Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

l'ennemi. C'est une confusion, un désordre dont chacun profite pour bach chaouch ont été tués. Le caïd Arbi a été grièvement blessé. Ces s'enrichir aux dépens de son voisin.

événemens ne nous mettent pas en odeur de sainteté dans le camp, et Nous marchons pendant cinq ou six heures, et nous allons établir nos nous désirons plus que jamais voir cesser le provisoire dans lequel on pénates sur le bord du Chélif, près de Kontra. Le pays des Bni Zegzeg nous tient. nous reste dans le sud, le Kont'ra à l'ouest.

Vers le niidi, un nuage qui s'élève dans l'ouest nous annonce le Comme le khrodja a très peu de troupes avec lui, il fait placer notre sultan, c'est le titre que prend l'émir. Il est accompagné de deux ou tente près de la sienne, et le khrasnadar (comptable) établit ses maga trois mille cavaliers, et vient camper à deux ou trois portées de fusil de sins à deux pas de nous. Cet employé est aussi un Algérien émigré. nous.

La monnaie française n'ayant point cours ici, il nous change des piè On nous fait savoir qu'il daignera nous admettre devant son auguste ces de cinq francs contre des mouhhamadines; c'est le nom de la secca personne après la prière de l'aassar. Au moment indiqué pour l'entrevue, (monnaie) d'Abd-el-Kader. Sa valeur conventionnelle est au moins six contre ordre. Ce n'est que demain, à neuf heures, que nous serons reçus; fois plus élevée que réelle. Par extension, on appelle mouhhamadines mais on nous fait demander les lettres dont nous sommes porteurs. A les indigènes qui sont sous la domination d’Abd-el-Kader, et souardas cinq heures, Miloud-ben-Arach, aga, entre dans notre tente et nous dit (sous) ceux qui vivent sous la nôtre.

que son souverain a pris connaissance de nos dépêches, qu'il ne s'occuLe 4, voici trois jours que nous sommes arrivés et nous n'avons au pera pas de notre affaire, et qu'il donne plein pouvoir à son khalifa de cune nouvelle d'Abd-el-Kader : les uns le croient à Tekedempt, d'autres la traiter. « Vous pourrez donc partir d'ici quand vous voudrez, ajoutele disent à Aïn-Fadda. On parle de nous envoyer vers lui, ce dont nous t-il d'un ton impertinent et en termes peu parlementaires. » Ce personserions enchantés, car l'inaction dans laquelle nous sommes est insup nage que son voyage en France aurait dû rendre moins grossier, se lève portable.

alors sans nous saluer et nous laisse seuls. Nous nous consolons de ses Le 5, nous apprenons qu'on s'était battu au col de Mouzaña. Les Ara mauvais procédés en songeant que nous aurons affaire au khalifa qui a bes ont éprouvé des pertes. On nous fait bonne mine. Abd-el-Kader ne toujours été très poli avec nous. nous fait rien dire. A trois heures, on exécute plusieurs criminels. On Le 8, nous faisons seller nos chevaux de bon matin ; mais c'est en est expéditif ici : arrêtés ce matin, condamnés sans être entendus après vain que nous attendons le guide qui doit nous accompagner, on nous la prière du dohor; ils ont cessé de vivre à celle de l'aassar.

apprend que notre départ est remis à demain. Ce retard nous contrarie Un soldat du bataillon d'Afrique arrive de Miliana. C'est un déserteur. d'autant plus que, depuis huit jours, c'est au lendemain qu'on nous renOn en compte deux ou trois cents chez les Arabes. On lui donue une voie, et nous n'avons encore rien fait. gratification et on lui demande s'il veut se faire musulman ou rester chré A quatre heures, Miloud-ben-Harach, l'ex-ambassadeur d’Abd-el-Kader tien. Notre homme embrasse la religion de Mahomet, et répète entre les près le roi des Français, nous fait dire qu'il est dans la tente du Khrazmains d'un iman, la formule : « Il n'y a pas de Dieu, si ce n'est Dieu, nader, et nous invite à nous у

rendre. Mahomet est son prophète. » Comme il ne connait aucun métier, il est Nous nous dirigeons donc vers lui, et nous prenons place sur des caisses incorporé dans la compagnie d’Heuldjy (Européens) du bataillon du qui doivent nous servir de siéges. Ben - Harack qui s'est accroupi dans khalifa. S'il avait exercé une profession industrielle, on l'aurait dirigé l'intérieur de la tente, quoique nous soyons à l'extérieur, nous parle des sur une des fabriques de l'intérieur.

hasards de la guerre, etc., etc. C'est maladroit de sa part, car, sous ce Un grand marché doit se tenir demain auprès du camp. Déjà aujour- rapport, les Arabes sont plus souvent malheureux que nous. Je le lui fais d'hui plus de mille Arabes arrivent de tous côtés pour y assister. Ils ont sentir. presque tous des bestiaux. Ce voisinage pous donne de grandes inquié Le ton de Ben-Harack est pourtant moins impertinent qu'hier. Ils sent tudes. Nous craignons que pendant la nuit on ne se venge sur nous des peut-être que des paroles ne sauraient augmenter l'offense. Ils nous conmalheurs de la guerre. Le kbrodja partage, à ce qu'il parait, nos appré-gédie en nous assurant que demain nous pourrons nous rendre près de hensions, car je vois à l'entrée de la nuit deux factionnaires prendre Mohamed-ben Allah. place, par son ordre, près de notre tente. Cette précaution ne nous pa Le 9, à la pointe du jour, nous quittons le Kontra et prenons la direcraissant pas suffisante, ces messieurs et moi prenons des mesures pour tion de Médéah. Le khalifa doit être avec son corps d'armée dans les que l'un de nous ne reste point endormi.

environs de cette ville. Nous sommes bien aise de partir, car nos hôtes, Pendant mon quart, je vais voir nos factionnaires. Ils sont étendus à depuis plusieurs jours, ne montrent pas beaucoup de bonne volonté à terre et ont posé leurs fusils sur leurs burnoes afin que ce vêtement ne notre égard, et notre ordinaire, si copieux, si choisi d'abord, s'est tellesoit pas enlevé par le vent. Ils ronflent tous les deux. Heureusement la ment modifié par suite de leur mauvaise humeur, que nous avons à peine nuit se passe tranquillement.

de quoi manger ces jours-ci. Le 6, le marché a lieu. Il est très animé. Trois ou quatre cents Ara Nous traversons plusieurs petites tribus auxquelles la sortie de nos bes environ y assistent. Nous pensions pouvoir nous y rendre avec quel troupes a enlevé ses guerriers. Nous y voyons peu d'hommes; encore ques chaouches

pour chasser l'ennui qui commence à nous atteindre; moins de chevaux; les champs sont presque sans culture. mais on nous défend de sortir de notre tente, sous le prétexte que notre A dix heures, nous apercevons devant nous, dans l'est, une grande présence pourrait occasionner du trouble. On a beaucoup moins d'é quantité de cavaliers et, plus à gauche, un bataillon de fantassins. C'est gards pour nous. Notre interprète devient d'une insolence qui nous l'avant-garde de la colonne du khalifa. Cette rencontre nous fait beau

coup de plaisir; car nous avons håte d'accomplir la mission dont nous Je recueille la mercuriale du marché. La voici :

sommes chargés. Comme nous pressons le pas, et que, de leur côté, les Blé, 45 fr. le saâ (décalitre); orge, 37 fr. id.; bocuf, 12 fr.; mouton, Arabes marchent bon train, nous ne tardons pas

à nous joindre. 1 fr. 20 c.; chevaux, 200 fr.; chameaux, 120 fr.; tabac, 20 fr. le kilog.; L'armée s'arrête alors et le khalifa nous fait dire qu'il va nous entre'café, 12 fr.; fusil de munition, 25 fr.; poudre, 5 fr. 40 c. le kilog. tenir.

Les objets manufacturés ont en général une valeur quinze ou vingt fois Tout à coup ses cavaliers qui restaient immobiles prennent le galop plus forte qu'à Alger. Les ventes se font au comptant, et souvent par dans diverses directions. Ils animent leurs chevaux par de grands cris, voie d'échange. Les fusils et la poudre sont de fabrique anglaise. Les reviennent sur leurs pas, repartent de nouveau comme l'éclair, font bestiaux, quoiqu'à un vil prix, n'ont pas d'écoulement.

en l'air de nombreuses décharges de mousqueterie, et simulent des Le 7 au matin, nous apprenons le combat de Aïn-Zibaudji-el-Aza combats à l'arme blanche. Les cris de guerre qu'ils poussent, les hourer, Les Arabes ont fait de grandes pertes. L'aga du bey Barkani et son ras des chefs, le cliquetis des armes, les détonations d'armes à feu, les

donne à penser.

[ocr errors][ocr errors]

hennissemens des chevaux se inêlent, se croisent, et font un bruit infernal.

On appelle en Afrique fantasia cette espèce de petite guerre, c'est un des plus grands plaisirs des Arabes. Le khalifa a ordonné celle-ci, qui est la plus belle que j'ai vue, pour nous faire honneur.

Quoique les Arabes viennent de combattre pendant trois ou quatre jours, je remarque avec surprise qu'ils ont des paquets entiers de cartouches.

Parmi les trois ou quatre mille cavaliers qui prennent part à la fantasia, il se trouve de mauvais tireurs. Plusieurs balles nous sifflent aux oreilles, et une vient s'enfoncer en terre à dix pas de nous. L'aga fait alors immédiatement cesser le feu qui aurait pu devenir funeste pour nous si un maladroit ou un mal intentionné avait persisté à nous prendre pour but. La fantasia a duré un quart d'heure à peu près ; huit à dix mille cartouches ont été brûlées. Je croyais nos ennemis plus avares de poudre.

Le khalifa est descendu de cheval, et s'est accroup isur le gazon dans le lit du Chélif. Nous allons prendre place vis-à-vis de lui, et enfin nous pouvons parler de l'affaire qui nous amène.

Les troupes suivent au dessus de nous le cours de la rivière. Une vingtaine de nègres de la garde d'Abd-el-Kader restent seuls avec nous.

Je me souviendrai toute ma vie de l'impression que j'éprouve en ce moment. Tout est si grandiose ici !... L'immense plaine du Chélif qui nous sert de tapis... Les deux Atlas où son horizon va se briser... et sur nos têtes mille gros nuages pleins de tempêtes...

L'orage éclate sur nous. Il coupe court aux discussions futiles, hésitations auxquelles donne toujours lieu le traité de la moindre importance avec les Arabes. J'en suis heureux pour ma part, car ces messieurs ne connaissent pas très bien l'arabe, je suis le principal orateur. En moins de vingt minutes nous avons terminé, et un kbrodja, au dessus duquel trois Arabes étendent leur burnou pour garantir les papiers de la pluie qui tombe par torrens, dresse en double expédition un acte de nos conventions.

Nous faisons alors nos adieux au khalifa , non sans le remercier des bons procédés qu'il n'a pas cessé d'avoir pour nous. Nous nous remettons en route, et cette fois, c'est pour retourner à Alger. Nous rencontrons en grand nombre des bandes de cavaliers des tribus. Tous viennent de se battre ces jours-ci contre nos troupes.

Comme nos chevaux sont d'un bon pied, malgré la pluie, nous arrivons à minuit chez le caïd des Hadjoutes; nous ne nous sommes pas arrêtés un sel instant, et ni nous, ni nos chevaux n'ont pris de nourriture depuis hier. On nous fait assez bon accueil.

Le 11, nous continuâmes notre marche. Avant de partir, le bach chraoub nous offre du tabac et nous présente la tabatière volée. C'est lui qui est le coupable. Il nous explique qu'ayant été chargé de distribuer des coups de bâton aux autres larrons, il s'était donné garde de s'en réserver. Aujourd'hui il y a prescription, aussi remet-il gravement la tabatière dans sa poche.

A deux heures nous arrivons à portée de canon de Bouffarick où notre guide nous laisse parce qu'il craint les boulets. Nous entrons peu après dans le ca mp et de là repartons pour Alger, où nous arrivons à onze heures du soir.

CHARLES DE TOUSTAIN.

(Messager.)

l'illustre assemblée sans aiguiser ma plume, et en lui faisant une prófonde révérence.

L'Institut est le palais de l'intelligence, et, à ce titre, il a droit à quelque respect. Nous l'avons vu souvent ouvrir sa porte à deux battans pour laisser passer le talent; quelques uns prétendent, il est vrai, qu'il a aussi une petite porte secrète pour faire entrer la médiocrité, mais, hélas! n'en est-il pas de même partout? la chambre des députés et la chambre des pairs n'ont-elles pas aussi leur escalier dérobé ? l'Académie, pour rester digne de sa création, doit-être une sorte d'assemblée représentative; il faut que la littérature envoie là ses députés pour défendre tous ses priviléges, pour représenter toutes ses gloires. Tous ses préférés divers doivent y trouver place ; les conservateurs, et les fondateurs, ceux qui veulent maintenir l'architecture grecque des vieux monumens de la pensée, ceux qui veulent bâtir de nouveaux édifices, et le génie doit y entrer royalement qu'il s'appelle Corneille ou Victor Hugo.

Au lieu de partager cette conviction, l'Académie a répondu à l'appel du poëte et du public par des retards incompréhensibles. Elle a longtemps méconnu la haute mission dont elle s'est chargée : ce n'est pas elle qui fait la gloire, mais elle doit la constater: quand le public avait moulé le piedestal, il était beau d'être appelé à le couler en bronze. Elle a mieux aimé céder a de mesquines intrigues, et, lorsque M. Victor Hugo frappait à sa porte, au lieu de la lui ouvrir avec empressement, elle tirait lentement les verroux.

Qui est-là ? disait-elle. - C'est le grand poète, répondait la foule ; c'est l'architecte et le roi d'une nouvelle poésie. Il admire comme vous les modèles antiques, mais il n'imite pas, parce qu'il sait créer; loin de relâcher les chaînes poétitiques, comme certaines gens l'en accusent, il les tend plus fortement , il brise les liens des rhéteurs, il resserre les liens du goût. C'est le penseur profond, c'est l'écrivain rigoureux, aux études sévères, qui respecte toujours la gammaire et la raison, mais qui sait les parer de vêtemens couleur du soleil. C'est le peintre et le sculpteur de la pensée, qui taille à ses idées une forme nette et svelte, et qui écrit avec un pinceau.

L'Académie n'ouvrait pas; le poète et la foule frappaient une seconde fois :

- Qui est-là ? disait l'Académie.

Ce sont les Feuilles d'Automne, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres ; ce sont toutes les hautes pensées du poète avec leurs draperies d'écarlate, tous ses rêves orageux, toutes ses douleurs poétiques, toutes ses larmes cristallisées.

Alors l'Académie relut ces recueils éclatans, et, quand elle eut bien visé le brillant passeport du poète, elle le laissa franchir la frontière.

Le 3 juin était le jour fixé pour sa réception. La séance ne devait commencer qu'à deux heures, mais la partie matinale du public arrivait à onze heures la patience dans l'ame et le journal du jour dans la po. che : on s'asseyait, on lisait, et l'on attendait. A midi les bancs étaient déjà remplis; une foule de femmes les garnissait : c'était à épuiser toutes les comparaisons bocagères et fleuries.

A une heure, enfin, il eût fallu être impalpable ou aérien pour se glisser dans la salle. Les bancs académiques (écrivez fauteuils en style noble) restaient encore vides; bientôt deux ou trois vieillards vinrent les occuper. A la vue de leur visage flétri et de leur taille voûtée la foule partit d'un cruel éclat de rire; nous le signalons comme une lâcheté; le respect pour la vieillesse doit être la religion de ceux même qui n'en ont pas. Savait-on d'ailleurs si c'étaient l'âge, les larmes ou la pensée qui avaient creusé leurs rides ? Quelques instans après, les illustrations de l'Académie prirent place en face d'un essaim de femmes plus ou moins jolies, et les fleurs de beauté s'épanouirent vis-à-vis des fleurs de rhétorique. Parmi les Académiciens célèbres on remarquait MM. Lebrun, Villemain, Soumet, Charles Nodier, Pongerville, Tissot, Dupaty, Dupin, Thiers et Guizot.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

RÉCEPTION DE M. VICTOR HUGO A L'ACADÉMIE

FRANÇAISE.

Chacun jette à l'Académie sa pierre ou son grain de sable ; les murs de l'Institut sont plus criblés de sarcasmes qu'ils ne l'ont été de balles en 1830; ne fût-ce que par esprit de contradiction, je veux parler de

[ocr errors]

A deux heures enfin M. Victor Hugo parut, escorté de tout son beau Le poète doit être heureux d'avoir conquis l'Académie, l'Académie doit cortege de poésies : les Feuilles d'Automne volaient devant lui, et les être fière du poète ; le but qu'elle se propose, et qu'elle vient de remplir, Orientales l'illuminaient de leurs rayons. La foule salua le poète d'une est d'appeler à elle les génies lumineux: or, notre siècle comme tout ausalve d'applaudissemens; sa femme, toute émue, se plaça en face de lui, tre, donne rarement des éblouissemens, et dans les lumières de la littéet l'on se recueillit pour l'écouter.

rature il y a plus de crépuscule et de clair de lune que de soleil. La tâche de M. Victor Hugo était certes fort délicate; lui, novateur,

Anaïs SÉGALAS. il devait juger un homme que l'on couronnait du même titre, un homme d'un mérite incontestable, mais que l'on disait son frère en audace et qui n'était pas même son arrière-petit-cousin; poète ciseleur et brillant, il était chargé de l'épitaphe académique qui ne peut inspirer que des lieux

THÉATRES. communs et des phrases filandreuses; académicien, il devait parler avec respect de l'Académie, imposante d'ailleurs par son but et par ses illustrations; chef d'école, il devait en même temps rester fidèle à sa mission; après avoir conduit toute une armée d'intelligences à la con ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. - Le Freyschutz, paroles de quête d'une nouvelle poésie, il ne pouvait pas l'abandonner : l'art lui M. Émilien PACCINI, musique de WEBER, récitatif de M. H. BERLIOZ. aurait demandé compte d'un seul pas rétrograde. Placé entre toutes ces Plus d'une fois, nous avons eu occasion de dire que les succès théî. difficultés , il les a surmontées (1). Il a dessiné rapidement ses convic trals dépendent en général beaucoup plus de l'acteur que de l'auteur, de tions littéraires, mais avec une mesure et une convenance parfaites. En la lettre que de l'esprit, de la forme que du fond. On a repris, il y a abordant l'Académie, il s'est montré plein d'égards pour la maîtresse de trois ans, le Don Juan de Mozart dont les rôles avaient été confiés à la maison, et l'a saluée de deux ou trois phrases remplies de politesse : des sujets du second ordre, et la pièce n'a pas fait d'argent, tandis que il a commencé par immoler sa gloire à celles qui l'entouraient, et s'est la Favorile, chef-d'oeuvre de médiocrité, attire encore la foule, et que dit troublé par cet auditoire si imposant et si charmanl; à ces mots, M. Donizetti se glorifie sans doute d'un succès qui appartient à Duprez, on vit poindre un soleil levant de gracieux sourires : l'auditoire imposant à Barroihlet, à Mme Stolz et à Mme Carlotta Grisi, de qui l'opéra en ques rajusta son amour-propre, et l'auditoire charmant rajusta ses dentelles. tion a absorbé le monopole.

Il restait à éviter les larmes officielles sur la tombe de M. Lemercier ; On vient de fournir un nouvel exemple à l'appui de nos assertions, le poète ne pouvait accepter le rôle modeste et dolent de panegyriste; il en ajustant pour notre grande scène lyrique, le chef-d'oeuvre de Weber. s'est contenté de donner un coup d'oeil rapide, mais juste, au beau talent Si ce maître illustre arrivait au monde aujourd'hui, parfaitement in. de son prédécesseur, puis il a cherché des généralités dans sa vie : il a connu, et qu'il fondât sa renommée sur le Freyschutz tel qu'il vient tourné le dos à la partie littéraire, et fait face à la politique. Alors son d'être joué, Weber essuyerait une chute. Il a fallu tout le prestige de ce discours s'est trouvé divisé par grands tableaux : la vie publique de grand nom pour maintenir le public; mais on avait rendu cette musique M. Lemercier embrasse toutes les scènes de la Révolution; il a vu tour tellement méconnaissable, on l'a chantée en și grande confusion, avec à tour la Convention, qui se peint à nos yeux éclairée d'un reslet rouge, une mesure si fausse, que les motifs mêmes ne se ressemblaient plus. couleur de pourpre disent les uns, couleur de sang disent les autres; le Cet ouvrage est devenu la proie des doublures, et c'est pour elles Directoire renversant l'échafaud pour dresser la table de l'orgie; les qu'on l'a monté. Parlons d'abord du livret. Pour rendre compatible vautours devenus papillons, et adorant la belle tête de Mme Tallien après avec le goût français cette lourde et indigeste composition allemande avoir coupé la tête céleste de Mme de Lamballe ; l’Empire et Napoléon, qu'on nomme Der Freyschutz, il fallait un auteur adroit, intelligent, les vieux grognards détrônant presque les Chloris, et la Révolution pas bien initié aux exigences du théâtre national : or, ce travail important, sant successivement du club au boudoir, du boudoir au bivouac. a été confié à unpoète qui peut savoir l'allemand, mais qui l'ignore à

Ces grands tableaux fournirent au poète, à l'artiste de magnifiques coup sûr, s'il le sait comme le français ; il fallait un homme habile, on images. On retrouve dans ce discours sa manière constante quoique sous a fait choix de M. Émilien Paccini! un aspect plus austère : les alliances de mots imprévues et brillantes, la Ce monsieur a tout simplement traduit et rimé le tout en strophes phrase concise, nettement découpée, éclairée tout à coup

d'une

expres gluantes auxquelles M. Berlioz, homme d'un vrai, d'un profond et adsion éblouissante, colorée d'un brusque contraste; la pensée immense mirable talent, n'a pu accoler qu'un récitatif assez lugubre. On croirait enchâssée dans quelques mots brefs; la fermeté, l'énergie et la puis- toujours qu'il chante son malheur d'être obligé à empourprer d'harmosapce.

nie les hémistiches de son collaborateur. Un écrivain distingué à qui M. de Salvandy, chargé de répondre à M. Victor Hugo, s'était muni un ministre proposait une traduction, refusa en disant: - Tandis qu'on de ses mots les plus spirituels, de ses remarques les plus incisives, de traduit les autres, Monseigneur, on n'est pas traduit, ses aperçus les plus ingénieux ; mais il s'est plu à réfuter tous les rai Comment M. Berlioz n'a-t-il pas opposé cette fin de non recevoir, qui sonnemens du poète, politiques ou littéraires; son discours qui peut eût été si convenable dans sa bouche ? Ce qu'il nous faut de M. Berlioz, passer pour un fort bon modèle de style et pour un chef-d'œuvre d'es c'est sa propre musique et non des vermiculages ou des badigeons appliprit de contradiction, ne nous a pas paru de nature à mettre son impar qués sur des monumens qui ne sont pas les siens. tialité au dessus de tout soupçon; nous lui reprocherons surtout d'avoir L'opéra de Weber était bien placé à l'Opéra-Comique ; les morceaux indiqué plutôt que jugé les Feuilles d'Automne, les Orientales, les en sont vifs, scintillans, originaux, mais en général la mélodie est courte Chants du Crépuscule, les Voix Intérieures, tous ces livres rayonnans et le récitatif qu'on y ajoute, hors de proportion aves le sujet mélodique, que nous avons tous dans notre mémoire, dans notre cour, dans notre le noie et le fait paraître plus bref encore. Puis l'ouvrage est mal distête. Pourquoi les sacrifier ainsi au premier volume des Odes, au pre tribué. Ainsi, au premier acte, après le second chour qui ferait un fimier ouvrage de l'auteur, rempli sans doute de hautes inspirations, mais nal magnifique, Bouché vient glacer la scène avec son grand air qu'il d'une forme moins arrêtée, d'une couleur moins riche que ceux qui l'ont

chante horriblement. Le deuxième acte est tel ou à peu près, que suivi ?

M. Castil-Blaze nous l'avait autrefois offert à l'Odéon. Mais la scène du Au résumé, cette séance sera un beau souvenir pour M. Victor Hugo, carrefour de la forêt est d'une longueur, d'un ennui interminables. Le

public de l'Odéon n'avait que trois balles à recevoir, on en décoche sept (1) On ne doit point perdre de vue que nous ne pouvons point apprécier lo sur celui de l'Opéra; sept balles, toutes enchantées et qui endorment, discours de M, Victor Hugo sous le rapport politiquo. (Nole du Directeur.) Sept balles, et M, Bouché, qui est bien l'ouvrier le plus indolent que je

2e pro

[ocr errors]

sache, se vautre par terre et s'amuse avec ses doigts une demi-heure AMBIGU. -Fabio le novice, drame en cinq actes, par MM. (CHARLES avant de se mettre à la besogne. Les sept balles amènent sept prodiges LAFONT et NOEL PARFAIT. Pendant la domination des Espagnols

qui sont inventoriés d'une manière assez comique dans un journal de à Milan , la famille italienne Manzoni s'est vouée à l'affranchissement à musique duquel, au surplus, nous avons plus d'une fois blâmé la sévé. de la patrie. Les deux comtes de ce nom échouent dans une nouvelle rité excessive,

tentative réprimée par le gouverneur espagnol; l'un d'eux périt, et le a Premier prodige : Deux corbeaux traversent le théâtre.

survivant jure alors de consacrer sa vie à la vengeance de son frère, ou de dige : Un Monsieur couvert d'un drap se montre dans un coin. 30 confier cette sainte mission à son fils encore fort jeune; mais sa femme, prodige : On voit passer un cabriolet, avec une fusée au train de der. qui est la fille même du gouverneur, et qui ne peut supporter la pensée rière. 4o prodige : Un hibou remue les ailes. 5° prodige : On voit de voir son fils porter un jour les armes contre sa famille, conduit cet quatre marcheuses courir après cinq rats. – 6e prodige : On tire un enfant dans un couvent et l'y fait élever secrètement sous le nom de pétard dans la coulisse. 7e prodige : Bouché tombe sur le nez et Ma Fabio. rié lui tombe sur le dos. La toile baisse, »

Le jeune novice, dans les veines duquel bouillonne le sang des ManLe troisième acte est trouble, mal expliqué, et les Allemands y ont zoni, s'ennuie de la règle des Dominicains, et s'échappe du couvent. Ce joint une sorte d'appendice moral et ridicule qu'on a conservé. L'action sont ses aventures, un peu hasardées, qui font l'intrigue principale de la dénouée, quand il n'y a plus qu'à jeter deux ou trois accords, voici pièce. Une conspiration italienne, jetée au milieu de cette action, et dans qu'un prince tartare avec une robe d'or, un cafetan, une barbe, etc... laquelle Fabio se trouve mêlé malgré lui, est au moment de détruire (notez que c'est un baronnet Bohémien du siècle dernier), survient et toutes les espérances de sa mère; il est arrêté comme conspirateur et veut punir Max, l'amant d'Agathe, de sa complicité dans l'affaire des condamné à mort. La comtesse Manzoni apprend cette nouvelle; elle balles enchantées. Chacun tâche de fléchir ce nabab, mais en vain, et sait que rien ne peut arracher son fils à ce funeste sort, rien qu'un horvoilà toute une affaire engagée. Arrive alors un ermite qu'on prend

rible sacrifice dont l'amour maternel peut seul inspirer la pensée. En pour arbitre. L'ermite pérore, et finit, comme tous les ermites, par effet, le comte Manzoni est poursuivi pour cette même conspiration, pardonner aux coupables et par les marier; après quoi le cheur en dit dont il est le chef, et le gouverneur a juré de donner un blanc-seing à son avis, le prince aussi, et l'on s'embrasse.

celui qui lui livrerait la retraite du noble italien. La comtesse seule et Tous les rôles ont été dénaturés et chantés d'une honteuse manière, un bardi conspirateur la connaissent, et, pour sauver son fils, la mère de sauf ceux de Mme Stolz et de Mlle Nau. La première a fait d'admirables Fabio livre son mari. Par bonheur, l'échafaud dressé pour le comte est efforts pour conjurer les périls de cette journée, mais c'était l'impossible. renversé par la mort de Philippe II, roi d'Espagne; les tyrans de l'Italie Ici comme partout, cette admirable actrice a réuni la pureté du son et de sont chassés, et Fabio retrouve sa famille ainsi qu'une jeune fille qu'il la méthode, à la profondeur de l'expression et du sentiment. Rien d'ad

aimait. mirable comme la manière dont elle a dit l'adagio du deuxième acte. Ce drame , joué avec talent par Albert, Fabio, Alexandre Mauzin, 11

Bouché avait l'air d'un commissionnaire en goguette, et il a chanté Policastro, et Mme Martin, comtesse Manzoni, est un succès de plus comme tel. Marié a été exécrable : on ne l'eût pas toléré à Carpentras. pour le théâtre de l'Ambigu.

D. R. Massol, par extraordinaire, a chanté faux ses couplets du premier acte, terminés par les éclats de rire des choristes, passage bien rétabli et fort bien exécuté par eux. Ferdinand Prévot a été rrrridicule, comme d'ha

MODES. bitude. Les divertissemens ont paru mal nommés.

Cette traduction nous a donnée une haute idée de l'esprit et de l'adresse On emploie pour les robes la mousseline, l'organdi, la tarlatane, le de M. Castil-Blaze, et n'a rien changé à notre opinion sur le mérite de barrèges, la gaze de tout genre. M. Émilien Paccini. Une version nouvelle, à moins d'être sublime, n'au Les chapeaux se font en paille de riz et d'Italie, en crèpe, en dentelle, rait au surplus jamais charmé le public, habitué à fredonner cette mu en tulle, en tarlatane, en paille à jour; une voilette les recouvre en sique sur d'autres paroles, et qui se trouve ainsi fort dépaysé. Le nom

partie. des personnages a été changé de même, modification désagréable. Le Les écharpes, qui sont devenues à peu près indispensables aujourd'hui, héros de la pièce, autrefois Tony, a repris son nom gothique de Max. se font généralement en étoffe semblable à celle de la robe, ou en denAutant vaudrait, pour ce qui concerne la sonorité, donner pour nom de telle, en filet, en tulle à guipure. Nous devons signaler comme une noubaptême le bruit d'un coup de bâton sur un sac de plâtre, que ce mono veauté les écharpes en mousseline, entourées d'un entre-deux en Malines syllabe de Max, aboiement sourd et étouffé.

et bordées d'une Malines légèrement froncée. Nous avons vivement regretté que l'administration, dans ses efforts Mais ces étoffes si légères, presque vaporeuses, n'obtiennent point une louables et consciencieux pour plaire au public, ait, en cette circonstance, vogue tellement exclusive que l'on ne puisse en employer d'autres qui, déféré aux insinuations de ceux qui, sous couleur de religion de l'art, la

par

la nature même de la matière première ou par l'effet de la mainpoussent à de telles entreprises. Espérons que le ballet de Giselle, qu'on d'auvre, présentent une plus grande consistance. Celles-ci, mêlées avec monte avec grand soin et dont on dit le plus grand bien, dédommagera les premères dans la même toilette, peuvent former une agréable oppol'Académie royale de cet accident, et que l'expérience conduira la direc sition; mais cet assemblage exige beaucoup de discernement. tion, en ce qui regarde les doublures, dans la voie d'une salutaire dé Les écharpes de soie, pour être d'un goût distingué, ont besoin de fiance.

F. W.

recevoir une garniture en étoffe semblable ou en dentelle. On commence GYMNASE. Adrienne, ou le Théálre et la Famille, vaudeville en à leur préférer les mantelets, dont la coupe offre plus de variété. un acte, par MM. DESVERGERS et DELATOUR. — Nous croyons faire Les corsages des robes de soie doivent être plats et former une pointe acte d'indulgence en nous dispensant d'une analyse exacte de ce mal peu sensible; les manches sont justes et à coude; elles peuvent être orheureux vaudeville, qui a succombé sous les sifflets du parterre. Autant nées dans le haut, soit de jokeis à pointes ou arrondis, soit de plusieurs qu'il nous en souvient, il s'agissait dans cette rapsodie, que nous nous rangs de garnitures assorties à celle de la jupe qui, souvent, reçoit sommes empressé de chasser de notre mémoire, d'une jeune actrice, elle-même pour tout ornement des plis ou des biais que l'on peut terinimodèle d'ordre et de vertu, qui pose en grecque devant un petit peintre, ner, si on le veut, par des dentelles ou par des effilés. Quelquefois aussi

et qui donne des leçons de morale à toute sa famille, Par ses soins, l'hon. ils sont garnis de ruches ou de pattes découpées de diverses manières et 1

neur de ses parens reste intact, et le sien est remis en garde à celui posées en échelle sur le devant de la jupe, du petit peintre qui, en échange, lui donne son coeur et sa main. Nous avons vu une garniture nouvelle qui mérite une mention partie

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

culière. Au bas d'une robe en poue de soie lilas à reflet blanc, on avait qui n'avaient pas été décrites encore par les professeurs; puis, au milieu posé cing biais tout à fait rapprochés. Chacun de ces biais était relevé à de tout cela, des sujets de toute beauté dans les races connues. Malheudes distances régulières, et rattachés par un bouton de nacre. Une Ber. reusement dans cette collection les vivans sont moins nombreux que les the à quatre pointes bordées de biais également relevés par des boutons morts. Presque tous ces beaux animaux, ces oiseaux aux nuances de de nacre formait jockeis sur les manches, et simulait le fichu sur le dos mille couleurs sont empaillés; mais n'importe, leur arrivée sera saluée et sur la poitrine.

par les applaudissemens de tous les amis de la science, de tous les amaLes robes d'étoffe claire ont ordinairement le corsage froncé, quelque teurs de l'histoire naturelle, et, dans ces applaudissemens, il y aura une fois à la Niobé, à la Vierge ou à la gerbe; d'autres fois les corsages sont à bonne part pour les braves marins, pour les savans, les artistes qui ont fronces arrêtées par de scoulisses. Ce dernier gepre convient parfaitement été s'exposer à tant de dangers et de fatigues, pour ajouter aux richesses aux enfans. Les manches peuvent former trois ou cinq bouillons ou bien que possède déjà le Jardin des Plantes. se terminer au coude. Les plis sont le mode de garniture le plus usité Parmi les curiosités que renferme l'Orangerie pour le moment, il y a pour les jupes. Ils sont souvent surmontés de bouillons ou de broderies, une longue suite de têtes moulées. Ce sont celles des naturels des pays quelquefois ils sont remplacés par des volans.

que lAstrolabe a visités. Elles ont été moulées avec leurs protubérances, leurs tatouages, leurs joues saillantes , leur nez aplatis. La crânologie

fera sans doute son profit de ces travaux exécutés avec beaucoup de soia TABLETTES DES CINQ JOURS.

et d'intelligence. Faits divers.

12.

Sous quelques jours, M. Mulot va descendre le tube de cuivre 10 juin. - On lit dans l'Impartial de Besançon :

par l'orifice du puits de l'abattoire de Grenelle. Ce tube a 547 mètres de « Avant-hier au soir, un habitant du faubourg de Rivotte est mort des longueur, c'est-à-dire plus de cinq fois la hauteur du dôme des Ivalides. suites de la morsure d'une vipère. N'ayant pas voulu employer l'alcali, L'eau jaillit toujours en abondance. ainsi qu'on le lui conseillait, pour détruire l'effet du venin, il avait coupé - M. l'archevêque de Paris vient d'ordonner qu'à l'avenir les conses. avec une serpe les chairs qui entouraient la blessure. Mais cette opéra sionnaux soint construits de manière à ce que le prêtre ne soit point cation tardive ou mal faite n'a pas empêché le progrès du poison, et quand ché aux regards du public. Tous les confessionnaux de Saint-Germainle médecin appelé pour donner des soins à ce malheureux est arrivé, il l'Auxerrois viennent d'être disposés de cette manière : les pénitens auvenait d'expirer. »

ront un petit prie-dieu de chaque côté, placé de telle façon que leur — Il y avait foule jeudi soir au théâtre Victoria à Londres, car on ré figure ne sera point vue, tandis que le confesseur sera exposé à tous les présentait un drame intitulé Simon Lee, qui jouit en ce moment d'une yeux sur la sellette de bois. grande vogue. L'héroïne de cette pièce (miss Vincent) est constamment 13. — On lit dans le Journal d'Indre-et-Loire, du 10 juin : poursuivie par sa mauvaise fortune jusqu'au dénoûment où, selon « Un événement affreux vient d'arriver à la papeterie de Marnay, dil'usage, la vertu reçoit sa récompense. Tout à coup pendant l'une des rigée par M. Patin. Dimanche dernier, les propriétaires de cet établissescènes les plus pathétiques, lorsque toutes les femmes pleuraient et que ment avaient réuni à un banquet les ouvriers et plusieurs habitans de la les hommes se sentaient disposés à s'attendrir, un spectateur se leva du commune. Pour terminer dignement cette fête , le serrurier mécanicien milieu de l'orchestre, et d'une voix entrecoupée de sanglots : « Que Dieu avait chargé un petit canon, et déjà il se disposait à le faire partir, lors me damne, s'écria-t-il, si, tant que je possèderai un schelling, vous man que, par une déplorable imprudence, il introduisit dans la bouche du ca. querez du nécessaire ! » Et tirant de sa poche une poignée de monnaie, non une broche en fer et se mit à frapper à coups redoublés. Cette comil la jeta sur la scène aux pieds de la malheureuse héroïne. Cela fait, pression ayant déterminé l'inflammation de la poudre, le canon éclata; comme il continuait à gesticuler et assurer miss Vincent de son dévou les assistans furent plus ou moins grièvement blessés, et le malheureux ment, un constable de service vint le prier de sortir. Ce pauvre diable, serrurier, frappé au caur par la pointe en fer, tomba mort sur-le-champ. qui est marin et qui arrivait du Brésil, a comparu le lendemain au bu Cette catastrophe a changé la fête de Marnay en une scène de deuil et reau de police d'Union-Hall sous l'accusation d'avoir troublé le spec de désolation. » tacle. Inutile d'ajouter qu'après avoir entendu ses explications pleines 14. — Il n'est bruit dans le monde des coulisses et des foyers. que du de franchise, le magistrat s'est empressé d'ordonner sa mise en liberté. produit des droits d'auteur de M. Scribe pendant l'année théâtrale qui

- Il a été consommé à Paris, dans le mois de mai dernier, 5,749 bæufs, vient de s'écouler. D'après des renseignemens que nous avons tout lieu 1,531 vaches, 5,364 veaux et 32,820 moutons ; le commerce a reçu de croire exacts, les droits d'auteur de M. Scribe, tant de Paris que de 432,433 kil, de suif fondu.

province, y compris ses primes, ses ventes de manuscrits, ses droits de Il avait été consommé, dans le mois de mai 1840, 5,680 bæufs, partition, le produits de ses billets d'auteur, ses pensions littéraires de 2,258 vaches, 7,374 veaux et 37,458 moutons ; le commerce avait reçu l'Opéra et ses jetons de l'Académie française, se seraient élevés au chif495,131 kil. de suif fondu.

fre monstre de 182,000 francs; c'est-à-dire que M. Scribe gagne à lui La consommation a donc diminué dans le mois dernier, comparé au seul le tiers, à peu près de ce que gagnent tous les auteurs dramamoi de mai 1840, de 727 vaches, 2,010 veaux et 4,638 moutons. Il y a tiques réunis. On s'expliquera aisément ces prodigieux droits d'auteur, eu une faible augmentation de 89 baufs; la livraison des suifs a été quand on réfléchira que quatre théâtres à Paris, et des premiers, aussi moindre de 62,598 kil.

sont presque exclusivement consacrés à jouer les pièces de ce fécond La diminution dans la consommation a été, comme on le voit, très auteur, qui en est à sa trois cent quinzième pièce jouée; et que presque considérable ; elle forme, en poids de viande, 646,290 demi-kilog.; en tous les théâtres de province ne composent leur répertoire que des opéargent, en moyenne, une somme de 409,717 fr. 50 c. Chaque marché ras, des opéras-comiques, des comédies et des vaudevilles de M. Scribe. amène une nouvelle hausse sur le prix des viandes ; lundi dernier, elles On assure que les droits d'auteur de M. Scribe, depuis sa première ont encore augmenté de 5 c. par demi-kilog.

pièce les Deux Derviches, jouée au vaudeville, en 1816, jusqu'à sa 11. La riche collection rapportée du long voyage que l’Astrolabe dernière pièce, l'Ingénue, jouée il y a buit jours, à l'Opéra-Comique, a dernièrement accompli sous les ordres de M. d'Urville, est exposée lui ont rapporté deux millions cent douze mille francs. dans la vaste Orangerie du Jardin des Plantes. Tous les règnes de la

(Quotidienne.) nature y sont représentés. Il y a des insectes comme n'en possédaient

BOUCHEIX. pas encore nos cadres, des oiseaux aux plumages merveilleux, des qua

Paris. - Imprimerie et lithographic de MAULDE el RENOU, drupèdes dont on ne faisait guère que soupconner l'existence, des plantes

rue Pailleul, 9 ei 11, pres du Louvre.

« ZurückWeiter »