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personnes, autant l'école du monde que l'école du sa

voir.

« Un homme de lettres, amie de madame de Beauharnais, continue madame Campan dans le manuscrit que j'ai sous les yeux , lui parla de ma maison. Elle m'amena sa fille Hortense de Beauharnais, et sa nièce Émilie de Beauharnais. Six mois après elle vint me faire part de son mariage avec un gentilhomme corse, élève de l'École militaire et général. Je fus chargée d'apprendre cette nouvelle à sa fille qui s'affligea longtemps de voir sa mère changer de nom. J'étais aussi chargée de surveiller l'éducation du jeune Eugène de Beauharnais, placé à Saint-Germain dans la pension où était mon fils. » Mes nièces, mesdemoiselles Auguié, étaient avec moi , logées dans la même chambre que mesdemoiselles de Beauharnais. Il s'établit une grande intimité entre ces jeunes personnes. Madame de Beauharnais partit pour l'Italie , en me laissant ses enfans. A son retour , après les conquêtes de Bonaparte, ce général fut très-content des progrès de sa belle-fille, m'invita à dîner à la Malmaison , et vint à deux représentations d'Esther à ma maison d'éducation '. » Une anecdote, qui est presque historique, et que je d'àge et de penchans, même amitié les unissaient. Napoléon, alors consul, ses capitaines, les ministres, les premiers personnages de l'État, se trouvaient à cette représentation. On y remarquait aussi le prince d'Orange que l'espoir de revoir la Hollande, et de faire revivre les droits de sa maison avait, à cette époque , conduit en France. La tragédie d'Esther était exécutée par les élèves, avec les choeurs en musique : on sait que dans ceux qui terminent le troisième acte, les jeunes Israélites se félicitent de rentrer un jour dans la terre natale.

tiens des amis de madame Campan , se lie au souvenir d'une de ces représentations. Madame la duchesse de Saint-Leu représentait Esther : le rôle d'Élise était rempli par l'intéressante et malheureuse madame de Broc. Comme dans la pièce de Racine , même conformité

'Autre fragment dn même Mémoire.

Une jeune fille dit.

Je reverrai ces campagnes si chères.

Une autre ajoute :

J'irai pleurer au tombeau de mes pères.

A ces mots, des sanglots éclatent : tous les yeux se portent vers un des points de la salle ; la représentation est un moment interrompue. Napoléon, placé sur le premier rang, se penche vers madame Campan, qui était derrière lui, et lui demande la cause de cette agitation. « Le prince d'Orange est ici , lui dit-elle ; il a vu, dans les vers qu'on vient de chanter, un rapport touchant avec | sa situation et ses vœux, et n'a pu retenir ses larmes. « Le consul avait déjà d'autres vues : Vraiment, dit-il, ce n'est pas le cas de se retourner. Jamais l'établissement de Saint-Germain n'avait été dans une situation plus prospère. Que pouvait désirer de plus madame Campan ? Sa fortune était honorable : ses occupations, ses devoirs, s'accordaient avec ses goûts. Elle ne voyait autour d'elle qu'attachement et reconnaissance ; elle ne trouvait dans le monde qu'estime, bienveillance et considération. Souveraine dans sa maison, son sort paraissait à l'abri des faveurs et des caprices du pouvoir. Mais l'homme qui disposait alors des destinées de la France, et qui réglait avec l'épée celles de l'Europe, allait bientôt en décider autrement. Un décret, daté pour ainsi dire du champ de bataille, assurait de nouvelles récompenses, offrait de nouveaux encouragemens à la bravoure des vainqueurs d'Austerlitz. L'État se chargeait d'élever, à ses frais, les sœurs, les filles, les nièces de ceux que décorait la croix d'honneur. Les enfans des guerriers, blessés ou morts en combattant avec gloire, devaient retrouver les soins de la maison paternelle dans l'antique demeure des Montmorency et des Condé : ces héros eux-mêmes n'auraient pu lui trouver de plus noble destination. Habitué à rapprocher de lui toutes les supériorités, n'en redoutant aucune, Napoléon chercha la personne que son expérience, son nom, ses talens, pouvaient placer à la tête de la maison d'Écouen; ce fut madame Campan qu'il désigna. Elle allait recueillir les fruits d'une expérience acquise pendant dix ans à Saint-Germain.L'établissement d'Écouen était à créer tout entier : madame Campan commença donc ce grand ouvrage. L'élève, l'ami, le rival de Buffon, M. le comte de Lacépède, alors grand-chancelier de la Légion-d'Honneur, la dirigeait de ses conseils éclairés. La surveillance qu'exigent la santé, l'instruction , et jusqu'aux jeux de trois cents jeunes personnes ; les devoirs religieux qui servent de base à leur éducation ; la distribution de leur temps , l'emploi méthodique et gradué des forces de leur intelligence ; l'accord de leurs

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principes et de leurs connaissances, avec leur fortune et le rang qu'elles doivent occuper un jour dans le monde ; l'art difficile, qui saisit les principaux traits d'un caractère, démêle les bonnes qualités des mauvaises, détruit le germe des unes, encourage les autres, et parmi tant d'élèves, d'âge, de goûts et d'esprit différens, maintient l'ordre et favorise l'émulation sans exciter l'orgueil : tous ces soins d'une administration compliquée, tous ees détails d'un emploi si délicat, paraissaient simples, faciles et naturels, quand on voyait madame Campan les remplir. C'est un témoignage que ses ennemis mêmes ne pouvaient lui refuser.A toute heure elle était accessible pour tout le monde ; écoutant avec une grande égalité de caractère, décidant avec une rare présence d'esprit, toutes les questions qu'on lui soumettait ; adressant toujours à propos un conseil, un reproche, un encouragement. L'homme qui descendait facilement des plus hautes pensées politiques , à l'examen des moindres détails ; qui inspectait un pensionnat de jeunes personnes, comme s'il eût passé la revue des grenadiers de sa garde; auquel aucune connaissance, aucun soin ne semblait étranger , qu'on ne pouvait tromper et qui n'était pas fâché de reprendre, Napoléon, en visitant la maison d'Écouen, fut forcé de dire : Tout est bien '.

• Napoléon avait voulu connaître tout ce qui concernait l'ameublement, le régime, l'ordre de la maison, l'instruction et l'éducation des élèves. Les règlemens intérieurs lui furent soumis. Un des projets rédigés par madame Campan portait que les élèves entendraient la messe les dimanches et les jeudis. Napoléon écrivit en marge, de sa main, tous les jours.

Les Lettres de deux jeunes amies, ouvrage de madame Campan, contiennent des détails curieux sur une visite de Napoléon à Écouen.

Une seconde maison s'était formée à Saint-Denis, sur le modèle de la maison d'Écouen. Peut-être madame Campan pouvait-elle espérer un titre auquel de longs travaux lui donnaient droit ; peut-être la surintendance des deux maisons n'eût-elle été qu'un juste prix de ses services : mais ses années de bonheur étaient écoulées ; son sort allait dépendre des plus importans événemens. Napoléon avait élevé si haut sa puissance , que lui seul en Europe pouvait la renverser : le conquérant semblait se plaire, en lui , à détruire l'oeuvre de l'homme d'État. Satisfaite de trente ans de victoires, en vain la France demandait du repos et regrettait la liberté. L'armée qui avait triomphé dans les sables de l'Égypte, sur le sommet des Alpes, dans les marais de la Hollande, va périr victorieuse, au milieu des neiges de la Russie. Les rois et les peuples se liguent contre un seul homme. Le territoire est envahi. Des fenêtres du château qui leur servait d'asile, les orphelines d'Écouen voient au loin dans la plaine les feux des bivouacs russes, et pleurent une seconde fois la mort de leurs pères. Paris capitule. La France salue le retour des petits-fils d'Henri IV ; ils remontent au trône occupé si long-temps par leurs ancêtres , et que la sagesse d'un prince éclairé raffermit sur l'empire des lois.

Ce moment, où la joie éclatait parmi les serviteurs fidèles de la famille royale , où des récompenses étaient accordées à leur dévouement, fut marqué pour madame Campan par des chagrins amers. La haine de ses ennemis s'était réveillée. La suppression de la maison d'Écouen lui avait enlevé sa place : les calomnies les plus absurdes la suivirent encore dans sa retraite : on soupçonnait son attachement pour la reine ; on l'accusait ,

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