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Fait Franc-Vouloir prest à reprendre,
Il n'est vielle tant estoudye [folle]
Qui fist de ces choses la mendre.
Mais pour la faire ou ardre ou pendre,
L'ennemy de nature humaine,
Qui trop de faulx engins scet tendre,
Les sens faussement lui demaine.
Il n'est ne baston ne bastonne
Sur quoy peut personne voler,
Mais quant le dyable leur estonne
La teste, elles cuident aler
En quelque place pour galer
Et accomplir leur volonté;
De Romme on les orra parler
Et sy n'y auront jà esté.
L'ADVERSAIRE.
Par l'air voloit Simon magus,
Sy n'estoit-il n'esgle n'escouffe,
Dist l'adversaire aux dens agus;
Mais qui veult l'ennemy le souffle,
Et fut-il aussy grand q'ung bouffle,
Et porter peut, j'en suy certain,
Comme on fait esprevier sur mouffle,
L'omme jusques au ciel haultain.
Sur lui mainte personne alée
Est d'Oryent en Occident
Plutost que pluie n'est coulée
Ou vent qui n'est point résident.
Quant le créature a le dent
A servir au Léviathan
Et le permet Dieu provident,
Son gré fait le mauvais Sathan.
LE CHAMPION
Les dyables sont tous en abisme,
Dist Franc-Vouloir, enchaiennez,
Et n'auront turquoise ni lime 4
Dont soient ja desprisonnez.
Comment dont aux cristiennez
Viennent ilz faire tant de ruzes
Et tant de cas désordonnez ?
Entendre ne sçay tes babuzes (1)

(1) Fol. 105 r° à 106 r°. — on y voit deux miniatures représentant des Vaudoises qui chevauchent l'une sur un bâton, l'autre sur un balai.

lII.

Voici maintenant une pièce datée du 18 août 1452 , et qui présente pour la matière que nous traitons un intérêt tout particulier ; elle a été tirée des archives de Dijon , et nous en devons la communication à l'obligeance éclairée de M. Garnier, archiviste de cette ville. C'est une sorte de procès-verbal, rédigé par Philippe Gaigneur, clerc, demeurant à Provins, d'une aventure survenue dans cette ville, au mois de juillet 1452. Une étrangère s'était présentée au petit Hôtel-Dieu de Provins, et y avait été reçue avec bienveillance ; mais au moment où elle entrait , un chien se précipita sur elle et la mordit au visage. Dans sa fureur, elle dit à la gardienne de la maison : Tu m'as fait mordre par ton chien; avant trois jours, tu mourras de mauvaise mort ; en même temps, elle la frappa légèrement au bras gauche d'un bâton qu'elle tenait , et s'enfuit. La gardienne tomba pâmée : son fils alla trouver le prévôt, et, sur sa plainte, on arrêta l'étrangère et on la mit en prison. Elle déclara que la malade mourrait si on ne la laissait pas sortir et aller auprès d'elle ; mais le prévôt refusa l'élargissement , et en effet, au bout des trois jours fixés, la mort arriva. Maintenue en captivité, l'étrangère fit de nombreuses révélations. Elle avoua qu'elle faisait partie de la secte des Vaudois, et qu'elle avait commis divers homicides, surtout sur les petits enfants ; elle expliqua comment ceux de sa secte s'y prenaient pour jeter des sorts, pour gâter les récoltes, pour convertir la grêle en pierres, en sable, etc. Elle ajouta qu'il y avait en France et en Bourgogne plus de soixante Vaudois, et fit connaître à leur sujet plusieurs particularités. D'après ses indications , on arrêta à Provins trois hommes et deux femmes , on les interrogea, et ils firent les mêmes aveux. L'archevêque de Sens (c'était alors Louis I, de Melun) réclama les prisonniers, disant que c'était matière d'église. Mais on refusa de les lui livrer, à moins qu'il ne voulût donner caution ; il les excommunia. On appela, et le président du parlement approuva l'appel qui avait été fait. Néanmoins l'archevêque persista dans sa demande, et, n'obtenant rien, lança une nouvelle excommunication. On répondit par un nouvel appel, et les gens du roi ajournèrent l'archevêque à Paris pour le 7 de septembre.

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Ici s'arrête notre document. Le narrateur Philippe Gaigneur déclare savoir pertinemment toutes les choses qu'il raconte, et en laisser la relation partout où il passe, pour l'acquit de sa conscience et pour éclairer la justice. Les détails qu'il donne doivent servir à reconnaître les gens de la secte vaudoise, s'il s'en trouve. La pièce est signée de Jean Rabusteau , procureur de la commune de Dijon :

Le cas est tel : Philippe Gaigneur, clerc demorant à Provins sur le pont au poisson, dit, advertist et certiffie à tous en vérité que, puis six sepmaines en ca, une femme portant des mireurs en son chappeaul se porqueroit par ladite ville de Provins, laquelle demandoit estre abergée en l'Ostel Dieu appellé aultrement de Saint-Ayeul, laquelle la bonne femme dudit hostel receupt volontiers et, en entrant dedans ledit hostel partit ung chien d'icellui hostel qui mordit au visaige icelle femme estrangière, laquelle estant blaissié dit à faulse femme : me as tu fait mordre par ton chien.Avant qu'il soit trois jours, tu en morras de malvaise mort. Si haulsa d'ung baston que elle portoit et d'icellui la frappa ung petit cop sur le bras senestre et dist que elle en avoit assez, et ce fait chut à terre paulmée, et lors icelle pourquerant se departit et s'en ala par la ville. Survint audit hostel le fils de ladite femme frappée, qui fut tout esbahy de ce que sa mère estoit ainsi chute et malade et luy demanda que elle avoit; laquelle luy dist que une faulse femme l'avoit frappée d'ung baston ung petit cop qui luy estoit alé au cuer, si parla à son dit fils que il luy alast querir le prêtre pour la mettre en bon estat, ce qu'il fit, et incontinant se tira devers le prévot du lieu, luy dist et exposa ce que dit est, luy pria en bonne justice que elle, c'est assavoir ladite estrangière, fut mise en prison, et que, se sadite mère ne aloit de vie a trespas d'icellui cop dedans trois jours, il vouloit et estoit content de paier les despens que feroit ladite porquerant en prison. Lors ledit prévost fist tant qu'il trouva ladite pourquerant et icelle présist et fit prisonnière luy mesmes de par le roy, et incontinant que ledit prévost l'eust prinse et baillée à deux sergens qu'il avoit avec luy, icelle porquerant estrangière dit et répondit : Hélas! je suis morte. Si fut menée en prison, à laquelle fut demandée pour quoy elle avoit frappée ladite femme et dit que elle morroit dedans trois jours, auquel prévost elle repondit, que s'il la vouloit mettre dehors, elle ne morroit point, mais que elle peust parler à ladite femme que elle avoit frappée; ce que ledit prévost ne voulsit pas faire, mais la fist garder esdites prisons, et dedans lesdits trois jours après, à la propre heure que ladite bonne femme avoit esté frappée elle trespassa. Et après ladite porquerant a confessé esdites prisons que son maistre, qui est à entendre le Dyable, avoit esté en la tour ou elle estoit prisonnière parler à elle, qui luy avoit dit pour quoy elle se déconfortoit, auquel répondit : que ne m'as tu getté d'icy pour guérir cette femme, ainsy que tu m'avoyes promis? Lequel son maistre luy respondit qu'il n'y avoit plus de puissance se elle ne se pendoit, mais se elle se pendoit et estrangloit il la porteroit dehors; et de fait elle dessira un sac en quoy l'on apportoit du pain es prisonniers d'illec et en fit les bandes pour soy pendre et demanda à son dit maistre où ne à quoy elle se pendroit. Lequel son dit maistre luy monstra et dit à ung gon de fer qui estoit planté en ladite prison, auquel gon elle se pendit et se cuida estrangler, et en ce faisant le geolier desdites prisons entra dedans qui la trouva pendue et en ses destraisses, qui la rescouhit et en eust très grant paour, pourquoy ledit geolier la desvétit toute nue afin que elle ne se pendit de ses habillemens et le fit scavoir à la justice. Lors ladite justice vint qui l'examina, et congneut et confessa plusieurs omicides fais par de telles façons par elle, mesmes plusieurs aultres omicides de petis enfans tués es ventres des mères, qui sont secrès défendus et ne les ozeroit déclairer il qui parle, plusieurs aultres omicides d'aultres enfans gisans et couchiez es brys en les touchans seulement; et en ce faisant elle se fait invisible pour veoir lesdits enfans s'ils luy plaisent et pour les touchier pour les faire morir, et quand ils sont enterrés, elle les va desterrer, et tellement font aultres qui sont de sa secte pour les porter en leurs mescle, auquel mescle ilz les rotissent et mengnent.A confessé en oultre que ceulx de sondict secte vont es caves où ils veuillent et boivent du meilleur vin qu'ils y peuvent trouver, et après remplent le cuveaul d'eaue, ou ils pissent dedans ; et en après quand ils veuillent faire leurs sors, ils font trois cernes ronds l'ung sur l'aultre et l'ung tenant à l'aultre, le premier desquels cernes fais ils appellent Balsebur, le second cerne ils appellent Sathanas, le tier cerne, ils [appellent] Lucifer, lesquelz tous ainsi appellez, leurs maistres se apparissent à eulx et leurs demandent qu'ils veuillent et peuvent gaster et fouldroier ung pays, une contrée ou ce qu'ils veullent, eulx adjoints avec leurs dits dyable. Laquelle a encore congneu et confessé que le dyable ne peut riens fouldroier ne gaster, se aulcun chrétien ou chrétienne ne se adjoinct avec luy; dit oultre que elle congnoit ceulx de sa secte au cheminer de loing, que quand elle veult bruler une contrée par bruyne, ceulx de sa sectes font les 3 cernes dessus nommez en appellant leurs dits dyables en disant: nous voulons ou je veulz que telle contrée soit gastée par bruyne. Ausquels ledit dyable dit: boute ton baston au mylieu de ces troys cernes dedans terre ; et leur fait tourner autour dudit baston en eslargissant le pertuis et leur fait retirer leur dit baston et par ledit pertuis part ung gros chat noir qu'il tirent et apportent au bout du baston demandant qu'ils veuillent; auquel chat ils dient : nous voulons que telle contrée soit gastée; lors ledit chat y consent moyennant ce qu'ils despitent Dieu, sa benoite mère et le cresme qu'ils ont receu, et du pertuis dont est party ledit chat part tantost une grande bruyne qui s'en va après ledit chat. Item a confessé que ceulx de la secte des Vauldois font convertir la gresle en pierres et sablon quand ils veuillent, comme telles choses ont este faictes souventesfois en France et en Bourgogne, si comme elle dit. Item que ladite femme a congneu qu'ils sont de sa secte, tant en France comme en Bourgoingne, plus de L ou Lx, les plusieurs portans en leurs chappeaulx des mireurs, entre lesquels en y a ung qui a la jambe droite très grosse et est grant homme et des principaulx maistres de la secte. Oyes les quelles choses ainsi déposées par ladite femme, en ont pris audit lieu de Provins trois hommes et deux femmes portans mireurs en leurs chappeaulx, qui ont esté tous interrogés et lesquels ont tous confessez toutes les choses dessusdites ou les semblables et de pires qui seroient très longues à réciter; et entre lesquels a ung jeune valeton de l'age d'environ x à xI ans qui a congneu qu'il a jà esté deux fois au mesele et ly portèrent ses père et mère, et pour les congnoistre que l'on les déveste tous nuds et l'on trouvera les hommes et femmes marqués es bras ou en aultres parties de leurs corps d'une taiche blanche comme d'une eschauldure du large d'ung grain de pois ou plus grande, et surmonte ladite tache la char de celuy qui la porte. Item a congneu ladite femme que sont environ deux mois qu'ils estoient en leur secte, et pour despit d'ung homme de Talent (1) qui avoit fait desplaisir à ung de leur ditte secte, ils avoient tempesté et gasté les vignes de Talent. Dit aussi qu'il a ung prebtre qui est d'environ Dijon que elle ne scet nommer et ung grant riche homme de Dole qui sont de leur secte. Laquelle chose venue à la congnoissance de Mo" l'arcevesque de Sens, icelluy Monseigneur l'arcevesque a requis et voulu avoir lesdits prisonniers, disant que c'est matière d'église, auquel l'on ne les a voulsit bailler, pour quoy il les a admonesté que dedans certain jour la justice les lui rendist, ce qui n'a pas esté fait, pour ce qu'il n'a voulsit bailler caution, pour quoy ledit arcevesque les a excommunié dont a ésté appellé. Si s'est tiré le procureur du Roy devers M. le Président du Parlement à Paris, lui a exposé ce que dit est; lequel M. le Président res

(1) Près Dijon en Bourgogne.

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