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serait un de ses deux cousins. Le cousin repoussé devait ne rien avoir de ses richesses. Les deux cousins furent assemblés et la cousine préféra Carl, qui avait été commis de son père, à Frantz, bel officier prussien. Le cousin délaissé jura de se venger de son rival.

- La noce est fixée à trois mois, se dit-il, elle ne se fera pas avant, vu qu'il faut attendre l'expiration du deuil. J'ai du temps à moi.

Et Frantz alla par un soir d'hiver frapper à l'auberge de Michael Kauffmann.

Que demandez-vous, lui dit celui-ci en ouvrant la porte ; il est minuit passé, la nuit est noire, et le tonnerre gronde, laissez-moi.

Maitre Michael, répondit l'officier, le grand voile des ténèbres et la grande voix de l'orage sont les bienvenus, ce que j'ai à vous dire doit se dire à demi voix : c'est une étrange demande que j'ai à vous faire.

- Entrez donc, sit le sombre hôtellier, si ni la foudre ni l'obscurité ne vous font peur, vous pouvez me suivre. Frantz entra et voulut s'asseoir dans l'auberge, Michael lui dit:

Suivez-moi par ici, seigneur officier, des entretiens comme celui que vous me demandez ne se font pas dans une auberge.

Les deux personnages de cette scène nocturne arrivèrent dans un corps de bâtiment attenant à l'auberge. Arrivé là, Frantz ayant raconté son infortune dit à Michael :

— Je veux que vous tuiez mon cousin.
- C'est là la difficulté.
- Ah bah! un bon coup de couteau entré jusqu'au manche.

- Je ne me sers jamais d'instrument tranchant, dit prudemment l'hôtellier.

Alors une massue appliquée sur sa nuque par derrière. - C'est une pièce de conviction qu'on laisse derrière soi.

- En ce cas, un coup de fusil ou de pistolet dirigé à cent pas sur son coeur.

- Du tout, du tout... Voyons, seigneur officier, comment vit ce naïf commis-négociant qui vous souffle tant de thalers.

– Seul ; quand le magasin de feu Schwartz, mon oncle, est fermé, il se retire chez lui.

- Chez lui ? seul ? - Seul.

C'est bon ; écoutez alors, je tiens déjà la vengeance. Ici Michael parla bas à l'officier. Ce qu'il lui dit était terrible, car Frantz devint blanc comme un linceul.

- Eh bien, s'écria Michael, trois cents pièces d'or, est-ce un marché fait?

- C'est fait, s'écria l'officier pâle et troublé, Satan l'a emporté.

Une heure plus tard, on aurait pu voir Frantz au milieu des éclairs, courant éperdu dans les champs, påle et couvert de sueur.

Cependant le temps du mariage de la nièce du défunt avec Carl, son cousin, approchait, vingt jours seulement les séparait de cette beureuse époque.

-tes-vous allé à Munsterberg? lui demanda sa fiancée.

-Oui, répondit Carl, j'ai trouvé à l'auberge de Michael, l'homme qui devait me vendre les laines françaises que nous attendons... Mais une singulière aventure m'y est arrivée.

- Laquelle?

- Imaginez-vous que j'y ai été plongé dans un sommeil lévreux fort extraordinaire. J'ai fait pendant cette léthargie des rêves affreux. Je voyais des gouttes de sang tomber du ciel, je me sentais frappé d'un poignard.

– Et ce n'était qu'un rêve, dit sa cousine. - Un rêve, en eftet. Pourtant, à ma grande surprise, à mon réveil, je me suis sentis blessé, eh! légèrement au bras... tenez, regardez,

Carl souleva la manche de sa chemise, et laissa voir une légère cicatrice qui s'y trouvait. C'était à peine une égratignure...

Quelque insecte de nuit vous aura mordu, Carl, dit sa fiancée, ce n'est pas dangereux?

Pourtant le jour de l'hymen s'avançait, le lieutenant Frantz, l'amant repoussé, avait gaiment paru prendre son parti. Tout Breslau s'attendait à voir ce mariage s'accomplir quand une terrible catastrophe vint frapper cette ville d'épouvante et d'horreur,

Carl, le jeune cousin préféré devint tout à coup triste et rêveur, puis il perdit sa fraicheur, son teint se plomba, ses yeux brillèrent d'une rage sauvage; bientôt il eut des envies étranges, des envies de mordre et d'assassiner... Bientôt enfin ce malheureux fut voué à la mort !... Carl était hydrophobe !!!

Dans les villes de l'Allemagne la rage est considérée comme une maladie incurable; on peut juger de l'effroi qui s'empara de chacun. Déjà depuis trois ans sept personnes araient été, même au coeur de l'hiver, frappées de ce fléau de Dieu. On lia le malade, et après un certain temps passé dans l'une des salles de la maison commune, on le voua à la mort.

Carl, ce noble et bon jeune homme, fut étouffé sous des matelas... A mesure que l'on pressait la victime, sa face se colorait d'une rage affreuse; il expira en crachant une écume sanglante!

Carl fut enterré par sa cousine, qui prit son deuil pour ne pas le porter long-temps. La pauvre enfant mourut huit jours après le trépas de son amant.

Cette lugubre affaire se serait passée sans exciter de commentaires, sans une indiscrétion échappée à l'officier Frantz qui, devenu héritier de la fortune de sa cousine, se livrait à des débauches journalières.

- Je sais bien, dit-il un jour, comment Carl est mort !... J'en sais quelque chose.

On l'arrêta immédiatement, et on le mit au secret. Là une instruction, fort habilement menée, fit découvrir tout le secret,

Michael Kauffmann, l'hôtelier, avait commis ce crime. Il avait attiré le pauvre Carl dans son auberge maudite, et là, pendant un sommeil obtenu au moyen d'un narcotique, il l'avait fait mordre par un chien enragé !

Les deux complices sont devant le tribunal pour répondre du crime commis par eux,

Le président à Michael. On a trouvé, en fouillant votre auberge, des chiens de toute espèce, qu'en faisiez-vous ?

Michael. Je l'ai dit déjà... Je les rendais enragés quand il fallait débarrasser la terre d'un homme.

Le président. - Comment pouviez-vous inoculer la rage au milieu de l'hiver.

Michael. On a trouvé chez moi un brâsier énorme. Le chien qui devait être attaqué d'hydrophobie était enfermé dans la chambre où ce bråsier était allumé; on lui donnait à manger, mais non pas à boire !... A près sept heures de séjour dans celte fournaise ardente, l'animal était enragé.

Le président. Comment vous êtes-vous risqué à introduire l'animal dans la chambre de la victime, vous pouviez être mordu vous-même.

Michael Non, président, dans nos travaux je porte toujours un costume, un masque et des gants de peau de buffle avec lesquels je ne erains rien, j'étrangle même le chien qui m'a servi sans avoir rien à redouter.

Michael Kauffmann avoue que c'est lui qui fut l'auteur de la mort de plusieurs personnes frappées par l'hydrophobie ; il a été poussé à ces forfaits par la cupidité. Ils sont la source impure de sa fortune.

Séance tenante, les avocats des prévenus ayant renoncé à prendre la parole, les juges ont ordonné que Michael Kauffmann et Frantz, bas officier des troupes prussiennes, seraient mis à mort sur la place de Breslau.

(L'Audience).

de leur pays.

de l'après-midi, et a quitté notre rade pour se rendre à Toulon. Nos TABLETTES DES CINQ JOURS. quais étaient couverts de curieux pour le voir appareiller et pour juger

de sa marche. Poussé par une jolie brise de N.-N.-E., le Friedland, paré Faits diverg.

de toutes ses voiles, filait avec une telle rapidité, qu'en moins de deux 20 juin. — Une scène sanglante s'est passée avant-hier après-midi heures, il avait disparu. Il est allé louvoyer dans l'après-midi, sous les rue du Musée. Un monsieur descendant dans cette rus se trouva pris côtes d'Angleterre, et le soir il a été en vue, dehors de la digue, à une tout à coup entre une voiture et un brancard chargé de meubles porté distance d'un myriamètre et demi environ. Comme tous les navires faits par deux commissionnaires. Craignant d'être écrasé par la voiture , ce jusqu'ici à Cherbourg, le Friedland fait honneur aux ingénieurs qui ont monsieur se réfugia contre le brancard, et invita les commissionnaires à dirigé sa construction. » s'arrêter; mais ceux-ci ne tenant aucun compte de sa prière, le serre 24. — Un télégraphie de nuit et de jour vient d'être inventé par un inrent tellement, que son habit ayant été pris dans un crochet fut déchiré dustriel de Perpignan. Ce télégraphe emploie les signaux de la télégraphie d'un bout à l'autre. Lorsque la voiture eut dépassé le brancard, il re ordinaire ; seulement il les exécute avec des branches peintes en blanc, procha vivement cette mauvaise action aux commissionnaires qui n'a opérant sur un fond noir, et la nuit il lui suffit d'éclairer son appareil vaient pas craint d'exposer sa vie plutôt que de s'arrêter un seul par réflection pour continuer à le faire marcher; alors les signaux se instant.

détachent en lignes de feu sur le fond noir. Un essai de ce télégraphe L'un d'eux, fort mécontent du reproche et très irrascible, à ce qu'il vient d'être fait à Perpignan, en présence de MM. Mathieu et Savary, de paraît, se précipita sur lui et lui asséna plusieurs coups de poing. Le

l'Observatoire roval. monsieur riposta, et une lutte acharnée s'établit entre eux, lutte dans laquelle le commissionnaire eut le dessous et fut forcé de crier merci, LE DROIT, journal général des Tribunaux, conserve la place émiaprès avoir eu la figure tout ensanglantée. Les gardes municipaux du

nente qu'il a prise dans la presse. Il la doit non seulement à l'exacti

tude de ses comptes-rendus, dans les matières civile, criminelle, correcposte du Château-d'Eau, prévenus de cette rixe, se rendirent sur-le-champ rectionnelle et commerciale, qui en font un répertoire complet de auprès des combattans, et empêchèrent par leur intervention qu'elle n'eut jurisprudence, mais encore à des travaux sérieux et variés sur la Philoun résultat plus funeste.

sophie, l'Histoire du droit, l'Économie politique, l'Art oratoire, la Ma

gistrature, le Barreau, qui impriment à sa rédaction un caractère et un - La Gazelle Turque du 25 rebi (18 mai), contient un exemple de

attrait particuliers. Le Droit s'associe au mouvement des faits et des la manière dont les musulmans entendent la justice :

idées, sans s'y laisser jamais entraîner, et sans oublier au milieu des « Un nommé Dschilau, dit ce journal, employé au ministère du com

querelles politiques la modération impartiale, qui convient à des écrimerce, a commis un meurtre sur la personne du fils de l'effendi Ka

yains voués, avant tout, à l'étude des lois et au respect des institutions dreh-Allah. La culpabilité de Dschilau, à défaut de témoins, n'a pas pu Parmi les articles publiés par lui, depuis le commencement de cette être prouvée, mais tous les indices étant contre lui, il a été condamné année, nous avons remarqué les articles suivans, qui sont de nature à dix ans de travaux forcés et à 10,000 fr. d'amende.

indiquer la marche qu'il doit suivre et le cadre qu'il s'est tracé :

Le chancelier Poyet. Gustave III. — Le Procès des Jésuites. — Le - On lit dans le pouvel Almanach royal de la Saxe:

Procès de Ramus. — Organisation du Parlement de Paris. — Les Avo« La population du royaume monte à 1,687,141 hommes. Les pro cats au Parlement d'Angleterre. — Pistoire du Faux. — Les Arrêts duits de mines ont rapporté, en 1839, la somme de 7 millions environ.

d'amour. — Jurisprudence galante. Institutions judiciaires de Rome.

Francois Hotman. - Augustin-Nicolas Bodin. - De Thou. – Vico. L'industrie lainière est considérable. On compte 3 à 4,000 métiers qui - M. Ballanche. - M. Persil. - M. Paillet. - M. Chauveau-Ladonnent tous les ans 160,000 pièces de drap. Les principales fabriques garde. — M. Daunou. - M. Pardessus. Cambacérès. Barère de de soie sont à Annaberg, à Pening et à Traukenberg. Le budget des fi

Vieuzac, etc., etc.

A partir du 1er juillet prochain, le Droit publiera : nances présente, depuis 1840 jusqu'à 1842, 15,896,176 fr. de revenu, et

Philosophie. Spinosa. Leibnitz. Bonald. Maine de Biran. M. Cou. 15,214,966 fr. de dépense. La dette de l'État monte à 36,908,327 fr. » sin. - HISTOIRE JUDICIAIRE. Napoléon législateur. Les Prisons d'Etat - Par décret du 21 avril 1841, approuvé le même jour par S. S. le sous l'Empire. La Magistrature consulaire. Les Magistrats depuis 1830.

Les Avocats députés. Les Avocats sous l’Empire. Les Avocats sous la pape Grégoire XVI, la congrégation générale de l'Inquisition romaine et

Restauration. Les Anciens Magistrats. Les Anciens Avocats. - JCBISuniverselle a déclaré l'exercice du magnétisme illicite. « Usum magne CONSULTES ANCIENS. Dunod. Le président Bouhier. Catelan. Dargentré. tismi proul exponitur non licere. » Telles sont les paroles du décret de Laurière. Le président de Brosses. MAGISTRATURE ET BARAE AC l'inquisition auxquelles est ajouté l'approbavit du pape.

MODERNES. MÀ. Franck-Carré. Sauzet. Plougoulm. Martignac. Ravez.

Corbière. Peyronnet. Delangle. Marie. Romiguières. Garnier, président 21. — A l'occasion du prix de vertu que l'Académie vient de décerner du Sénat. Cormenin. Marchangy. - RÉDACTEUR DU CODE CIVIL. Réal. à l'acteur Moëssard, le Temps rapporte l'anecdote suivante, qui jus!ilie Tronchet. Treilbard. Berlier. Malleville. Régnauld de Saint-Jean-d'Anà la fois les excellentes habitudes du lauréat et la bonne opinion qu'on

gely. - JURISCONSULTES MODERNES. MM Proudhon. Troplong. Durer

gier. - ÉCOLES DE DROIT. MM. Blondeau. Pellat. Valette. Ortolan. Laa de lui : Moëssard était un jour en scène ; il avait à maudire une fille ferrière. Giraud (d'Aix). · LE BARREAU EN PROVINCE. Barreau de coupable; déjà il levait les mains avec toute la solennité voulue , lors Lyon. Barreau de Toulouse. Barreau d'Aix. Barreau de Caen, etc., etc. qu’une voix cria d'une loge d'avant-scène : « Moëssard ne la maudissez

MAGISTRATURE ET BARREAU D'ANGLETERRE. Les Avocats au Par

lement. De la Corruption de la Magistrature. Histoire de la Torture. pas, elle peut se corriger. » Et Moëssard ne la maudit pas.

Suite de l'Histoire du Faux. - LE BARREAU DE BELGIQUE. De l'ins22. - Un fâcheux accident est arrivé hier à la barrière de l'Étoile. truction publique. Institutions judiclaires de l'Espagne. Études de Droit Dans un maison en construction où l'on est en train de creuser un puits, civil, criminel et commercial. listoire du Guet. Les premiers Présidens

du Parlement de Paris. Les Lieutenans civils. Procès anciens. Procès les ouvriers ayant rencontré un banc de roches, ont été obligés d'em

modernes. Tribunal révolutionnaire. Cours prévõtales. ployer la mine pour en faire l'extraction. Au moment où une explosion Le Droit publie en outre : venait d'avoir lieu , un ouvrier descendit pour en retirer les morceaux

1° L'Analyse des livres relatifs à la science du droit, à l'histoire et à qu'elle avait fait éclater; mais la colonne d'air qui pèse sur l'orifice du

la philosop!ie ; 2° la Revue mensuelle contenant le résumé des travaux

de l'Académie des sciences morales et politiques ; 3° la Revue analytipuits avait empêché la fumée de s'évaporer, et lorsqu'il arriva dans le bas, que et raisonnée des cours de l'École de Droit, de la Sorbonne et du col. il se sentit suffoqué et s'écria : « Remontez-moi! » Malheureusement, lege de Erance ; 4° LA SALLE DES PAS-PERDUS, clironique de tous les

faits de l'ordre judiciairr, par un VIEIL AVOCAT.. les forces lui manquèrent avant qu'on eût pu opérer son ascension, et il tomba au fond du précipice, où il a été asphyxié. Cet homme, âgé de

BOUCHEIX. 29 ans, était marié et père de famille. 23. – On lit dans le Journal de Cherbourg :

Paris. — Imprimerie et lithographie de MAULDE et RENOU, Le vaisseau le Friedland a enfin mis à la voile jeudi, vers une heure

rue Bailleul, 9 ei ll, près du Louvre.

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SOMMAIRE

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- Monaco, par M. ALEXANDRE DUMAS. Les anciennes prisons de

Paris ; l'oflicialité. Une tentative d'évasion, par M. F. L....X. Voyage aux ruines de Palmyre, par M. BAPTISTIN POUJOULAT (suite). - Les caïdjis, bateliers de Constantinople (suite). - Tribunaux : assises de la ville de Leeds; tribunal de police correctionelle. Théâtres : Palais-Royal, les Economies de Cabochard, par MM. DuMANOIR et SIRAUDIN. Modes. Bibliographie. – Tablettes des cinq jours; Faits divers. — Tables semestrielles.

Au présent numéro est jointe une gravure de Mode.

après je ne sais quel protocole qui regardait l'empereur de Russie ou le roi de Prusse, il ajouta :

Et le prince de Monaco rentrera dans ses États. Cette disposition était bien peu de chose, elle ne faisait pas matériellement la moitié d'une ligne; aussi passa-t-elle inaperçue, ou si elle fut aperçue, personne ne jugea que ce fut la peine de rien dire contre.

L'article supplémentaire passa donc sans aucune contestation.

Et Mme de D... écrivit au prince de Monaco qu'il était rentré dans ses États.

Le 25 février 1815, trois jours après avoir reçu cette nouvelle, le prince de Monaco fit venir des chevaux de poste et prit la route de sa principauté.

En arrivant au golfe Juan, il trouva le chemin barré par deux pièces de canon.

Comme il approchait de ses États, le prince de Monaco fit grand bruit de cet embarras qui le retardait, et ordonna au postillon de faire déran ger les pièces et de passer outre.

Le postillon répondit au prince que les artilleurs dételaient ses chevaux.

Le prince de Monaco sauta à bas de sa voiture pour donner des coups de canne aux artilleurs, jurant entre ses dents que, si les drôles passaient jamais par sa principauté, il les feraient pendre.

Derrière les artilleurs il y avait un homme en costume de général.

– Tiens ! c'est vous Monaco ? dit en voyant le prince l'homme en costume de général. Laissez passer le prince, ajouta-t-il aux artilleurs qui lui barraient le passage; c'est un ami. Le prince de Monaco se frotta les yeux.

Comment, c'est vous, Drouot ? lui dit-il, - Moi-même, mon cher prince. - Mais, je vous croyais à l'île d'Elbe avec l'Empereur ?

Eh ! mon Dieu, oui, nous y étions en effet, mais nous sommes venus faire un petit tour en France ; n'est-ce pas maréchal ?

- Tiens ! c'est vous, Monaco ? dit le nouveau venu ; et comment vous portez-vous, mon cher prince,

MONACO.

On sait l'histoire du prince de Monaco.

Mme de D... avait suivi M. le prince de Talleyrand au congrès de Vienpe.

- Mon cher prince, lui dit-elle un jour, est-ce que vous ne ferez rien pour ce pauvre Monaco, qui, depuis quinze ans, comme vous savez, a tout perdu, et qui avait été obligé d'accepter je ne sais quelle pauvre petite charge à la cour de l'usurpateur ?

– Ah! si fait, répondit le prince, avec le plus grand plaisir. Ce pauvre Monaco ! vous avez bien fait de m'y faire penser, chère amie ! je l'avais oublié.

Et le prince prit l'acte du congrès qui était sur sa table, et dans lequel on retaillait à petits coups de plume le bloc européen que Napoléon avait dégrossi à grands coups d'épée ; puis de sa plus minime écriture,

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serai pas.

Le prince de Monaco se frotta les yeux une seconde fois.

en temps à Charles-Quint et à Philippe II, et confisqua à son ancien - Et vous aussi, maréchal, lui dit-il; mais vous avez donc tous quitté protégé ses possessions milanaises et napolitaines. l'ile d'Elbe ?

Il résulta de cette confiscation que le pauvre seigneur se troura réduit – Eh ! mon Dieu, oui, mon cher prince, répondit Bertrand ; l'air en

à son petit Etal. Alors, Louis XIV, pour l'indemniser, lui dorna en était mauvais pour notre santé, et nous sommes venus respirer celui de

échange le duché de Valentinois dans le Dauphiné, le comté de Carlades France.

dans le Lyonnais, le marquisat des Baux et la seigneurie de Buis en Pro- Qu'y a-t-il donc, messieurs, dit une voix claire et impérative, de

vence; puis il maria le fils d'Honoré II avec la fille de M. Legrand. Ce vant laquelle le groupe qui entourait le prince s'ouvrit.

mariage eut lieu en 1688, et valut à M. de Monaco et à ses enfans le Ah ! ah ! c'est vous, Monaco ? dit la même voix.

titre de princes étrangers. Ce fut depuis ce temps-là que les Grimaldi Le prince de Monaco se frolta les yeux une troisième fois. Il croyait

changèrent leur titre de seigneur contre celui de prince. faire un rêve.

Le mariage ne fut pas heureux; la nouvelle épousée, qui était celle - Oui, sire! oui, dit-il; oui, c'est moi. Mais d'où vient Votre Ma belle et galante duchesse de Valentinois si fort connue dans la chrojesté? où va-t-elle ?

nique amoureuse du siècle de Louis XIV, se trouva un beau matin, Je viens de l'ile d'Elbe, et je vais à Paris. Voulez-vous venir d'une enjambée, hors des états de son époux, et se réfugia à Paris, tenant

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sur le pauvre prince les plus singuliers propos. Ce ne fut pas tout : la avec moi, Monaco ? vous savez que vous avez votre appartement aux Tuileries.

duchesse de Valentinois ne borna pas son opposition conjugale aux pa. — Sire, dit le prince de Monaco qui commençait à comprendre, je

roles, et le prince apprit bientôt qu'il était aussi malheureux qu'un mari n'ai point oublié les bontés de votre Majesté pour moi, et j'en garderai peut l'être. une éternelle reconnaissance. Mais il y a huit jours à peine que les

A cette époque, on ne faisait guère que rire d'un pareil malheur: Bourbons m'ont rendu ma principauté, et il n'y aurait vraiment pas as

mais le prince de Monaco était un homme fort bizarre , comme l'avait dit sez de temps entre le bienfait et l'ingratitude. Si votre majesté le per

la duchesse, de sorte qu'il se fàcha. Il se fit instruire successivement du met, je continuerai donc ma route vers ma principauté, où j'attendrai

nom des différens favoris de sa femme, et les fit pendre en efiigie dans ses ordres.

la cour de son château. Bientôt la cour fut pleine et déborda sur le - Vous avez raison, Monaco, lui dit l'Empereur; allez, allez! seule

grand chemin , mais le prince ne se lassa point et continua de faire ment vous savez que votre ancienne place vous attend : je n'en dispo.

pendre. Le bruit de ces exécutions se répandit jusqu'à Versailles;

Louis XIV se fåchia à son tour, et fit dire à M. de Monaco d'être plus - Je remercie mille fois votre Majesté, répondit le prince.

clément; M. de Monaco répondit qu'il était prince souverain, qu'en L'Empereur fit un signe, et l'on rendit au postillon ses chevaux, qui qu'on devait lui savoir gré de ce qu'il se contentait de faire pendre des

conséquence il avait droit de justice basse et haute dans ses états, ti avaient déjà mis en position une pièce de quatre.

hommes de paille. Le postillon rattela ses chevaux. Mais tant que le prince fut à la por La chose fit un si grand scandale qu'on jugea à propos de ramener tée de la vue de l'Empereur, il ne voulut point remonter en voiture et

la duchesse à son mari. Celui-ci, pour rendre la punition entiere, marcha à pied.

voulait la faire passer devant les effigies susdites; mais la princesse Quant à Napoléon, il alla s'asseoir tout pensif sur un banc de bois à

douairière de Monaco insista si bien que son fils se départit de cette la porte d'une petite auberge, d'où il présida le débarquement.

vengeance, et qu'il fut fait un grand feu de joie de tous les maunePuis quand le débarquement fut fini, comme il commençait à se faire

quins. tard, il décida qu'on n'irait pas plus loin ce jour-là, et qu'il passerait la

« Ce fut, dit Mme de Sévigné, le flambeau de ce second hymenée. » nuit au bivouac.

On vit bientôt cependant qu'un grand malheur menaçait les princes Le prince de Monaco, lionoré V, actuellement régnant, est le même

de Monaco. Le prince Antoine n'avait qu'une fille et perdait de jour qui, en revenant en 1815, dans ses états, rencontra Napoléon au golfe

en jour l’espoir de lui douner un frère. En conséquence, le prince Juan.

Antoine maria, le 20 octobre 1715, la princesse Louise-Hippolyte à Le prince de Monaco est né pour la spéculation, quoique toutes les

Jacques-Francois-Léonor de Guyon-Matignon, auquel il céda le duche spéculations ne lui réussissent pas, témoin la monnaie qu'il a fait battre

de Valentinois, en attendant qu'il lui laissåt la principauté de Monaco, en 1837 et qui s'use tout doucement dans sa principauté, attendu que les ce qu'il fit, à son grand regret, le 26 février 1731. Jacques-Francois rois ses voisins ont refusé de la recevoir.

Léonor de Guyon-Matignon, Valentinois par mariage et Grimaldi par La principauté de Monaco a subi de grandes vicissitudes : elle a été succession, est donc la souche de la maison régnante actuelle, qui toțr à tour sous la protection de l'Espagne et de la France, puis Répu va s'éteindre à son tour dans la personne d'Honoré V et dans celle de blique fédérative, puis incorporée à l'Empire français, puis rendue, son frère, tous deux sans postérité masculine et sans espérance d'en comme nous l'avons vu, à son légitime propriétaire en 1814, avec le pro obtenir. tectorat de la France, puis remise en 1815 sous le protectorat de la Honoré IV régnait tranquillement, lorsque arriva la révolution de 89. Sardaigne. Nous allons la suivre dans ces différentes révolutions, dont Les Monacois en suivirent toutes les phases avec une aitention toute quelques unes ne manquent pas d'une certaine originalité.

particulière; puis, lorsque la République fut proclamée en France, ils Monaco fut, vers le dixième siècle, érigée en seigneurie héréditaire profitèrent d'un moment où le prince était je ne sais où, s'armèrent de par la famille Grimaldi, puissante maison génoise qui avait des posses tout ce qu'ils purent trouver sous leurs mains, et marchèrent sur le sions considérables dans le Milanais et dans le royaume de Naples. palais, qu'ils prirent d'assaut, et dont ils commencèrent par piller les

Vers 1550, au moment de la formation des grandes puissances euro caves, qui pouvaient contenir douze à quinze mille bouteilles de vid. péennes, le seigneur de Monaco, craignant d'être dévoré d'une seule Deux heures après, les huit mille sujets du prince de Monaco étaient bouchée par les ducs de Savoie ou par les rois de France, se mit sous ivres, la protection de l'Espagne. Mais, en 1641, cette protection lui étant Or, à ce premier essai de liberté, ils trouvèrent que la liberté était devenue plus onéreuse que profitable, llonoré II résolut de changer de une bonne chose, et résolurent à leur tour de se constituer en républiprotecteur et introduisit garnison française à Monaco. L'Espagne, qui que. Seulement, comme Monaco était un trop grand état, pour donner avait dans Monaco un port et une forteresse presque imprenables, entra naissance à une république une et indivisible comme était la République dans une de ces belles colères flamandes, comme il en prenait de temps française, il fut résolu entre les fortes têtes du pays qui s'etaient consti.

tuées en assemblée nationale, que la république de Monaco serait à l'in En traversant Mantone, une enseigne nous donna une idée du degré star de la république américaine, une république fédérative. Les bases de civilisation où en était venue l'ex-république fédérative, l'an de grâce de la nouvelle constitution furent donc débattues et arrêtées entre 1835. Au dessus d'une porte on lisait en grosses lettres : Monaco et Mantone, qui s'allièrent à la vie et à la mort; il restạit Mariane Casanove vend pain et modes. un troisième village appelé Roque-Brune. Il fut décidé qu'il appartien A un quart de lieue de la ville, nous retombâmes dans une seconde lidrait par moitié à l'une et à l'autre des deux villes. Roque-Brune mur gne de douanes et dans un second visa de passeport; le passeport n'était mura ; il aurait voulu être indépendant et entrer dans, la fédération, rien, mais la visite fut cruelle, et nous pûmes nous convaincre que, dans mais Monaco et Mantone ne firent que rire d'une prétention aussi les états du prince de Monaco, l'exportation était aussi sévèrement déexagérée : Roque-Brune n'étant pas le plus fort , il lui fallut donc se fendue que l'importation. Nous voulûmes employer le moyen usité en taire : seulement, à partir de ce moment, Roque-Brune fut sigualé pareil cas, mais nous avions affaire à des douaniers incorruptibles, qui aux deux conventions nationales comme un foyer de révolution. Malgré ne nous firent pas grâce d'une brosse à dents; de sorte qu'il nous fallut, cette opposition, la république fut proclamée sous le nom de république nous et nos effets, recevoir une contre-épreuve du déluge, attendu que, de Monaco.

sous le prétexte de la beauté du climat, il n'y a pas même de hangar. Je Mais ce n'était pas le tout pour les Monacois que d'être constitués en profitai de ce contre-temps pour approfondir un point de science chorépublique : il fallait se faire, dans les États qui avaient adopté la même régraphique, que je m'étais toujours proposé de tirer au clair à la preforme de gouvernement, des alliés qui les pussent soutenir. Ils pensèrent mière occasion ; il s'agissait de la Monaco, où, comme chacun sait, l'on naturellement aux Américains et aux Français ; quant à la république chasse et l'on déchasse. Je fis en conséquence, pour la troisième fois de Saint-Marin, la république fédérative de Monaco la méprisait si fort depuis que j'avais quitté la frontière, toutes les questions possibles sur qu'il n'en fut pas même question.

cette contredanse si populaire par toute l'Europe; mais là, comme ailToutefois, parmi ces deux gouvernemens, un seul était à portée, par leurs, je n'obtins que des réponses évasives qui redoublèrent ma curiosa position topographique, d'être utile à la république de Monaco : c'é sité, car elles me confirmèrent dans ma première opinion, à savoir que tait la république française. La république de Monaco résolut donc de ne quelque grand secret, où l'honneur du prince ou de la principauté se s'adresser qu'à elle; elle envoya trois députés à convention nationale trouvait compromis, se rattachait à cette respectable gigue. Il me falpour lui demander son alliance et lui offrir la sienne. La convention na lut done sortir des États du prince, aussi ignorant sur ce point que j'y tionale était dans un moment de bonne humeur; elle reçut parfaitement étais entré, et perdant à jamais l'espoir de découvrir un mystère que je les envoyés de la république de Monaco, et les invita à repasser le len n'avais pu éclaircir sur les lieux. demain pour prendre le traité,

ALEXANDRE DUMAS (1), Le traité fut dressé le jour même. Il est vrai qu'il n'était pas long : il se compose de deux articles :

« ART. 1er. Il y aura paix et alliance entre la république française et la république de Monaco.

LES ANCIENNES PRISONS DE PARIS. « ART. 2. La république française est enchantée d'avoir fait la connaissance de la république de Monaco. »

L'OFFICIALITÉ. Ce traité, comme il avait été dit, fut remis aux ambassadeurs, qui repartirent fort contens.

A une époque où les croyances religieuses étaient profondes et sincèTrois mois après, la république française avait emporté la république

res, alors que l'obéissance aux lois et aux réglemens de l'église était rede Monaco dans sa peau de lion,

gardée comme une haute nécessité sociale, la juridiction ecclésiastique, On n'a pas oublié, sans doute, comment, grâce à Mme de D., le traité appelée officialilé, avait une véritable importance. Avant donc de nous de Paris rendit, en 1814, au prince Honoré V, ses États, qu'il a heureu

occuper du monument qui servait de prison à cette juridiction, nous alsement conservés depuis.

lons, en quelques mots, rappeler le but et les attributions de cette juriAu reste, le prince Honoré V, toute plaisanterie à part, est fort aimé

diction elle-même. de ses sujets, qui voient avec une grande inquiétude l'heure où ils chan

L'officialité connaissait des oppositions aux publications de bans et geront de maitre. En effet, malgré le mépris qu'en fait Saint-Simon (1),

célébrations de mariages; des matières purement personnelles entre ecils habitent un délicieux pays, dans lequel il n'y a pas de recrutement

clésiastiques ; des causes entre laïques, quand il s'agissait des dîmes au et presque pas de contributions, la liste civile du prince étant presque

pétitoire; du mariage, quant à sa validité ou invalidité ; de l'hérésie et entièrement défrayée par les deux et demi pour cent qu'il perçoit pour

de la simonie; enfin, des appellations interjetées des sentences rendues les marchandises, et par les seize sous qu'il prélève sur les passeports.

par les offices des évêques suffragans. Quant à son armée, qui se compose de cinquante carabiniers, elle se re

Les juges se composaient de l'official, dų vice-gérant, d'un promoteur, crute par des enrôlemens volontaires.

d'un vice-promoteur, d'un greflier des insinuations; quatre procureurs Malheureusement nous ne pûmes jouir, comme nous l'aurions voulu,

et trois huissiers appariteurs complétaient cette juridiction dont tous les de cette charmante orangerie qu'on appelle la principauté de Monaco ;

offices étaient à la nomination de l'archevêque de Paris. Le ressort de une pluie atroce nous ayant pris à la frontière, et nous ayant accom

l'officialité comprenait l'archevêque de Paris, l'évêque d'Orléans, ceux de pagnés avec acharnement pendant les trois quarts d'heure que nous

Meaux et de Blois. Les appels se faisaient au Parlement. mimes à traverser le pays, il en résulta que nous n'aperçûmes la capi

On comptait parmi les dignitaires du chapitre de la métropole, trois tale et sa forteresse, dans laquelle tiendrait la population de toute la

archidiacres : l'archidiacre de Paris, l'archidiacre de Josas, et l'archidiaprincipauté, qu'à travers une espèce de voile: il en fut ainsi du port,

cre de Brie. où nous distinguâmes cependant une felouque, laquelle, avec une autre qui, pour le moment, était en course, forme toute la marine du fois c'était une chose assez ordinaire que les archidiacres troublassent prince.

leurs évêques, à cause de la trop grande autorité qu'ils avaient prise

dans l'administration des diocèses; de sorte que, les évêques venant à (1) · C'est, au demeurant, la souveraineté d'une roche, du milieu de laquelle on peut, pour ainsi dire, cracher hors de ses étroites limites. »

(1) Extrait d'une Année à Florence, 2 vol, in-8°, chcz Dumont au Palais(Mémoires du duc de Saint-Simon.) Roya!.

u- « Il est bon de remarquer, dit un vieil annaliste de Paris, qu'autre

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