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misérables, la justice! Je suis votre maître, moi, pour * avoir toujours raison.

La Jeunesse, éternuant. Mais, pardi,2 quand une chose est vraie . . .

Bartholo. Quand une chose est vraie! Si je ne veux 5 pas qu'elle soit vraie, je prétends bien qu'elle ne soit pas vraie. Il-n'y aurait qu'à permettre à tous ces faquins-là3 d'avoir raison, vous verriez bientôt ce que deviendrait l'autorité.

La Jeunesse, éternuant. J'aime autant recevoir mon 10 congé. Un service * terrible, et toujours un train d'enfer.

L'.eveillé, pleurant. Un pauvre homme de bien s est traité comme un misérable.

Bartholo. Sors donc, pauvre homme de bien! (// les contrefaite) Et t'chi et t'cha! L'un m'éternue au nez, 15 l'autre m'y bâille.

La Jeunesse. Ah! monsieur, je vous jure que sans mademoiselle, il n'y aurait ... il n'y aurait pas moyen de rester dans la maison. (// sort en éternuant?)

Bartholo. Dans quel état ce Figaro les a mis tous! 20 Je vois ce que c'est: le maraud voudrait me payer mes cent écus sans bourse délier 6 . . .

SCÈNE VIII.

Bartholo, Don Bazile, Figaro, caché dans le cabinet, paraît de temps en temps, et les écoute.

Bartholo continue. Ah! don Bazile, vous veniez don- 2S ner à Rosine sa leçon de musique? Bazile. C'est ce qui presse le moins.

Bartholo. J'ai passé chez vous sans vous trouver.

Bazile. J'étais sorti pour vos affaires. Apprenez une nouvelle assez fâcheuse.

Bartholo. Pour vous? 5 Bazile. Non, pour vous. Le comte Almaviva est en cette ville.

Bartholo. Parlez bas. Celui qui faisait chercher Rosine dans tout Madrid?

Bazile. Il loge à la grande place, et sort tous les jours io déguisé.

Bartholo. Il n'en faut point douter, cela me regarde.1 Et que faire?

Bazile. Si c'était un particulier,2 on viendrait à bout de l'écarter. 15 Bartholo. Oui, en s'embusquant le soir, armé, cuirassé. . .

Bazile. Bone Deus! Se compromettre! Susciter une méchante affaire, à la bonne heure ;3 et pendant la fermentation calomnier à dire d'experts/ concedo. 20 Bartholo. Singulier moyen de se défaire d'un homme!

Bazile. La calomnie, monsieur? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens prêts s d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on 25 ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une adresse! . . . D'abord,6 un .bruit léger, rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage, pianissimo, murmure et file et sème en courant le trait empoisonné. Telle 1 bouche le recueille, 30 et piano, piano vous le glisse en8 l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable '; puis, tout à coup, ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et tonne, 5 et devient, grâce au ciel,2 un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait?

Bartholo. Mais quel radotage me faites-vous donc là, Bazile? Et quel rapport ce piano-crescendo peut-il avoir 10 à ma situation?

Bazile. Comment, quel rapport? Ce qu'on fait partout pour écarter son ennemi, il faut le faire ici pour empêcher le vôtre d'approcher.

Bartholo. D'approcher? Je prétends bien épouser 15 Rosine, avant qu'elle apprenne .seulement que ce comte existe.

Bazile. En ce cas, vous n'avez pas un instant à perdre.

Bartholo. Et à qui tient-il,3 Bazile? Je vous ai chargé de tous les détails de cette affaire. 20

Bazile. Oui, mais vous avez lésiné sur les frais; et, dans l'harmonie du bon ordre, un mariage inégal, un jugement inique, un passe-droit évident, sont des dissonances * qu'on doit toujours préparer et sauver par l'accord parfait de l'or. 25

Bartholo, lui donnant de Vargent. Il faut en s passer par où vous voulez; mais finissons.

Bazile. Cela s'appelle parler. Demain tout sera terminé: c'est à vous d'empêcher que personne, aujourd'hui, ne puisse instruire la pupille. 30

Bartholo. Fiez-vous-en à moL Viendrez-vous ce soir, Bazile?

Baztle. N'y comptez pas. Votre mariage seul m'occupera toute la journée; n'y comptez pas. 5 Bartholo, raccompagne. Serviteur.1

Baztle. Restez, docteur, restez donc.

Bartholo. Non pas. Je veux fermer sur vous la porte de la rue.

SCÈNE IX

Figaro, seul, sortant du cabinet. Oh! la bonne pré10 caution! Ferme, ferme la porte de la rue, et moi, je vais la rouvrir au comte en sortant. C'est un grand maraud que ce Bazile! Heureusement il est encore plus sot. H faut un état,2 une famille, un nom, un rang, de la consistance enfin, pour faire sensation dans le monde en calom15 niant. Mais un Bazile! il médirait, qu'on3 ne le croirait pas.

SCÈNE X

Rosine, accourant, Figaro.

Rosine. Quoi! vous êtes encore là, monsieur Figaro? Figaro. Très heureusement pour vous, mademoiselle. x Votre tuteur et votre maître à chanter, se croyant seuls ici, viennent de parler à cœur ouvert. . .

Rosine. Et vous les avez écoutés, monsieur Figaro? Mais savez-vous que c'est fort mal!

Figaro. D'écouter? C'est pourtant ce qu'il y a de «5 mieux pour bien entendre. Apprenez que votre tuteur se dispose à vous épouser demain.

Rosine. Ah! grands dieux!

Figaro. Ne craignez rien; nous lui donnerons tant d'ouvrage, qu'il n'aura pas le temps de songer à celui-là.1

Rosine. Le voici qui revient; sortez donc par le petit escalier. Vous me faites mourir de frayeur. (Figaro 5 s'enfuit.)

SCÈNE XI
Bartholo, Rosine.

Rosine. Vous étiez ici avec quelqu'un, monsieur?

Bartholo. Don Bazile, que j'ai reconduit, et pour cause. Vous eussiez mieux aimé que c'eût été M. Figaro? 10

Rosine. Cela m'est fort égal, je vous assure.

Bartholo. Je voudrais bien savoir ce que ce barbier avait de si pressé à vous dire?

Rosine. Faut-il parler sérieusement? Il m'a rendu compte de l'état de Marceline, qui même n'est pas trop 15 bien, à ce qu'il dit.

Bartholo. Vous rendre compte! Je vais parier 2 qu'il était chargé de vous remettre quelque lettre.

Rosine. Et de qui, s'il vous plaît?

Bartholo. Oh! de qui! de quelqu'un que les femmes 20 ne nomment jamais. Que sais-je, moi? Peut-être la réponse au papier de la fenêtre.

Rosine, à part. Il n'en a pas manqué une seule.3 (Haut.) Vous mériteriez bien que cela fût.

Bartholo regarde les mains de Rosine. Cela est. Vous 25 avez écrit.

Rosine, avec embarras. Il serait assez plaisant* que vous eussiez le projet de m'en faire convenir.

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