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Figaro. Eh, madame! amour et repos peuvent-ils habiter en même cœur? La pauvre jeunesse est si malheureuse aujourd'hui, qu'elle n'a que ce terrible choix: amour sans repos, ou repos sans amour. 5 Rosine, baissant les yeux. Repos sans amour... paraît...

Figaro. Ah! bien languissant. Il semble, en effet, qu'amour sans repos se présente de meilleure grâce; et, pour moi, si j'étais femme ...

Rosine, avec embarras. Il est certain qu'une jeune per10 sonne ne peut empêcher un honnête homme de l'estimer.

Figaro. Aussi mon parent vous estime-t-il infiniment.

Rosine. Mais s'il allait faire quelque imprudence, monsieur Figaro, il nous perdrait.

Figaro, à part. Il nous 1 perdrait... (Haut.) Si vous le 15 lui défendiez expressément par une petite lettre . . . Une lettre a bien du pouvoir.

Rosine lui donne la lettre qu'elle vient d'écrire. Je n'ai pas le temps de recommencer celle-ci, mais en la lui donnant, dites-lui. . . dites-lui bien . . . {Elle écoute?) 20 Figaro. Personne, madame.

Rosine. Que c'est par pure amitié, tout ce que je fais.

Figaro. Cela parle de soi. Tudieu !2 l'amour a bien une autre allure!

Rosine. Que3 par pure amitié, entendez-vous? Je crains 25 seulement que, rebuté par les difficultés . . .

Figaro. Oui, quelque feu follet.'» Souvenez-vous, madame, que le vent qui éteint une lumière, allume un brasier, et que nous s sommes ce brasier-là. D'en 6 parler seulement, il exhale un tel feu qu'il m'a presque enfiévré de sa passion, 30 moi qui n'y ai que voir ! 1

Rosine. Dieux! j'entends mon tuteur. S'il vous trouvait ici . . . Passez par le cabinet du clavecin et descendez le plus doucement que vous pourrez.

Figaro. Soyez tranquille.1 (A part, montrant la lettre.') Voici qui vaut mieux que toutes mes observations. (// 5 entre dans le cabinet.)

SCÈNE III

Rosine, seule. Je meurs d'inquiétude jusqu'à ce qu'il soit dehors . . . Que je l'aime, ce bon Figaro! c'est un bien honnête homme, un bon parent! Ah! voilà mon tyran; reprenons mon ouvrage. (£lle souffle la bougie, s'assied et 10 prend une broderie au tambour.2)

SCÈNE IV
Bartholo, Rosine.

Bartholo, en colère. Ah! malédiction! l'enragé, le scélérat corsaire de Figaro! Là, peut-on sortir un moment de chez soi, sans être sûr en rentrant. . . 15

Rosine. Qui vous met donc si fort en colère, monsieur?

Bartholo. Ce damné barbier qui vient d'éclopper toute ma maison en un tour de main3: il donne un narcotique à l'Eveillé, un sternutatoire à La Jeunesse; il saigne au pied Marceline: il n'y a pas * jusqu'à ma mule . . . sur les 20 yeux d'une pauvre bête aveugle, un cataplasme! Parce qu'il me doit cent écus, il se presse de faire des mémoires. Ah! qu'il les apporte! Et personne à l'antichambre! on arrive à cet appartement comme à la place d'armes.s

Rosine. Et qui peut y pénétrer que vous, monsieur?

Bartholo. J'aime mieux craindre sans sujet que de * m'exposer sans précaution. Tout est plein de gens entreprenants, d'audacieux. . . N'a-t-on pas, ce matin encore, 5 ramassé lestement votre chanson pendant que j'allais la chercher? Oh! je. . .

Rosine. C'est bien mettre à plaisir 2 de l'importance à tout! Le vent peut bien avoir éloigné ce papier, le premier venu, que sais-je?3 10 Bartholo. Le vent, le premier venu ! ... Il n'y a point de vent, madame, point de premier venu dans le monde; et c'est toujours quelqu'un posté là exprès, qui ramasse les papiers qu'une femme a l'air de laisser tomber par mégarde.

Rosine. A l'air, monsieur? 15 Bartholo. Oui, madame, a l'air.

Rosine, à part. Oh! le méchant vieillard!

Bartholo. Mais tout cela n'arrivera plus, car je vais faire sceller * cette grille.

Rosine. Faites mieux : murez les fenêtres tout d'un coup; 20 d'une prison à un cachot, la différence est si peu de chose!

Bartholo. Pour celles qui donnent sur la rue, ce ne serait peut-être pas si mal ... Ce barbier n'est pas entré chez vous, au moins?

Rosine. Vous donne-t-il aussi de l'inquiétude ? s 25 Bartholo. Tout comme un autre.

Rosine. Que vos répliques sont honnêtes !6

Bartholo. Ah! fiez-vous à tout le monde, et vous aurez bientôt à la maison une bonne femme pour vous tromper, de bons amis pour vous la souffler,' et de bons 30 valets pour les y aider.

Rosine. Quoi! vous n'accordez pas même qu'on ait des principes contre la séduction de M. Figaro?

Bartholo. Qui diable entend quelque chose à la bizarrerie des femmes? Et combien j'en ai vu de ces vertus à principes 1... 5

Rosine, en colère. Mais, monsieur, s'il suffit d'être homme pour nous plaire, pourquoi donc me déplaisez-vous si fort?

Bartholo, stupéfait. Pourquoi? . . . Pourquoi? . . . Vous ne répondez pas à ma question sur ce barbier? 10

Rosine, outrée. Eh bien! oui, cet homme est entré chez moi; je l'ai vu, je lui ai parlé. Je ne vous cache pas même que je l'ai trouvé fort aimable: et puissiez-vous en mourir de dépit! {Elle sort.)

SCÈNE V

Bartholo, seul. Oh! les juifs !2 les chiens de valets! 15 la Jeunesse! l'Eveillé! l'Eveillé maudit!

SCÈNE VI
Bartholo, L'eveillé.3

L'eveillé arrive en bâillant, tout endormi. Aah, aah, ah, ah. . .

Bartholo. étais-tu, peste d'étourdi, quand ce bar- 20 bier est entré ici?

L'eveillé. Monsieur, j'étais . . . ah, aah, ah. . .

Bartholo. A machiner quelque espièglerie, sans doute? Et tu ne l'as pas vu?

L'EvEILLÉ. Sûrement, je l'ai vu, puisqu'il m'a trouvé tout malade, à ce qu'il dit ; et faut bien que ça soit vrai, car j'ai commencé à me douloir * dans tous les membres, rien qu'en l'entendant parl. .. Ah, ah, aah. .. 5 BARTHoLo le contrefait. Rien qu'en l'entendant ! . . . Où donc est ce vaurien de La Jeunesse ? Droguer ce petit garçon * sans mon ordonnance ! Il y a quelque friponnerie là-dessous.

SCÈNE VII

LES ACTEURS PRÉCÉDENTS.

1o LA JEUNESSE arrive en vieillard, avec une canne en béquille ; il éternue plusieurs fois.

L'EvEILLÉ, toujours bâillant. La Jeunesse ! BARTHOLO. Tu éternueras dimanche. LA JEUNESSE. Voilà plus de cinquante . .. cinquante fois 15 . .. dans* un moment (il éternue) ; je suis brisé. BARTHOLO. Comment ! je vous demande à tous deux s'il est entré quelqu'un chez Rosine, et vous ne me dites pas que ce barbier ... . L'EvEILLÉ, continuant de bâiller. Est-ce que c'est quel2o qu'un donc, M. Figaro ? Aah, ah . .. BARTHOLo. Je parie que le rusé s'entend avec lui. L'EvEILLÉ, pleurant comme un sot. Moi ! ... je m'entends ! ... . LA JEUNESSE, éternuant. Eh, mais ! monsieur, y a-t-il 25 ... y a-t-il de la justice ? BARTHOLo. De la justice ! C'est bon entre vous autres

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