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son orgueil seul résistait encore au désir de lui donner son nom par un mais uniquement pour faciliter l'enlèvement de Fifi, on avait substitué au mariage public. Quand revenait quelquefois, entre elle et lui, cette ques merveilleux oiseau. ụn autre canari de la même taille, de la même puance tion sérieuse du lien légitime, il se rejetait sur les préjugés de sa tante, de; la même couleur, aussi bien apprivoisé, exactement semblable en un qui, selon le comte, déshériterait un neveu assez peu jaloux de son rang inot.... excepté qu'on eût vainement attendu de lui et l'air jacobite, et ces pour le faire partager à une femme de théâtre. En dédommagement de ce mots si bien prononcés, ce défi politique jeté par un pauvre oiseau à tous refus continuel de légitimer leur liaison intime, lord Peterborough acca les whigs et à tous les rebelles d'Angleterre : Vive le roi Jacques ! blait sa maîtresse de présens; il ne savait résister à aucun de ses capri Le comte de Peterborough; effrayé de son audace et de son larcin, ces, et, bien plus, il se plaisait à les faire naître uniquement pour prouver n'osait plus se présenter devant sa tante; il s'éloigna même pendant quelqu'il les avait souvent prévenus. Anastasie devinait bien le motif de tant que temps pour éviter toute explication. Lorsqu'il reparut chez elle, un de complaisances, et si elle feignait quelquefois d'être un peu difficile à grave incident avait eu lieu dans la politique d'action, et la vieille lady contenter, c'était uniquement pour fatiguer la libéralité galante du comte, Judith ne pouvait y être restée insensible. Poussé par de mauvais conet l'amener à convenir qu'il lui en coûterait cent fois moins de l'avoir seillers, le chevalier de Saint-Georges avait débarqué en Ecosse; mais la pour femmc légitime toute sa vie qu'une seule année pour maîtresse. fortune avait trahi son courage, et il' s'était rembarqué vaincu, sa tête L'héritage de la tante risquait donc d'être dévoré par anticipation; mais mise à prix, presque aussi malheureux à Sheriffmour que le fut vingt ans rien n'était trop magnifique et trop cher aux yeux du comte pour Anas après son fils Charles-Edouard à Culloden. tasie; aucune de ses fantaisies ne lui semblait extravagante , tant qu'elle Le comte de Peterborough n'eut donc pas besoin de paraître étonné n'était pas impossible à satisfaire.

en trouvant sa tante si triste. Allant au devant de toutes ses condoléances, Un jour milord Peterborough trouva Anastasie rêveuse, et, à sa petite elle l'entretint tout d'abord elle-même de la catastrophe dont elle gémismoue, à son demi-sourire, il comprit qu'elle avait une requête à lui sait en fidèle Jacobite; puis, par une transition naturelle, passant au serin adresser. La duchesse de Northumberland s'était montrée la veille à Hyde favori : « Ah ! mon cher Charles, ajouta-t-elle, non sans faire pâlir et frisPark dans le plus délicieux équipage attelé de deux charmans poneys. sonner le comte, vous qui quelquefois ne vouliez pas croire à la sensibilité Anastasie, qui l'avait long-temps suivie des yeux, s'était récriée sur la de Fifi, apprenez que le pauvre oiseau, depuis que notre prince légitime forme disgracieuse de sa propre voiture et sur le trot lourd de ses deux a été si fatalement trahi, refuse de faire entendre une seule vote ; jugez si grands chevaux allemands. Elle ne sait pas, se disait à part lui le ce témoignage de deuil ne m'attache pas encore davantage à mon idole. » comte, que le carrossier et le maquignon de la duchesse n'attendent plus Grâce à sa bonne étoile et à la prévention de la noble damę, le comte que mes derniers ordres, et qu'en un quart-d'heure nous pouvons aller

de Peterborough était sauvé. Il n'eut garde de démentir cette explication à notre tour à Hyde-Park, exciter l'envie de toutes les ladys à la mode. du silence sympathique de l'oiseau royaliste, et après avoir placé cet

Hélas! le pauvre comte était bien loin de deviner le désir qu'exprimaient éloquent mutisme à côté du dévouement filial qui rendit jadis la parole la rêverie d’Anastasie, sa petite moue et son demi-sourire. Après bien au fils muet de Crésus, il alla recommander à sa chère Anastasie de gardes circonlocutions et des détours oratoires, elle lui déclara qu'elle se der plus scrupuleusement que jamais le secret de son heureux larcin. rait la plus malheureuse des femmes, qu'elle ne chanterait plus une note

III au théâtre ni chez elle, qu'elle languirait, qu'elle tomberait malade, qu'elle se laisserait mourir, si elle n'obtenait pas la possession qu serin de lady Il est de ces esprits chagrins et misanthropes qui, habiles à découvrir Judith Carey.

une tache au soleil et une mauvaise pensée dans un caur de femme, Le serin de lady Judith! Le comte Peterborough eût autant aimé soupçonnent peut être Anastasie Robinson d'avoir bien moins désiré la qu'Anastasie lui dermandât le Phénix de la mythologie grecque, le roc possession du fameux serin, que le désespoir, et, par suite, la mort de des Mille et une Nuits, l'oiseau bleu des contes de fées, la simorque et cette excellente tante, qu'on lui opposait comme le seul obstacle à son tout autre oiseau de la création des poètes ou du monde antédiluvien. mariage avec le comte de Peterborough. Si elle avait fait ce calcul, elle Le serin de lady Judith! Mais comment l'obtenir de sa tante ? Impossi fut bien trompée sans doute. Toutefois, le serin substitué mourut de sa ble! Jamais princesse du temps des romans de chevalerie n'avait mis à mort naturelle; il mourut, et, pour comble de douleur, la noble lady Jupareille épreuve son aventureux chevalier. Évidemment Anastasie voulait dith se trouvait alors sans consolateur, son neveu chéri était en voyage. lui faire perdre la raison, ou peut-être plaisantait-elle ? Mais non : la de Dieu sait combien de larmes coulèrent sur l'oiseau défunt ! mande était sérieuse, Anastasie le lui démontra, et plutôt que de renon La source de ces larmes n'était pas encore tarie, lorsqu'on introduisit cer à sa maîtresse, milord Peterborough lui promit qu'elle aurait le se auprès de lady Judith une jeune et belle étrangère qui lui avait fait derin. Par quels moyen's? il ne le savait pas encore lui-même, et il le promit mander un entretien mystérieux. Lady Judith, qui n'allait plus ni à la avec l'arrière-pensée du désespoir. - Si je ne puis tenir ma promesse, cour, ni dans le monde, ni au théâtre, n'avait jamais entendu ni vu la cése disait-il, eh bien! je me tuerai, ou plutôt j'irai me faire tuer! Car lèbre Anastasie, et c'était elle. En vraie sirène, elle captiva facilement l'atmilord, tout excentrique qu'il était ; à la fois marin et soldat, n'avait pas tention de la vieille dame, écarta adroitement le motif supposé de l'entrebesoin du suicide pour abréger ses jours; sans compter que, voyageur in tien sollicité par elle, et plus adroitement encore se trouva comme natureltrépide, connaissant, comme Swift le lui rappelait dans une épître, tous lement amenée à chanter... Quel air choisit Anastasie? ce fut sans doute les postillons et tous les rois de l'Europe, il pouvait , dans un dernier l'air si bien chanté par le merveilleux serin, l’air jacobite; car lady JuVoyage, se faire verser sur quelque cime des Alpes ou des Pyrénées. dith, émerveillée et pleurant d'émotion, se vit réduite à convenir dans

Cependant il avait promis le serin, et il finit par préférer le désespoir son cour que si Fifi vivait encore, il serait surpassé par cette ravissante probable de sa tante au sien, c'est-à-dire à celui d'Anastasie ; car l'obte voix, capable de convertir au roi légitime tous ses rebelles sujets des nir de bonne grâce était par trop difficile ; et il se décida à le dérober. trois royaumes... « Ah! quelle consolation, quel bonheur si un pareil Comment s'y prit-il? comment trompa-t-il la vigilance affectueuse de chant pouvait de temps en temps venir charmer sa solitude ! » Elle exlady Judith ? on l'ignore. Sans doute que, de même qu'en Catalogne, pour prima quelque chose de cette idée à la belle chanteuse, qui s'y attendait, s'emparer de la forteresse de Denia, il s'était ménagé des intelligences mais qui modestement lui répondit que sơn neveu, son neveu chéri... et dans la place. N'importe enfin, le comte de Peterborough apporta le cé ceci était un secret... qu'elle confiait tout bas à lady Judith... son neveu

lèbre serin à Anastasie, en lui recommandant de le cacher à tous les yeux, avait su conquérir depuis long-temps l'amour d'une femme qui chantait de ne le garder que pour elle seule ; ce que la capricieuse cantatrice pro pour le moins aussi bien qu'elle. Bref (toujours sous le secret), lady Ju

mit, touchée de la nouvelle preuve d'amour que lui donnait un si grand dith apprit que son neveu avait juré d'épouser la belle Anastasie, mais capitaine. Or, il faut savoir que, sans espoir de tromper la bonne dame, qu'il hésitait à conclure cet hymen, par crainte du ressentiment de sa

sa

tante. Lady Judith était sous le charme; et, soupçonnant un peu la vé généreuse et antique, qui place bien plus haut que la fortune : la tranqui. rité, il lui échappa de dire : « Ah! madame, pour peu que cette femme lité de l'âme et la paix du ménage. vous ressemblât, croyez que mon neveu ne serait pas grondé de l'avoir C'était dans l'arrière-boutique d'un magasin de bonneterie que ce adorée et épousée sans ma permission.»

deux personnages, après avoir terminé une affaire fort importante por Nous n'aimons guère les longues histoires; et comme le lecteur doit eux, se laissaient ainsi aller à un entretien qui de moment en moment avoir deviné le dénouement de celle-ci, il est juste de l'abréger. A son devenait plus intime. retour de voyage, milord Peterborough, à sa grande surprise, retrouva sa - La paix du ménage! dit M. Leroi. Ah ça! Bernard, il y a ici quelqx tante, non seulement consolée de la mort de Fifi, mais encore si bien chose qui m'échappe; je veux être éclairci..... Songez, mon ami , que disposée sur l'article de son mariage, qu'elle l'invita elle-même à lui j'ai vingt ans de plus que vous, et que j'ai été l'ami de feu votre pere; donner une nièce qui pourrait lui chanter des airs jacobites pendant ses vous ne pouvez pas trouver de confident plus discret que moi , ni plus fréquentes absences. Sans excuse désormais, il se décida à épouser Anas attaché à vos intérêts. tasie Robinson. Celle-ci, sans craindre une dangereuse rivalité dans les Il y a des momens où l'ame est lasse de se replier sur elle-même, ou affections de sa noble tante, voulut, le jour de ses noces, réinstaller Fifi, le elle a besoin de se répandre au dehors et où les secrets les plus intimes serin légitime, dans sa cage dorée. Cette restauration acheva d'enthou viennent d'eux-mêmes se placer sur les lèvres. Bernard était dans u siasmer lady Judith pour sa charmante nièce, et lui fit prendre en pao de ces instans de fatigue morale, il cherchait quelque sympathie, quel tience les règnes des deux Georges, qui succédèrent à la reine Anne, au que assentiment affectueux qui le soutînt dans la lutte qu'il venait de détriment du roi légitime.

subir et qu'il soutenait encore; il saisit donc avec avidité l'ouverturs (Revue Britannique.) que lui faisait M. Leroi, lui prit la main et s’assit auprès de lui.

Vous connaissez ma femme? lui dit-il.

Non, répondit le futur marchand de bonneterie; je suis loin de

Paris depuis trois ans; vous n'êtes marié que depuis deux : je ne conLES DEUX BONNETIERS.

nais pas madame Bernard; cependant je l'ai entrevue hier au soir.

Ma femme est fort jolie, Monsieur; elle a, pour moi du moins Vous le voyez, Monsieur, voilà les marchandises en magasin avec une grâce que je ne trouve qu'en elle, un son de voix qui m'émeut, les factures acquittées ; voici mes livres qui vont devenir les vôtres; ici des regards qui, lorsqu'ils s'attachent sur moi, m'enchaînent sur sa la liste de mes correspondans; là, les noms de mes pratiques avec leur pas. demeure; le bail du magasin, le montant des recettes, celui des frais, Vous êtes un mari amoureux. le produit net; vous voyez que je n'ai rien atténué, ni surtout rien exa Oui. géré.

Et jaloux, dit M. Leroi. Parfaitement, monsieur Bernard, l'affaire.est plus belle que je ne Je suis trop amoureux pour être jaloux ; le premier de ces sent le croyais, plus belle que vous ne le dites vous-même, vous qui me ven mens est si fort chez moi, qu'il ne laisse point de place pour le second dez. Le magasin est en bon état, bien approvisionné, bien achalandé, Avant d'épouser ma femme je l'ai courtisée long-temps , j'ai étudie sa le bail est long et avantageux. C'est marché conclu, je vais signer. caractère, ses goûts, j'ai deviné ses qualités et je n'ai accepté mon bor

Et M. Leroi , industriel habile, se mit en devoir d'apposer sa signa heur que lorsque j'ai été certain qu'il était partagé. Ma femme a el ture au bas d'une convention écrite sur papier timbré, qui le rendait pour moi une passion aussi violente que la mienne. J'ai été heureux possesseur d'un beau magasin de bonneterie dans la rue Saint-Honoré. deux ans, et peut-être l'aurais-je été toujours une rencontre fatole Après avoir signé son nom et confectionné son paraphe avec le soin le n'eût détruit mon bonheur. Ma femme allait souvent dans une maison plus minutieux, M. Leroi leva la tête, et regardant son vendeur en sou que fréquentait aussi un nommé M. Delcourt, un de ces jeunes gens visits riant, il dit?

qui attendent trente ans pour se marier et prendre une place dans le - Vous n'êtes pas Parisien, monsieur Bernard ?

monde, et qui, jusque-là, dissipent leur jeunesse et leur fortune en fêtes - Au contraire, Monsieur, je suis né en pleine rue Saint-Denis. et en amusemens. Pourquoi cela ?

La haine que je porte à M. Delcourt ne m'empêchera pas de reconC'est que par le temps qui court les Parisiens sont plus fins et naître ses qualités. Il est joli homme, spirituel, séduisant. Il s'attache plus ambitieux que vous ne l'êtes... Je vois ce que c'est, vous avez bientôt à ma femme, et il employa toute sa grâce et tout son talent épousé une femme de province?

pour la séduire; cette conquête devint l'affaire de sa vie. J'ai su, depus, - Pas du tout, Monsieur, ma femme est Parisienne tout comme moi. l'ardeur de ses poursuites, la multiplicité de ses soins, et je frémis el

- Alors je ne vous conçois pas... Comment! monsieur Bernard... core quand j'y songe; il devait sembler à ma femme que cet homme vous dont la famille est depuis plus de deux cents ans dans la partie, l'aimait plus que moi. Cependant, comme lorsqu'une femme change de vous vendez votre fonds avant d'avoir atteint trente ans ? Vous, Parisien, passion, l'homme délaissé s'en aperçoit facilement, je compris bientot vous vous retirez du commerce avant d'avoir achevé votre fortune? Car que je n'étais plus aimé; et, quoiqu'on reproche aux maris d'être les vous êtes à l'aise, mais vous n'êtes pas riche. Enfin vous faites sciemment derniers instruits, je sus bientôt la vérité. Jusque-là j'avais cru n'avoir une mauvaise affaire, une affaire dont je profite, mais que je ne vous que deux devoirs à remplir : aimer ma femme et suivre mon commerce; aurais pas conseillée, et cela pour vendre tout de suite? Si vous n'eussiez je vis alors que cela ne suffisait plus; il fallait se défier et être jaloux. pas tenu à exécuter aujourd'hui une résolution prise hier, vous auriez Je vous l'ai dit, j'avais trop d'amour pour ce double rôle; je considera facilement trouvé quelqu'un qui vous eût donné plus d'argent que moi. que j'allais passer une vie malheureuse, pleine de troubles, d'inquiétudes Je vous ai prévenu.

et de soupçons. Comme mon amour est généreux et qu'il exige une Ma femme veut quitter Paris, dit M. Bernard. Il ajouta après une libre réciprocité, je sentis combien ma femme serait malheureuse , ou pause de quelques secondes... et moi aussi.

en me trompant, si elle s'abaissait jusque-là, ou en résistant à sa passion. - Ah! ah! s’écria M. Leroi , s'il y a une femme dans tout ceci, je ne J'abordai franchement madame Bernard, m'étonne plus de n'y trouver ni bon sens, ni économie.

Madame, lui dis-je, vous ne m'aimez plus : tout passe dans le - Pour de l'économie, répondit M. Bernard, vous avez raison, il n'y monde, tout s'use, tout finit, les sentimens comme les passions. Vous en a pas dans ce que nous faisons, ma femme et moi; mais il y a du sens, m'avez aimé jusqu'ici ; aujourd'hui vous en aimez un autre. Quand vous il y a de l'honneur, de la probité, il y a quelque chose de cette vertu m'aimiez, j'étais un négociant honorable, un industriel; maintenant

que je suis déchu dans votre opinion, je ne suis plus qu'un marchand - Eh! vous le savez bien, répondit M. Delcourt; votre vue a fait sur de chaussettes et de bonnets de coton.

moi une impression profonde, et depuis que je vous connais, depuis que Monsieur Bernard, monsieur Bernard ! s'écria Leroi, les marchands j'ai eu le bonheur de vous approcher, ma passion s'est augmentée de de bonnets de coton en valent bien d'autres ; ce sont des citoyens aussi tout le charme qui vous environne, de toute la grâce attachée à vos utiles que recommandables ; ils augmentent la richesse du pays, donc paroles et à vos regards. nent du travail à une partie de la population, paient les impôts, font - L'amour, répondit ma femme, ne calcule guère, et je suis très loin partie du jury, entrent dans le conseil municipal, et peuvent devenir de songer à mes intérêts; mais je dois songer à ma position. Je dois députés tout aussi bien que les fabricans de châles et les maîtres de faire plus, si je vous crois, je dois songer à la vôtre. Vous m'aimez d'un forges. Ne dites pas de mal des marchands de bonnets de coton. amour violent qui n'admet sans doute aucun partage, et moi, de mon

Ce n'est pas mon intention, Monsieur, reprit Bernard ; mais j'a côté, si je répondais à vos sentimens, je ne me résoudrais pas à tromper vais mon plan en parlant ainsi... Je ne suis qu'un marchand de bon mon mari et à me partager entre deux amours. C'est une chose sérieuse, nets de coton, dis-je à ma femme, et je conçois qu'une position pa Monsieur, que de séduire une femme mariée; il y va pour elle de toute reille ne vous suffise plus, surtout quand un autre amour vous fait rêver

sa vie : on lui fait sacrifier sa famille, fouler aux pieds l'opinion, quitter une situation plus élevée. Je veux bien perdre tout mon bonheur, la ses amis et jusqu'à son nom. En échange de tant de sacrifices, il est femme que j'aimais et pour laquelle je travaillais sans cesse à améliorer naturel qu'elle en demande quelques uns; il ne serait pas juste que ma fortune, mais je ne consentirai jamais à être trompé; vous-même, l'abnégation fût d'un seul côté..... Si je vous aimais, Monsieur, je vous si je vous connais bien, vous y devez répugner. Cependant nous sommes

demanderais d'abord de me soustraire à mon mari. jeunes tous deux, et, dans la position que vous m'avez faite, notre mé - Un enlèvement, madame! nage va être un enfer, notre vie un long supplice. Il faut nous quitter.

- Un enlèvement vaut mieux qu'une trahison. Cette vie à deux, dont Alors, Monsieur, continua Bernard, j'aurais voulu que vous eussiez vous m'avez si souvent vanté les charmes, nous irions la passer dans I été témoin de la douleur et de l'abattement de ma femme ; ce fut d'a quelque coin isolé, dans quelque gorge des Alpes, sous un châlet soliľ bord un désespoir muet, puis des pleurs et des cris ; elle sauta à mon taire de la Suisse, ou bien encore nous changerions de noms, et nous

cou, elle me serra dans ses bras, elle me dit qu'elle m'aimait, qu'elle irions nous faire une patrie nouvelle en Amérique. Si vous m'aimiez, n'avait jamais aimé que moi, et se plaignit de la calomnie qui avait Monsieur, vous avez une terre dans le Loiret , vous la vendriez sans travesti en une passion coupable, une préférence dans laquelle il entrait retard, vous vous déferiez de votre maison de la rue d'Antin. peut-être un peu de vanité, mais aucun sentiment dont je pusse sérieu Je conçois ce dévoûment mutuel, dit M. Delcourt avec quelque emsement me blesser.

barras; il est tout simple quand il est possible. Non, Madame, lui dis-je, non, je ne peux pas vous croire ; je suis - Tout est possible à l'amour, répondit ma femme; la passion brave trop amoureux pour n'être pas clairvoyant; ce n'est pas la calomnie qui tous les obstacles, elle se joue de tous les sacrifices. vous accuse, c'est moi, moi qui depuis quelque temps ne retrouve plus - Mais pour un abandon de toute ambition et de toute espérance, dit

ma femme, qui vous vois toujours triste, préoccupée, et qui sais d'ail M. Delcourt, il faut être aimé. fleurs à quelles pensées vous vous abandonnez.

Alors ma femme jeta un coup d'oeil bienveillant sur M. Delcourt, et Ma femme vit qu'il était inutile de feindre; elle m'avoua tout, ses lui dit : combats, son amour, dont l'aveu même, disait-elle ; ne lui était pas

- Si j'étais prête! si je vous aimais ! si je n'attendais que ce mot, que encore échappé, et son repentir. Il paraît que j'ai été assez heureux pour saisir le moment précis où une femme peut faire un pas en arrière et se

ce seul mot que vous demandiez tout à l'heure! Si je vous disais : Depuis

deux ans vous sollicitez une place du ministère de l'intérieur, vous l'avez jeter dans les bras de son mari pour y oublier tout sentiment criminel.

obtenue hier, vous avez la nomination dans votre poche..... Eh bien! Mais cela ne me suffisait pas; madame Bernard ne doutait pas

de mon attachement; elle savait la douleur que devait me coûter notre sépara

Monsieur, voilà du papier, une plume et de l'encre, écrivez votre tion; il fallait lui prouver encore que mon rival l'aimait moins que moi.

démission , je l'enverrai au ministre; écrivez donc, Monsieur, écrivez

donc. Moi-même, craignant quelque retour fâcheux, et jaloux d'assurer ma tranquillité à venir, j'allai plus loin; je mis donc une condition au par

-Oh! comme le cæur me battait en ce moment, dit Bernard à M. Lé. don que sollicitait ma femme; et, lui apprenant que M. Delcourt allait

roi, comme je trouvais périlleuse l'épreuve à laquelle je venais de me venir, je lui dictai sa conduite et ses paroles.

soumettre moi-même? car ma femme est belle, assez belle pour qu'un - Vous lui permîtes de le revoir ? dit M. Leroi.

homme jeune et ardent sacrifie tout au bonheur d'en être aimé. Je me

mettais à la place de M. Delcourt, ô Dieu! pour être aimé d'elle, pour - Oui,

vivre avec elle dans un coin ignoré du monde, j'aurais donné la rue - Et vous ne vous croyez pas jaloux, mon cher Confrère ? - Non, je me crois seulement un homme qui veut se débarrasser de

d'Antin et la Picardie tout entière et le ministère de l'intérieur si j'avais

été ministre : j'étais fou d'amour, j'étais prêt à briser la porte qui me .

toute jalousie , comme d'un fardeau trop pesant pour lui. Je me cachai ensuite pour tout voir et tout entendre, poursuivit M. Bernard , parce

cachait. C'eût été tout perdre, je n'en eus pas besoin; M. Delcourt

hésita , il ne sut pas prendre la plume qu'on lui tendait; il ne sut pas !

que ce que j'avais exigé était tel, que si ma femme n'avait pas été sous mes yeux, peut-être aurait-elle manqué de force ou de volonté pour

gagner cette femme qu'il disait aimer, et madame Bernard, qui avait m'obéir. M. Delcourt arriva.

loyalement rempli la condition que je lui avais imposée, se leva alors et

lui dit : - Vous allez me conter quelque imprudence, dit M. Leroi. - C'est possible; mais la plaie était faite, il fallait faire disparaître

- Sortez, Monsieur, sortez! jusqu'à la cicatrice. M. Delcourt prit d'abord la main de ma femme, il - Vous ne vous figurez pas de quel poids je fus déchargé, poursuivit la baisa avec une ardeur passionnée; il se félicita ensuite d'une faveur Bernard; si cet homme avait accepté ce marché, s'il avait eu assez d'aqu'il n'espérait pas, quoique son amour dût la lui faire obtenir, et, jurant mour pour sacrifier sa position, j'étais perdu. une tendresse éternelle, il attendait, disait-il, un mot, un seul mot qui – Eh bien ! dit M. Leroi, vous voilà' heureux; vous avez fait une imdevait faire le bonheur ou le malheur de sa vie. Ma femme l'interrompit prudence qui vous a réussi : votre femme est revenue à vous ; elle a alors d'un ton bref, et comme quelqu'un qui, ayant pris un parti décisif

, compris la différence qui existe entre un amour vrai et les amours faux exige de son côté autre chose que de vagues paroles.

et fugitifs qu'elle peut inspirer. Que vous faut-il de plus ? Pourquoi - Vous m'aimez, Monsieur, lui dit-elle.

perdre votre position et laisser votre fortune à moitié faites?

- Monsieur, répondit Bernard, il passe tous les jours devant ma porte. - Vraiment!

- Oui, et je ne peux pas supporter cette vue, elle me fait mal, elle me blesse; quand je vois cet homme qui a tenu mon bonheur dans ses mains, qui, si par malheur il eût été aussi amoureux de ma femme que je le suis, me l'enlevait, je souffre, je frémis, je suis malade; ma femme elle-même est mal à l'aise. Elle m'aime maintenant, j'en suis sûr, mais nous avons tous deux une maladie qu'un voyage seul peut guérir. J'ai une petite terre dans la Touraine; il y a là quelques bons paysans qui m'ont vu naître, un bon curé qui m'a baptisé ; nous allons y cacher notre amour et un bonheur réel mais fragile, et qui craint les orages.

M. Bernard achevait à peine la confidence qu'un commis de magasin entrá dans l'arrière-boutique d'un air tout effaré :

- Monsieur, dit-il, vous savez bien... M. Delcourt, vous savez bien..., ce joli garçon qui passait toujours devant la boutique....

- Eh bien ! - Il est mort. - Allons donc !

- Oui, il a été tué en duel ce matin, il s'est battu pour une actrice du boulevart, il vient d'être raporté chez lui.

M. Leroi courut au contrat de vente et le déchira en millę pièces.

- Vous n'avez plus besoin de vous éloigner, dit-il à Bernard, il ne passera plus devant votre porté. - Non, non, répondit Bernard, je vais quitter Paris.

Eh bien ! dit Leroi, au lieu d'un acte de vente nous ferons un acte d'association, et je vous donne un congé de dix ans.

- Je le veux bien, dit Bernard, ma femme et moi nous avons besoin de dix ans de Touraine'; quand nous aurons quarante ans, nous reviendrons à Paris.

MARIE AYCARD.
(Courrier Français).

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nem causarum proponimus ordinare quòd duo parlamenta Parisiis, etc. »

«Et, en outre, pour l'avantage de nos sujets et la prompte expédition des causes, nous nous proposons de régler qu'il se tiendra tous les ans deux Parlemens à Paris. »

C'est dans cette disposition laconique que se trouve l'origine de la sédentarité du Parlement.

Philippe, en politique consommé, n'avait point exprimé sa pensie véritable : ses récens démêlés avec la cour de Rome lui avaient appris quelle était la supériorité d'un pape sur un monarque français dans une lutte de paroles et de controverses.

Le pontife romain, dit un historien, environné de prestiges religieus, fort de la timidité des peuples, redoutable par ses foudres, à la tête d'une milice ardente, dévouée à sa gloire et à son ambition, joignait à tant d'avantages celui d'un conseil permanent d'hommes habiles et ruses qui, l'éclairant dans ses incertitudes, préparaient ses plans et surveillaient ses moyens d'exécution.

Philippe sentit qu'une force morale, constamment armée pour la défense du trône et de la nation, lui manquait, Le Parlement fut déclare perpétuel (car les deux sessions indiquées par l'édit consacraient, sinon la permanence, du moins la sédentarite, et c'est tout ce que désirait le roi.

Philippe choisit pour présider le Parlement deux prélats et deux barons. Mais dans la suite les affaires purement civiles venant à y être traitées avec les affaires d'un intérêt général, les prélats et les ducs et pairs cessèrent de siéger avec la même assiduité.

Il n'y avait alors qu'une chambre qu'on nommait la Chambre des Prélats, parce que cette compagnie était composée de plusieurs ecclésiastiques Dans la suite le nombre des procès s'étant multiplié, les successeurs de Philippe-le-Bel furent obligés d'augmenter le nombre des Chambres. On commença par celle des enquêtes, dont la première s'appela la GrandChambre ou la Grand'Voûte. Le chancelier présidait ordinairement cette Chambre. Une ancienne écroue faite à Saint Germain-en-Laye sous Louis-le-Hutin , dans laquelle tous les noms de ceux qui composaient le Parlement sont rapportés, nous le prouve. Le chancelier y est nommé président de la Grand'Chambre, et sous lui douze conseillers d'église et dix-huits laïques, et pour les juges des enquêtes, les évêques de Mende

a la et de Soissons, les abbés de Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Prés, sept conseillers d'église, six laïques et neuf rapporteurs.

pe Le plus âgé des prélats présidait la Grand'Chambre en l'absence du chancelier. En l'absence et du chancelier et des prélats, cet honneur insigne revenait de droit aux trois plus anciens conseillers laïques qui portèrent le titre de maistres du Parlement jusqu'à ce que Philippe de

1 Valois, par son édit de 1343, les gratisia du titre de présidens.

On pensait au quatorzième siècle comme au dix-neuvième que les travaux apostoliques devaient interdire aux évêques l'accès du temple

le législatif. Voici un curieux réglement de Philippe-le-Long que nous avons exhumé des Olim.

« Il est ordonné par le roy en son grand Conseil, sur l'état de son Parlement en la manière que s'ensuit.

E « Premièrement, il n'aura nuls prélats députés au Parlement; car le roy fait conscience de eux empescher au gouvernement de leurs spiri

fm tualités.

Item, en Parlement aura un baron ou deux, et déjà le roy y met le comte de Boulogne.

Item, outre le chancelier et l'abbé de Saint-Denis, y aura huit clercs et douze laïques. * Es-enquêtes, y aura quatre personnes.

Item, aux enquêtes aura deux Chambres, c'est à savoir une pour délivrer toutes les enquêtes du temps passé jusqu'à aujourd'hui; et l'autre

10 pour délivrer celles que aviendront dès aujourd'hui ou avant (dorénayant); et en celles deux Chambres aura huit clercs et huit laïques jugeurs, et vingt-quatre rapporteurs, etc, »

ord

ORGANISATION DU PARLEMENT DE PARIS.

que

Trois assemblées délibérantes vivront à jamais dans la mémoire des hommes : l'aréopage d'Athènes, le Sénat de Rome et le Parlement de Paris.

Cet illustre corps qui présida, pendant neuf siècles, aux destinées de notre patrie, avait deux existences : une existence politique et une existence judiciaire. La première ne faisait point tort à la seconde, et les vertueux et zélés défenseurs des libertés et des franchises de la nation, veillaient avec la même sollicitude à la fortune et à l'honneur de leurs concitoyens.

Tous les historiens conviennent que les pairs de France, créés selon les uns par Pépin-le-Bref, selon les autres par Charlemagne, ont été les premiers conseillers du Parlement de Paris. Mais comme notre pays à toujours été une terre de lumières et d'égalité, à ces conseillers éminens dont la crosse et le casque n'étaient pas le seul mérite, vint, sur l’injonction royale, se réunir tout ce que la France comptait d'hommes versés dans l'étude des lois romaines et canoniques. Or, l'étude en ce tempslà, était le gage et la sauve-garde de la vertu, et le monarqne, en appelant autour de son trône les plus puissans parmi les nobles, et les plus éclairés parmi le peuple, proclamait, à la face de l'univers, cette parole sublime de Louis XII; « La vertu en France est la première ñoblesse. »

Quoi qu'il en soit, l'influence profonde, incontestable du Parlement dans les affaires de l'Etat, ne date que de l'édit de Philippe-le-Bel, qui rendait ce Parlement sédentaire d'ambulatoire qu'il était. Cette mesure, qui eut de si immenses résultats, est contenue en ces mots dans l'article 62 de cet édit :

* Præterea propter commodum subjectorum nostrorum et expeditio

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t2 Les conseillers qui sont nommés dans cette ordonnance y ont diffé dans le sanctuaire de la justice, devenir, malgré l'indignité de leur in

'entes qualités. Aux clercs on donne la qualité de maistres, et aux tronisation, les plus fermes appuis et les plus zélés défenseurs de l'ile maïques celle de messieurs. On remarquera également que les arché lustre compagnie. trêques et évêques, à cause de leur dignité, ne pouvaient posséder Après avoir subi encore de nombreuses vexations sous le règne de

jucune charge au Parlement. Cette sage loi fut scrupuleusement obser Henri II, le Parlement retrempa ses forces et sa virilité dans les convulbiée jusqu'en 1789. Lorsque quelque conseiller ou président clere était sions de la guerre civile. L'histoire nous a donné le récit de ses combats,

élevé à l'épiscopat, sa charge passait immédiatement entre les mains de son austère patience et de son énergique dévouement. Dans le Paré l'un autre.

lement, et dans le Parlement seul, s'entretenait le feu sacré de l'amour Outre les vingt conseillers de la Grand'Chambre, Philippe-le-Long de la patrie et de la haine de l'étranger. C'est aux pieds de ces graves réa encore, en 1320, vingt clercs et trente laïques aux enquêtes. Seize parlementaires, inaccessibles à la corruption, à la peur, aux honteuses taient juges , et les autres rapporteurs. On les appela par la suite maîtres passions qui flétrissent et qui dégradent de nos jours tant d'assemblées des requêtes du Palais.

et tant d'hommes politiques, que vinrent se perdre et s'émousser les Nous avons vu que le Parlement, malgré sa sédentarité, ne tenait que poignards de la Ligue et les foudres du Vatican. C'est du milieu de la leux sessions par année, la première après Pâques, la seconde après la Grand'Chambre que ce cri patriotique est parti pour se répéter dans tous s Toussaint. La triste situation de la France sous Charles VI rendit la les coins de notre pays : « Point de roi vendu à la politique étrangère! permanence nécessaire. Elle fut promulguée.

Un prince français par le cour et par la naissance doit régner sur la Un bienfait inappréciable sortit du sein même des calamités qui af France. Mourons les armes à la main platôt que de courber notre front fligeaient la France. Les grands du royaume, occupés par les divisions sous un joug étranger ! » (Discours du conseiller Garmel, prononcé en la de la Cour, par les intrigues des factions, négligeaient de venir prendre Grand'Chambre du Parlement, le 4 mars 1594.)

séance au Parlement. Les fermes et austères citoyens qui formaient le Le Parlement de Paris avait laissé des martyrs dans le champ-clos de noyau de cette assemblée profitèrent de la circonstance : les absens fu nos guerres civiles; il aurait aussi fourni des héros au champ de bataille rent aussitôt remplacés, et l'élection des charges de judicature posée en où se seraient décidées les destinées de la patrie. Les parlementaires saprincipe, et reconnue même par le roi.

vaient attendre la mort, comme les sénateurs romains, sur leurs chaises Charles VI fit une ordonnance, dit un de nos vieux historiens, qui curules; mais ils savaient aussi, comme eux, la braver pour défendre les prouve que cette coutume fut très bien reçue, de faire élection avec le lois, le Dieu et les saintes reliques de la patrie. consentement du roi, jusques-là même, que parce qu'à la prière de sa Henri IV créa, au mois de mai de l'année 1597, une nouvelle Chammère et de quelques grands de la Cour, il avait été obligé d'y contrevenir, bre, que l'on appela la Chambre de l'Édit. Cette Chambre était composée, en faveur du nommé Tarenne, il ordonna qu'à l'avenir on n'aurait plus dans le principe, d'un président et de huit conseillers , qui étaient pris d'égards aux provisions qui seraient contraires à son ordonnance; et en indifféremment dans toutes les chambres, pour vider les procès des même temps il fit pourvoir le même Tarenne avec un certificat de son protestans. Cette Chambre fut supprimée par Louis XIV, et le Parlement ignorance, le 10 du mois de mai de l'an 1407. »

rendu à toute sa simplicité primitive. Charles VII modifia la forme de l'élection. Il supprima le scrutin et Sous Louis XIV, le Parlement de Paris était composé de six Chambres, ordonna que le Parlement lui présenterait trois candidats, sur lesquels à savoir : la Grand'Chambre, où siégeaient le premier président, trois il choisirait le plus capable et le plus idoine. Car c'était la coutumé, dit autres présidens à mortier, dix conseillers d'église et seize conseillers Vély, d’élire alots trois conseillers, pour en pourvoir l'un d'entr'eux à laïques. Les princes, ducs et pairs, le chancelier, le garde des sceaux, quelque charge vacante.

les conseillers d'État, quatre maîtres des requêtes, l'archevêque de Paris de

Charles VIII, l'an 1493, ordonna que les gens du roi donneraient avis et l'abbé de Saint-Denis, comme conseillers-nés, y prenaient séance. Les à la Cour des personnages capables de remplir les charges vacantes, afin eing chambres des enquêtes et la Tournelle, qui était composée de quatre que la Cour y eût égard en faisant élection.

présidens à mortier, de huit conseillers laïques de la Grand'Chambre et Le trente-unième article de l'ordonnance de Louis XII, promulguée de dix des enquètes, deux de chaque Chambre. en 1499 pour le réglement de la justice, obligeait ceux qui avaient voix Lorsque le chancelier Maupeou, sous le règne de Louis XV, eut la

d'élection de jurer sur les saints Evangiles, entre les mains du premier fatale pensée de refaire le Parlement, ses innovations malheureuses porTues président, qu'ils choisiraient le plus capable.

tèrent moins sur l'institution elle-même que sur le personnel du Parlelive

La Grand'Chambre et la Chambre des enquêtes donnaient naissance ment. Cette grande et auguste création des premiers siècles de notre à une troisième Chambre qu'on appelait la Chambre de la Tournelle, monarchie fut affaiblie, sans être renversée, et la révolution de 1789 la parce que les conseillers qui la composaient étaient pris de l'une et trouva prête, comme le trône, à abdiquer ses privilèges et sa gloire de de l'autre, et y servaient tour à tour pour juger les procès criminels, neuf siècles sur l'autel de la patrie. soit en première instance pour le jugement des ducs et pairs quand Le parquet des gens du roi était aussi ancien que le Parlement. Ce ils étaient accusés de quelque crime, soit pour les appels des juges parquet se composait d'un procureur général et de deux avocats généroyaux.

raux. La charge de procureur général, dit un de nos vieux annalistes, Entraîné par les conseils pernicieux d'Antoine Duprat, sieur de Nan est une des plus considérables et des plus importantes du royaume. Son 117 touillet, premier président au Parlement de Paris, puis chancelier de autorité n'est pas moins grande qu'était celle des tribuns du peuple à 5$ France, cardinal et archevêque de Sens, François Ior créa quatre nou Rome. C'est à sa requête que les édits, déclarations du roi, les arrêts du

velles Chambres, la Chambre des vacations, la troisième et la quatrième Conseil d'État sont enregistrés au greffe du Parlement; il donne ses y e Chambre des enquêtes, et la Chambre du conseil. Cette scandaleuse créa conclusions à tous les procès criminels où le roi et le public ont quelque

tion, qui prenait sa source dans la rapacité de la Cour (car les offices intérêt. C'est lui qui, avec les avocats généraux, examine les ordonnances, ai che des présidens et conseillers se vendirent à beaux deniers comptans), fit pour en faire leurs remontrances au cas que l'intérêt públic y soit murmurer le peuple et jeta le Parlement dans une grande consternation.

Tésé (1). Il fit des remontrances, elles ne furent point écoutées; il refusa l'enre

gistrement des ordonnances; des lettres de jussion le forcèrent à obéir. (1) Le mot de parquet vient, selon les uns, du verbe latin parcere, inyo:* Mais tel était le caractère auguste et sacré de ce grand corps, que loin de quer, prier; selon les autres, de Parques , qui, au sentiment d'Eusébe, étaient dienas s'affaiblir par les rameaux parasites qu'on lui imposait, il vit, au con trois sæurs, filles de Jupiter et de Thémis, et qui s'appelaient la Justiee, la Lo us traire, sa gloire augmenter, et ceux mêmes dont il avait repoussé l'entrée et la Paix.

sene

new

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