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rester là; il me suffit d'être comme hier et avant-hier. Un homme de cette espèce reste en chemin; il s'arrête sur cette échelle où le saint patriarche ne vit personne qui ne montât ou ne descendît. Je dis donc : Que quiconque croit être debout prenne garde de tomber ( 1 Cor., X, 12); la voie est étroite et difficile, et ce n'est pas ici, mais dans la maison du Père céleste, qu'il y a plusieurs demeures (joan., XIV, 2). Ainsi, celui qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ, doit marcher comme Jésus-Christ a marché (I Joan., II, 6); car Jésus, dit l'Evangéliste, croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Luc, II, 40) : il ne s'est donc point arrêté, mais il est sorti plein d'ardeur pour courir comme un géant dans sa carrière. Et nous, si nous sommes sages, nous courrons après lui, attirés comme nous devons l'être par l'odeur de ses parfums. Que s'il arrive qu'on s'éloigne, le chemin n'en deviendra que plus dangereux et plus pénible pour l'âme paresseuse; et elle ne pourra, ni sentir l'odeur qui la réjouirait, ni reconnaître comme il faut les traces certaines du Sauveur, dont elle se trouvera trop éloignée.

M Ainsi, mes frères, courez en sorte que vous puissiez l'atteindre (/ Cor., IX, 24) : vous y réussirez, si vous êtes bien persuadés que vous ne l'avez pas encore atteint; si, oubliant ce qui est derrière vous, vous vous avancez vers ce qui est devant (Philip., III, 13), et si vous vous occupez continuellement de vous améliorer, de peur qu'enfin le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne périssiez hors de la voie de la justice (Ps. Il, 12). Celui quime mange, dit la Sagesse, aura encore faim (Eccli., XXIV, 29), et celui qui me boit aura encore soif. Que le paresseux, à qui le fumier paraît aussi dur que la pierre (Eccli., XXII, 2), comprenne donc que le dégoût qu'il témoigne éprouver ne lui vient pas de rassasiement, mais d'inanition.

» Enfin, comme tout contribue au bien de ceux qui selon le décret de Dieu sont appelés à la sainteté, que l'exemple que nous offre le monde dans la cupidité qui l'agite nous touche et nous ébranle. Quel ambitieux avons-nous vu se contenter des honneurs déjà acquis, et ne pas aspirer à de nouveaux? Et la curiosité n'est pas moins insatiable. L'œil ne se rassasie point à force de voir, ni l'oreille à force d'entendre. Les désirs toujours nouveaux des hommes livrés à l'avarice, à la volupté, à la vanité, ne nous reprochent-ils pas notre négligence et notre tiédeur? Ayons honte du moins de nous voir convaincus d'être moins empressés à l'égard des biens spirituels. Que l'âme convertie au Seigneur rougisse d'aimer la justice avec moins d'ardeur, qu'elle n'aimait auparavant l'iniquité. Car quelle comparaison établir entre les deux? La récompense du péché, c'est la mort; et le fruit de la justice, c'est une éternité de vie (Rom., VI, 23). Soyons donc tout confus d'aller maintenant avec moins d'empressement à la vie, que nous n'allions auparavant à la mort, et de travailler avec moins d'amour à notre salut, que nous n'avons fait à notre perte. Car, ce qui nous ôte toute excuse, sachons bien que, plus on se hâte, plus il est aisé de courir dans la voie de la vie. Plus le joug du Seigneur nous charge, plus il est aisé à porter. Les oiseaux ne sont-ils pas plus soulagés que chargés par la grandeur de leurs ailes, et par le nombre de leurs plumes? Retranchez-leur ce soutien, et ils tomberont de leur propre poids. 11 en est de même de la loi de Jésus-Christ, de la douceur de son joug, de la légèreté de son fardeau; plus nous cherchons à nous en décharger, plus nous nous affaissons nous-mêmes, puisque, en le portant au contraire, nous le portons bien moins qu'il ne nous porte (1). »

5. Le même, Serm. Il in Purifications B. Mariœ : « Que si quelqu'un néglige de profiter de tous ces moyens et de s'avancer de vertus en vertus, qu'il sache que c'est demeurer dans un état stationnaire, ou pour mieux dire, que c'est revenir sur ses pas, puisque ne point avancer dans la vie spirituelle c'est la même chose que reculer, rien ici-bas ne demeurant dans le même ttat. Or, notre avancement consiste, comme je me souviens de l'avoir dit plusieurs fois, en ce que nous ne pensions jamais être arrivés au terme de la perfection, mais que nous nous appliquions toujours à ce que nous voyons en avant de nous, et que nous travaillions sans relâche à faire des œuvres plus parfaites, en exposant continuellement nos défauts aux yeux de la divine miséricorde (2). »

6. S. Augustin, Epist. CXXXVII (al. 78) ad Hipponenses: « Je vous avoue ingénument devant Notre-Seigneur et notre Dieu qui voit le fond de mon cœur, et qui est témoin de la vérité de ce que je vous dis, que depuis que je me suis consacré à son service, comme je n'ai guère trouvé de meilleurs sujets que ceux qui menaient une vie régulière dans les monastères, je n'en ai point trouvé non plus de plus mauvais que ceux qui s'y sont pervertis,

(i) Cf. Lettres de saint Bernard, trad. par Villefore, t. II, p. S2I-525. (2) Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 33.

en sorte qu'on pourrait appliquer particulièrement à ces saintes maisons ces paroles de l'Apocalypse : Que celui qui est juste le devienne de plus en plus, et que celui qui est souillé se souille aussi de plus en plus (Apoc, XXII, 11 ). Mais si nous y avons trouvé des pierres de rebut qui nous contristent, nous y en avons trouvé aussi de précieuses, et en plus grand nombre, qui nous consolent. Que le marc qui blesse vos yeux ne vous donne donc point de dégoût pour ces pressoirs d'où découle l'huile sainte qui se garde dans les réservoirs du Seigneur, et qui fait briller les lampes dont son Eglise est éclairée. Que la miséricorde deNotreSeigneur et de notre Dieu vous conserve dans la paix, mes trèschers frères, malgré toutes les embûches de l'ennemi (1). »

(1) Cf. Lettres de saint Augustin, t. II, p. 135-136.

FIN DU TOME CINQUIEME.

TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES

CONTENUES DANS LE CINQUIÈME VOLUME.

DEUXIEME PARTIE.

PRINCIPES DE LÀ JUSTICE CHRÉTIENNE.

Section H. Du bien qu'il s'agit de faire, 1-509.

Article IV. De l'aumône et des œuvres de miséricorde, 1-182.

Question I. Qu'est-ce que l'aumône, 1-11.

Nos prières sont moins puissantes, lorsqu'elles ne sont pas secondées

par des aumônes, h : S. Cyprien.— L'abstinence est un remède salutaire

pour les maux de l'àme, lorsque celui qui jeûne pourvoit aux besoins de

celui qui a faim, h : S. Léon. — La miséricorde engendre la perfection —

En donnant un habit à un misérable réduit à l'élat de nudité, vous vous

revêtez de la justice, 5 : S. Ambroise.—La miséricorde nous fait ressem-

bler à Dieu, 6 : S. Chrysostôme. —Celui qui subvient aux nécessités des

pauvres obtient facilement la guérison des plaies que lui ont faites ses

péchés — Nous nous concilions Dieu lui-même en faisant de ses dons

l'usage qu'il demande de nous — Exhortation à l'aumône — Heureux celui

qui fait l'aumône avec largesse — En vous hàlant de venir au secours du

pauvre, c'est Dieu même que vous imiterez — L'aumône est comme un

second baptême, 6-9 : S. Augustin. —Rien n'est plus digne de l'homme

que d'imiter son créateur — Miséricorde envers les pauvres, image de

celle de Dieu à notre égard, 9-10 : S. Léon. — La miséricorde est le

caractère de Dieu lui-même, et elle fait de nous comme des dieux, 10-11:

S. Grégoire de Nysse.

Question II. En quels termes la sainte Ecriture nous recommande-t-elle

l'aumône, H-80.

L'aumône est comme un autre baptême propre à purifier nos âmes de
toutes leurs souillures — L'aumône et les bonnes œuvres arrêtent l'in-
cendie de nos crimes—L'aumône est le remède spirituel qui guérit notre
âme de ses blessures — Dieu n'a jamais cessé dans les saintes Ecritures,
tant de l'Ancien que du Nouveau-Testament, d'exciter son peuple aux
œuvres de miséricorde—C'est Dieu lui-même qui place dans ces œuvres
le remède et l'expiation du péché — Nos prières, ainsi que nos jeûnes,
sont moins puissantes lorsqu'elles ne sont pas secondées par des aumônes
— Notre-Seigneur ne nous recommande rien tant dans l'Evangile que la
pratique de l'aumône—Ne craignons point d'épuiser notre bien en assistant
les pauvres — Le nom de pharisien conviendrait mieux que le nom de
chrétien à celui qui refuse de croire que Jésus-Christ le nourrira, s'il
nourrit lui-même les pauvres — Les parents sont obligés de faire plus de
bonnes œuvres à proportion qu'ils ont plus d'enfants — Celui qui partage
ses revenus avec ses frères imite Dieu en quelque sorte—Gloire réservée
aux personnes charitables — Eloge de l'aumône, 21-29 : S. Cyprien. — Les pauvres sont l'escorte qui nous aidera à nous élever de la terre au ciel — Pourquoi, au dernier jour, il ne sera fait mention que des œuvres de miséricorde—La pénitence ne servira à rien, si elle n'est accompagnée des œuvres de miséricorde—Les fruits de la pénitence, ce sont les bonnes œuvres—Si nous n'avons que le nécessaire pour vivre, Dieu se contentera de notre bonne volonté — Pourquoi Dieu permet que ses serviteurs les plus fidèles manquent quelquefois des choses les plus nécessaires à la vie

— L'aumône récompensée dans la veuve de Sarepta — Pourquoi JésusClirist ne reproche aux réprouvés que l'omission du devoir de l'aumône —A quelle condition il est vrai de dire que tous les péchés peuvent être rachetés par des aumônes — Le sacrifice du chrétien, c'est l'aumône — Deux sortes d'aumônes — Les biens que nous aurons donnés seront les seuls qui ne seront pas perdus pour nous — L'aumône se fera notre avocate au jour du jugement — On doit faire l'aumône avec son propre bien — Injustice de ceux qui font l'aumône avec les dépouilles des malheureux — Egarement de ceux qui se régalent somptueusement avec leurs amis, et qui refusent d'écouter le pauvre qui les supplie à leur porte—Exhortation à l'aumône, 29-38 : S. Augustin.—Un des principaux effets de la charité est la compassion pour ceux qui souffrent—Nul cutte n'est plus agréable à Dieu — Elle nous rend comme les dieux des malheureux— Dieu sera content, pourvu que nous fassions ce que nous pourrons — Pourquoi tous les écrivains sacrés ont traité de concert cette matière—L'aumône efface les taches de notre âme—Comment on doit la faire—Quels exemples nous y invitent—Exhortation, 38-41 : S. Grégoire de Naziamze. — Imiter la miséricorde de Dieu — Folles dépenses à remplacer par les œuvres de charité — L'aumône est le plus parfait de tous les arts — le plus utile — le plus facile — Il vaut mieux y être habile que d'être roi—Miracles qu'elle opère—Elle nous rend semblables à Dieu— C'est à la fin du monde, plus que jamais, que la charité fera briller ses ouvrages — Si la charité disparaissait de dessus la terre, le monde entier tomberait dans un bouleversement général — Elle est conforme à nos instincts les plus naturels — Celui qui n'a pas de charité cesse d'être homme—Usure qui nous sera payée pour les biens dont nous aurons fait le sacrifice — Motif des bienfaits de Dieu dans l'ordre temporel — Nous ne sommes que les dispensateurs de l'argent même que Dieu nous a mis entre les mains—Pourquoi il laisse cet argent entre les mains des riches

— Les biens que nous possédons ne nous sont que prêtés, pour nous donner un moyen de pratiquer la vertu — L'aumône est, après la grâce du baptême, un nouveau moyen d'obtenir de Dieu le pardon de nos fautes — Les œuvres de miséricorde sont doublement utiles — Leur nécessité — Celui qui ne vit que pour soi n'est pas un homme, 42-50: S. Chrysostôme.—L'aumône efface si puissamment la trace de nos péchés, qu'il ne nous en reste pas même de cicatrices — Elle nous délivre de la mort — La grandeur de l'aumône ne consiste pas dans la quantité de ce qu'on donne—Sa récompense—Dieu ne nous demande pour sa pratique que le superflu de nos biens—Elle nous procure une justice impérissable

— Combien est criminelle la dureté envers les pauvres — L'aumône est un moyen puissant d'acquérir de très-grandes richesses—Elle est connue des portiers du ciel—C'est quelque chose de plus grand que de ressusciter

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