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à la saison où nous nous trouvions, notre bâtiment était voué à une fin naîtrait à vendre une case pouvant me convenir ; contrarié que j'étais sinistre, et que nous allions indubitablement périr. La peur est conta d'avoir été obligé de quitter celle que j'occupai près du Champs-degieuse. Celle de M. G... gagna les autres passagers qui répétèrent en Mars , je voulais absolument me loger chez moi. chour : « Nous allons indubitablement périr, » et firent, pour la plu - J'ai trouvé la maison qu'il vous faut, me dit un matin mon négopart, retentir leurs cabines des éclats de leur douleur. C'était un spec ciateur; à la vérité elle est un peu éloignée du port; mais vous êtes jeune, tacle tout à la fois risible et lamentable.

vos jambes sont bonnes et vous serez amplement dédommagé de la trop J'avais pour domestique un topas de la côte de Coromandel, garçon grande distance par les agrémens du site. très crédule de son naturel ; quoique chrétien, il mêlait à ses croyances En me conduisant à l'habitation que je voulais acquérir, mon courtoutes les idées superstitieuses de la religion de Brahma, et confondait tier me prouvait clairement que mon argent serait placé à seize pour le culte des indous avec nos dogmes saints. Il raconta l'histoire de la cent : enfin nous arrivâmes à la case qu'un gardien noir nous montra et couleuvre qu'il avait apportée lui-même à bord par mon ordre, à l'insu que je trouvai à ma convenance. Je demandai un délai de vingt-quatre de l'équipage, et les funestes présages que les Malabares avaient tirés au heures pour rendre une réponse définitive. sujet de notre traversée. A peine eut-il achevé son récit, que les passa Le soir de ce jour-là, je reçus la visite d'un de mes parens que je gers poussèrent d'incessantes clameurs qui arrivèrent sur le pont jus croyais à la campagne. qu'aux oreilles des larcars déjà effrayés et découragés, il fallut toute Nous allons décidément nous caser à demeure, lui dis-je; je me mon autorité et ma présence permanente parmi eux pour que l'abandon détermine à acheter une jolie habitation que le vieux D... m'a montré des pompes n'eût pas lieu immédiatement. J'étais contrarié d'avoir em aujourd'hui, et qui plaît beaucoup à ma femme. barqué la bête, mais la jeter à la mer eût été un acte de faiblesse qui Je sais tout cela, me répondit-il, et c'est ce qui m'amène ici; sans n'eût servi à rien, et je la conservai à bord, malgré les pressantes solli cette circonstance je serais parti pour les Pamplemousses. Écoute, concitations de tous.

tinua-t-il en me prenant par le bras et en m'attirant à part, tu me conLe jour revint au milieu des convulsions de la nature : nul navire , nais de longue date et tu es convaincu que je ne donne guère dans la nul oiseau qui animât de sa présence la solitude de l'Océan. Je contem superstition, ni dans tout ce qui me paraît surnaturel. Eh bien ! je t'en1 plais avec tristesse la scène de désolation qui s'offrait à mes regards; gage très fort à renoncer à la case que tu es allé voir.

mes pertes étaient considérables, tout ce que j'avais la veille sur le pont, - Eh! pourquoi, s'il vous plait ? avait été entraîné par les flots, et mes voiles arrachées par la furie de - Parce qu'elle pourrait bien te devenir fatale; on a remarqué que l'ouragan, ne laissaient à leur place que des lambeaux de toile que le tous ceux qui l'ont possédée jusqu'à ce jour ont eu une fin prématurée vent agitait encore en s'apaisant. Le soleil se leva, mais sans éclat et ou ont éprouvé des accidens extraordinaires et imprévus. Si ce n'est dépouillé de ses rayons; des nuages épais voilaient encore son disque; pas pour toi-même un motif suffisant de renoncer à l'acquérir, songe au cependant à mesure qu'il montait au dessus de l'horizon les vapeurs moins à ta femme, qui apprendrait tôt ou tard ce qu'on débite sur cette épaisses qui couvraient les eaux se dissipaient, et la tempête se calinait maison et qui pourrait s'en alarmer. graduellement.

Et il me raconta tant d'événemens effrayans , il cita avec tant de préJe m'em pressai, malgré la fatigue de la nuit, de réparer les avaries du cision les noms et les dates , il parla avec tant d'assurance, que, plein gréement et d'enverguer de nouvelles voiles; je voulais m'avancer ra de confiance d'ailleurs dans sa bonne foi, je dus abandonner mon

pidement vers l'équateur. Cependant mes pièces à eau, les balles de projet. : paille, des caisses de meubles, un jeune taureau et un cheval arabe que Ce fut dans cette disposition que me trouva le vieux D..., qui croyait

j'avais pris à la côte, furent retrouvés avec mes cages à poules flottant fermement tenir sa double commission ; lorsque je lui eus rapporté ce sur la mer. Ces divers objets reconnus donnèrent à penser que j'avais que j'avais appris la veille, il se mit à plaisanter, sans toutefois articuler péri corps et biens : à Pondichéry on n'en doutait pas, et les indigènes aucune dénégation formelle et se retira brusquement en me disant que y voyaient le juste châtiment dû à un acte sacrilége.

je ne tarderais pas à regretter la faute que je faisais. C'était un habile Je coupai la ligne équinoxiale le dixième jour, mais au lieu de trou négociateur : il finit par trouver un acheteur plus hardi, et jamais, de

ver les vents généraux à peu de distance au sud, je tus contraint, par puis lors, il ne me rencontrait sans me lâcher quelques sarcasmes sur la 1

une révolution rare dans le cours des saisons, de m'élever jusqu'au hui peur que j'avais témoignée et sans m'assurer en même temps que mon tième degré, ce qui demanda beaucoup de temps en raison des calmes remplaçant se félicitait de son acquisition. qui nous accompagnaient et des courants contraires; manquant d'eau , Sur ces entrefaites, je fis un nouveau voyage dans l'Inde; à Pondichéry, nous fùmes obligés de mettre passagers et matelots à une ration bien sé- , je vis avec une poignante émotion mourir le jeune homme avec lequel vère: la couleuvre qui, disait-on, nous valait tout cela, fut maudite bien j'avais combattu et enlevé la couleuvre à la pagode de l'Aldée; il était des fois, on ne cessait de conspirer contre elle.

atteint d'une hydropisie et ne put supporter l'opération de la ponction. Enfin, après une traversée aussi longue que désastreuse pour l'arme Les fanatiques indigènes, au nombre desquels figurait en première ligne ment, nous arrivâmes à Maurice; le lendemain j'offris à mon ami M. P..., Nallétamby, virent dans cet événement l'effet de la vengeance céleste grand amateur d'objets d'histoire naturelle, l'ophidien avec son flacon à laquelle j'avais échappé miraculeusement : quant à nous, nous ne et sa pernicieuse influence. Je racontai en riant ce qui m'était arrivé à voulumes reconnaitre qu'une mort naturelle, avancée peut-être par un la suite des pronostics fâcheux des Indous; il en plaisanta beaucoup et usage fréquent des boissons spiritueuses sous le climat brûlant de la accepta avec l'enthousiasme d'un parfait connaisseur la couleuvre-capelle côte de Coromandel. A mon retour à Maurice, P... n'avait plus la caqu'il étendit dès le lendemain sur une planche, où elle fut desséchée et pelle; il l'avait échangée contre un chris malais, qu'un capitaine hollan. vernie.

dais avait apporté. Voici ce qui m'a été raconté au sujet de cette arme Très peu de jours après celui-là, P... entraîné par une inspiration et de l'échange auquel elle donna lieu : malheureuse, acheta une forte partie de vins et d'eau-de-vie; toutes ses Vers l'époque où je ramenai le reptile de l'Inde, un vaisseau du roi spéculations jusqu'à ce jour avaient réussi parfaitement, mais celle-ci, des Pays-Bas sortait du détroit de la Sonde, faisant voile pour l'Europe; étrangère au genre de commerce qu'il avait exercé, fut la première af c'était un de ceux qui furent construits à Anvers , et que, par le traité faire où il éprouva du dommage. Comme le joueur malheureux qui aug de 1814, la France fut contrainte de céder à la maison d'Orange. Fait en mente sa mise dans l'espoir de regagner ce qu'il a perdu, mon ami mul bois vert, ce bâtiment ne put résister aux mauvais temps qu'il essuya, tiplia ses entreprises qui eurent des résultats funestes.

et il s'ouvrit de toutes parts, ce qui obligea le capitaine V..., qui le comJ'avais chargé à mon départ un vieil agent de m'avertir lorsqu'il con mandait, à venir se jeter sur l'île de Diego, située à 400 liques environ

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Elle est encore à vendre , répondit-il.
Le souvenir du capitaine V... me revint alors à l'esprit.

Après tant de malheurs arrivés aux divers propriétaires du chris et de la case, ainsi qu'aux destructeurs de la couleuvre, il devenait assez intéressant pour moi de savoir des nouvelles du marin hollandais, et, j'en demandai à ce même parent qui s'était opposé à l'acquisition de l'immeuble.

Il m'apprit que le capitaine V..., en retournant dans son pays avec le serpent, avait été assailli des plus terribles tempêtes et n'avait échappé à la mort qu'en éprouvant de grandes pertes.

Arrivée en Hollande la couleuvre vint prendre place parmi les richesses zoologiques du cabinet d'histoire naturelle d'Amsterdam.

Elle changea ainsi de maitre pour la troisième fois, trois ans avant que la révolution de Belgique vint ravir au roi Guillaume la plus belle partie de ses états et les deux tiers de ses sujets,

CH. CUNAT.

UN DUEL DE NAPOLÉON BONAPARTE.

dans le nord-ouest de Maurice. Une goëlette anglaise, qui y prenait une charge d'huile de coco et de tortues de mer, porta au gouverneur des possessions britanniques la nouvelle du naufrage du vaisseau néerlandais, et une demande de bâtimens caboteurs en quantité suffisante pour recueillir le nombreux équipage qui le montait.

Le capitaine V... était un aimable homme, qui, quelques années auparavant, sous l'Empire, avait servi à bord de nos bâtimens, Il était doué d'une physionomie ouverte qui annonçait un de ces êtres privilégiés sur lesquels le malheur glisse sans les endommager. Ce brave officier, ayant fait la connaissence de P... pendant son séjour dans la colonie anglaise, où on lui préparait un grand trois-måts pour le transporter en Hollande avec son monde , pria instamment mon ami de lui céder sa belle couleuvre qu'il désirait offrir au cabinet d'histoire naturelle d'Amsterdam : en échange, il lui proposait un superbe chris qui avait appartenu à l'un des sultans de Borneo , tué durant la dernière guerre des Hollandais contre des peuplades insurgées de cette grande ile,

Je me séparerai d'autant plus volontiers de mon riche poignard, dit le marin batave avec un air de crédulité équivoque, qu'il m'a été contraire comme à tous ceux qui l'ont eu avant moi.

Et il raconta que cette arme avait été, suivant l'usage superstitieux des naturels dans certaines contrées de Bornéo, consacrée au dieu du mal par un prêtre du pays, et appartenait à l'un des princes de cette île, contre lesquels les Hollandais furent obligés de combattre lorsqu'ils recouvrèrent leurs colonies à la suite du traité de 1814 déjà cité. Le monarque indien blessé mortellement par un officier d'infanterie belge, qui l'avait abattu à ses pieds dans une mêlée, voyant son chris passer aux mains de son vainqueur, dit en expirant: « Puisse mon arme vouée à la fatalité, devenir nuisible à ceux qui la posséderont, comme elle l'a été pour moi. »

L'officier ne prit point pour un oracle les paroles du moribond et conserva comme un trophée le poignard du vaincu, mais il périt luimême quelques jours après, et le chris devint la propriété d'un de ses camarades. Celui-ci fut blessé à son tour et vint rendre le dernier soupir à bord d'une corvette où on l'avait transporté, laissant ses armes au premier lieutenant qui l'avait soigné. Arrivé à Batavia, ce marin mourut de la fièvre, et légua son matériel de guerre au capitaine V... qui se Trouva de la sorte nanti du fameux poignard.

Ce récit n'effraya nullement P..., le troc se fit et le Hollandais vogua bientôt après vers sa patrie, emportant avec lui le terrible serpent. Le Français devenu héritier du chris malais continua à entreprendre des spéculations étrangères à ses habitudes et à sa primitive profession : un génie malfaisant semblait le pousser à sa ruine. Un jour, emportant son arme, il quitta la colonie et ses amis pour aller en d'autres lieux chercher d'autres destins; mais le malheur le poursuivit sans relâche, et il perdit en très peu de temps deux cents mille francs. Malgré son courage, malgré ses travaux, et quoique depuis lors il se soit dessaisi du poignard, il n'a pu encore aujourd'hui réparer les désastres de sa fortune.

Après une nouvelle absence qui s'était prolongée au delà du terme que j'avais assigné, j'abordai à Maurice ; cette fois je revenais de France où j'avais transporté mes pénates. Le pavillon blanc qui flottait à la poupe de mon navire, avait attiré sur le quai une foule de colons qui venaient s'informer des nouvelles que j'apportais de l'Europe. Au milieu d'eux j'aperçu le vieil agent d'affaires D....

Homme avisé qui flairez les sinistres un an d'avance, bonjour et bonne fortune, me dit-il, en me serrant la main.

Je vous remercie, mais que voulez-vous dire ?

- Que vous aviez, parbleu, bien raison de ne pas acheter la maison que je vous proposais; votre remplaçant, ce pauvre D..., s'est noyé par un très beau temps en traversant la baie du Tombeau dans une pirogue qui le portait au Mapou où il était attendu pour une partie de plaisir.

- Et son habitation, qu'est-elle devenue ? demapdais-je.

Dans un des derniers jours du mois d'octobre de 1800, Napoléon s'entretenait de la situation des affaires religieuses avec Fouché, ministre de la police générale et M. Mathieu, ex-membre du Conseil des Anciens.

- Il est fàcheux, disait ce dernier, que l'on n'ait pas, dans le temps, accordé ure protection plus efficace aux théophilanthropes; les doetrines de ces honnêtes utopistes étaient du moins dégagées de toute superstition.

— Mais qu'est-ce donc que vos théophilantropes ? demanda le premier consul ; connaît-on bien seulement leurs dogmes ? Est-ce là une religion ?

- Oui, sans doute, c'est une religion, répartit M. Mathieu, et la plus belle, et la plus pure de toute : sa doctrine a pour base les précepte de la loi naturelle; pour but, la pratique des vertus et le respect des devoirs. C'est, en un mot, une religion purement morale et sociale.

-Oh! reprit vivement Napoléon, ne me parlez pas d'une religion qui ne me prends qu'à ma vie, saus m'enseigner d’où je viens et où je vais. En fait de religion, l'enthousiasme sera toujours préférable à la raison; c'est l'enthousiasme qui fait les grands hommes et les grandes choses, Il n'y a pas de superstition qui n'ait un côté sublime.

A la bonne heure, dit Fouché; mais ne serait-ce pas là surtout que le sublime toucherait au ridicule.

- C'est une question que vous n'avez peut-être pas assez creusée, Monsieur, répondit Napoléon. Certes, de notre temps, il faudrait autre chose qu'une croix de bois pour faire la conquête du monde ; mais voyez cependant ce que cette religion a fait récemment encore des paysans vendéens ! Les sentimens religieux ne sont pas encore éteints en France, et cela est fort heureux. Il serait au reste assez facile d'évaluer la somme de toutes les croyances, en dressant une sorte d'inventaire général de l'esprit religieux, superstitieux et mystique en France. Il ne s'agirait pour cela que de recueillir dans chaque localité des renseignemens exacts non se'ilement sur ce qui reste d'attachement aux choses de la religion, mais aussi sur tous les genres de superstition, de préjugés, de coutumes, de cr yances populaires ayant trait au spiritualisme. C'est un travail que je sous saurai gré de faire exécuter, monsieur le Ministre, cela amènera certainement des rapprochemens singuliers et des découvertes fort curieuses.

Le travail se fit (1), et il y eut matière à recherches et à renseigne

(1) Ce travail fut confié à un employé du ministère de la police du nom de Masset, homme de brucoup de mérite, qui, plus tard, passa au ministère des culles, sous M. Bigot de préameneux,

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mens, depuis les prodiges, les pieuses jongleries et les pélerinages, jus Napoléon tendit obligeamment sa main délicate et blanche au prétendu qu'aux sorciers, aux jeteurs de sorts et aux tireurs de cartes. Dans un sorcier, qui la prit, l'examina, la palpa, et tout à coup s'écria d'un ton des rapports présentés au consul sur les phases diverses et les résultats d'inspiré : de cette enquête, il fut longuement question d'un nommé Capiou , - Eh! eh! tout ce qui est noir n'est pas si diable ! Vous voulez du paysan bas-normand du département de l'Orne, qui se mêlait de pré bien à notre Saint-Père le pape, et vous avez grandement raison... dire l'avenir et jouissait d'un grand crédit, non seulement dans son · Que dites-vous là? fit Napoléon en retirant vivement sa main. canton, mais encore dans toute l'étendue de sa province. « L'influence - Espérez un peu (1)... Faut croire qu'on n'écoute point aux portes... « de cet homme est telle, disait le rapport, que, lors de la dernière Vous ferez la paix de la France avec le Saint-Père, et vous aurez gran« insurrection, les trois quarts des insurgés du département n'ont pris dement raison : c'est Capiou qui vous le dit, citoyen premier consul. « les armes contre la république ou ne se sont portés à des tentatives Il n'en fallait pas davantage pour impressionner vivement Napoléon,

criminelles contre les personnes et les propriétés qu'après avoir con naturellement ami du merveilleux : le concordat, en effet, était déjà ré« sulté Capiou.

solu dans le secret de sa politique et de ses sentimens religieux ; déjà Napoléon jugea tout d'abord le parti qu'il pourrait tirer de ce person même il en avait laissé transpirer quelque chose, et, un soir qu'il en nage. Il entrait d'ailleurs dans sa nature de vouloir connaître tous les parlait au cercle de Joséphine, Monge lui avait dit: hommes qui avaient quitté les sentiers battus, et qui, n'importe par quel - I! faut espérer cependant que nous n'en viendrons pas aux billets moyen, avaient acquis une influence sur les masses à l'aide de cette de confession. longue crise politique qui s'achevait.

- Il ne faut jurer de rien, répondit sèchemeut Napoléon. Je veux voir ce Capiou, dit-il à Fouché, il faut le faire venir à Quoi qu'il en soit, le prophète normand fut congédié assez froideParis.

ment, mais le ministre de la police eut ordre de le retenir à Paris et de - C'est la chose du monde la plus facile, répondit le ministre : dans pourvoir amplement à ses besoins. trois jours il sera venu ici; mais je crains que nous n'en soyons pour les

Peu de temps après, le concordat fut signé. La plupart des principaux fais de voyage de ce rustaud.

chefs de l'armée, réunis à cette époque à Paris, firent éclater leur méto Napoléon ne répliqua pas, et passant à un autre ordre d'idées, s'oc contentement contre cet acte; et, soit qu'ils considérassent le concordat cupa d'affaires plus sérieuses. Les jours suivans, il ne parla plus du

comme une atteinte et un reproche à ce passé glorieux auquel ils avaient paysan bas-normand, et Fouché, croyant qu'il avait mis en oubli l'ordre concouru, soit qu'ils y vissent un premier pas de Napoléon pour s'élequ'il avait donné de le mander, s'attendait à voir le premier consul té

ver sans eux à d'autres destinées que celles dont décide la gloire des moigner quelque surprise, lorsqu'un matin il vint lui annoncer grave armes, soit enfin que quelques rivalités jalouses entretinssent sourdement que le sorcier du département de l'Orne était en bas et attendait ment leur irritation, des menaces furent proférées, de violentes résoluses ordres, qu'il venait lui demander.

tions se discutèrent, et il sembla qu’une détermination fatale au premier - Qu'on le fasse entrer, répondit Napoléon sans adresser nulle ques

consul fut sur le point de se trahir par quelqu'éclatante manifestation. tion à son ministre, et sans lui recommander de prendre aucun autre

Ce fut au moment de cette agitation, impalpable en quelque sorte, sur soin.

laquelle Fouché concentrait tous ses moyens d'action, sans pouvoir parCapiou fut introduit : c'était, au premier aspect, un paysan grossier et

venir à en connaître, ou du moins à en démasquer les fauteurs, qu'un stupide ; mais, en l'examinant avec attention, il n'était pas difficile de

matin il reçut la visite du proplète bas-normand, dont il avait perdu à de deviner sous cette grossière enveloppe une intelligence supérieure : le

peu près le souvenir. front large et élevé de cet homme révélait la volonté et la puissance ;

- Monsieur ie Ministre, dit d'un air humble et d'un ton assez indifson nez proeminent, ses larges narines annonçaient la sensualité, et la

férent Capiou, voulez-vous donc point me renvoyer au pays? M'est avis profondeur excessive de son regard dénotait à la fois la réflexion, la

qu'ici, à Paris, je ne suis pas trop bon à grand chose. perspicacité et la finesse.

Et que ferez-vous de mieux là-bas, répondit Fouché, à qui les in--C'est donc vous, citoyen, qui vous ingérez de prédire l'avenir ? de

trigues du moment donnaient de l'humeur. Voulez-vous aller seconder manda Napoléon.

en Vendée les intrigues de lous les brouillons qui conspirent? Prenez- Oui da! Monseigneur le premier consul, répondit Capiou avec

y garde, maitre Capiou, on ne brûle plus les sorciers, mais on n'a pas l'accent bas-normand le plus prononcé, j'ons fait la chose, et je n' m'en

encore perdu l'habitude de mettre du plomb dans la tête des conspiradéfendons point, dam vair!

teurs. - Il n'y a cependant pas de quoi se vanter, reprit le premier consul

- Oh! vraiment, c'est nous prendre pour plus sot qu' je n' sommes. - Vair ! je n'me vantons point d' tout !

Si je voulais conspirer, je ne demanderais pas à partir, mais ben à res– Voici un drôle bien effronté, dit à voix basse Napoléon à Fouché;

ter. Y paraîtrait que ça va grand train, tout d'même. cela, du reste, ne me surprend pas, et je m'attendais à ne pas le trouver

- Vous en savez donc quelque chose, Capiou ? dit le ministre, frappé autre. Mais laissez-nous seuls, afin que j'aie le plaisir de le forcer dans

du ton dont avaient été dites ces dernières paroles. ses derniers retranchemens.

Dam ! répliqua le Normand d'un air narquois, nous pourrions bien Fouché se retira, et Napoléon, se rapprochant du paysan bas-nor en savoir plus long que ceux qui sont payés pour s'er informer. mand:

Et que savez-vous, mon brave, dit Fouché, en domant à son vi-- Puisque vous êtes sorcier, maître Capicu, lui dit-il en souriant,

sage en museau de fouine un air paterne, presque caressant. vous allez, sans doute, pouvoir me dire pourquoi on vous a amené ici.

Chacun son métier, not' maitre, ce n'est pas mon aftaire de donner Ma foi d'Dieu ! la belle malice! Vairment que ce n'est pas pour

des renseignemens. mes beaux yeux qu'on m'a payé la guinguelle (1); vous voulez m'éprou

-- Bon, bon, soyez tranquille, j'entends ce que parler veut dire; on ver. Eb ben! marchez, dégoisez-moi tout d'même vos questions.

paiera généreusement vos services, et pour commencer voici un ào Encore une fois, je vous demande : Qu'êtes-vous venu faire ici ?

compte. Mais il ne s'agit pas de vous faire quelque histoire en l'air ; Citoyen premier consul, vous me pardonnerez c'te hardiesse; mais songez-y, maître Capiou, la récompense alors serait tout autre. Voyons, vair, je n' pourrais pas vous répondre si vous n' me baillez pas votre que savez-vous des conspirateurs et de leurs projets ? main gauche.

Capiou serra d'abord soigneusement dans une bourse de cuir les dix

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louis que Fouché venait de lui donner; puis il répondit, en paraissant juste que la France souffre , tiraillée entre deux hommes ! S'il se croit s'animer un peu :

en état de gouverner, eh bien , soit! Que demain, à quatre heures du - Le premier consul court de gros risques, car les conspirateurs l'en matin, il se trouve au bois de Boulogne : son sabre et le mien en décidetourent : ce sont les officiers supérieurs de son état-major... Hier, on ront; je l'attendrai! Ne manquez pas, Fouché, de le prévenir ; c'est un était convenu de le renverser de son cheval à la parade, et de le fouler ordre, entendez-vous; exécutez-le ! aux pieds; mais on a changé d'avis, et aujourd'hui on cherche un autre Il était près de minuit quand le ministre sortit des Tuileries avec une moyen... Ces gens-là veulent faire la guerre au bon Dieu !... et pourtant si étrange commission. Moreau fut appelé sur-le-champ. le premier consul a sagement fait de conclure un accommodement avec Le lendemain, au point du jour, Napoléon se rendit au bois de Bou. le Saint-Père (1).

logne, accompagné seulement de Rapp et de Savary. Moreau ne se fit Tout cela est bien vague, reprit le ministre; il nous faudrait des pas attendre; il parut bientôt accompagné de son aide-de-camp Rapatel, noms, et surtout des faits précis.

et de son médecin et ami le docteur Bernier. - Laissez, laissez ! je le crois ma fine ben, dit le Normand en repre • Je me rends à vos ordres , dit-il au premier consul. Il en sera ce nant son air niais; c'est aussi un à-compte que je vous donnons, mon que vous voudrez des ridicules propos que l'on m'a prêtés, et ce ne sera sieur le Ministre !

pas, au reste, la chose la moins bizarre de ce temps-ci, que deux généraux Fouché était trop habile pour se fâcher ; il s'exécuta de bonne grâce, se soient coupé la gorge à propos de commérages. et tira dix autres pièces d'or du tiroir son bureau, et, les remettant à

Mais, interrompit Napoléon, ces commérages sont graves, car il Capiou :

s'agit de la sûreté de la République, du bonheur de la France. Depuis - J'espère, lui dit-il, que nous parviendrons à vous délier la langue long-temps vous cherchez à me renverser, peut-être pis. Eh bien ! l'octout-à-fait.

casion est belle : mieux vaut un duel qu'un... Non! dit-il après un moLe Bas-Normand ne répondit pas un mot, mais il tira de sa poche des ment, je ne veux pas dire tout ce que je sais. papiers qu'il présenta au ministre. C'étaient trois libelles, imprimés en Aux derniers mots qu'avait laissé échapper Napoléon, Moreau avait placards, sous la forme d'adresse aux armées françaises. Les injures y vivement porté la main à la garde de son sabre. Le premier consul lit étaient prodiguées contre le tyran corse, l'usurpateur, le déserteur as le même mouvement. sassin de Kléber; des sarcasmes contre les capucinades; un appel à Encore une fois, dit Moreau, de l'accent calme de l'homme qui sait l'insurrection et à l'extermination; rien n'y était épargné. Fouché lut demeurer maître de lui, encore une fois, je suis à vos ordres, et il en ces placards à plusieurs reprises; il n'en pouvait croire ses yeux (2). sera ce que vous voudrez , mais je proteste de toutes les forces de ma

- Maître Capiou, dit-il enfin, je vous tiens pour un habile homme ; conscience contre l'intention que vous me prêtez. mais, mon brave ami, il ne faut pas faire les choses à moitié : voici des

Napoléon parut réfléchir, puis après quelques secondes de silence et actes, des pièces ; ce sont des noms, des individus, qu'il nous faut à pré de recueillement : sent faire connaître ?

– Je veux croire à votre parole, général, dit-il, et si vous aftirmez sur Capiou se gratta l'oreille et garda le silence.

l'honneur que je me suis trompé... - Allons, allons, poursuivit Fouché, je vois bien qu'il faut encore Je l'affirme! répliqua vivement Moreau. graisser le ressort de la machine.

En ce moment, arrivait Fouché qui, à tout événement, s'était fait Et dix louis passèrent encore de la caisse du ministre dans la bourse

accompagner du Normand Capiou , cause principale de ce menaçant du Bas-Normand.

conflit. Ces papiers, dit alors Capiou, ont été imprimés à Rennes, où se • J'accours, dit le ministre , pour donner de nouveaux éclaircisse. trouve actuellement le quartier-général de Bernadotte, commandant de mens. l'armée de l'Ouest; ils ont été envoyés à Paris par la diligence, cachés - C'est inutile, interrompit le premier consul, j'ai la parole du génédans un panier de beurre de Bretagne, adressé à M. le commandant ral, et il n'y a pas d'éclaircissemens qui vaillent cela. Rapatel, aide-de-camp du général Moreau.

Puis il tendit sa main à Moreau, qui la serra avec une grande cordialité Fouché courut aussitôt aux Tuileries et s'empressa de faire part de en disant : sa découverte à Napoléon. Celui-ci ne doutant pas que Moreau fût au Notre destinée semble bien étrange, qui pourrait dire où nous moins dans la confidence de cette hardie publication, qui devait jeter allons ? des brandons de discorde dans tous les rangs de l'armée, enjoignit au - A cet égard-là, répondit le premier consul , je n'en sais vraiment ministre d'avoir, sans délai, une explication avec ce général. Le résultat pas plus que vous; mais, ajouta-t-il en souriant et en désignant Capiou de cette entrevue se trouva, comme on pouvait le prévoir, peu satisfai qu'il venait d'apercevoir à l'écart, voici un drôle qui a la prétention d'en sant. Moreau se tint sur un ton léger de réserve goguenarde et à peine deviner plus que nous là-dessus. négative, affectant de plaisanter sur cette conspiration de pot à beurre, Moreau regarda le Bas - Normand et dit avec un geste d'incrécomme à sa table et dans son salon il avait ridiculisé une institution dulité : généreuse, en décernant à son cuisinicr une casserole d'honnneur, et un - Voilà un sorcier qui n'a pas l'air d'avoir inventé la poudre. collier d'honneur à son chien,

— Faut point me le reprocher trop durement, m'sieu le général, Fouché rendit compte du peu de succès de cette démarche à Napo répondit fièrement Capiou ; ça s'rait p't' être queuqu' chose d'ben heuléon, qui, ne pouvant plus cette fois concentrer entièrement le paroxisme reux pour vous, si dans treize ans on ne connaissait plus cette vilaine de sa colère, s'écria :

drogue. Il faut qu'un pareil état de rivalité hostile finisse! Il n'est pas - Je crois que le drôle a la prétention de m'effrayer, dit d'une voix

méprisante, mais en même temps troublée, Moreau.

Sur ma foi d' Dieu ! je n'y pensons point, reprit Capiou; mais la (1) Napoléon s'occupa du concordat, malgré l'opposition des petits publi

poudre, ben sûr, vous fera plus de mal qu'à moi, et ce ne sera pas le cistes et malgré ses dangers personnels, qu'il n'ignorait pas. »

collier d'honneur de votre chien qui pourra y mettre ohstacle. (M. DE TALLEYRAND, Journal des Débats, du 15 janvier 1821.)

Va-t'en! drôle, dit le premier consul d'un ton sévère. (2) M. Desmarels, qui parle de ce fait singulier dans ses Témoignagns his Et intérieurement, cependant, il n'était pas si mécontent qu'il le voutoriques, avait conservé un exemplaire des proclamations émanées des parties lait paraître de l'apostrophe du paysan bas-normand au général. opposantes de celle époque.

Treize ans s'écoulerent, et le 26 août 1813 le canon tonnait aux portes

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rendu rares les plus belles choses. La rareté des cheveux roux en signale le mérite. Il n'y a que deux couleurs de cheveux :

le noir et le roux. Le blond est au roux ce que le châtain est au noir; le blond est un roux incomplet et manqué.

Le roux est la couleur de l'or et du feu, — de l'or, le plus précieux des métaux ; - du feu, le plus puissant des élémens, etc., etc.

Il y en avait sept ou huit pages que je veux bien vous épargner.

La dame répondit : « Il est possible, Monsieur, que votre lettre soit a spirituelle et qu'elle soit agréable à quelque femme, si vous en con« naissez qui ait les cheveux de la couleur que vous préconisez si fort.

***

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« P. S. Je ne pourrai me trouver au souper auquel vous m'aviez in« vitée, j'ai ma migraine, >>

· Dresde. Il s'agissait tout à la fois de venger l'honneur de nos armes, ompromis dans la désastreuse retraite de Russie, et de préserver de invasion de l'étranger le sol de la France. La bataille fut longue et sanlante ; mais enfin nous demeurâmes maîtres du champ de bataille, arosé, à la vérité, du sang de nos plus braves soldats. Vers la fin de la ournée, deux grenadiers amenèrent au quartier général un superbe chien le Terre-Neuve, qu'ils avaient trouvé, poussant des hurlemens lamenables, sur une petite éminence jonchée de cadavres ennemis, et qu'ils l'avaient pu parvenir à amener avec eux qu'en emportant une botte de orme étrangère. A la torsade et au gland d'or dont elle était ornée on 'econnaissait que cette botte avait appartenu à un officier supérieur dont a cuisse, avait été emportée dans l'action. La botte que l'on examina avec attention portait le nom et l'adresse d'un ouvrier de New-York, en Amérique, et sur le collier du chien on lisait cette inscription : J'appartiens au général Moreau.

Bientôt cette nouvelle se répandit; mais les officiers supérieurs qui se trouvaient près de Napoléon ne pouvaient croire à la présence de Moreau dans l'armée ennemie. Toute incertitude à ce sujet cessa, lorsqu'on eût fait part de ces singulières circonstances à Napoléon.

- C'est ainsi que cet homme devait finir ! dit-il. En effet, on sut bientôt que Moreau avait eu la cuisse droite emportée, à la fin de la journée, par un boulet lancé au hasard. Trois jours après, ce général, qui n'avait jamais été blessé en servant sa patrie, mourut. Le vainqueur de Hohenlinden, devenu l'allié des Autrichiens, rendit le dernier soupir sur un brancard que les Cosaques lui firent de leurs lances : la prédiction du bas-normand Capiou se trouva ainsi justifiée.

HORACE RAISSON.
(Globe, Gazelle des Deux-Mondes.)

TRIBUNAUX.

JUSTICE DE PAIX.

3° ARRONDISSEMENT.

LES GUÊPES,

PAR M. ALPHONSE KARR.

(Extrails) (1).

Voici une jolie pensée d'un jeune Allemand qui écrit en français :

C'est un vice hideux que l'ingratitude, et notre époque aura toujours cette gloire de l'avoir supprimé. — Nous avons pris pour cela un moyen * aussi simple qu'énergique, - on a supprimé les bienfaits et les services.

** Voici quelques phrases que je copie dans un journal français, relativement à une course faite en France et par des chevaux appartenant à des Français :

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le stud-book. Les gentlemen riders turf sport

(Présidence de M. Préville.) Petit-Pierre arrive devant le juge de paix d'un air triste et rêveur. Petit-Pierre est un bel enfant de Paris, un véritable fils de la grande ville, non le gamin, type exceptionnel, mais le laborieux ouvrier de dix ans qui n'attend pas d'être gros et fort pour être intelligent et actif. Petit-Pierre est assigné par le père Duclos pour une vente de colombes qui eut lieu le 20 mars dernier.

Le père Duclos. – Ce petit coquin est venu me trouver et m'a dit : Père Duclos, vous avez envie de mes deux colombes ? — Dam, oui, que je lui ai dit; elles sont gentilles, ces petites bêtes blanches. Eh bien ! achetez moi-z-en une. — J'achète les deux si tu veux, garçon, que je lui réponds. Ah ben non! que me fait Petit-Pierte, une si vous voulez... Là-dessus il me montre l'oiseau. Il était si gentil que je me suis décidé. Je l'ai payé trois francs, et je l'ai installé dans mon atelier avec une caille qui occupait déjà les lieux en qualité de principale locataire. (Rire général.) Eh bien ! vous me croirez si vous voulez, ces volatils ne se sont pas convenus. En ma qualité de cordonnier en vieux j'ai vécu dans l'intimité d'une foule de serins, moineaux, bouvreuils, cailles, alouettes et autres bêtes à plumes, mais je n'ai jamais rien vu de plus mélancolique que la colombe dont il s'agit; j'ai cru d'abord que c'était la pépie; du tout, c'était un fond de chagrin. (Rire.) Bref, elle ne voulait pas manger, elle n'avait pas du tout d'appétit...

Petit-Pierre. — Pauvre petite ! elle était malade parce qu'elle était séparée de sa compagne !

Le père Duclos. Elle était malade! elle était malade ! pourquoi l'as-tu vendue alors :

Petit-Pierre. - Parce que papa était malade aussi. Il a eu de grandes ! blessures dans les guerres du grand Napoléon, et quand elles s'ouvrent il faut des remèdes. Eh bien ! l'autre jour je n'avais pas d'argent; il fallait le soigner : voilà pourquoi j'ai vendu ma colombe.

Le père Duclos, ému. — Tu as bien fait, je ne dis pas, mon gars, mais tout de même cet animal me vexe; imaginez-vous, dès que j'ouvre la fenêtre, il se sauve et va chez Petit-Pierre pour voir l'autre colombe dont il est séparé... C'est bien, c'est touchant commme Paul et Vergénie, mais c'est désagréable, pour mes trois francs. (Rires.) Je n'en jouis pas de mes trois francs. Je demande... (Rire général.)

Petit-Pierre. Vos trois francs, les voilà.

Le père Duclos. — Non, je demande que Petit-Pierre tienne sa fenêtre fermée. Comme ça ma colombe n'ira pas cancanner chez la siende. (Rire général.)

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- STEEPLE CHASE.

Tout homme qui a un cheval, un tiers de cheval, car il y a des gens qui ont un tiers de cheval de course , comme un tiers de charge d'agent de change, - tout homme qui parie , tout homme qui veut faire

semblant d'avoir un cheval, tout homme qui veut faire semblant de pala rier, s'efforce de ne parler qu'anglais.

C'est un ridicule qui passera comme passent les ridicules, quand il sera détrôné par un autre.

*** Voici une mésaventure arrivée à un dramaturge obscur à propos d'une cantatrice de second ordre, qui a les cheveux roux,

mais qui Le pauvre diable avait fait laborieusement un éloge des cheveux roux. Apollon, dit-il dans sa lettre ,

avait les cheveux roux comme Jésus-Christ et comme sainte Madeleine. La nature avare qui a caché les pierreries dans le sein de la terre et les perles au fond des mers, a

n'en convient pas.

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(1) Les Guêpes de juin ont paru rue Neuve-Vivienne, 16.

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