Abbildungen der Seite
PDF
EPUB
[ocr errors]

On garnit ceux-ci de torsades de velours et de guirlandes de plumes de couleurs variées. Des bouquets de petites plumes assorties aux rubans du chapeau, sont également à la mode.

Les demi-voiles doivent être considérés comme un accessoire indispensable d'une belle toilette.

L'on portera, cet été, beaucoup de canezous; déjà même on en voit. Cependant des pointes en dentelles pourront souvent les remplacer avec avantage.

TABLETTES DES CINQ JOURS.

Faits divers.

1)

Une dépêche télégraphique arrivée cet après-midi, annonce que le Rhône vient de déborder de nouveau, et a détruit et emporté tous les ouvrages qui avaient été faits pour empêcher la sor:ie de son lit, à Beau. caire et à Tarascon,

- Le petit tableau devant lequel la foule ne cesse de stationner, dans le grand salon du Louvre, la Parlie d'échecs, vient d'être vendu 2,400 francs.

Aujourd'hui, M. l'archevêque de Paris, plusieurs évêques, le patriarche de Jérusalem et presque la moitié du clergé de Paris ont fait à Saint-Méry les grandes solennités de la béatification de la bienheureus Marie de l'Incarnation; une foule immense y assistait. La chasse de la sainte et sa chapelle ont été consacrées par M. l'archevêque. La messe a été dite en musique.

27. On écrit du canton d'Aspect, le 13 avril :

« De fortes pluies ont désolé nos montagnes pendant trois semaines consécutives; hier seulement, elles ont cessé, mais pour faire place à une neige abondante. La fin de ce gros mauvais temps s'est fait remarquer par un singulier phénomène. Dans la matinée, nous avons vu sir plusieurs points la terre couverte d'une légère couche de matière jau natre d'un éclat très vif, et dont les derniers vestiges n'ont complètement disparu que vers le soir.

« Cette matière, qui était tout aussi bien délayée que la peinture à l'huile, prenait la forme et la consistance de la fleur de soufre, lorsqu'elle touchait à un corps sec, et elle se pulvérisait de même.

L’Emancipation explique ainsi ce phénomène qui vient de se reproduire également à Bordeaux : « En ce moment les sapins sont en deur dans la montagne, et leur pollen étant d'un jaune vif et très abondant, il n'est pas étonnnant que, soulevé en tourbillon par le vent, ce pollen ait coloré la pluie.

28. Le courrier des États-Unis du 5 avril contient l'importante nouvelle qui suit :

Le général Harrison est mort, le 4 avril à minuit et demi, dans le palais présidentiel. Cette triste nouvelle est officiellement annoncée au peuple américain par une circulaire signée de tous les ministres.

- La caisse d'épargne de Paris a reçu hier 25 et aujourd'hui 26 avril, de 5,014 déposans, dont 742 nouveaux, la somme de 739,170 francs. Le montant des remboursemens demandés a été de 553,000 fr.

29. — Le 2 mai, à 11 heures, la cérémonie du baptême du comte de Paris sera célébrée dans l'église de Notre-Dame.

A 7 heures et demie du soir, concert devant le Pavillon de l'Hor. loge.

A 8 heures et dernie du soir, il sera tiré simultanément deux feux d'artifice: le premier sur le quai d'Orsay; le second à la barrière du Trône.

(Messager.) -On a fait cette remarque: il y a un mois environ, le Président, púquebot à voiles américain de la ligne de Londres, s'est perdu en mer. Tout porte à croire que le Président steamer transatlantique, a subi le même sort, et, pour la première fois, le dignitaire auquel était emprunté ce titre, le président des Etat-Unis, est mort dans l'exercice de ces fonctions. Ces trois événemens ont eu lieu dans l'espace d'un mois.

- On a remarqué comme un fait assez extraordinaire, en parcourant la liste des passagers du steamer le Président, qu'aucun voyageur français ne s'était embarqué sur ce navire pour se rendre de New-York en Europe. C'est peut-être la première fois depuis que les steamers anglais ont entrepris la navigation transatlantique, qu'un de ces steamers se soit trouvé sortir d'un des ports des États-Unis sans avoir pris à son bord un certain nombre de passagers de notre nation.

(Journal du Havre.)

25 avril. - On lit dans les journaux de Londres :

« M. Anstin, propriétaire de la taverne de Saint-Georges, Lamberth's road, possède deux agneaux dont l’union parait être plus complète et plus indissoluble même que celle des fameux jumeaux siamois. Les savans qui ont examiné ces animaux proclament qu'ils offrent un phénomène unique. La même peau recouvre les deux agneaux, qui sont parfaitement conformés dans toutes les parties du corps, à l'exception des jambes de derrière. L'un de ces agneaux est mâle et l'autre femelle, et ce qu'il y a de plus étrange encore, c'est que la race n'est pas la même. L'un tient des moutons de South-Downe, et l'autre appartient à la famille des moutons de Leicester. On distingue aisément la différence des races à la conformation de la tête et à certaines marques sur les jambes. M. Anstin a déjà refusé des sommes considérables à des empailleurs. Il préfère garder ses agneaux pour les exposer à la curiosité publique. »

- L'inventaire auquel, depuis bientôt quinze jours, on procédait chez M. Lehon, et que l'on croyait à peu près terminé, se poursuit aujourd'hui avec une activité nouvelle, par suite de la découverte faite dans un placard du cabinet de cet ex-notaire de quinze cartons qui renfermaient des papiers importans.

26. — Les coiffeurs, qui autrefois s'appelaient perruquiers ou tout simplement barbiers, ne trouvent plus leur titre assez pompeux. Un de ces modestes industriels annonce au public qu'il transfère son élude de coiffure de telle rue à telle autre.

- On sait que le Mont-Valérien était couronné d'un magnifique couvent. On sait que la crète de ce mont va être couverte par une citadelle. Or, à la porte du couvent, vers Paris, existe un cimetière rempli de tombes aristocratiques. M. l'archevêque de Paris vient d'obtenir de M. le maréchal Soult, ministre de la guerre , que ce cimetière serait respecté des soldats du génie, et qu'il serait mis en dehors des fossés de la citadelle. On assure que la chapelle du couvent restera intacte.

- Aujourd'hui, les bataillons de chasseurs de Saint-Omer sont arrivés aux camps de Romainville, Montreuil et au fort de Vincennes.

Voici quel est leur uniforme : ils portent pantalon et capote froncée à la ceinture , en drap gros bleu, liseré de jaune; la casquette, la bine, la baïonnette-poignard et une ceinture-giberne.

On estimé à près de trois millions l'argent dépensé à Saint-Omer depuis le mois d'octobre, par les bataillons de chasseurs, dont les officiers, presque tous jeunes et ardens, ont dû faire la fortune des hôtels et des cafés qu'ils fréquentaient. On nous a cité à ce sujet l'anecdote suivante : « Lorsque le premier bataillon vint d'Afrique, on lui sit la réception la plus brillante, et, le soir, il y eut au café Hampert un punch qui coûta 1,500 fr. Mais, non satisfaits de cette fête bruyante, les officiers finirent par démonter le billard, et firent dessous une fosse profonde dans laquelle tous enterrèrent leurs anciens sabres,

remplacés par des armes de modèle différent. Cette inhumation guerrière fut arrosée de punch flamboyant, et le cafetier fut invité à respecter désormais ce souvenir d'union et de fraternité militaires, »

[ocr errors]
[ocr errors]

cara

Le Gérant, TAQUARD. Paris. — Imprimerie et lithographie de MAULDE et RENOU,

ruç Bailleul, I el 11, près du Louvre.

[merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][graphic][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors][merged small][merged small]
[ocr errors]
[ocr errors]

[ocr errors]

SOMMAIRE

Au moment où ce culte était le plus fervent et où l'ardeur de l'en

thousiasme populaire était poussée jusqu'au fanatisme, un grand tumulte Le citoyen Régulus, par M. VICTOR HERBIN. Procès de Felton, as

se fit dans les rangs serrés de la foule qui encombrait le quai nommé

depuis quai Voltaire. sassin du duc de Buckingham, par M. ADOLPHE JOHANNE. Sou venirs de l'école de Fontainebleau, par M. GRANDJEAN DE Fouchy.

Ce tumulte était causé par l'arrivée du carrosse du marquis de Savi

gny, qui s'avançait au pas précipité de ses quatre chevaux, refoulant deLes Guêpes, par M. ALPHONSE KARR. Beaux-Arts : Salon de

vant lui les flots épais de la populace, comme fait un vaisseau qui brise 1841 (4e article). – Théâtres : Théâtre-Français, les Gladiateurs, par avec fracas les vagues de l'Océan. M. ALEXANDRE SOUMET; le Chêne du Roi, par le même auteur. La France, à cette époque, se divisait en deux partis hostiles, joutant Tablettes des cinq jours : Faits divers.

de menaces, et préludant ainsi à la grande bataille qui devait ensanglanter le sol de la patrie.

Entre tous les champions des priviléges du trône et de la noblesse,

celui qui se distinguait le plus par son acharnement à défendre une LE CITOYEN RÉGULUS.

cause désormais perdue, et à combattre les droits qu'osait revendiquer

le peuple par la bouche de ses éloquens tribuns, c'était le marquis de I

Savigny. Le 30 mai de l'année 1778, une nouvelle sinistre, qui devait rententir

La cour aimait le marquis de Savigny; on se souvenait des services jusqu'aux confins du monde civilisé, se répandit dans Paris : Voltaire

rendus par sa famille à la monarchie ; on lui tenait compte de ses inten

tions loyales, de son dévoûment, qui était chez lui une religion; mais est mort ! Voltaire n'est plus ! Grande fut la stupeur de ceux qui se déclaraient les adeptes du culte

on redoutait l'expression imprudente d'un attachement qui pouvait parde la Raison, dont Voltaire était le grand-prêtre, et de ceux qui maudis

fois compromettre bien plus que servir. saient son génie et regardaient sa doctrine comme une inspiration de On conçoit sans peine que, placé dans un pareil centre d'idées, le l'enfer.

marquis de Savigny dut détester les hommes qui travaillaient chaque Le peuple, qui à cette époque nourrissait déjà les idées d'émancipation jour à faire jaillir l'étincelle qui amena l'incendie de 93, et à la tête desqui devaient germer si vite pour porter de terribles fruits, et qui vénérait quels l'opinion désignait Voltaire. Il ne devait donc être rien moins que à l'égal des dieux ceux qui s'imposaient la mission de le guider dans les disposé à prendre part au deuil public causé par la mort de cet écrirudes sentiers de l'indépendance et du progrès, déplora la mort de Vol

vain, mort qu'il regardait comme un heureux événement dont les hon-. taire comme une calamité publique, et lui donna des larmes plus sincè

nêtes gens devaient se réjouir. res que méritées.

Aussi quel ne fut point l'indignation de son orgueil de grand seiOn vit, dès le soir même, une foule immense assiéger l'hôtel du mar- gneur, lorsqu'il vit sa voiture arrêtée par des hommes de la classe la quis de Villette, où le philosophe venait de rendre le dernier soupir, et plus infime, et lorsqu'on lui enjoignit à lui-même de descendre de son commander à l'entour le calme et le silence, comme un témoignage de carrosse et de passer à pied devant la maison du Philosophe, comme respect envers l'illustre mort.

on l'appelait, afin de lui payer ainsi son tribut d'hommages !

[ocr errors]
[ocr errors]

- Arrière ! canaille, s'écria-t-il, en mettant la tête à la portière, ar- - Les hommes du quai ont pillé, saccagé votre hôtel de Paris; en ce rière, ou je vous fais fustiger par mes gens!

moment ils le livrent aux flammes, – Tes gens ! s'écria un homme dont le bras nu et nerveux semblait à - Eh bien, Duval, il faut le laisser brûler. lui seul fixer la voiture au sol; tes gens ! ils n'essairont point; car ils - Monseigneur ! savent bien que nous leur romprions les côtes.

Je t'ai toujours dit, Duval, que tu poussais l'économie jusqu'à l'ava. – Allons, à terre ! cria un autre ; il fait beau et tu n'as point à crain- rice; n'ai-je point encore assez, dis-moi, de châteaux et d'hôtels ? dre de compromettre dans la boue tes bas de soie brodés et tes souliers – Monsieur le Marquis, la chose est sérieuse et vaut la peine qu'on à boucles d'or.

s'en occupe; il ne s'agit pas seulement de votre hôtel de Paris; le peuple - Misérables ! dit à part lui le marquis de Savigny, qui commençait à s'est porté en foule à votre maison de plaisance de Marly, qui va avoir le craindre de n'avoir point le dessus dans cette lutte inégale. Puis, repre- même sort; il seront ici avant une heure, et, croyez-moi, le château avec nant son rôle de parlementaire : Je suis aux ordres du roi, s'écria-t-il ; ses grilles et ses gardes, le roi lui-même avec toute sa majesté, ne sauma mission ne souffre point le retard d'une minute; laissez-moi porter raient vous soustraire à leur vengeance. en toute båte mes dépêches à Sa Majesté.

· Mais que veulent-ils donc? Quand ce serait le roi lui-même, il ne passerait point sans saluer - Votre sang, Monseigneur, en échange de celui des leurs que vous le prophète de la révolution.

avez versé. Eh bien ! qu'il crie vive Voltaire ! fit une voix conciliatrice parmi Ah! saint Voltaire, dit le marquis d'un ton qui n'était plus celui ceux qui assiégeaient le carrosse du marquis.

de la raillerie joyeuse, tu dois être content, tu auras des funérailles dignes - Mort à moi, reprit le marquis hors de lui, si je disais autre chose de ton génie ! que malédiction sur lui qui a mis au cour de son pays ce hideux can. Le danger que signalait le fidèle serviteur du marquis était loin d'être cer du doute et de la révolte contre le devoir!

exagéré. Après avoir pillé et brûlé son hôtel de Paris, le peuple avait Eh bien, mort à lui! cria le peuple !

juré d'en faire autant de tous les domaines du marquis de Savigny, jusMort à lui, répétèrent des milliers de voix,

qu'à ce qu'il tombât aux mains de ceux qui voulaient l'immoler sans A la lanterne!

pitié, comme il avait lui-même sans pitié écrasé sous les pieds de ses A l'eau l'aristocrate !

chevaux et sous les roues de sa voiture, leurs pères, leurs enfans et leurs Et en une seconde le marquis de Savigny vit sa voiture, ses chevaux

frères. et ses gens emprisonnés dans un infranchissable rempart fait de poitri

Cette haine, d'ailleurs, qui éclatait si furieuse, remontait à une date nes humaines, d'où se dressait comme une batterie meurtrière de poings plus reculée : ce n'était point la première fois que ces deux noms, Peuple crispés et de bras armés de pierres et de bâtons ferrés. Il n'avait qu'un et Savigny, se heurtaient en mortels ennemis qui se rencontrent. Lors parti à prendre, extrême comme le danger qui le lui suggérait , et en

des émeutes qui avaient eu lieu à cause de la cherté des grains et de la homme de courage et d'action qu'il était, il n'hésita point.

disette qui en était la suite, le marquis avait conquis les premiers titres

à la plus odieuse impopularité. Francois, dit-il à son cocher, mille louis si dans dix minutes nous

Duval, qui, tout en s'associant secrètement aux sympathies populaires sommes sur la route de Versailles. Et vous, dit-il à deux piqueurs qui

et aux espérances d'un meilleur avenir, n'en était pas moins dévoué aveuse tenaient aux portières, leurs torches à la main, le feu au ventre des

glément au marquis de Savigny, son bienfaiteur, avait deviné du premier chevaux s'ils refusent d'avancer, et à la ligure de ces brigands s'ils vous

coup d'ail l'imminence du péril. Aussi, après avoir jeté dans une voiarrêtent.

ture de place, pour qu'il ne fût point reconnu, et confié à un vieux serUn moment de profond silence suivit, dans le peuple, le colloque qu’on

viteur dont il était sûr, le fils de M. de Savigny, qui n'avait plus de avait vu s'établir entre le marquis et ses gens; puis la machine s'ébranla

mère et n'était âgé que de trois ans et quelques mois, il était parti en au milieu des clameurs des laquais, qui criaient : Place! Place au mar

toute hâte pour Versailles, où la voiture qui emportait l'enfant devait quis de Savigny! et des hurlemens de rage des opposans que broyaient venir le rejoindre. les pieds des chevaux. Puis bientôt le bruit mat produit par le roulement

- Et que penses-tu donc, Duval, qu'il y ait à faire, si tu ne crois point du lourd carrosse, accompagné d'un épouvantable concert de gémisse

que la maison du roi elle-mêine soit un asile inviolable et sacré pour ces mens et d'imprécations, annonça que le grand seigneur avait enfin con

brigands? quis le passage, mais qu'il lui avait fallu se faire un pont de cadavres.

- Partir, Monseigneur; il faut partir, ne fût-ce que pour quelques Une heure après le marquis faisait son entrée au château de Versailles, jours. et racontait, avec son énergie naturelle, la scène outrageante pour la

- Fuir! Y pensez-vous, monsieur Duval? Suis-je donc un vilain dont royauté et pour la noblesse, dans laquelle il avait joué le principal rôle,

les épaules doivent craindre le bâton ? Merci du conseil ! et qui avait eu un si terrible dénoûment.

- Monsieur le marquis, je ne vois que votre salut, je ne veux pas Le roi et M. de Maurepas, son ministre, moins passionnés que le mar.

penser à autre chose. quis, et par conséquent plus capables de juger du danger qu'il avait si

-C'est bien, c'est bien, dit avec fierté le Marquis en se promenant à gratuitement provoqué, s'effrayèrent grandement de cette démonstration

grands pas. populaire, et furent loin de lui savoir gré de son zèle indiscret.

En ce moment un huissier de l'appartement entra dans le salon et inTandis que Savigny, encouragé par la reine, dont la confiance alors

vita le marquis de Savigny à le suivre auprès de sa majesté la Reine, qui allait jusqu'à l'imprudence la plus aveugle, cherchait à dissiper des ter

désirait lui parler. reurs qu'il croyait dénuées de fondement, un homme, accouru à Ver

Le caractère ardent et aventureux du marquis de Savigny avait insailles à franc étrier, pénétra dans le château, demandant à parler sur spiré pour lui à Marie-Antoinette le plus vif intérêt; aussi, quand des l'heure au marquis de Savigny, à qui, disait-il, il avait à faire les plus

courriers vinrent annoncer au château l'effrayant danger qu'il courait, importantes communications.

et qui, à cette époque d'effervescence populaire, pouvait être l'occasion C'était Duval, l'intendant du marquis; et aussitôt que celui-ci se fut

d'un mouvement dont on eût pas su prévoir les suites, elle usa de tout rendu à sa demande :

son crédit sur son esprit pour le déterminer à fuir sans tarder. Et comme - Monsieur le Marquis, je suis un messager de terribles nouvelles ! le marquis se refusait à prendre un parti qu'il appelait lâche et honteux, s'écria-t-il.

il reçut au même moment, des mains du capitaine des gardes, un ordre - Que veux-tu dire?

signé du roi qui l'esilait à l'étranger pour cinq années.

[ocr errors]

Louis XVI avait compris qu'il n'avait que ce moyen de réduire la vo

II onté du marquis de Savigny et de le sauver malgré lui-même, et M. de laurepas avait compté sur cet ordre d'exil pour apaiser la colère du Seize ans se sont écoulés depuis la scène que nous avons esquissée. peuple, si la bête aux mille têtes, comme on disait alors, osait venir La sanglante aurore de 93 s'est levée sur la France. Le niveau de la réEronder jusque sous les murs du château. L'ordre était formel , il de- publique a passé sur toutes les têtes; celles qui étaient trop élevées ont Fait être exécuté sans remise, et le marquis, refoulant avec rage dans été abattues, quand elles n'ont pu se soustraire par la fuite aux pourson cour les plaintes que soulevait cette mesure qu'il regardait comme voyeurs des insatiables appétits du monstre des révolutions. Le trône du une sanglante injustice et une preuve nouvelle de l'ingratitude des rois roi, l'autel de Dieu ont été renversés : à leur place s'est élevé l'échafaud envers ceux qui les servent avec le plus de dévoûment, ne demanda que de la Terreur ; Louis XVI a été mis à mort à la face de son peuple asquelques minutes pour une recommandation d'urgence à faire à son in- semblé, sans qu'une seule voix se soit élevée pour le défendre, sans qu'une tendant.

seule main se soit étendue pour le venger; et la noblesse, décimée

par Resté seul avec Duval :

la proscription, a quitté une terre inhospitalière pour aller, sur des bords

étrangers, rêver de meilleurs jours. Eh bien, Duval, lui dit-il, on m'exile.

Dans ce déluge populaire qui a submergé les noms, les titres, les forTant mieux, Monseigneur, vous serez sauvé sans que cela vous

tunes, la famille de Savigny a dû se trouver naturellement enveloppée coûte ce que vous appelez la honte de la fuite.

et disparaître. Du reste, lorsque le marquis de Savigny quitta la France - Mais un exil, c'est une défaite.

en 1778, à la suite de l'événement que nous avons raconté, il était veuf - Oh! dans un mois tout sera oublié, et vous ferez une rentrée triom

et restait avec son fils le seul rejeton de cette ancienne famille. Il avait pale.

promis à M. Duval, en le quittant, de lui écrire aussitôt son arrivée à Enfin, le roi le veut , il faut que j'obéisse !... L'ordre d'exil con

Vienne, qui était le lieu désigné pour son exil, et jamais cependant ni cerne également mon fils, reprit le marquis en relisant le parchemin.

M. Duval, ni les autres personnes avec lesquelles il pouvait entretenir Exiler un enfant qui compte à peine trois années ! Tant mieux répèta encore à mi-voix l'intendant; car, tout jeune correspondance n'entendirent plus parler de lui. Ce fut en vain que

M. Duval écrivit lettres sur lettres, qu'il s'informa du marquis jusqu'à qu'il est, le fils aurait payé pour son père; il sera sauvé aussi. Mais où est-il, mon fils, lui qui partage si tôt les disgraces de son

la cour même, et qu'il envoya exprès un homme de confiance en Allema

gne; il lui fut impossible d'obtenir le moindre renseignement sur ce que père ? - Il est en bas , monsieur le Marquis, dans la cour du château ; j'ai pouvait être devenu le marquis, et de recueillir le moindre indice qui

l'assurât qu'il était encore en vie. Puis, quand des années eurent passé précédé de quelques minutes la voiture qui l'amenait ici.

sur ces tentatives infructueuses, et quand la pensée d'un accident fatal à Bien ! Mais quoique je pense comme toi que mon exil n'est que

M. de Savigny eut été confirmée par ce silence obstiné et cette disparipour la forme et ne sera pas de longue durée, il convient cependant que

tion inexplicable, M. Duval s'habitua à l'idée de sa mort, qui devint je fasse certaines dispositions de prudence, non pour moi, mais dans l'in

bientôt pour lui comme le souvenir d'un fait certain et accompli. térêt de mon enfant.

Cependant, grâce à l'activité de ses soins, à l'habileté de ses spécu- Parlez, Monseigneur.

lations, la fortune du marquis s'était considérablement accrue, et par - Duval, toi qui ne vis que dans les papiers d'affaires et de procédure, as-tu là un parchemin en blanc?

le fait, M. Duval était un des plus riches propriétaires que la France - Oui, Monseigneur.

d'alors pùt compter; car les gens bien informés de son district di

saient qu'il assurerait au moins un million en mariage à sa fille et au- Donne.

tant à son fils. Et le marquis après avoir signé au bas de ce parchemin et écrit quel

Malgré le bonheur que devait procurer à M. Duval cette immense jues lignes sur une page de ses tablettes , donna l'un et l'autre à l'in

fortune dont on ne connaissait point la cause, et dont il avait toutes les endant, en lui disant :

jouissances, il ne paraissait rien moins qu'heureux pourtant, et chaque - Tu iras avec ceci chez Me Bernard, mon notaire, et il fera de ce matin, à son lever, on aurait pu remarquer sur ses joues une pâleur barchemin un acte en bonne et due forme, par lequel il sera dit que livide comme en donnent l'insomnie et les tortures d'une ame bourous mes biens, rentes, liefs, maisons et meubles t'appartiennent, et ont relée. ité acquis par toi au moyen des prêts nombreux que tu seras censé m'a- Nous avons dit qu'à cette époque s'accomplissait, dans toute son énerfoir faits.

gie, l'auvre terrible de la révolution. M. Duval avait un esprit ardent, Je comprends, Monseigneur. En ces temps de guerre à mort entre un caur chaud ; il se dévoua avec fanatisme à la cause populaire, et on a noblesse et le peuple, les grands noms et les grandes fortunes sont les le choisit bientôt pour chef autant pour son civisme éprouvé que pour lus menacés, et vous abritez l'impopularité de votre nom sous l'obscu- la position que lui faisait sa fortune. Dans sa fureur de démagogue, ité plébéienne du mien. Reposez-vous sur moi. Mais il faut que je vous M. Duval avait voulu quitter son nom, qui sentait trop son origine arisemette en échange un titre qui constate que cette propriété n'est que tocratique; car à cette époque, la particule du placée devant le nom proictive.

pre était proscrite avec non moins de rigueur que le de, qui suffisait - Et qu'est-il besoin de titre, Duval? n'ai-je pas époruvé ta probité, souvent pour conduire à l'échafaud, et il s'était baptisé du nom signifion lidèle et constant dévoơment? voilà la meilleure garantie.

catif de citoyen Régulus, sous lequel on ne se serait guère avisé d'aller L'intendant allait répliquer, lorsque le capitaine des gardes ouvrit les chercher l'ex-intendant du seigneur de Savigny. ortes et annonça au marquis que la chaise de poste l'attendait à l'en- Un acte de générosité par lequel Régulus signala son patriotisme vint rée de la grille du parc et que son fils y était déjà placé.

mettre le comble à la popularité dont il jouissait déjà. La République Adieu donc, Duval. Arrivé en Allemagne, je te donnerai de mes était appauvrie, et toutes ses ressources étaient épuisées, le numéraire

avait disparu, les assignats étaient sans valeur, la confiscation des biens — Adieu, monsieur le marquis; que Dieu vous accompagne, vous et des émigrés et des prêtres n'avait produit que des sommes insuffisantes otre fils, et vous ramène bientôt !

pour des besoins pressans, la disette était dans la ville, nos armées Deux minutes après, la chaise de poste partait de toute la vitesse de manquaient d'armes et de vêtemens, les appels répétés à la nation n'as chevaux ; il était temps, car au même moment les cris du peuple se menaient

que de faibles résultats. Le citoyen Régulus vendit une grande usaient entendre à l'autre extrémité du château,

partie de ses domaines, laissant croire même , pour sa sécurité , qu'il

ouvelles.

388

III

conservait que la jouissance de la maison qu'il habitait avec sa fa-
mille, et vint déposer le prix de cette vente sur l'autel de la patrie, aux RUE HONORÉ.

286 applaudissemens unanimes du peuple rassemblé.

Ce trait de bon citoyen, qui n'était point aussi rare en ce temps qu'on pourrait le croire aujourd'hui, fut mis à l'ordre du jour. Les feuilles publiques mentionnèrent la libéralité du citoyen Régulus. Le club des Ja

HABITENT CETTE MAISON. cobins, dont il était membre, lui accorda les honneurs de la séance, et il fut reconduit en triomphe à sa maison, qui était voisine de celle du

Rez-de-chaussée. vertueux et incorruptible Robespierre, comme on l'appelait. Dès le len

Le citoyen Simon et son épouse, libraire. demain, il était nommé membre du conseil-général de la commune et

Premier étage. président de sa section.

Le citoyen PÉGULUS, membre de la commune, président de Il faut dire cependant que Régulus, qui faisait reposer toutes ses espé

section. rances de bonheur sur l'amour de ses enfans, et qui semblait ne pouvoir

Le citoyen Viala, son fils, employé au district des Jacobins. combattre les souvenirs cruels qui l'assiégeaient, pareils à des remords,

La citoyennc Cornélie, sa fille. que par la pensée qu'il leur assurait des jours de paix et de félicité, avait

Deuxième étage. fait d'amples réserves au profit de leur avenir. Son instinct de père et de

Les citoyens BARDET el BOUCHARD, confectionneurs d'habits. citoyen lui disait que si la source de cette fortune était criminelle, il la

Troisième étage. purifiait en la partageant entre sa patrie et ses enfans.

Le citoyen Camille Desmoulins, député à la Convention. Vers le même temps, le comité de salut public lança le décret qui en

La ciloyenne LUCILE, sa femme; Rose, leur familière. joignait, sous peine de mort, à tous les propriétaires de la capitale, de

Quatrième étage. placer au dessus de la porte de chaque maison un écriteau sur lequel de

La citoyenne MANON, servant aux fêtes de la Raison. vraient être inscrits les noms et les professions de tous les habitans.

La citoyennc Aspasie, sa fillo, id. Depuis quelque temps, le citoyen Régulus comptait dans sa maison un

Cinquième étage. un nouvel hôte qu'il n'avait point vu encore, car cet hôte ne s'était adressé

Le citoyen CORIOLAN, peintre d'histoire. qu'à une femme de service chargée du soin de faire voir les pièces à louer et d'en dire le prix aux visiteurs. Il occupait une mansarde à l'étage le plus élevé.

Régulus le fit prier de descendre, afin d'obtenir de lui des renseignemens nécessaires pour l'inscription ordonnée par la loi, Son locataire se Le jeune peintre menait la vie la plus triste et la plus malheureux rendit aussitôt à cette invitation.

qui fút. Sans moyens de se créer des ressources, car à cette époque, la C'était un jeune homme de vingt ans à peine, d'une physionomie char- République absorbée par le soin de sa propre conservation ne trouva mante et dont les manières distinguées laissaient deviner, en dépit de guère le loisir de voter des encouragemens aux beaux-arts, il était obligt, son extérieur misérable, qu'il devait appartenir à une noble famille. Sa pour vivre, de composer des grotesques et des caricatures pour un mix figure pâle, mais pleine de dignité, son regard fier, mais doux, son main- chand, qui, spéculant sur sa pauvreté, les lui payait au plus bas pris tien assuré, quoique modeste, annonçaient en effet chez lui l'homme né

possible. pour commander.

Fatigué de cette lutte chaque jour renaissante contre les difficultés de Sa chevelure noire flottait, selon la mode du temps, en longues bou

la vie, l'artiste remontait souvent à sa mansarde le découragement : cles sur ses épaules; de légères moustaches ombrageaient sa lèvre supé- cour, et il restait là de longues heures assis sur un grabat, plongeant rieure; le col de sa chemise, rabattu sur son habit, laissait voir un cou un regard désespéré dans les profondeurs de son avenir sombre et me blanc et modelé comme celui d'une femme.

naçant comme un abîme; puis, quand il sortait de ces désolantes cor- Pardon, citoyen, dit Régulus au jeune homme qui entrait, je t'ai

templations pour se replier sur lui-même, et qu'il se voyait seul 12 dérangé; mais, avant tout, il faut obéir à la loi, et c'est elle qui m'a forcé

monde, sans famille, sans nom; sans fortune, sans amis, il se prenait de te faire descendre.

pleurer ainsi qu'un faible enfant, et appelait de tous ses væux la mort

comme l'unique refuge contre la misère et l'abandon. Que demande-t-elle ?

Nul dans la maison n'avait soupçonné que cette vie, si jeune ét si fraQue je t'inscrive avec les autres locataires de la maison.

che encore, renfermât tant de douleurs; plusieurs même, en le voyas Je ne refuse point.

gravir d'un bond ses cinq étages, portaient envie à l'insouciance, quis - Ton nom?

croyait alors, comme à présent, le privilége exclusif de la vie de l'arCoriolan.

tiste ; une seule personne devina son coeur et les souffrances qu'il rec: - Hé! hé! ce nom-là était porté par un aristocrate de l'antiquité...

lait : cette personne, c'était Cornélie, la fille de son hôte. Ton âge?

Grâce à la fortune de son père, Cornélie avait reçu, ainsi que se Dix-neuf ans.

frère, une éducation solide et complète, et cette éducation n'avait fi - Ta profession ?

que développer le naturel le plus heureux. Aussi, après avoir renc, Peintre d'histoire.

hommage aux charmes séduisans de son esprit, on les oubliait encuk Le lieu de ta naissance?

pour admirer et chérir ce qu'il y avait d'excellent et d'exquis dans sa Paris.

cccur. M. Duval était adoré de ses enfans, mais non pas de la méde - Citoyen, je te remercie.

manière. Cornélie avait fait de son attachement à son père un der Est-ce tout ?

doux et religieux; chez son frère, cette affection était poussée jusqu - Oui, c'est tout.

fanatisme. Le rôle actif que le citoyen Régulus avait accepté dans les Je te salue, alors.

vre révolutionnaire effrayait Cornélie; ces scènes de sang et de terre! Adieu, mon brave, salut et fraternité.

l'épouvantaient, et n'avaient pour elle que la grandeur et la magnifice, Et le lendemain on put lire sur la façade de la maison du citoyen Ré- que présente le spectacle d'une tempête. Aux yeux du fils, au contr...] gulus la pancarte suivante :

les vertus austères du républicain Régulus en avaient fait un héros.

[ocr errors]

[ocr errors]

« ZurückWeiter »