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amétropole. Pierre de Narbonne fut, selon Guillaume de Tyr, le premier sur un pieu, et le vénérable évêque resta ainsi exposé à l'affreuse piqûre évêque latin donné à l'Orient, depuis que les croisés avaient pénétré dans des guêpes et des abeilles, sous les ardeurs du soleil de midi. Pas une ce pays (1).

plainte ne s'échappait de la bouche du martyr; il gardait sa sérénité au Je continuai ma route vers Hamah ; à droite, à une distance de deux milieu des tourmens. Du haut de l'arbre de douleur où il était attaché, lieues, apparaît une longue chaine de montagnes, habitée par des Ansa Marcus contemplait paisiblement les colères de la foule, et lui pardonriens; à gauche, c'est le désert, avec sa physionomie monotone; on nait. Cette calme résignation des martyrs dans les supplices est un bien rencontre de temps à autre, sur le chemin, des villages détruits par

l'ar touchant et bien magnifique spectacle de ces premiers temps de l'église mée égyptienne en 1833. Trois heures avant d'arriver à Hamah, on laisse naissante. Tertullien nous a expliqué cette grandeur sublime des marà gauche un caravanserail appelé Khan-Schi-Khan, habité par une tren tyrs : « Quand l'âme est aux cieux, nous dit ce grand homme, le taine de familles musulmanes.

corps ne sent plus la pesanteur des chaînes; elle emporte avec soi tout Hamah , l'ancienne Épiphania, est une charmante ville assise au pen

l'homme! » chant de deux collines, formant une large vallée toute plantée de beaux Sept lieures de marche conduisent de Roslan à Homs, cité bâtie au arbres fruitiers. La vallée de Hamal, ouverte à l'Orient et à l'Occident, milieu d'une plaine dépouillée d'arbres; Iloms, l'ancienne Émesse , est est traversée par l'Oronte, appelé Assis ( le Rebelle) par les gens du

enfermée dans l'enceinte d'une muraille dont la circonférence est d'enpays. L'Oronte divise Hamalı en deux parties ; quatre ponts jeté sur le

viron trois milles. Homs n'occupe pas tout l'espace entouré de murs; fleuve joignent les deux parties de la cité. Un grand nombre d'aquéducs le côté oriental de la cité ne présente que des décombres. Pokoke a dit se montrent sur les deux rives de l'Oronte. La ville de Hamah étant que les murs de Homs avaient été construits par les chrétiens de la preplus haute que le fleuve, elle est abreuvée au moyen de grandes roues

mière croisade, c'est une erreur. Homs n'a jamais appartenu aux croisés; hydrauliques, dont l'une a jusqu'à soixante-dix pieds de diamètre. Ces on ignore l'époque précise de la fondation d'Émesse. Méhémed-Ebid, roues élèvent l'eau à cinq ou six pieds au dessus de leur hauteur, et la auteur du Livre des Prières, rapporte que Homs ou liams fut bâtie par

versent dans les aquéducs, qui la portent dans les divers quartiers de la Hams, fils de Melir, de la tribu des Amalécites, qui lui laissa son nom. - cité. Ces machines hydrauliques font, en tournant, un bruit d'enfer; ce Le même auteur ajoute que Homs est un lieu de bénédiclion, et l'une

bruit est insupportable pour les étrangers qui n'y sont pas habitués. des cilis dil paradis. Ce titre aurait mieux convenu à Hamah, ville båtie Mais ces immenses roues, ces longs aquéducs, ces eaux perpétuellement au milieu de jardins délicieux, qu'à Homs, entourée d'une plaine sans agitées, les maisons, les kiosques de Hamah, mêlés aux grenadiers à la fleurs et sans ombrage. Les musulmans de l'antique Émesse disent qu'il tieur écarlate, aux pommiers, aux cerisiers, aux abricotiers de la vallée, y a dans la citadelle de cette ville un exemplaire du Koran écrit de la produisent des paysages délicieux et pleins d'originalité. « Contemple la main même d'Omar, le célèbre lieutenant du prophète de la Mecque. ville de Hamalı et ses eaux répandues sur différens points, a dit un poète Lorsqu'on Ole le livre saint de l'endroil il est placé, chose fort arabe; le fleuve Rebelle fait tourner de nombreuses machines dont le rare d'ailleurs, une pluie aussi avondante que celle du déluge lombe mouvement est soumis à ses lois. »

dans les lerres de lloms; aussi esi-il prouvé et reconnu de lout le Hamah compte plusieurs bains publics, des khans, des bazars bien monde que dans les temps de sécheresse on a recours à ce livre. Dieu : approvisionnés, des mosquées. Ses maisons sont construites en terre et fail descendre les eaux du ciel (1). en briques rouges cuites aux feux du soleil. La population de Hainalı

Sous les derniers Césars, Émesse était une ville très importante, très est de vingt-quatre mille habitans, dont six cents chrétiens; le reste est peuplée et bien fortifiée. Ces hautes tours , qui s'écroulent maintenant, musulman. Les habitans de cette ville ont la réputation d'avoir beaucoup

brillaient de loin sous les rayons du soleil ; de magnifiques palais, des d'imagination ; ils sont, dit-on, tous poètes, et on les a surnommés les temples s'élevaient de toutes parts. Émesse, comme Héliopolis ou Balbek, oiseaux parlans. C'est à Hamal que les hadjis de Stamboul et de l'Ana

adorait Baal, le dieu Soleil ; il n'est pas resté pierre sur pierre de ce tolie achètent la toile pour faire les ihrams (voiles pénitentiels) employés

fameux temple d'Emesse, dont le faite, d'après le poète Avanius, égalait pendant le saint pèlerinage de la Mecque.

en hauteur les cimes du Liban. Nous remontâmes à cheval le 17 octobre, à midi. Au bout de cinq

Les habitans d'Émesse étaient célèbres par leur esprit et par leurs heures de marche, nous traversames l'Oronte sur un vieux pont en

richesses. Aujourd'hui encore, quoique la race ne soit plus la même, la pierres. Le fleuve coule ici entre deux collines dépouillées d'arbres et population de cette ville passe pour une des plus belles et des plus spiritrès rapprochées l'une de l'autre. Au sommet de la colline occidentale tuelles de la Syrie. « Les femmes, dit Méhémed-Ebid, ressemblent à apparait un petit village appelé Rostan; il occupe une partie de l'em

des anges par leur beauté et par le charme de leurs manières. » Sur ce placement de l'antique Arethuse , où fut martyrisé Marcus, évêque de

dernier point, un voyageur qui passe ne peut guère juger par lui-même; cette ville. Saint Grégoire de Nazianze a décrit les horribles tourmens

car les dames de Homs, couvertes de la tête aux pieds par leurs longs que le peuple d’Aréthuse fit subir au vénérable évêque. Marcus avait

voiles blancs, ne montrent pas leur figure. On parle aussi de la coquetlivré à l'incendie et à la destruction un temple païen cher au peuple

terie et de la corruption des femmes d'Émesse. d'Aréthuse. La multitude fit éclater sa colère contre Marcus. Celui-ci On compte à Homs quinze mille musulmans et cinq mille chrétiens. songea d'abord à prendre la fuite pour se dérober au courroux du Les principaux revenus des habitans sont les grains, le tabac et le peuple; ce n'était point par lâcheté, mais il se rappelait ces paroles de raisin. On y fabrique des étoffes de soie, et les manteaux syriens en l'Évangile : « Quand on vous chassera d'une ville, allez dans une autre laine rayée qu'en appelle abba. Ainsi que Hamal, Homs est fréquentée pour y enseigner la parole de Dieu. » Cette fuite ne fut pas longue. par les Bédouirs du désert , qui viennent y faire leurs provisions de Marcus revint à Arethuse, et s'offrit au peuple. L'arrêt fut bientôt pro

l'année. noncé; l'empereur Julien ne fit rien pour arracher l'évêque des mains Méhémet-Réchid-Pacha , général en chef de l'armée ottomane, en de la populace, quoiqu'il pût se ressouvenir que Marcus l'avait sauvé, à 1832, avait jugé que la ville de Homs était la seule place de Syrie d'où l'âge de six ans, de la vengeance de Constance , qui l'avait condamné à il pourrait arrêter l'invasion d'Ibrahim-Pacha. Le fils de Méhémet-Ali mort, ainsi que son frère Gallus. L'évêque d'Aréthuse fut trainé sur les parut sous les murs de Homs au moment où les Turcs l'y attendaient places publiques; chacun lui adressait un outrage ou lui infligeait une

le moins. C'était la première fois que des troupes dressées à la manière torture. Cette sanglante tragédie devint comme le passe-temps de la

européenne, les unes à Stamboul, les autres au Caire, se trouvaient en populace aréthusienne. A la fin, on enduisit son corps de miel, on l'éleva

présence. L'armée du vice-roi était moins nombreuse que celle du sultan;

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(1) Guillaume de Tyr, tom. I, ch. yıl.

(1) Méhémed-Édib, Livre des Prières.

mais quelle différence sous le rapport de la tactique ! L'armée ottomane Depuis la conquête de la Syrie, par Ibrahim-Pacha, il y a dans ce était mal disciplinée et n'avait pas un seul officier instruit; les régimens pays une cavalerie irrégulière formée des Bédouins de la Libye et de de l'Égypte auraient pu être comparés à des régimens européens, et plu la Haute-Égypte. Cette cavalerie se compose de trois mille hommes ; sieurs chefs possédaient une bonne instruction militaire. Ibrahim n'eut elle est destinée à la surveillance des routes, à courir après les déserpas de peine à vaincre une pareille armée. La déroute des Osmanlis fut teurs ; en temps de guerre, c'est elle qui va en avant de l'armée régucomplète; ils laissèrent sur le champ de bataille deux mille morts, et au lière pour éclairer sa marche. Chaque cavalier reçoit, par mois, une pouvoir des vainqueurs trois mille prisonniers et douze pièces de canon. paie de cent piastres (vingt-cinq francs), mais il est tenu de fournir son La victoire ne coita aux Égyptiens que cent deux morts et cent soixante cheval, ses vêtemens et ses armes. Le général en chef actuel de cette ca. deux blessés.

valerie se nonme Madjoun-Bey; il nous donna, à Alep, une lettre pour Le lendemain de notre arrivée à Homs était un jour de foire; les por

le gouverneur de Homs, dans laquelle il lui prescrivait de mettre à tes de la ville avaient été ouvertes de meilleure heure que de coutume,

notre disposition douze de ses cavaliers. L'escorte nous fut accordée ;

un Turc appelé Hassan-Aga, qui dans l'armée irrégulière a le titre de pour laisser entrer les habitans des campagnes qui venaient vendre les

lieutenant, en était le chef. Hassan-Aga s'engagea sur sa tête à nous productions de leurs terres. Vers les dix heures du matin, la cité de Homs était remplie de monde, et l'activité était grande. Au moment où les ven

accompagner dans le désert jusqu'à ce que nous eussions trouvé la deurs et les acheteurs se livraient paisiblement à leurs affaires, les por

tribu arabe d’Abechdah, gouvernée par le scheik Mahmoud, un des

chess les plus puissans des Bédouins. Hassan-Aga était porteur d’um tes de la ville furent soigneusement fermées, et la moitié d'un régiment

billet de Madjoun-Bey où le général priait son noble ami le vénérable d'infanterie vint fondre toute à coup sur le peuple. Le désordre le plus complet régna alors dans Homs; on aurait dit une ville prise d'assaut,

scheik Mahmoud, de nous donner quinze hommes de sa tribu pour envahie par un ennemi furieux. Jeunes gens, vieillards, chrétiens, musul

nous conduire à Palmyre et nous ramener ensuite à Homs. Hassan-Aga

ne devait nous quitter que lorsqu'il aurait obtenu du scheik Mahmoud mans, tous étaient saisis, garrottés et trainés dans les rues par des soldats

l'engagement formel de répondre de vous sur sa vie. Nous louâmes trois armés de pied en cap. Ils s'emparaient des marchands dans leurs bouti

chevaux pour les douze ou quinze jours que devait durer notre course, ques, des menuisiers, des bijoutiers, des armuriers, des selliers, tranquillement livrés aux travaux de leurs ateliers. Les cris, les gémissemens des

et nous emportàmes des provisions pour aller jusqu'à Palmyre. Le tra

jet de Homs à Tadmor est de trente lieues. femmes, des jeunes filles, se faisaient entendre de toutes parts; elles se

Nous partimes de Homs le 20 octobre, à neuf heures du matin, avec meurtrissaient le sein, se déchiraient le visage, frappaient les murs des maisons avec leur tête. Je vis, à côté de notre logement, une belle jeune

nos dix cavaliers commandés par Hassan-Aga. Nous nous dirigeâmes femme arabe assise sur une pierre avec deux petits enfans: c'était une

vers le sud-est. Au bout d'une heure de marche, nous laissâmes à droite femme à qui on avait enlevé son mari ; elle s'arrachait ses longues tres

un petit village appelé Zeïdel; une heure plus loin, un autre bourg du ses noires, et disait en sanglotant : « On m'a pris mon maitre, mon ami,

nom de Soukaraahı ; puis nous ne vimes plus que le désert, qui, dans le père de mes enfans ! c'était lui qui les nourrissait! Que deviendrez-vous

con immensité, nous offrait l'image de l'inlini. Ce désert de Syrie a mes pauvres petits agneaux, maintenant que votre père n'est plus là pour

quelque chose d'effrayant, quelque chose qui accable l'esprit et le jette vous donner du pain ? Et la jeune femme, désespérée, serrait contre son

dans une tristesse profonde. Figurez-vous, sous un ciel ardent, des

plaines immenses, sans maisons, sans arbres, sans ruisseaux, des horicaur ses deux enfans nus.

zons à perle de vue. Le sol, stérile et dépouillé, ne présente que de rares Ce speciacle déchirant, cette complète désolation de toute une ville n'é

herbes épineuses qui semblent croitre à regret. Des troupeaux de gatait autre chose que le recrutement ordonné par le vice-roi d'Egypte.

zelles, des sauterelles, des belettes, des rats, des sangliers, un Bédouin Quand Méhémet-Ali veut augmenter son armée, il profite de quelque qui passe sur sa jument en soulevant des tourbillons de poussière, c'est grande fête, de quelque foire importante, et même au besoin, il réunit le

tout ce qui trouble parfois le profond silence de ces vastes solitudes. peuple pour une cérémonie religieuse, et le fait cerner par un corps de

Les Arabes ont donné au grand désert le nom de Bahaar (la mer); il y troupe sur lequel il peut compter. Les soldats, comme nous venons de le

a dans cette dénomination arabe une poétique image dont chacun peut voir, fondent sur les hommes assemblés et les entraînent avec violence

saisir la vérité. Rien en effet ne ressemble à la mer comme cette vaste sans leur donner le temps de revoir les lieux qui les ont vus naître, de dire

et uniforme étendue qui n'a de bornes que l'horizon. Au milieu du déun dernier adieu à leur mère, à leurs enfans, à leurs épouses et à leurs

sert, comme au milieu des solitudes de la mer, l'homme n'a pour toute sours. Tous les hommes qu'on saisissait dans Homs étaient traînés dans

ressource que ce qu'il emporte avec lui. la cour d'une caserne; là, on s'empressait de faire le triage : les vieillards

Nous marchåmes toute la journée du 20 octobre sans rencontrer auet les chrétiens étaient renvoyés, mais tous les musulmans en état de por

cune figure humaine. Nos cavaliers allaient les uns après les autres à la ter les armes étaient garrottés et emmenés en Egypte par un détachement

découverte; ils se plaçaient sur des monticules pour chercher des tentes, de soldats, comme des galériens en France. Tous ces pauvres jeunes gens

mais ils n'apercevaient que la plaine morne et silencieuse. Quand la n'ont pas l'espoir de revoir leur terre natale, car ils sont soldats à vie ?

nuit eut enveloppé le désert de ses ombres, nous dressãmes notre tente Cette violation des saintes lois de la famille et des lois éternelles de la jus

au pied d'un mont de sable, et nous primes notre repas avec les provitice est la cause en Syrie d'une grande misère et d'une grande corruption,

sions que nous avions apportées de Homs. Les terres, privées des bras qui les cultivaient, sont en friche et ne pro

Le 21, à la pointe du jour, notre tente était pliée, et nous nous acheduisent plus rien ; les jeunes femmes d’Antioche, de Damas, de Beyrout,

minions vers l'orient. J'avais admiré le beau spectacle du lever du soleil de Hamard, de Homs, d'Alep, à qui on a pris leurs maris, se dévouent

en pleine mer, mais le spectacle du lever du soleil en plein désert m'a à l'infamie pour un peu d'argent; elles achètent, au prix de leur hon

semblé plus majestueux, plus sublime. Je n'espère pas retracer la maneur, le pain de leurs jours, le pain de leur famille : horrible effet du gnificence de ce spectacle; on crie d'admiration à cet aspect, et c'estdespotisme égyptien qui pèse sur la malheureuse Syrie !

refroidir son impression que de chercher à décrire un tel tableau. Co m Un de mes plus grands désirs de voyageur était de contempler les vas ment montrerais-je, au point de l'horizon où le soleil va se lever, ces tes ruines de Palmyre. J'ai pu remplir la tâche que je m'étais imposée; innombrables petits nuages traversés par des rayons lumineux semblamais que d'ennuis, que de peines, que d'efforts pour arriver jusque-là ! bles à de longues flèches ? Peu à peu les rayons deviennent plus ardens, Plus j'avançais vers le but de cette grande excursion, plus les difficultés les bords du ciel resplendissent, des gerbes de feu montent dans l'eset les craintes se multipliaient sur mes pas, et Palmyre semblait se dé pace, et l'extrémite orientale du désert s'illumine. Tout à coup le large rober à l'ardeur de mes voeux.

disque du soleil semble sortir du sein des sables et apparaît à l'horizon

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comme le cratère d'un volcan; le désert parait tout de feu ; on dirait usage , si le caïdji se montre récalcitrant, ou si lui-même est en proie à qu'un immense incendie enveloppe la terre et le ciel. Puis toutes ces quelque contrariété domestique. Comme tout fonctionnaire asiatique, le splendeurs s'effacent lentement, et le soleil recommence sa course. kiahia jouit d'une autorité sans bornes , dont il fait le plus souvent un

Nous avancions toujours du côté de l'est. En cheminant dans ce dé usage paternel, mais dont il abuse aussi de temps à autre pour augmenter sert, où j'apercevais de temps à autre des traces de camps de Bédouins, ses profits ; d'ailleurs dévoué à ses camarades, bienveillant pour le mes yeux cherchaient des sépultures de ce peuple nomade; mais rien public et naturellement brave homme, il est la providence du débarqui pût ressembler à un tombeau ne se montrait à nous.

cadère. - Où donc les Bédouins enterrent-ils leurs morts? dis-je à Hassan Les caïdjis des grandes maisons, bien habillés et bien nourris, ont un Aga qui marchait à côté de moi.

salaire suffisant pour entretenir leur famille et mettre de côté quelques - L'Arabe, me répondit Hassan, ne s'inquiète pas plus de savoir le lieu épargnes. Le prix auquel la course est taxée permet aux caïdjis de louage où il dormira de son dernier sommeil, qu'il ne s'inquète de savoir le lieu de gagner une trentaine de piastres par jour, environ sept francs, somme où il dressera sa tente ; il ensevelit ses morts partout où il se trouve, et si, avec laquelle ils rivent dans l'aisance, font vivre leur femme et leursdans ses eampemens divers, il revenait à la place où il a déposé les enfans , et se ménagent des ressources pour la vieillesse; quelques uns restes d'un père, d'un frère ou d'une épouse, il ne trouverait plus rien ; trouvent encore le moyen d'acheter une esclave. Dans la belle saison, et ear un jour un vent impétueus se lève, il creuse la terre et, avec la pous à Constantinople la belle saison dure presque huit mois, ils font des sière du désert, il emporte et disperse la poussière des ossemens hu- journées de dix à quinze francs. Lorsque le bateau leur appartient, c'est mains.

un bénéfice à peu près net, car les droits à acquitter sont peu de chose, - Un incrédule qui entendrait les paroles que tu viens de prononcer, et, dans ce pays barbare, on ignore toujours l'invention des impôts indis-je à Hassan, rirait si tu lui parlais ensuite de la future résurrection directs qui ont pris chez nous une si grande extension. On voit donc des morts ; il te dirait que c'est folie de croire que ces cendres perdues que le métier de batelier à Constantinople est plus lucratif que beaucoup au milieu du sable puissent se rassembler et redevenir, sans se confon d'états plus relevés à Paris. Aussi les caïdjis sont-ils très jaloux de leurs dre, ces mêmes corps vivans tels qu'ils étaient avant la mort.

priviléges, et le sultan Mahmoud avait-il encouru les disgrâces de l'im- L'incrédule qui ne se comprend pas lui-même, répondit Hassan popularité pour avoir osé, en dépit de leurs réclamations, jeter un pont Aga, voudrait-il comprendre les mystères de la Providence ? Le pro de bois entre les deux rives de Galata et de Stamboul. Ce malheureux phète a dit : Dieu qui a tiré les mondes du chaos, Dieu qui a tout pont flottant, d'ailleurs si léger, si gracieux et si nécessaire, puisqu'il créé, manquerait-il de puissance pour faire revivre les morts ? sépare l'arsenal du reste du port , a rendu bien des partisans à l'ancien

On peut faire cette remarque, qu'il n'y a pas de tombeaux chez les régime, a réveillé dans bien des cxcurs le vieux levain janissaire. Bédouins; ils n'ont jamais connu le charme mélancolique qu'on éprouve Les caïdjis ont une aversion encore plus prononcée pour les bateaux à sur le sépulcre d'un père ou d'un ami, ils n'ont jamais prêté l'oreille au vapeur que pour les ponts. En effet, les ponts diminuent seulement le doux et plaintif murmure d'une ombre, ils n'ont jamais médité, aimé, nombre des passagers, tandis que les bateaux à vapeur, empiétant sur espéré autour d'un funèbre monument. L'Arabe du désert, qui n'a pas les attributions des caïdjis, sont pour leur corporation des concurrens connu la paix d'une demeure fixe pendant sa vie, ne connaît pas la paix d'autant plus redoutables qu'ils rament eux-mêmes, et avec une force, de la tombe après sa mort; sa froide dépouille devient errante comme avec une rapidité qui désie toute puissance humaine. le fut sa propre vie. Il est dans la destinée du Bédouin de ne rien laisser Une compagnie anglaise ayant obtenu du sultan Mahmoud la permisde lui en ce monde. Le Bédouin se pose sur la terre comme les oiseaux sion d’établir un service de bateaux à vapeur sur le Bosphore, les caïddu ciel, mais ne s'y attache pas ; après son trépas, le vent mêle ses cen jis s'opposèrent à la marche des nouveaux navires, menacèrent de les indres au sable qui tourbillonne, et vous ne pourriez pas plus trouver son cendier si on ne se hátait de révoquer la concession, et, en attendant, sépulcre que celui du milan, du vautour ou de l'épervier.

s'ingénièrent d'attacher avec des câbles les roues de ces caïques de feu, BAPTISTIN POUJOULAT.

tel est le nom qu'ils leur donnent. Le gouvernement turc comprit ce (Revue de Paris. - La suite au prochain numéro.)

qu'il y avait de sacré dans les plaintes d'un si grand nombre d'hommes, menacés dans leur existence, et il eut le bon esprit de céder.

Les qualités dominantes chez les caïdjis, sont le courage, la persévé

rance, la sobriété, l'économie, la résignation , un certain esprit de sociaLES CAIDJIS,

bilité, et des manières affables: cette prévenance, mais aussi cette fierté de l'homme qui, tout en ayant besoin des autres pour vivre, ne compte cependant que sur son travail ; l'amour de la liberté, une vive admiration

pour toutes les grandes scènes de la nature, un fond de loyauté et de (Suite, - Voir le numéro du 10 février.)

religion. Aussi bien qne leurs qualités, leurs défauts sont un mélange de

ceux de l'agriculteur et du marin : rien n'égale leur ignorance et leur Les caïdjis sont généralement de très beaux hommes, unissant une superstition; toujours en mouvement comme le navigateur, ils ont néangrande force à beaucoup d'agilité, un peu amaigris par l'état de trans moins cela de commun avec le paysan, qu'ils ne connaissent pour la piration continuelle dans lequel ils vivent, sans que pour cela leurs traits plupart que le lieu qui les a vus naître. Ennemis de tout changement laissent paraître aucune trace de souffrance; habituellement réfléchis, par insouciance autant que par système , ils agissent comme agissaient mais plutôt gais que tristes; sobres, braves et pas querelleurs, si ce n'est leurs pères; la routine est devenue leur philosophie; dénués de tout esquelquefois par hasard pour arracher une pièce de plus à un passager prit d'intrigue, ils ne manquent pas de cette finesse qui se gagne dans le peu généreux.

commerce des hommes ; habitués à lutter contre les flots et les vents, Ils forment une corporation nombreuse, qui a ses chefs, son conseil ces deux grandes forces de la nature, ils redoutent peu la puissance humunicipal, ses statuts, ses lois et ses coutumes. A chaque échelle réside maine, qu'ils voient si souvent échouer contre la tempête. un kiabia (batelier maître), chargé de défendre leurs droits, de mettre Tels sont les principaux traits par lesquels les caïdjis de Constantinodes bornes à leurs exigences, de punir leurs infractions, en un mot, un ple se ressemblent ; mais leur grande famille offre aussi de nombreuses capitaine du port au petit pied, remplissant tour à tour les fonctions de variétés. Ainsi les bateliers des caïques à plusieurs paires de rames ont commissaire de police et de juge de paix; conciliateur quand on l'écoute une allure plus militaire, comme il convient à des hommes exercés aux ou qu'il est de bonne humeur, mais armé d'un bâton et sachant en faire manccuvres d'ensemble et soumis aux lois de la discipline. Ceux des

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BATELIERS DE CONSTANTINOPLE.

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raïques à une paire de rames, au contraire, ont plus d'abandon et de Croyez-vous qu'il soit sincèrement dévoué aux Russes ? bonhomie : ce sont nos cochers de cabriolet, avec leur humeur liante et

Dieu le sait. leurs privautés. Du plus loin qu'ils vous aperçoirent , ils vous appellent - Mais enfin, pensez-vous que les Turcs, si bons musulmans, ne se en criant :

révolteront pas un jour contre le protectorat des Russes, qui, à leurs · Capilan, capilan, bana-bak (1). Capitaine, capitaine, regardc- yeux, ne sont que des giaours ? moi. »

Dieu le sait. » Si vous hésitez, ils ajoutent :

Il faut qu'il ait une bien grande confiance en vous pour répondre : Capitan, viens à moi; mes bras sont de fer, mon casque est léger

Ich Allah (plaise à Dieu). comme un oiseau. »

C'est que le massacre des janissaires est toujours présent à sa méNe tardez pas à jeter votre dévolu, car il viendra une nuée de caïdjis

moire, et qu'il n'ignore pas qu'en Orient les têtes ne tiennent pas bien autour de vous; celui-ci vous tirant par un bras, celui-là par l'autre, un

sur les épaules. Mais, direz-vous, lorsqu'il s'agit de savoir si la journée troisième par votre habit; tous parlant ensemble, vous accablant de po

sera belle, pourquoi répondre encore : Je n'en sais rien, ou Dieu le sait. litesses et vous empêchant de faire un pas. En pareille circonstance il

– Pourquoi ? Parce que tout musulman , et particulièrement tout caidji faut pour se tirer d'embarras s'adresser au kiahia, qui les écarte avec sa

est imbu de la doctrine du fatalisme ; parce qu'il se croirait impie s’il se baguette et vous conduit lui-même au caique du plus adroit ou du plus permettait de lire dans les signes extérieurs que la Providence étale ceancien, suivant que vous avez besoin d'un bon rameur ou d'un homme

pendant avec bonté aux yeux du marin, pour qu'il puisse présager le de confiance. Lorsque le kiahia a désigné le bienheureux, tous se taisent

calme ou la tempête. Le despotisme est tellement dans les maurs des et se retirent en applaudissant à son choix.

Orientaux, qu'ils font de Dieu lui-même un despote, et qu'ils s'imagiLe mieux, lorsqu'on s'embarque souvent, c'est de prendre toujours le

nent que, pour le plaisir de manifester son omnipotence, il changerait même caïdji. A votre arrivée, il vous fait du coin de l'ail un petit signe

tout à coup le beau temps en pluie, s'ils osaient, après avoir observé l'é«l'intelligence, et pendant que les autres se fatiguent à vous vanter leur

tat du ciel, émettre une opinion quelconque. Il en est beaucoup qui pous. talent et la supériorité de leur casque, lui prépare le sien en souriant,

sent cette disposition si loin, qu'à leurs yeux les horloges et les montres l'amène à l'échelle, vous accueille gracieusement à son bord , puis , se

sont une invention du diable; ceux-là, quand un chrétien, leur voyant hàtant de donner le premier coup de rames, il file en disant d'un air de

une montre, a la naïveté de leur demander quelle heure il est, répondent triomphe à ses camardes : « Bou, bénim muchleri! Celui-là, c'est mon

pieusement : Dieu le sait! (Allah bilir!) hôte! » Après cela, il redevient grave, et c'est à vous d'obéir à son commandement, lorsque, vous étant allongé dans le caïque, il vous fait signe

Si donc vous tenez à causer avec votre caïdji, évitez tout ce qui touche de ne pas remuer ainsi , ou vous ordonne d'appuyer tantôt à droite,

à la politique et à la religion; n’entamez pas non plus le chapitre des tantòt à gaucie, jusqu'à ce qu'il ait trouvé le point d'équilibre qui doit

mours des peuples musulmans, il se croirait insulté. Parlez-lui des le plus favoriser la marche de la nacelle. S'il se trompe, tant pis pour

usages des nations chrétiennes, il vous suivra avec plaisir sur ce terrain; vous; d'un mouvement de tête impérieux il vous avertira qu'il faut vous

il ne manquera pas de rire à chaque malice que vous lui direz, et il vous déranger de nouveau. Une fois bien aligné, parlez, fumez, riez, chantez,

étonnera plus d'une fois par le bon sens, la finesse et la malice de ses si bon vous semble, mais ne bougez pas : la moindre secousse agite tel

réparties. Il deviendra aussi liant que le cocher de cabriolet de Paris; lement la frêle embarcation que le contre-coup se fait sentir à la main

mais cependant avec de meilleures manières, sans jamais dépasser les qui tient la rame, et lui cause quelquefois une vive douleur. Le caïdji ne

bornes du respect, sans jamais se manquer à lui-même : cette supériorité redeviendra aimable que lorsque toutes ses mesures seront prises, et que,

vient en grande partie de ce qu'il ne fait par usage de boissons spiritout en ramant tantôt d'une main, tantôt de l'autre, il aura ôté successi

tueuses ; l'éducation religieuse y est aussi pour beaucoup; en aucune vement son turban, sa veste dorée et ses bas. Alors il vous dira : Ei mi,

occasion, son métier de caïdji ne lui fera oublier qu'il est homme, qu'il capilan? (Est-ce bien, capitan?) Il liera conversation ; voudra savoir s'il

est mahometan. Au terme de la traversée, s'il vous chicane sur le prix y a en Europe une ville aussi belle que Constantinople; si le sultan des

convenu, dites-lui sans colère, et plutôt avec une froideur dédaigneuse : l'rançais a d'aussi beaux caïques que le Grand-Seigneur; si la mer est

« Je croyais les mahométans des hommes droits (doghrou adamlarj. » aussi bleue à Paris que dans le Bosphore , et une foule d'autres choses

Tout à coup ses exigences ridicules feront place à des dispositions hondu même genre.

nêtes; sa dignité d'homme a repris le dessus. Naturellement questionneur, il aime peu à répondre au questions Nous nous sommes trop longuement étendu dans cet article sur le qu'on lui adresse. Lui demandez-vous si la journée sera belle, il ré compte des bateliers turcs pour parler en détail des bateliers grecs, des pond :

bateliers arméniens et des bateliers juifs; nous nous bornerons à dire un Bil men (je ne sais pas).

mot des uns et des autres. Les caïdjis grecs ne le cèdent en rien aux Tures

pour la force et la souplesse; ils leur sont infiniment supérieurs pour Ou bien, poussé dans ses derniers retranchemens, il se risque à

l'intelligence et l'audace : les caïdjis turcs ne sont que de bons bateliers; cire :

les caïdjis grecs sont de véritables marins. Les Turcs n'aiment que médioAllah bilir (Dieu le sait).

crement la mer, et ne luttent guère contre elle qu'avec la rame; ils se Avec son Dieu le sait, il ne redoute aucune indiscrétion, surtout en

font bateliers parce qu'ils y trouvent du profit; mais ils se ressentent matière politique.

toujours de leur origine de nomades, et ils n'ont de solidité que sur la Le suitan est-il aimé de son peuple, caïdji ?

terre ferme. Les Grecs, vrais fils de Neptune, semblent nés pour glisser Dieu le sait.

sur les flots, et préfèrent la voile qui demande de l'intelligence à la rane

qui n'occupe que les bras. Aussitôt que la brise commence à souffler, le (1) Capitan veut dire capitaine ; c'est le nom que les Turcs donnent aux

batelier grec hisse le måt et déploie les ailes du caïque; plus le vent Européeus quand ils ont intérêt à falter Icur ainour-propre : alors inėme ils

fraîchit et devient impétueux, plus il lui offre de voile; l'ail tantôt sur se font scrupule de nous accorder le titre d'effendi, qui correspond à notre le ciel, tantôt sur les vagues , il se sert d'une de ses rames en guise de mot monsieur, et qu'ils n'échangent avec plaisir qu'entre musulmans. Lurs gouvernail, et dirige avec orgueil la course aventureuse de sa nacelle, qu'ils tiennent peu à nous plaire, ce qui arrive souvent, nous ne sommes pour qui semble toujours prête à s'abimer et qui surnage toujours. Sur mer, eux quc des giaour ou des kiopeck, c'est-à-dire des infidèles ou des chiens, ei les Grecs sont toujours libres, toujours rois; il n'y a qu'à terre qu'ils pressions synonymes dans leur langage.

sont esclaves et qu'ils reconnaissent les Turcs pour maitres. Quant aux

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caïdjis arméniens et aux caïdjis juifs de Constantinople, aussi timides aux enfans qui travaillent avec moi, ne sont nullement dangereuses, si les que maladroits, ils ne peuvent supporter en rien la comparaison avec enfans sont sains; on a grand soin de ne jamais frapper à l'endroit des les Turcs et avec les Grecs; ils ne sont ni rameurs ni marins.

nerfs et des muscles; mais si les enfans ont quelque vice dans le sang, la (Magasin Pittoresque.)

blessure peut les tuer. Réfléchissez; je vous donne 50 guinées (1,250 fr.)
pour le petit William : mais avant, je vous avertis... résléchissez bien;
s'il a quelque maladie, je n'en réponds point.

Le chef du jury. — L'enfant avait-il un vice?
TRIBUNAUX.

Dickson. - Il était scrofuleux, cela est reconnu par les médecins.

Le chef du jury. — Comment se fait-il que les enfans qui figurent dans votre affreux spectacle (dreadful scenery), et qui reçoivent ou se don

nent des coups de couteaux ne souffrent pas et ne crient pas. ASSISES DE LA VILLE DE LEEDS.

Dickson. — Cela vient d'un procédé dont je ne suis pas l'inventeur. (GRANDE-BRETAGNE.)

Ce procédé consiste à faire manger du savon aux patiens ; il suffit

pour stupéfier les nerfs et empêcher toute douleur. Cela est si vrai que Jamais cause n'a excité à un plus haut degré l'attention et la curiosité la plupart de mes enfans s'endorment pendant qu'on leur fait subir les publiques; de toutes parts les paysans sont accourus. Il s'agit d'une ac expériences. cusation aussi bizarre qu'horrible... l'imagination n'a rien inventé de Ici Dickson cite Danhouderius qui parle de ce procédé dans le chapiplus affreux. Voici les faits.

tre 38 de sa Pratique criminelle. Dickson O’Paddy, Irlandais de naissance, voyage dans les campagnes La femme Gingerbred avoue que son fils était atteint de scrofule; de la Grande-Bretagne avec une voiture de marchand forain, et, de tou qu'elle ne l'a confié au saltimbanque que parce qu'elle était dans la dertes parts, une foule immense se presse à ses exercices. Que fait donc ce nière misère, et elle réclame 300 livres sterling de dommages-intérêt saltimbanque ?... avale-t-il des épées ? mange-t-il des lapins vivans ?

pour sa mort. montre-t-il une femme à la longue barbe tirant les armes avec les Saint Les témoins viennent déposer que le petit a, en effet, reçu en souriant Georges de l'endroit ?... Non. Dickson O’Paddy a poussé plus loin le deux coupures dans le bras droit; qu'il n'a proféré aucune plainte, que grand art d'émouvoir les masses. Pour donner une idée de ce dont il seulement il a eu peur de voir son sang couler et qu'on l'a apaisé avec du est capable, il ne faut que lire l'affiche ci-dessous, qu'il a fait placarder pain d'épice. daps Leeds le lendemain de son arrivée :

Le jury est entré dans la salle de délibération et en sort de suite, rapDICKSON O'PADDY,

porte un jugement par lequel Dickson est convaincu d'avoir attenté à la

santé des citoyens et d'avoir commis un homicide par imprudence. Il a CHIRURGIEN, COMPATRIOTE DU GRAND-AGITATEUR,

été condamné à dix années de déportation, et à 500 livres sterling envers donnera demain, jeudi , une grande représentation des

l'état. ENFANS INSENSIBLES.

Mistriss Gingerbred. - Et moi, la mère de la victime, je n'ai Première partie.

- Le jeune Tom, âgé de seize ans, se laissera en rien ? foncer un canif dans la chair sans donner aucun signe de douleur. Le président. — Vous, madame, vous ne méritez que le mépris pu

Deuxième partie. - Le jeune Charles Beppinen se donnera lui blic; vous êtes cause de la mort de votre fils. même quatre coups de couteau dans le bras sans manifester de dou

(L'Audience.) leur.

Troisième partie. - La petite Julia, enfant de cinq ans, placera sa main sur un brasier ardent et la laissera brûler pendant une minute et

POLICE CORRECTIONNELLE. demie, sans pousser un seul cri.

(Les places coûtent une livre sterling. Les dames ne seront admises Ah! qu'il est effaré, troublé, exaspéré, ce pauvre petit M. Doguet qué qu'en chapeaux à rubans (dressed bonnets).

l'huissier fait avancer à la barre des témoins! Il ne sait que faire de son Après la lecture d'une semblable affiche, on peut juger de la foule qui chapeau, de sa canne, de ses gants, de son assignation, de ses yeux, ni se porta chez Dickson O’Paddy. La représentation eut lieu ; et, chose de ses jambes. Jamais homme ne fut plus malheureux d'être obligé de se incroyable !... il tint les promesses du programme. Les enfans s'avancè produire devant un tribunal, d'élever la voix en public, d'être le point rent vers l'amphithéâtre et se firent plonger dans les chairs des couteaux de mire de tous les regards d'un auditoire. Il est déjà fort petit, et cheraiguisés... le sang sortait !... et pourtant ils continuèrent à sourire avec che à se faire plus petit encore. Pour que ce pauvre M. Doguet ait pu se la grâce d'une danseuse exécutant un pas de caractère.

décider à faire un procès à M. Lamelin, ce gros homme rouge et goguepard On comprend qu'un semblable spectacle, qui laissait bien loin der qui se dresse comme un colosse au bane des prévenus, il faut que Lamelin rière lui les combats de coqs et les luttes des boxeurs, dut faire pleu ait eu de grands forts envers M. Doguet, et c'est déjà un argument puisvoir les guinées dans la caisse de Dickson O’Paddy; mais toute fortune sant en faveur de ce petit homme que sa présence au pied de la justice. est inconstante: mistriss Gingerbred, bonne femme de la ville de Wa Ecoutons un peu ce qu'il va nous apprendre de sa petite voix émue kefeld, a fait arrêter le saltimbanque et l'accuse d'avoir assassiné son M. le président, suivant l'usage, lui demande son nom. Dans son trouble, enfant.

M. Doguet est fort embarrassé pour répondre à cette question ; il ne se Le corps du petit garçon de mistriss Gingerbred est déposé devant le

souvient pas davantage de son âge, de sa profession, ni du lieu de son jury : l'enfant paraît avoir été âgé de sept ans ; ses cheveux blonds enca domicile. drent cette tête où règne la pâleur de la mort, au bras de l'enfant, on M. le président. — Ne vous nommez-vous pas Paul-Célestin Doguet ? distigue deux blessures béantes... ce sont ces blessures qui ont amené la - Ah ! oui, monsieur, oui, oui. mort.

- N'êtes-vous pas âgé de quarante-deux ans ? L'accusé Dickson OʻPaddy est interrogé.

— C'est ça... c'est bien ça... oui, oui. Mistriss Gingerbred, dit-il, m'a loué son fils, comme cela m'arrive - N'êtes-vous pas rentier ? toutes les fois que je travaille dans une ville; je loue des enfans. Elle m'a — C'est-à-dire, oui... je le suis... je suis rentier. présenté le petit William ; je lui ai dit : « Madame, les blessures que je fais - Vous demeurez rue Saint-Jacques ?

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