir qui rend heureux: mon avis est qu'épouser une femme dont on n'est point aimé, c'est s'exposer . . .

Bartholo. Vous craindriez les accidents? f

Bazile. Hé, hé, monsieur ... on en voit beaucoup Cette année. Je ne ferais point violence à son cœur.

Bartholo. Votre valet,' Bazile. Il vaut mieux qu'elle pleure de m'avoir, que moi je meure 2 de ne l'avoir pas.

Bazile. Il y va de la vie ?3 Epousez, docteur, épousez. 10

Bartholo. Aussi * ferai-je, et cette nuit même.

Bazile. Adieu donc. — Souvenez-vous, en parlant à la pupille, de les rendre tous plus noirs que l'enfer.

Bartholo. Vous avez raison.

Bazile. La calomnie, docteur, la calomnie! Il faut 15 toujours en venir s là.

Bartholo. Voici la lettre de Rosine que cet Alonzo m'a remise, et il m'a montré, sans le vouloir, l'usage que j'en dois faire auprès d'elle.

Bazile. Adieu: nous serons tous ici à quatre heures. 30

Bartholo. Pourquoi pas plus tôt?

Bazile. Impossible; le notaire est retenu.

Bartholo. Pour un mariage?

Bazile. Oui, chez le barbier Figaro; c'est sa nièce qu'il marie. 25

Bartholo. Sa nièce? il n'en a pas.

Bazile. Voilà ce qu'ils ont dit au notaire.

Bartholo. Ce drôle est du complot: que diable ! ...

Bazile. Est-ce que vous penseriez? . ..

Bartholo. Ma foi, ces gens-là sont si alertes! Tenez,6 30 mon ami, je ne suis pas tranquille. Retournez chez le notaire. Qu'il vienne ici sur-le-champ avec vous.

Bazile. Il pleut, il fait un temps du diable; mais rien ne m'arrête pour vous servir. Que faites-vous donc? S Bartholo. Je vous reconduis; n'ont-ils pas fait estropier tout mon monde par ce Figaro!' Je suis seul ici.

Bazile. J'ai ma lanterne.

Bartholo. Tenez, Bazile, voilà mon passe-partout: je vous attends, je veille; et vienne qui voudra, hors le notaire 10 et vous, personne n'entrera de la nuit.2

Bazile. Avec ces précautions, vous êtes sûr de votre fait.'

SCÈNE II

Rosine, seule, sortant de sa chambre.

Il me semblait avoir entendu parler. Il est minuit sonné; Lindor ne vient point! Ce mauvais temps même 15 était propre à le favoriser. Sûr de ne rencontrer personne ... Ah! Lindor! si vous m'aviez trompée ! . .. Quel bruit entends-je? . . . Dieux! C'est mon tuteur. Rentrons.

SCÈNE III
Rosine, Bartholo.

20 Bartholo, tenant de la lumière. Ah! Rosine, puisque vous n'êtes pas encore rentrée dans votre appartement. . . Rosine. Je vais me retirer.

Bartholo. Par * le temps affreux qu'il fait, vous ne reposerez pas, et j'ai des choses très pressées à vous dire.

Rosine. Que me voulez-vous, monsieur? N'est-ce donc pas assez d'être tourmentée le jour?

Bartholo. Rosine, écoutez-moi.

Rosine. Demain, je vous entendrai.

Bartholo. Un moment, de grâce! 5

Rosine, à part. S'il allait venir!

Bartholo lui montre sa lettre. Connaissez-vous cette lettre?

Rosine la reconnaît. Ah ! grands dieux ! . ..

Bartholo. Mon intention, Rosine, n'est point de vous 10 faire des reproches: à votre âge, on peut s'égarer; mais je suis votre ami: écoutez-moi.

Rosine. Je n'en puis plus.1

Bartholo. Cette lettre que vous avez écrite au comte Almaviva ... i$

Rosine, étonnée. Au comte Almaviva ! . . .

Bartholo. Voyez quel homme affreux est ce comte: aussitôt qu'il l'a reçue, il en a fait trophée ; je la tiens d'une femme à qui il l'a sacrifiée.

Rosine. Le comte Almaviva ! . . . 20

Bartholo. Vous avez peine à vous persuader cette horreur. L'inexpérience, Rosine, rend votre sexe confiant et crédule; mais apprenez dans quel piège on vous attirait. Cette femme m'a fait donner avis de tout, apparemment pour écarter2 une rivale aussi dangereuse que vous. J'en 25 frémis ! le plus abominable complot, entre Almaviva, Figaro et cet Alonzo, cet élève supposé de Bazile qui porte un autre nom et n'est que le vil agent du comte, allait vous entraîner dans un abîme dont rien n'eût pu vous tirer.

Rosine, accablée. Quelle horreur !... quoi! Lindor?... 30 quoi! ce jeune homme ...

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