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HT HOMELIES SUR LES EVA

prier; que vous demandent-ils, ces pauvres? un vieil habit pour se couvrir, un morceau.de pain pour se nourrir, une vile monnaie pour s'aider à vivre : voilà ce qu'ils vous demandent, et comment vous le demandent-ils? avec quelle attention, quelle instance, quelle persévérance 1 elle va quelquefois jusqu'à l'importunité, ils obstiennent souvent par là ce que vous aviez d'abord résolu de leur refuser; ils sont éloquents à vous exposer leur misère, ils en paraissent touchés afin d'exciter votre compassion, ils emploient pour y réussir le nom de Dieu et de ses saints, les pleurs, les plaintes, et, si votre inflexibilité les y contraint, la fourberie et la dissimulation, afin de vous faire donner pour des maux supposés ce que vous refusez pour des maux réels; voilà comment vous prient les hommes à qui vous êtes obligés de donner, à qui votre aumône est moins utile qu'à vous-mêmes. Et vous, au contraire, que demandez-vous à Dieu? c'est non-seulement l'habit et la nourriture, c'est votre conservation, c'est sa grâce, c'est sa félicité, c'est lui-même. Quelle devrait donc être votre ferveur, votre importunité, vos instances? cependant vous n'êtes rien moins que fervents, rien moins qu'importuns; si vous paraissez devant Dieu, c'est sans attention à sa présence, sans attention aux prières que vous lui faites; vous vous y occupez de pensées vaines et étrangères, vous vous trouvez quelquefois à la fin, sans avoir fait une seule réflexion sur ce que vous disiez; votre àaie est comme une terre aride et sans eau, sans bons mouvements, sans gémissements, sans crainte, sans espérance, sans aucun sentiment de piété; vous lisez des yeux, vous prononcez de la langue des formules magnifiques de prières, et votre cœur ne suit pas, votre cœur dément le mouvement de vos lèvres , vous ne produisez au dehors que de vains sons, et cependant vous vous plaignez de l'inefficacité de vos prières. Ignorez-vous donc que ce que Dieu entend, ce sont les cris du cœur, et non ceux de la bouche ? Ignorez-vous que, si Dieu écoute la prière des pécheurs, ce a est que celle des pécheurs pénitents qui commencent à sentir le poids de leurs chaînes, des pécheurs qui ne craignent pas d'être exaucés et de voir tomber leurs liens, des pécheurs à qui leur état déplaît, des pécheurs qui soupirent après la justice? Ignorez-vous que l'âme qui rend au Seigneur la gloire et la louange de la justice, est celle qui marche toute courbée et tout abattue, l'âme dont les yeux sont dans la langueur et la défaillance, l'âme qui est pauvre et pressée de la faim de la justice? (Baruch n, 18.) Excitez-la donc en vous, cette faim , ce désir', cette ferveur qui fait la seconde disposition à la prière; joignez-y cette foi et cette confiance dont l'Evangile vous montre le modèle dans le lépreux et le centenier.

« La foi,» dit saint Chrysostome, « avec laquelle le lépreux demande sa guérison est admirable; il ne dit pas à Jésus-Christ si vous priez Dieu pour moi, car il le reconnaissait lui .même pour Dieu. 11 ne lui dit |ws non plus : Seigueur, guérissez-moi, mais

NGILES. - HOMELIE VIII. Il»seulement: Si vous voulez, vous pouvez me guérir, montrant par ces paroles qu'il est sûr au pouvoir et qu'il ne faut que flechir la volonté à laquelle cependant il s'abandonne entièrement. » Ce que dit le centenier est plus remarquable encore ; pi y a tant d'humilité, de ferveur, de foi dans ces mots du centenier : Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison, mais seulement dites une parole et mon serviteur sera guéri. L'Eglise y en a tant trouvé qu'elfe les a mis dans la bouche de ses enfants, au moment où ces trois sentiments sont plus nécessaires, au moment où ils reçoivent la sainte Eucharistie, le grand mystère de foi, de l'amour et de l'humilité de Jésus-Christ. J'ai déjà observé ce qui concerne les humbles et fervents sentiments de cet illustre officier, quelle foi encore dans la puissance de Jésus-Christ I 11 reconnaît en lui un pouvoir surnaturel: naturellement la parole ne peut agir que sur les êtres intelligents qui, comprenant ce qu'on leur ordonne, agissent avec connaissance, et le centenier confesse que la parole de Jésus-Christ peut agir sur les corps et les maladies, il pense donc que cette parole a une vertu surnaturelle ; il reconnaît en Jésus-Christ un pouvoir indépendant, supérieur à toute puissance créée, et voici la manière délicate et ingénieuse dont il l'insinue : il oppose le pouvoir de Jésus-Christ au sien et dit: Quoique je ne sois moi-même qu'un homme soumis à la puissance d'un autre, d'un tribun et d'un général, ayant néanmoins des soldats sous moi, dis-je à l'un: Allez là, et il y va; et' à l'autre : Venez ici, et il y vient; et à mon serviteur: Faites ceci, et il le fait : il n'en dit pas davantage pour se faire entendre. N'est-ce pas comme s'il eût dit : J'ai des maîtres, et cependant mes inférieurs m'obéissent; et vous, Seigneur, vous êtes le maître dans le ciel et sur la terre, comment vos ordres no seraient-ils pas exécutés? Enfin il reconnaît en Jésus-Christ un pouvoir souverain et universel, un pouvoir plus efficace sur les maladies les plus mortelles que celui d'un ofliciec sur ses soldats; donc il reconnaît en lui un pouvoir tout divin, car les maladies et la mort dépendent de Dieu seul ; ce sont comme les soldats qui sont à la solde de l'Etemel, comme une armée qu'il envoie ou qu'il rap^ pelle comme il lui plaît, c'est lui qui frappe et qui guérit. (Ce sont les expressions des

itrophètes.) C'est lui qui fait la plaia et qui a panse, qui fait descendre dans le tombeau et qui en fait remonter. Il Reg.. n, 6; Deut. xxxii, 39.) Si la peste, si la guerre, si la famine désolent la terre, c'est Dieu qui les envoie; si ces fléaux cessent, c'est Dieu qui ordonne à son ange de faire rentrer son glaive dans son fourreau ; or le centenier reconnaît que ces maux dépendent deJésus~ Christ. Ainsi il nous apprend que Jésus-Christ est vrai Dieu en avouant ce pouvoir surnaturel, indépendant et souverain, qui fait le caractère de la divinité; sa foi est si grande qu'elle fait en un sens l'admiration de JésusChrist qui en est l'auteur, qui déclare qu'il n'en a pas trouvé une si grande dans Israël selon la chair, c est la remarque de l'évan- géliste.

Telle est, mes frères, la foi avec laquelle nous devons prier; nous devons croire fermement que Dieu peut nous accorder tout ce que nous lui demandons; comment ne le pourrait-il pas, ce Dhîu qui a tiré sans effort ce vaste univers du néant, ce Dieu qiri a

Erescrit des bornes aux Ilots orgueilleux de la mer, ce Dieu qui a placé dans le firmament ces astres qui forment l'éclat du jour et la sombre lumière des nuits, ce Dieu qui parle et tout est fait, qui commande et tout est créé, qui ordonne et tout obéit dans le ciel et sur la terre? Cette vue d'un Dieu si grand, si puissant, n'est-elle pas bien propre à vous inspirer cette foi dont parle l'Evangile?

Nous ne devons pas croire seulement que Dieu peut, nous devons encore croire qu'il veut nous accorder ce que nous lui demandons; il a appuyé ce point de notre foi des motifs les plus solides. Il prend envers nous la qualité de père, il veut que nous l'appelions de ce doux nom, chaque fois que nous prions ; il veut nous faire comprendre par à que si un méchant père sait donner à son fils ce qui lui convient, ce serait lui faire injure de ne pas espérer de lui ce qui nous est nécessaire (Matth. vi, 25 seqq.) ;3uel désir il a de nous exaucer! Il nous oronne de lui demander, et pourvu que nous lui demandions bien, il accorde tout à notre prière, lui-même nous dicte la formule de requête que nous lui présenterons; luimême nous donne son Esprit-Saint pour former dans nos cœurs les gémissements qui le touchent; pour nous convaincre du dessein qu'il a de nous exaucer, il nous a donné son propre Fils, comment ne nous donnerait-il pas tout avec lui ? Que pourrait-il nous refuser après nous l'avoir donné? Qui proprio Filio non pepercit... quomodo nonetiam cum illo omnia nobis donavit ?(Rom. vm, 32.) Si des invitations si pressantes, si des promesses si générales et si magnifiques, si des gages si précieux, si une volonté si sincère, si un pouvoir si grand ne nous inspirent pas la confiance la plus ferme, qu'est-ce donc qui pourra désormais nous en inspirer?

Allons, mes frères, saint Paul nous y exhorte : Allons avec assurance nous présenter devant le trône de la grâce, et nous y recevrons la miséricorde, nous y trouverons le secours des grâces nécessaires dans nos besoins; « Adeamus ergo cum fiducia ad thronum gratiœ, ut misericordiam consequamur et gratiam inveniamus in auxilio opportuno.» (Hebr. iv, 16.) Allez-y, pécheurs, et vous y recevrez le pardon de vos péchés; allez-y, justes, et vous y trouverez la grâce pour faire le bien et mériter le repos du siècle à venir: allez-y, pauvres affligés, veuves désolées, vous y trouverez votre consolation; allezy, âmes faibles et assaillies de tentations, vous y trouverez les forces pour vaincre vos ennemis et vous renouveler dans la pratique du bien ; allons-y tous dans des dispositions d'humilité, de ferveur et de foi, et alors point d'avantages que nous ne puissions

nous promettre ae notre prière, vous le verrez dans le second Doint.

SECOND POINT.

Jusqu'à présent nous avons examiné de suite ce que le lépreux et le centenier avaient dit à Jésus-Christ, les sentiments avec lesquels ils avaient parlé, nous allons voir ici ee que Jésus-Christ a fait pour eux et comment il a récompensé leurs dispositions. 1' Il guérit le lépreux de sa lèpre et le serviteur du centenier de sa paralysie. 2" Il instruit ces deux hommes sur le dogme et la morale. 3° 11 touche leur cœur de sa grâce et leur annonce qu'ils prendront la place des enfants dans le royaume des cieux; ainsi il accorde à leurs prières les biens du corps, ceux de l'esprit et du cœur; c'est ce qu'il accordera aux nôtres, quand elles ressembleront à celles-là.

Jésus étendant la main sur le lépreux, le touche et lui dit: Je le veux, soyez guéri, et sa lèpre fut guérie au même instant : « Confestim mundata est lepra ejus. » Jésus dit encore au centurion : Allez, et qu'il vous soit fait comme vous avez cru, et son serviteur fut guéri à la même heure : « Sanatus est puer in Ma hora. » Que ce peu de paroles montre bien que la foi de ces hommes n'était pas vaine et que Jésus-Christ possédait cette puissance inîinie qu'ils vinrent implorer! Ce Dieu commande et la nature obéit à l'instant ; il veut, et ce qu'il veut s'exécute sans le moindre délai. Il n'a pas encore produit au dehors l'acte de sa volonté que la lèpre s'enfuit déjà, que ces taches disparaissent et que la peau est rétablie dans son premier état. Ce grand maître de la nature ordonne, et sur le moment le paralytique recouvre l'usage de ses membres, la maladie n'est plus. Voilà ce qui vous prouve ce que je vous disais, que les maladies, et la mort à laquelle conduisent les maladies, sont dans la disposition de Dieu, et n'est-ce pas ce qui condamne la conduite que vous tenez dans vos afflictions ? On se plaint, on s'impatiente, on murmure et on ne fait pas attention que ces plaintes, ces impatiences et ces murmures attaquent le Seigneur même, qui se déclare auteur des maux dont on est affligé: on souffre sans patience, sans résignation, et on n'entre pas dans les vues de la Providence qui envoie des tribulations pour faire rentrer en soi et pour mettre notre constance à l'é

Iireuve; on a recours aux médecins, on épuise es secrets de l'art, on se consume en dépense et on ne pense à Dieu qu'après avoir expérimenté que les secours humains étaient inutiles. Ne les négligeons pas, j'y consens, je le souhaite; la Providence les a créés afin que nous en usions, mais aussi prenons gardo que leur efficace vient de Dieu, que c'est à ce grand médecin des corps et des âmes qu'il faut recourir d'abord, et qu'il faut y recourir avec une entière soumission à sa volonté.

Pour vous en convaincre, considérez la manière dont parle le lépreux, il ne dit pas simplement, guérissez-moi, mais si vous voulez, parce qu'il sait qu'on demande autrement 1,21

les biens du corps que ceux de l'âme: pour ceux-ci, il aurait dit absolument : Seigneur, guérissez-moi, vous le pouvez, et vous le voulez : oui, je crois que vous voulez purifier mon âme, dissiper ses ténèbres, fortifier ses faiblesses, redresser ses voies, et la combler de vos grâces. Voilà ce qu'eût dit le lépreux, s'il eût demandé les biens de la grâce; mais s'agit-il de biens temporels, de force et de santé? il sait qu'on peut en faire un bon et mauvais usage, que souvent il est plus expédient pour nous de vivre dans l'affliction que dans les consolations, il se résigne à la volonté de Dieu, il ne veut sa guérison qu'autant que Dieu la juge utile à son salut. Seigneur, dit-il, si vous voulez, vous pouvez me guérir : « Si vis, potes me mundare : » disons la même chose dans les maladies et les peines dont notre vie est traversée; disons avec le Seigneur dans le jardin des olives: Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi; cependant que votre volonté se fasse, et non la mienne: « Verumtamen non sicut ego volo, sedsicut tu.»(Matth.xx\i,39.) Oui,mon Dieu, je soumets ma volonté à la vôtre, je consens de demeurer dans cet état de souffrances tant qu'il vous plaira, je les accepte en esprit de pénitence, je les unis à celles de votre cher Fils, pour les sanctifier et les rendre dignes de vous être offertes comme un sacrifice d'odeur agréable. Faisons souvent des actes semblables de résignation, et nous obtiendrons ou notre guérison, ou le don de la patience et des consolations intérieures, don infiniment plus estimable que la santé du corps. Premier avantage de la prière.

Un bien d'une autre espèce dont nous avons tous un grand besoin, un bien que nous ne Eouvons acquérir de nous-mêmes,un bien de i possession duquel dépend notre salut éternel, c'est la connaissance des vérités du salut, la connaissance de Dieu et de ses mystères, la connaissance de nos devoirs et de nous-mêmes; or cetle connaissance est un second avantage promis à la prière, accordé à la prière des personnes de notre Evangile. Elles demandent des guérisons corporelles, et par surcroît elles méritent que Jésus.Christ les éclaire sur les objets les plus importants de la religion, sur la puissance, sur les caractères de l'humilité, sur la soumission aux ministres de Dieu, sur l'obéissance à la loi, sur la vie éternelle, sur la vocation des gentils, sur la réprobation des Juifs. Vous pouvez mérit'er les mêmes grâces, le Sauveur se plaît à les communiquer dans l'oraison. Il instruit lelé

fireux sur sa puissance, il étend la main sur ui, e* par là il montre qu'il est au-dessus de la loi qui défendait de le toucher. C'est ainsi que dans la prière il découvre ses perfections infinies, cette puissance qui étonne, cette justice qui effraye, cette miséricorde qui rassure. Il instruit le lépreux sur l'humilité, il montre qu'un de ses principaux caractères, c'est de cacher ses bonnes œuvres, et n'en laisser voir qu'autant que l'édification du prochain l'exige; il le fait, en lui disant de bien prendre garde de ne le dire à personne: Vide, ttemini dixeris. 11 vous découvrira les imper

121 fections et les faiblesses de votre âme, la bassesse de votre origine, le néant où vous a replongé le péché, votre insuffisance pour la grande affaire de votre salut, le peu de bien que vous faites, et le soin avec lequel vous le faites paraître, et celui avec lequel vous devriez le cacher. Il instruit le lépreux sur la soumission due aux ministres du Seigneur, il lui ordonne d'aller se montrer au prêtre, à qui il appartenait de juger de la lèpre et de sa guérison: Vade, ostende te sacerdoti. Il vous instruira sur le respect et la profonde vénération que vous devez avoir pour les prêtres de la nouvelle alliance. Si Jésus-Christ ordonne qu'on honore les ministres d'un tabernacle qui n'était que l'ombre du nôtre, qu'exigerat-il à l'égard de ceux qu'il appelle ses coadjuteurs et ses ambassadeurs? 11 instruit le lépreux sur l'obéissance h la loi, il exige de lui qu'il offre le don prescrit par Moïse, c'est-àdire deux passereaux vivants: Offer munus quod prœcepit Moyses: et c'est dans la prière qu'un ministre duSeigpeur, qu'un magistrat, qu'un homme en place apprendra à gouverner le peuple, chacun selon le pouvoir qui lui a été donné; c'est là que saint Thomas nous dit qu'il puisait les profondes connaissances qu'il nous a laissées; c'est là que*David allait prendre ses dernières'résolutions: Consilium meum justificationes tuœ (Psal. cxviu, 24); c'est là que les hommes véritablement chrétiens vont prendre des leçons de

firudence dans les occasions où la prudence îumaine est sans ressource; c'est là qu'une jeune personne, incertaine sur son état, connaît les desseins de Dieu sur elle; c'est làque des chefsde famille trouvent des principes de gouvernement, que les livres et les instructions ne leur avaient pas appris; c'est là, en un mot. et ce mot est de l'apôtre saint Jean, c'estlà que l'onction du Fils de Dieuenseigne toute chose:» Unctio ejusdocet vos de omnibus. m\Uoan. u, 27.) Il instruit le lépreux sur la vie future; il ajoute que cela leur servira de témoignage : « In testimonium Mis. » Or que veulent dire ces mots? ils ne signifient pas seulement que la démarche du lépreux prouvera aux prêtres que Jésus observe sa loi et la fait observer, ou qu'il ne les prive pas de l'honneur qui est dû à leur caractère; mais

3u'il veut qu ils soient eux-mêmes informés e sa toute-puissance : mais que ce miracle déposera contre eux au jour du jugement s'ifs n'y croient pas. Il vous instruira donc aussi sur votre éternité, sur le néant de ce monde, dont il vous détachera, et sur les beautés du ciel où il élèvera votre cœur. Il instruit le centenier sur la vocation des gentils, en lui disant et à la multitude qui le suit, 3ue plusieurs viendront d'Orient et d'Occient, et auront place dans le royaume de» cieux avec Abraham, Isaac, et Jacob. Que signifient en effet ces paroles, sinon ce que les Pères y ont vu, qu'il viendra de tous les coins de la terre une multitude innombrable de gentils, former l'Eglise de Jésus-Christ appelée le royaume des cieux?Il vous instruira donc aussi, et vous marquera la reconnaissance dont vous devez être pénétrés en vous montrant l'état de gentilité d'où vous avez été tirés, et les avantages de celui auquel il vous a appelés. Enfin il annonce la réprobation des Juifs, il déclare que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, c'est-à-dire, dans l'enfer appelé les ténèbres extérieures; et il vous instruira sur la sévérité de ses jugements, en vous montrant que, s'il a ainsi traité une nation quilui était chère, il n'est point de châtiments que vous ne deviez attendre pour vos péchés.

HOMELIES SUR LES EVANGILES. — HOMELIE Vin.

Prions donc, mes chers frères, consultons dans la prière ce grand maître des cœurs, qui a son siége dans les cieux; quelqu'un de vous est-il dans la tristesse, et hors d'état de prendre une résolution : tristatur aliquis vestrum? dit saint Jacques (Jac. v, 13) qu'il prie pour dissiper les nuages qui offusquent sa raison. Est-il dans la joie? œquo animo rst? (Ibid.) qu'il prie encore, de peur que sa dissipation ne lui fasse commettre quelque imprudence; qu'il chante des psaumes, des cantiques spirituels, et non des chansons profanes, qui sont une effusion ordinaire de a fausse joie du monde. Quelqu'un ignoret-il les mystères et les devoirs de la religion? quelqu'un n'a-t-il pas les connaissances nécessaires dans son état? quelqu'un manquet-il de cette sagesse qui vient d'en haut, de cette sagesse que saint Jacques appelle chaste, amie de la paix, modérée, équitable et docile; cette sagesse qui compatit, qui ne juge point, qui est prête à tout bien? (Jac. m, 17.) Qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous libéralement sans reprocher ses dons, et elle lui sera donnée. Mais qu'il la demande avec foi, qu'il demande sans aucun doute, ou qu'il *v s'imagine pas qu'il reçoive quelque chose du Seigneur, parce que celui qui doute nonseulement de la puissance du Seigneur, nonseulement dela vérité de ses promesses, mais de sa miséricorde à l'égard du plus grand pécheur, est semblable aux flots de la mer, il n'obtiendra pas plus ce qu'il demande, il n'arrivera pas plus au port vers lequel il tend, qu'un vaisseau agité par la tempête, et emporté çà et par la violence durent. (Jac. i, 5-7.) En effet qu'est-il arrivé aux plus grands serviteurs de Dieu quand ils ont manqué de cette confiance que demande ici l'apôtre? Moïse, l'ami de Dieu, frappe-t-il le rocher avec quelque défiance? en punition, il n'entre point dans la terre promise. (Deut. xxxii, 51, 52.) Saint Pierre marchant sur les eaux entre-t-il dans un sentiment de crainte lorsqu'il entend la violence des vents? Jésus-Christ l'en reprend sévèrement après avoir permis qu'il commençât à enfoncer dans l'eau. Un démon qui possédait un enfant ne peut-il être chassé par les disciples? c'est que leur peu de foi les rendait répréhensibles aux yeux du Seigneur; de là, mes frères, qu'elle conséquence tirerons-nous pour notre édification? que sans la foi, nous n'obtenons rien, qu'avec la foi nous obtenons les biens du corps et ceux de l'esprit; enfin nous obtenons ceux du cœur, ceux de la grâce sanctifiante et de la gloire éternelle, qui sont les seuls biens que le cœur puisse désirer : c'est ce que nous

pouvons encore prouver par notre Evangile.

La lèpre de l'un des malades dont il est parlé fut purifiée, l'autre fut guéri de sa paralysie : or, suivant saint Chrysostome et suivant saint Matthieu même, dans le chapitre que nous expliquons, les guérisons corporelles signifient la guérison spirituelle des âmes. Ainsi nous pouvons croire que ces hommes devinrent justes, s'ils ne 1 étaient déjà. Un autre avantage que leur prière leur procura, c'est la promesse de la vie éternelle. L'évangéliste dit que Jésus, entendant la prière du centenier, déclara que plusieurs viendraient d'Orient et d'Occident, et auraient place dans le royaume des cieux. Qui ne voit dans ces paroles que non-seulement la prière de cet officier, mais toutes celles qui lui ressembleront, auront pour récompense le royaume des cieux? Un mot de saint Paul va achever de vous convaincre sur cette dernière réflexion. La piété, écrit-il à son cher Timothée, entendant par là la vertu d'oraison, la piété est utile à tout, elle nous assure la vie présente et la vie future: la vie présente (I Tim. iv, 8), et comment cela, mes frères? c'est que la vie présente de l'âme consiste dans une foi soutenue de l'espérance, et animée de la charité; telle est la vie du juste: Justus ex fide vivit (Hebr. x, 38): or une prière bien faite produit en nous, nourrit et perfectionne en nous ces grands sentiments de religion. Les sentiments d'une foi vive, en élevant nos pensées vers le ciel, en nous y montrant un Dieu rémunérateur de la vertu, un Dieu vengeur du crime, un Dieu qui protége les faibles, et qui humilie les orgueilleux: les sentiments d'une douce confiance, en nous faisant aimer Dieu comme un père tendre, un père plein de miséricorde comme le meilleur de tous les pères; les sentiments d'un amour parfait, par les demandes que nous faisons, que le nom de Dieu soit sanctifié, qu'il règne dans tous les cœurs, et que sa volonté se fasse sur la terre comme dans les cieux. Voilà comme la prière nous assure la vie de la grâce; comment nous assure-t-elle encore Ta vie éternelle? ce n'est pas seulement en ce sens que c'est une bonne œuvre, et que Dieu récompense dans le ciel tout le bien qui se fait en état de grâce pour l'amour de lui, mais c'est par cette grande raison que c'est à la prière que Dieu attache le don de persévérance. Il y a, dit saint Augustin, certaines grâces que Dieu nous a préparées avant que nous les demandassions, par exemple, la vocation à la foi; mais il en est d'autres, comme le don de persévérance, qui ne sont accordées qu'à nos prières ; c'est à elle qu'il est réservé de nous procurer la dernière de toutes les grâces, la grâce la plus grande, la plus nécessaire pour notre éternité bien heureuse, la grâce sans laquelle toutes les autres ne serviront à rien pour notre salut, et peut-être beaucoup à augmenter notre malheur éternel, parce qu'elles nous auront rendus plus coupables. Le précieux avantage de la prière 1 Enfin, elle est utile à tout, pour nous et pour notre prochain, pour les justes et pour les pécheurs, pour les vivants et pour les morts, pour le corps et pour l'âme, le temporel et le spirituel, le temps et l'éternité; elle est en un sens plus puissante que Dieu même, elle fait sur son cœur une douce violence, de laquelle il ne peut se défendre. Moïse le prie de suspendre l'arrêt de mort porté contre les Hébreux dans le désert, et Dieu empêché par Moïse, prie, pour ainsi dire, son serviteur de lui permettre d'exterminer son peuple à qui il est enfin comme obligé de donner la vie (Exod. Xxxii, 10) ; Josué prie, et Dieu, docile à la voix d'un homme, consent que le soleil soit arrêté dans sa course (Josue x) ; le prophète Elie prie, et pendant trois ans et demi il ne tombe pas une seule goutte de pluie sur la terre. Il prie de nouveau, et cet homme semblable à nous, sujet comme nous aux misères de la vie, ouvre les cataractes des cieux 3ui donnent ensuite à la terre une pluie abon- ante (/// Reg. xvii, 1 seq.; Jac. v, 17, 18); l'impie Achab prie dans des sentiments de pénitence, et Dieu révoque les malédictions prononcées contre sa personne (/// Reg. xxi. 27-29); on dirait même, parla manière dont il parle à Elie son prophète, qu'il s'en glorifie; les trois enfants dans la fournaise prient, et le feu, oubliant son activité, leur permet de se promener et de bénir Dieu au milieu de ces flammes; saint Etienne prie, et Saul, de persécuteur, devient un apôtre zélé : sainte Monique prie, et Augustin, auparavant ennemi de la grâce, en devient le disciple et le défenseur le plus zélé. Je vous le demande à présent, douterez-vous encore de la force et de la vertu de la prière? douterez-vous encore que par son moyen vous puissiez obtenir tout ce dont vous avez besoin? les biens du corps, les biens de l'esprit et du cœur.

OEUVRES COMPLETES DE THIEBAUT.

HOMELIES SUR LES EVANGILLS. - HOMELIE IX.

S

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Je pressens ici ce que vous pourriez me dire de l'inefficacité des prières que vous avez faites jusqu'aujourd'hui, des distractions qui vous troublent, des sécheresses que vous éprouvez, des dégoûts qui vous en éloignent ; surmontezles ces dégoûts en ne relâchant rien de vos exercices ordinaires de piété, souffrez-les avec patience, ces sécheresses, et plaignezvous tendrement à Dieu de la longueur de ses absences; rejetez-les ces distractions, et vivez dans le plus grand recueillement qu'il vous sera possible; persévérez-y dans ces prières, et emportez par votre importunité ce que vous n'obtenez pas d'aboro: voilà ce qu'il suffit de vous dire aujourd'hui, puisqu'il se présentera encore plus d'une occasion ue vous

Îarler de la prière. Ce que je dois ajouter ici votre honte et à la mienne, c'est, mes frères, qu'il est bien surprenant que' nous priions si rarement, et que nous donnions si peu de temps à la prière. Nous sommes dans un continuel besoin des secours du Seigneur pour notre corps, pour sa conservation, sa santé, sa nourriture, son habillement; pour notre âme, pour l'usage de ses facultés, pour faire le bien et luir le mal; en un mot point de moment dans la vie, point d'action pour laquelle nous n'ayons besoin de Dieu, et à peine lui disons-nous quelques prières à la hâte soir et matin. Ce que je dois ajouter, c'est qu'il est bien surprenant que nous soyons persuadés

de la majesté suprême de celui que nous prions, et que nous ayons le cœur si peu humilié, que nous osions paraître devant un Dieu comme nous n'oserions paraître devant un grand de la terre; ce que je dois ajouter, c'est qu'il est surprenant que nous demandions les grâces les plus précieuses avec une tiédeur qui lient de l'indifférence, qui va jusqu'à l'oubli de ce que nous demandons. Dieu qui réprouve le sacrifice des lèvres s'il n'est joint à celui du cœur, comment n'a-t-il pas encore puni notre témérité? ne serait-ce pas de là que viendraient les aridités dont nous nous plaignons? Ce que je dois ajouter, c'est qu'il est bien étonnant que Dieu n'ait rien omis pour nous exhorter à la confiance, et que nous priions sans foi et sans espérance de devenir meilleurs, souvent sans désirer aucune grâce en particulier, sans dessein de profiter; mais par coutume, par bienséance, parce qu'il en coûterait encore pour renoncer ci ce reste de religion. Ne sont-ce pas là, mes frères, les dispositions dans lesquelles vous avez prié? comparez-les à celles de JésusChrist dans le jardin des Olives, et comprenez l'extrême différence qu'il y a entre vos prières et les siennes: il pousse vers le ciel de grands cris, dit saint Paul (Hebr. v, 7), et à peine ouvrez-vous vos lèvres pour bénir le Seigneur; il ne se présente à Dieu son Père qu'avec un esprit d'adoration, et vous vous y présentez avec un orgueil pharisaïque, et comme des hommes à qui rien ne manque, parce qu'ils sont pleins d'eux-mêmes; son cœur est attendri jusqu'aux larmes, et le vôtre n'est touché, ni de la confiance, ni de la douleur, ni des autres pieux sentiments que vos lèvres expriment. Qu'ont-elles donc été vo3

Prières clevant Dieu? qu'ont-elles été pour ordinaire que mensonge, qu'hypocrisie, que péché?

Voilà, Seigneur, ce que nous sommes obligés de reconnaître, nos prières ont besoin du même pardon qu'elles semblent solliciter pour d'autres fautes : Si vous voulez, vous pouvez nous purifier de toutes celles que nous avons jamais commises; nous vous le demandons par les mérites de celui que vous exaucez toujours : dites-le, et d'une seule parole nos âmes seront parfaitement guéries de leurs péchés d'orgueil, de tiédeur, et de défiance dans la prière : elles le seront de leurs faiblesses et de leurs mauvaises inclinations; elles le seront de toutes leurs maladies spirituelles. Inspireznous, ô mon Dieu, ces sentiments d'humilité, de ferveur et de confiance, dont vous nous donnez aujourd'hui des exemples; accordez à ces dispositions les biens du corps, de l'esprit et du cœur, et surtout la grâce de la persévérance et la vie éternelle : c'est ce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

HOMÉLIE IX.

ÉVANGILE DU QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS i/ÉPIPHANIE.

En ce temps-là, Je'sus entra dans une barque, étant accompagné de ses disciples, h't aussitôt il s'éleva une si grande tempête, que la barque était couverte de flots; et lui cepen

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