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union est un état saint, un état qui a ses obli

Sations, ses peines, ses dangers, un état qui oit durer autant que la vie d'un des époux: un tel état ne demande-t-il pas de vous toute l'attention dont vous êtes capables avant de vous y engager? Que feriez-vous, je vous prie, s'il fallait vous consacrer à Dieu dans le cloître ou dans l'état ecclésiastique? Avant de prononcer ces vœux qui rendraient votre retour au monde impossible pour jamais, vous étudieriez votre inclination, vous prieriez le Seigneur, vous prendriez l'avis des personnes prudentes, vous vous éprouveriez des années entières pour vous assurer que la règle n'est pas au-dessus de vos forces. Et pourquoi donc tant d'exercices de piété? pourquoi ces prières, ces communions, ces épreuves, ces consultations?

C'est, me répondez-vous, qu'il faut dans ces états une vocation particulière de Dieu, et

Îue ce sont là les moyens de la connaître,ensez-vous donc qu'il faille moins la vocation de Dieu pour l'état du mariage? croyezvous qu'il ait laissé aux hommes le soin de remplir un état qui doit donner des sujets à l'Etat, de? ministres à l'Eglise, et des citoyens au ciel? N'est-ce pas pour cet état comme pour celui du célibat que saint Paul disait que chacun avait son don propre, l'un celui de la continence, l'autre celui de la chasteté conjugale? Pourquoi donc, quand il s'agit du mariage, vous mettez-vous si peu en peine de connaître si Dieu vous y appelle ? pourquoi n'employez-vous pas ces moyens que la piété vous suggère pour le choix d'un autre état?

C'est, me dites-vous, que ces états imposent des obligations qui ne se remplissent qu'avec peine, et qui par là deviennent une source de tentations : mais quelles obligations un ministre du Seigneur contracte-t-il dans son état, qui ne soient inférieures à celles que s'imposent des époux? un prêtre se donne à Dieu seul par son vœu de continence, et par le mariage les époux engagent encore leur liberté à une personne qui divise leur esprit entre Dieu et le monde. Un ministre des autels a des supérieurs, il est vrai, mais il n'est pas obligé de vivre continuellement avec eux, et des époux par le mariage s'obligent à vi\ re ensemble, se mettent dans la dure nécessité d'éprouver toutes les bizarreries, les caprices, les vivacités d'un époux ou d'une épouse qu'ils ne connaissent pas encore : un pasteur est chargé du soin des âmes, il est vrai, mais au moins il peut disposer de certaines heures uour vaquer librement à la prière, et des époux sont tenus par les lois du mariage de veiller non-seulement au salut de leurs enfants, mais à leur établissement temporel ;et le soin de cet établissement, les embarras du siècle, quel temps laissent-ils pour soupirer vers le ciel? L'état d'un ecclésiastique, tout saint et tout auguste qu'il est, ne l'exempte pas des tenta.tions, il est vrai; un saint Paul qui avait été élevé au troisième ciel, ressentait l'aiguillon d'une chair qui se révoltait contre l'esprit; mais à combien de tentations n'est-on pas e*pc*é dans le mariage! c'est un feu, dit saint

Augustin, un feu dans lequel il faut vivre, el duquel néanmoins il faut se garantir. N'y eûtil que ce danger seul, ne vous paraît-il paa bien à craindre? pourquoi donc y donneriezvous tête baissée? pourquoi réfléchiriez-vous plus s'il s'agissait des périls du cloître ou du sacerdoce?

C'est, me répondez-vous encore, que ces états sont perpétuels et immuables; mais aussi l'union des deux époux, vous le savez, et ce point de notre religion mérite encore de vo- !tre part une nouvelle attention : l'union de deux époux chrétiens estime union indissoluble, un lien sur lequel ni l'Eglise ni les princes de la terre n'ont aucun pouvoir ; un lien que la mort seule peut rompre. De quelle importance ne vous paraît pas un tel engagement! oui, jusqu'à la mort, il faudra vivre avec cette personne avec laquelle le mariage vous unira; et delà combien de conséquences effrayantes! cette femme peut-être aimera le repos et lo jeu, abandonnera le soin d'une maison, sera vive, emportée, querelleuse, peut-être serat-elle affligée de continuelles maladies; n'importe, dès que vous l'aurez agréée une fois, ni ses excès, ni ses défauts, ni ses infirmités, ne vous dispenseront pas de l'obligation de vivre avec elle. Cet homme sera peut-être un capricieux, un joueur, un fainéant, un ivrogne, qui dissipera le bien d'une famille, un homme dur, violent, qui traitera une épouse en esclave; n'importe, dès que vous consentez à l'épouser, fût-il plus méchant encore, il ne cessera pas d'être votre mari, votre supérieur; peut-être cet époux inconstant quitterat-il brusquement une épouse à qui il no donnera plus de ses nouvelles, peut-être deviendra-t-il un hérétique, un apostat, peutêtre, et ce crime énorme n'est que trop commun, peut-être violera-t-il la foi qu'il vous aura donnée à la face des autels. Que faire alors? posséder son âme dans la patience, pratiquer les vertus des vierges et des veuves sans en avoir la liberté, c'est l'unique parti que vous avez à prendre.

Mais s'il en est ainsi, me direz-vous, si )a condition des époux est telle à l'égard de l'un et de l'autre, il n'est donc pas avantageux de se marier : c'est, mes frères, la conséquence que proposèrent autrefois les apôtres à JésusChrist ; qu'y répondrai-je, que ce que dit lo grand Apôtre (/ Cor. vu, 26), que ce qu'à dit le Sauveur lui-même? (Matth.xix, 10.) Non, mes frères,il n'est pasexpédient que vous vous mariez, il est au contraire très-avantageux de ne vous point marier, très-avantageux à l'homme, qui évite par làtous les embarras inséparables des noces. Propterinstantemnecéssitatem bonum est homiftisic esse (ICor .vu, 26.); très-avantageux à la femme, qui se soustrait à ces inquiétudes, ces goûts, ces dangers, ces douleurs que saint Paul aurait voulu épargner aux vierges de son temps, en les détournant dumariage pourenfaire de chastes épouses de Jésus-Christ : Ego autemvobis parco(lbid.,^): très-avantageux à. l'un et à l'autre, puisque hors dumariage on s'occupe plus aisément du soin des choses de Dieu, et qu'on le prie sans aucun empêchement (Ibid., 35) : cet état est le plus saint sans doute, mais tous ne le com

firennent pas (Matth. xix, 12) ; tous n'ont pas e courage de tendre à cette perfection, et malgré nos exhortations à la continence, malgré nos soins à montrer les peines et les dangers essentiels au mariage, que le nombre de ceux qui y renoncent, et qui y renoncent non pour vivre avec plus de liberté, avec une liberté dont on fait aujourd'hui un abus des plus criminels ; mais pour le royaume des cieux, que ce nombre est petit! que la corruption du siècle le diminueencore tous les ioursl Oh! que ne puis-je en arrêter le progrès 1 que ne puisje, disait saint Paul, vous voirtous comme moi! Volo vos omnesésse sicutmeipsum(l Cor. vu,7); mais chacun a son don, chacun a sa vocation, il y en a pour le mariage comme pour les autres états; si vous y êtes appelés, suivez-la; maisassurez-vousbien auparavant de votre vocation, assurez-vous encore de la vocation de celui ou de celle que vous pensez épouser; demandez, non passeulementquels sont les biens de cette fille, mais quelle est sa sagesse; non pas quels sont les revenus, les emplois de ce jeune homme, mais quelle est sa probité, son éducation, les qualités de son esprit et de son cœur; prenez vos précautions sur l'intérêt, j'y consens; mais ce à quoi je ne consentirai jamais, c'est que vous en preniez si peu sur les mœurs, la conscience, et les inclinations, c'est que vous ne distinguiez pas le personnage de deux personnes qui se voient pour le mariage, de celui de personnes mariées; combien on dissimule d'abord de défauts que souvent le premier jour des noces laisse apercevoir! Ne l'oubliez donc pas, déterminez-vous avec toutela maturité possible, c'est la seconde disposition nécessaire au mariage.

La troisième est la droiture de l'intention, et cette droiture d'intention consiste à suivre le grand précepte de l'Apôtre, de ne se marier que dans le Seigneur(l Cor. vu, 39); à ne se proposer d'autres fins que celles pour lesquelles le mariage est établi; savoir, de vivre ensemble chrétiennement, en se prêtant des secours réciproques, et d'élever des enfants selon Dieu : toutes autres fins que celles-là sont corrompues outiennent de la corruption. Ainsi ne prendre un mari que pour n'être pXis sous les yeux d'une mère vigilante et pour jouir de sa liberté, c'est une fin qui tient de la corruption; l'amour de cette liberté, n'est-ce pas ce qui engage un grand nombre de filles dans la servitude du mariage? Se marier pour éviter l'incontinence, c'est une fin permise, à la vérité, une fin pour laquelle on peut conseiller le mariage à un jeune homme tyrannisé de la chair; mais aussi cette fin suppose de grandes imperfections, et cependant en trouve-t on beaucoup qui recourent à la prière, au jeûne, à l'usage des sacrements avant d'employer ce remède que la Providence a laissé aux faibles? N'épouser une

fiersonne que pour avoir un héritier de ses iens, pour éterniser son nom, c'est une vue

3ui ne peut passer pour innocente; cependant combien de ces nommes qui/veulent que leur nom soit écrit sur la terre, et qui oublient que c'est dans le ciel qu'il doit f'être? N'é

pouser une personne que pour ses biens et ses dignités, c'est une fin criminelle et simoniaque; cependant n'est-cepas celle que se proposent tant de jeunes personnes qui s'allient à des époux d'un âge si différent, à des veillards à qui il siérait mieux de penser à leur tombeau qu'à de nouvelles noces? Ne chercher dans le mariage qu'à satisfaire une passion dont les Chrétiens devraient ignorer jusqu'au nom, c'est une fin très-criminelle, et cependant n'est-ce pas dans ces vues détestables que se font la plupart des mariages? Répondez-moi, vous qui pensez à unir, vous qui avez déjà uni votre sort à celui d'une personne qui vous était étrangère; interrogez votre cœur, que vous répondra-t-il? Que feriez-vous, qu'auriez-vous fait si vous saviez, ou si vous eussiez su devoir vivre étant marié comme ne l'étant pas, uniquement dans les vues que je vous ai proposées? Cependant c'est la perfection nécessaire, la perfection indispensable à tous les époux : Le temps est court, leur dit saint Paul, « fempus breve est;» et parce qu'il est court, il s'ensuit qu'ils doivent avoir des femmes comme n'en ayant pas : « reliquum est ut qui uxoreshabent, tanquamnonhabentessint. » (Ibid., 29.) Pesez ces mots,et vous connaîtrez parfaitement l'intention qu'on doit avoir en entrant dans le mariage, l'attention que mérite cet état avant que de s'y engager, et la pureté de conscience qu'exige la réception de ce sacrement.

Mais, me demandera peut-être ici une de ces âmes qui craignent le Seigneur, et qui le cherchent dans la simplicité de leur cœur, quels sont les moyens les plus efficaces pour entrer dans l'état du mariage avec ces dispositions? en voici quelques-uns que je vous prie de ne pas oublier.

La première disposition est la pureté du cœur, et les moyens d'acquérir et de conserver cette pureté, c'est de vous confesser quelques jours, et même quelques semaines avant de vous marier. Pourquoi quelques semaines auparavant ? c'est que peut-être vous êtes engagés dans ces habitudes qui demanderont un délai de l'absolution pendant des semaines entières : si un confesseur vous parlait de ce délai deux ou trois jours avant vos noces, s'il fallait retarder (et cela serait nécessaire dans un cas de refus d'absolution) , dans quels embarras vous trouveriez-vous! par votre confession on peut découvrir quelque empêchement à votre mariage, et cet empêchement peut-être obligera de surseoir au mariage; quelle serait votre peine si cela arrivait après que tout est préparé pour des noces! approchez de bonne neure des sacrements, et vous éviterez tous ces chagrins. Une autre chose que vous devez encore éviter, c'est de demeurer ensemble dans la même maison dès que vous vous êtes promis mariage, c'est de vous trouver seul avec celui ou celle que vous devez épouser, éloignez alors de votre esprit toute idée charnelle, oubliez les droits inviolables que vous donnera le mariage, occupezvous de Dieu, et de ce qui a rapport à Dieu, c'est l'avis que l'ange dounait au jeune Tobie: Ecoutez-moi, lui disait-il, et je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le démon adupou

101 HOMELIES SUR LES EVANGILES. — HOMELIE VII

voir : lorsque des personnes s'engagent dans le mariage de manière qu'ils bannissent Dieu de

402 leur cœur et de leur esprit, et qu'ils ne pensent qu'à satisfaire leur brutalité, comme les animaux sans raison, le démon a pouvoir sur eux: « Habet potestatem dœmon super eos. » (Tob. vi, 16,17.) Faites bien attention à ces paroles, c'est un ange qui vous la demande, elles vous apprendront que si des époux avaient le malheur de bannir Dieu de leur esprit et de leur cœur pour suivre l'instinct d'une passion charnelle, ils seraient infailliblement livrés à la puissance du démon : quel triste sorti

La seconde disposition au mariage est la délibération; et les moyens de délibérer mûrement, c'est de ne penser au mariage, que quand on a assez d'âge et de lumière pour donner une éducation chrétienne à des enfants : donnez votre attention à ceci, pères et mères, mais aussi prenez garde de placer vos fils trop tard. Aujourd'hui on se fait une sorte de loi dans le monde, de ne fixer leur état 3u'à l'âge de trente ans environ : cette loi, es raisons de famille, d'intérêt, d'ambition, la confirment; combien de fautes ces fils ne commettent-ils pas jusqu'alors! le remède serait un mariage légitime, et on le leur interdit; ce serait la mortification des sens et du corps, et on ne leur en parle point; ce serait l'attention sur leur conduite, et on leur laisse avec une pleine liberté tous les moyens d'en abuser entièrement. Les moyens de se déterminer prudemment, c'est de prier beaucoup, de dire souvent à Dieu : Mon Dieu , que voulez-vous que je fasse ? (Act.ix, 6.) Mon Dieu, faites-moi connaître la fin à laquelle vous me destinez (Psal. xxxvm, 5); Seigneur , montrez-moi le chemin que je dois tenir, apprenezmoi à faire votre volonté. ( Psal. cxui, 8. ) Consultez donc Dieu dans les exercices de piété; c'est à lui, ditSalomon, à vous donner une femme prudente (Prov. xix, 14), à lui à vous faire connaître celle qu'il vous a destinée de tout temps : consultez donc vos directeurs, et vos parents surtout; imitez la vertueuse Sara, ne désirez point le mariage, ne le recherchez pas, n'y ayez d'autre part que celle d'y consentir et de l'accepter dans la crainte de Dieu, et par obéissance à vos parents; c'est le moyen d'attirer la bénédiction du ciel sur votre alliance, au lieu qu'elle serait une source de malédictions pour vous, de malheur pour vos enfants, de confusion pour votre famille, de douleur pour vos pères et mères, si elle était contre votre volonté.

La troisième disposition est la droiture d'intention, l'intention d'élever des enfants, et de vire soi-même dans la crainte de Dieu; et le moyen d'y réussir, c'est de s'associer une personne d'une même condition, et non d'un rang supérieur, de peur d'en être bientôt méprisé; une personne d'un âge à peu près égal, afin que le caractère soit plus ressemblant; une personne d'une fortune pareille, parce que le plus riche trop souvent devient impérieux; une personne estimable, non par l'extérieur, la beauté, une éducation mondaine, mais par son esprit, sa prudence, sa vertu, sa modestie, la bonté de son caractère,

l'égalité de son humeur, et la noblesse de son cœur : Quœramus a muliere benevolentiam, modestiam , non quœramus autem corporis elegantiam,nonpecunias, non extemam, sed quœ in anima est nobilitatem (S. Cnrysost., nom. 20 in Epist. ad Ephes), c'est là, dit le Saint-Esprit (Eccli. xxvi, 19), c'est là en quoi consiste la beauté qui est au-dessus des beautés : Gratia super gratiam mulier sancta et pudorata : mais à qui est-elle réservéo! cette'sainte femme, cet héritage excellent, comme l'appelle encore l'Ecriture? à celui qui craint le Seigneur; il la lui donnera pour héritage de ses bonnes œuvres: Dabitur viro pro factis bonis ( lbid., 3 ) : craignez donc Dieu, disposez-vous à embrasser l'état du mariage, s'il vous y destine, avec pureté de conscience, maturité de jugement, droiture d'intention; quelles grâces ces dispositions n'attireront-elles pas sur vous? c'est ce qui fera le sujet du second point.

SECOND POINT.

Nous lisons dans l'Evangile trois choses qui peuvent nous prouver l'abondance des grâces que Dieu se plaît à répandre sur des époux bien disposés. I. Le vin venant à manquer: la Mère de Jésus lui dit qu'ils n'avaient pas de vin, et employa son crédit pour en faire avoir. 2. Quoique Jésus eût répondu que son heure n'était pas venue, cependant Marie, pleine de confiance, dit au serviteur de faire tout ce qu'il lui dirait, et les honora de ses conseils. 3. Jésus ordonne de remplir d'eau jusqu'au haut six grandes urnes, qui tenaient chacune deux ou trois mesures, et toutes ensemble plus de quatre cents pintes, changea cette eau en vin excellent, et figura par là les grâces intérieures qu'il préparait aux époux chrétiens ; ainsi ce premier miracle de Jésus et ses circonstances montrent que les grâces dont Dieu récompense les dispositions dont j'ai parlé, sont des grâces d'assistance, des grâces de lumière et de conseils, des grâces d'une amitié vraiment conjugale et d'une union parfaite. Reprenons ceci.

Dans le mariage il y a des difficultés, et des difficultés plus que dans tout autre état; de toutes parts il s'en présente ; du côté des enfants qu'il faut élever, du côté de la pureté conjugale qu'il faut inviolablement conserver, du côté de la fortune, qui souvent ne donne pas de quoi subvenir aux nécessités les plus pressantes, du côté de l'humeur fâcheuse d'un des époux qui ne cessera de contrister l'autre. Pour ne point succomber sous le poids de tant de peines, quelle assistance, quelle protection n'est point nécessaire; eh bien! vous n'avez pris d'engagement que dans la crainte de Dieu, vous vous êtes assurés de celle de Marie; considérez ce qu'elle fait pour les époux deCana : Le vin va leur manquer. Elle s en aperçoit, elle souhaite leur épargner la confusion que ce besoin leur causerait, faire éclater la gloire de son fils, procurer le salut des conviés qui seraient témoins du miracle. Elle sait d'ailleurs qu'il suffit de déclarer à ce cher fils les besoins de ses amis, que fait-elle? elle lui dit ce qu'il sait déjà, qu'ils n'ont point

de vin, « vinum non habent : » Or ce qu'elle a fait pour ces époux, elle le fait encore pour ceux qui l'ont priée de se trouver à leurs noces, qui n'ont voulu les célébrer que sous sa protection et qui continuent à s'en rendre dignes par leur dévotion spéciale à Marie , leur zèle a étendre son culte, leur assiduité à réciter certaines prières à son honneur, leur attention à faire certaines œuvres de piété pour sa gloire. Suivez donc tendres époux, qui convenez de vos peines et du besoin que vous avez de Marie, suivez ces pratiques de dévotion : priez, demandez qu elle emploie pour vous son crédit auprès de son Fils, mettezvous, vos enfants et toute votre maison sous sa puissante protection : considérez-la dans son alliance avec saint Joseph, vous y trouverez un modèle de la conduite la plus chrétienne que puissent se proposer des époux, un modèle de paix, de justice, de charité, de continence, de la concorde la plus parfaite; partout vous verrez dans ces illustres époux mêmes desseins, mêmes peines, mêmes consolations, mêmes afîections; qu'un ange ordonne à Joseph de partir pour l'Egypte, vous verrez Marie entreprendre avec lui ce pénible voyage; que le divin Enfant reste à Jérusalem, le père et la mere le perdent avec la même douleur, le cherchent avec la même inquiétude; qu'ils le retrouvent au milieu des docteurs, leur joie et leur satisfaction est commune. Epoux chrétiens, voilà votre modèle, puissiez-vous l'imiter et travailler à vous sanctifier mutuellement comme y ont travaillé ces saints; puissiez-vous mériter leur assistance, leur protection dans vos besoins, dans vos tentations, dans toutes les peines de votre état; puisse ce souhait être aussi efficace pour vous qu'il est sincère de ma part! combien de refroidissements qui se dissiperaient, d'aversions qui s'oublieraient, de ruptures manifestes qui cesseraient de scandaliser!

Cette assistance, dans l'ordre de notre Evangile, est la première grâce que Dieu accorde aux époux bien disposés; la seconde est une grâce de conseil et de lumière, et ce qui le prouve, c'est ce que dit Marie au serviteur de la maison ; Jésus lui avait répondu en des termes dont peut-être vous avez déjà désiré l'explication • Femme, avait-il dit à Marie lorsqu'elle l'avertissait du besoin des époux, femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ?'iQuid mihi et tibi est, mu/ter ?» mon heure n'est pas encore venue, « nondum venit hora mea. » Combien d'interprétations différentes sur ces paroles 1 les hérétiques en ont conclu que Marie n'avait pas toujours été vierge, puisque Jésus-Christ l'appelle/emme, «mu/ter,» comme si ce nom ne convenait pas également à une vierge. Ils en ont conclu que Marie n'était pas mère de Jésus, puisqu'il semble dire qu'il n'y a rien de commun entre lui et Marie, et ils n'ont pas voulu remarquer que saint Jean l'appelle cependant mère de Jésus dans le même endroit : Et erat mater Jesus ibi. Ils en ont conclu que Jésus était soumis à la nécessité du destin, parce qu'il ne faisait de miracles que lorsque son heure était arrivée : c'est ainsi qu'on abuse des divines Ecritures, quand

on secoue le joug de l'obéissance à l'Eglise à

gui il appartient à déterminer le vrai sens des critures.Quel est donc.medemanderez-vous, celui qu'elle autorise ici? le voici, mes frères, il l'appelle femme : c'est pour faire remarquer qu'outre la nature humaine que voyaient les conviés, et qu'il avait reçue de Marie, il y en avait encore une divine, invisible, à l'égard de laquelle Marie n'était que femme et non mère, puisque, comme Dieu, il n'a point de mère, mais seulement un Père de toute éternité. Il dit qu'il n'y a rien de commun entre lui et elle, c est relativement à ce dont il s'a

fissait : et de quoi s'agissait-il? de la nalureumaine ou de ses facultés? non, mes frères, mais il s'agissait d'un pouvoir essentiel à la nature divine, du pouvoir de faire des miracles, de changer l'eau en vin, d'un pouvoir par conséquent qu'il n'avait pas reçu de Marie, et à l'égard duquel il n'y avait rien de commun entre Jésus et sa mère. 11 y ajoute que son heure n'est pas encore venue.Quelle était donc son heure? celle qu'il choisit lui-même, la fête de Pâques où il avait résolu de se déclarer le Messie tant désiré, et de confirmer sa doctrine par des miracles; ce temps n'était pas encore venu.ni son heure par conséquent, et s'il la devança, ce ne fut qu'en considération de Marie. Mais, direz-vous, il lui parle d'une manière dure et mortifiante; point du tout: le ton adoucissait ce que ses paroles semblaient avoir de dur, le style hébraïque dans lequel elles ont été prononcées, les permet au fils le plus respectueux à l'égard de ses parents. Ajoutez qu alors Jésus-Christ parlait moins à Marie qu'aux pères et mères, à qui il voulait apprendre à ne se point mêler de tout ce qui concerne le ministère sacré de leurs enfants : ajoutez ce que dit saint Bernard, qu'il enseignait aux enfants à n'écouter jamais leurs parents, quand il s'agit des fonctions ecclésiastiques : Sic respondebat propti r nos, ut conversos ad Dominum jam non sollicitet carnalium cura par entum. (s.bernard., Dom. prima post Oct.Epiph., serm. 2.) Voilà ce que comprenait Marie, et voilà pourquoi, sans rien perdre de sa confiance, elle dit aux serviteurs de faire tout ce que Jésus leur dirait. Voilà le conseil qu'elle donne en faveur des nouveaux époux; peut-être vous parait-il bien général, mais au moins vous prouve-t-il que Marie obtient des lumières pour se bien conduire dans le mariage, et quel besoin n'en a-t-on pas! combien de doutes, de perplexités de conscience 1 combien d'erreurs grossières que la pureté de cette chaire sacrée nous empêche de vous découvrir, et que vous seriez fâchés qu'on vous découvrît 1 Quoi de plus commun, par exemple, que ce principe damnable, que ce principe que je n'ose répéter, que tout est permis entre des époux? c'est ici le lieu d'en démontrer la fausseté; mais de peur qu'un langage humain ne souille mes lèvres et vos oreilles, j'emprunterai le langage des anges. Voici donc le conseil que donnait l'ange Raphaël au jeune Tobie, conseil qui convient aux époux pour le jour de leurs noces, conseil qu'ils ne doivent point oublier le reste de leurs jours, conseil expctentent observé dans les beaux siècles de l'Eglise.

Ecoutez-moi, et je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le démon n a pas de pouvoir, rivet avec la fille que vous aurez épousée, vivez en continence avec elle pendant trois jours; consacrez à Dieu les prémices de votre mariage, et vous en sanctifierez toute la suite; ne pensez pendant ce temps qu'à prier Dieu avec elle, une épouse chaste se rendra sans peine aux désirs purs d'un époux si sage: chassez loin de vous toutes autres pensées, élevez vos esprits vers le ciel, réprimez par le goût des choses célestes celui que vous auriez pour les choses de la terre : Mettez cette nuit dans le feu te foie du poisson, combattez votre concupiscence figurée par ce foie qu'il faut réduire en cendre, brûlez-la, consumez-la, détruisez-la par un ardent amour de Dieu, allumez ce feu divin par la foi, nourrissez-le par le désir des biens éternels et des joies du ciel, continuez ce genre de combat les deux jours suivants, et vous vous rendrez dignes des plus grandes récompenses, vous serez associés aux saints patriarches dont vous aurez imité la sainteté, vous recevrez la bénédiction de Dieu, et il vous naîtra des enfants dans une parfaite santé. (Tob. vi, 16 seqq.) Tel est, mes frères, le conseil que l'ange donnait à Tobie, tel est celui qu'il vous donne en instruisant le jeune Tobie; la sublime perfection qu'il renferme! avec quel respect il est reçu! la conduite édifiante que tient Tobie, son beau-père et toute la maison; quelle foi! quels sentiments de religion dans ces anciens 1 de quelle honte ne couvrent-ils pas notre siècle! Aujourd'hui les personnes d'une noce semblent n'être appelées à une cérémonie si sainte que pour la profaner: on n'aperçoit jusque dans le sanctuaire, et dans le temps qu'on célèbre les saints mystères, que des irrévérences et des dissipations, on y rit, on v cause, on s'y occupe des choses auxquelles il est horrible de penser dans le secret de son cœur. Quelle injure au sacrement qui se confère 1 à Dieu qui l'a élevé à cette dignité, et qui est présent sur nos autels! à la maison de Dieu dans laquelle on parait avec tant d'immodestie! quel scandale pour les fidèles ! et quel tort ne fait-on pas aux nouveaux époux! n'est-ce pas vouloir attirer sur eux la malédiction de Dieu, et l'opposer à la bénédiction du prêtre? Non, non, ce n'est pas ainsi qu'on agit chez Raguel : il prend lui-même la main de sa fille, la met dan* teHe de Tobie, et dit dans les sentiments de la piété la plus tendre : Que le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, de qui dépend votre bonheur, soit avec vous, que lui-même vous unisse, et qu'il accomplisse en vous sa bénédiction. (Tob. vu, 15.) Il est vrai qu'il fait un festin auquel sont appelés les voisins et les amis, mais quelle espèce de festin ! qu'il est instructif! qu'il est édifiant 1 on n'y remarque rien, on n'y entend rien de ce qu'on voit et de ce que l'on entend trop souvent dans les noces des Chrétiens; ici on voit des bouches consacrées par le sang de Jésus-Christ, chanter des chansons païennes,

OEtVHES COMF1.. DE TniEBMT. III.

et telles que les païens en auraient chanté à l'honneur de leurs idoles; on y voit des libertés qui sont comme des leçons d'imprudence à une jeunesse encore innocente qui en est témoin ; on y voit des danses qui sont comme l'entrepôt d'un commerce impur, où les yeux et le cœur trafiquent réciproquement, et où la cupidité exerce librement son négoce (S. Aug.); on y entend des discours qui sont le scandale des enfants et des domestiques; le moyen que Dieu bénisse de pareilles noces! Prenez donc, jeunesse chrétienne, prenez la résolution d'imiter la conduite des saints dont je vous parle; dans leurs noces tout est pur, tout est chaste, tout est modeste, on y bénissait Dieu, « Epulati sunt benedicentes Deum » (Tob. vu, 17), c'est tout ce qu'on y voit, tout ce qu'on y entend. On peut observer la même chose sur les noces de Cana; on y fait un festin, on y invite, non des personnes dont la conversation serait dangereuse, mais des personnes qui répandent partout une odeur de v ie ; Jésus, sa Mère et ses disciples.

Tout cela m'édifie; maisce que (aitle jeune Tobie, sa docilité aux avis de l'ange m'édifie encore davantage : qu'il y a de vertu, de religion dans ce qu'il dit à Sara! // l'exhorte, dit l'Ecriture, et lui dit : Prions Dieu pendant trois jours; et unissons-nous à lui par l'oraison la plus fervente, nous sommes les enfants des saints, et nous ne devons pas nous marier comme les païens qui ne connaissent pas Dieu; faisons-lui donc une douce violence par la force de nos prières unies, et disons : Seigneur Dieu de nos pères, que le ciel et la terre, la mer, les fontaines et les fleures. ..vous bénissent, vous avez formé Adam du limon de la terre, vous lui avez donné Eve pour son secours, c'est pour en trouver un dans ma sœur que je l'ai épousée, vous le savez, ce n'est pas pour satisfaire ma passion, mais dans le seul désir de laisser des enfants qui bénissent votre saint nom. Faites-nous donc miséricorde, Seigneur, faites-nous miséricorde. (Tob. vm, 4-10.) Mais c'est peutêtre trop insister sur cet exemple, lisez vousmêm.es ce livre admirable avec les réflexions morales qui m'ont servi de commentaires, et instruisez-vous ici de vos devoirs réciproques: remarquez surtout ce qui est dit du pouvoir de la prière pour chasser le démon; celui qui avait tué les sept premiers maris de Sara fut lié dans le désert de la haute Egypte par l'ange Raphaël, voilà comment les anges conseillent et assistent des époux chrétiens. Ce sont les grâces que Dieu accorde aujourd'hui aux époux de Cana par la médiation de Marie.

Il en est une troisième que j'ai appelée grâce d'une amitié vraiment conjugale, et qui est signifiée par le changement d'eau en vin; mais il est bon de prouver la vérité de ce changement avant d'en appliquer la figure, c'est a quoi peuvent servir toutes les circonstances du miracle. // y avait six urnes qu'on y avait mises selon l'usage des Juifs qui lavaient souvent leurs mains, leurs coupes, leurs vaisseaux d'airain, et pourquoi Jésus

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