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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

CATALOGUE GÉNÉRAL DEs CARTULAIREs des archives départementales de France, publié par la commission des archives. Paris, impr. roy., 1847, in-4° de VIII et 285 pages.

Dans une série d'articles dus à la main de feu H. Géraud, notre confrère, la Bibliothèque de l'École des Chartes a montré l'intérêt qu'avaient à ses yeux les mesures prises par M. le ministre de l'intérieur pour la conservation des archives départementales et communales de la France (1). Elle a reproduit une circulaire adressée vers le commencement de l'année 1842 à tous les préfets, et dans laquelle le ministre s'exprimait ainsi : « Le classement des archives départementales, qui s'exécute en vertu de mes instructions, ne devant se terminer dans le plus grand nombre des départements fqu'au bout de plusieurs années, il m'a été représenté qu'il serait bon de constater dès à présent l'existence des documents les plus précieux, afin d'en rendre la conservation plus certaine. Au nombre des documents historiques les plus importants, figurent en première ligne les cartulaires et autres manuscrits renfermant des transcriptions de chartes et titres anciens. Il est vrai que, d'après le classement des archives par fonds, une place doit être assignée à chacun de ces volumes dans le fonds même dont il fait partie ; mais diverses circonstances ont fait reconnaître qu'il serait utile d'en dresser un inventaire à part, sans attendre l'achèvement des inventaires réguliers. » C'est cet inventaire de tous les cartulaires des archives départementales de France, dressé d'après les instructions ministérielles , dont la publication vient d'avoir lieu. Ce livre n'est guère susceptible d'analyse ; il nous suffira de dire qu'il contient la description de 2836 volumes, sur chacun desquels on indique : 1° l'établissement ou fonds d'où le volume provient ; 2° le nom qu'il porte, son titre ou son objet ; 3° son format ; 4° s'il est sur parchemin ou sur papier; 5° le nombre de feuillets qu'il contient ; 6° l'époque exacte ou approximative où il a été écrit ; 7° le nombre de pièces qui y sont transcrites ; 8° la date de la pièce la plus ancienne et celle de la plus récente ; 9° les observations à faire sur l'état matériel du manuscrit, sa conservation, sa reliure, son écriture, la langue des textes qui s'y trouvent, et les détails spéciaux auxquels il peut donner lieu.

Vingt-deux dépôts d'archives départementales ne contiennent aucun cartulaire; ce sont ceux des départements suivants : Ain, Basses-Alpes, HautesAlpes, Ariège, Cantal, Charente-Inférieure, Corrèze, Corse, Côtes-du-Nord, Dordogne, Finistère, Gers, Isère, Landes, Loire, Lot-et-Garonne, Morbi

(1) Voy. la Biblioth. de l'École des Chartes, t. I, p. 216 ; II, p. 499; III, p. 596 ; IV, p. 395.

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han, Moselle, Nièvre, Deux-Sèvres, Tarn-et-Garonne, Vosges. Les archives de la Côte-d'Or sont celles qui en contiennent le plus grand nombre : 416; viennent ensuite les Basses-Pyrénées, 384 ; la Seine-Inférieure, 178. Paris (c'est-à-dire les Archives du royaume) n'en a que 64. Un seul de ces manuscrits remonte au dixième siècle, c'est le rouleau contenant la transcription des priviléges de Saint-Florent de Saumur, conservé aux archives de Maine-et-Loire ; deux sont du onzième : l'un des cartulaires de Saint-Victor de Marseille et celui de la Sainte-Trinité de Rouen ; 34 sont du douzième ; 122 du treizième ; 188 du quatorzième; 362 du quinzième ; 554 du seizième; 704 du dix-septième ; 753 du dix-huitième; quatre enfin, relatifs aux monastères de La Perrine, de Saint-Fromont et de Saint-Lô, ont été rédigés en 1843 et 1844 par l'archiviste du département de la Manche. On a trois cartulaires qui contiennent des pièces du cinquième siècle : l'un de l'abbaye de Saint-Denis (Archives du royaume), et les deux autres de l'archevêché d'Arles (archives des Bouches-du-Rhône); pour ceux qui commencent par des titres du sixième siècle, on en a 7 ; du septième , 13 ; du huitième , 14 ; du neuvième, 38 ; du dixième, 21 ; du onzième, 80; du douzième , 313 ; du treizième, 365. . H.-L. B.

RECHERCHES HISTORIQUEs sUR LA VILLE DE SAUMUR, par J. A. Bodin. - Recherches historiques sur la ville d'Angers, ses monuments et ceux du Bas-Anjou, par le méme. Paris, Dumoulin, 1846, 2 vol. in-8, fig.

Ces deux ouvrages de Bodin, qui avaient paru , l'un de 1812 à 1815 , l'autre de 1821 à 1822 , offrent, dans un ordre à peu près chronologique, l'histoire des événements politiques, des institutions, des monuments civils et religieux , des familles et des hommes illustres d'Angers et de Saumur. La date seule de leur publication suffit pour faire pressentir que Bodin, enfant du dix-huitième siècle, a dû laisser échapper plus d'une inexactitude et émettre plus d'une fausse appréciation. Toutefois, comme malgré leurs défauts ils contiennent d'utiles renseignements , nous aurions remercié MM. P. Godet et Dubosc d'avoir songé à les réimprimer, si les nouveaux éditeurs, guidés exclusivement par l'esprit de parti, n'étaient pas restés fort au-dessous de la tâche qu'ils s'étaient imposée. Sans même opérer de retranchements dans les Recherches, ils auraient pu , en vérifiant scrupuleusement les citations, en ne laissant passer aucun fait douteux, en ajoutant surtout des pièces justificatives; ils auraient pu, disons-nous, améliorer singulièrement leur publication. Malheureusement ils n'ont pas agi ainsi, et leurs additions ou rectifications consistent trop souvent en des digressions qui semblent avoir pour but de répondre moins aux faits articulés par l'auteur qu'aux opinions qu'il a pu manifester de son vivant. En voici quelques exemples.A propos de la mention d'une certaine ceinture de la Vierge conservée à l'église du Puy Notre-Dame, M. P. Godet a inséré une note où, tout en déclarant qu'il ne veut pas faire de polémique religieuse, il s'élève avec force contre l'opinion (qui ne se trouve pas dans le livre) « que toutes les religions ne sont qu'une invention humaine. » Ailleurs Bodin, rapportant et sans aucun commentaire, l'interdiction prononcée contre les jésuites par l'évêque de Paris, Eustache de Bellay, M. Godet croit devoir citer tout au long un passage de M. Lamennais en faveur de la célèbre compagnie. Bodin s'avise-t-il de raconter quelque légende de saint ou de Notre-Dame des Ardillers ? l'éditeur se hâte d'ajouter : « Si M. Bodin a entendu nier les miracles en général, nous lui opposerons les lettres de la Montagne, de J.-J. Rousseau, etc. » Plus loin, se hasarde-t-il à blâmer les donations faites à des couvents ? on lui jette immédiatement à la tête des passages de Châteaubriand, etc. Voilà des rectifications bien instructives pour le lecteur. Un point surtout a éveillé la susceptibilité de M. Godet; et comme il en est résulté une polémique assez vive entre lui et les partisans de Bodin , nous croyons devoir en parler avec quelque détail. L'auteur des Recherches rapporte que, suivant une tradition locale confirmée par plusieurs monuments historiques, Robert d'Arbrissel , fondateur de l'abbaye de Fontevrault, « passait souvent les nuits entre deux jeunes religieuses, qui s'accordèrent toujours à déclarer qu'il avait constamment triomphé des tentatives auxquelles il s'était exposé. » — « Pour juger, dit M. Godet , du degré de confiance que mérite ce vieux conte, réchauffé dans les temps modernes par Bayle et quelques écrivains protestants, il ne faut que lire les écrits de Geoffroy (abbé de Vendôme ) et de Marbode (évêque de Rennes) cités par M. Bodin. » Or, laissons de côté le passage fort explicite de l'écrit attribué peut-être à tort à Marbode, et rapportons seulement les paroles de Geoffroy. Voici les termes mêmes de la lettre adressée par le pieux abbé à Robert d'Arbrissel : Fœminarum quasdam , ut dicitur, nimis familiariter tecum habitare permittis, et cum ipsis etiam , et inter ipsas, noctu frequenter cubare non erubescis. Hoc si modo agis, vel aliquando egisti , novum et inauditum, sed infructuosum martyrii genus invenisti. — Cette lettre, je crois , est assez claire, et je ne comprends pas comment on a pu l'invoquer contre Bodin. Elle offre d'ailleurs tous les caractères désirables d'authenticité. Elle a été publiée en 1610 par le P. Sirmond, d'après un manuscrit de l'abbaye de La Couture, duquel on l'arracha plus tard, probablement à la prière d'une abbesse de Fontevrault, Jeanne-Baptiste de Bourbon. Ce ne fut pas le seul écrit anéanti par cette princesse jalouse de tout ce qui pouvait porter atteinte à la réputation du fondateur de son ordre. Luc d'Achery et Sainte-Beuve, autorités fort respectables, racontèrent à Ménage qu'elle avait entre autres fait disparaître un ouvrage de Pierre de Saumur, moine de Saint-Florent, où étaient reproduits les mêmes faits. D'ailleurs, je dois le dire, cette sorte de bravade que des esprits éclairés ont reprochée à Robert d'Arbrissel était parfaitement conforme à l'esprit religieux du moyen âge. Déjà au troisième siècle l'évêque Pompone se plaignait à Saint-Cyprien de certaines vierges qui prétendaient conserver leur chasteté en vivant avec des diacres dans une telle familiarité, qu'elles partageaient leur lit. Les fabliaux, ce miroir fidèle de la vie des temps passés , contiennent plusieurs histoires analogues. Tel est le conte du Prévôt d'Aquilée, où l'auteur (notez que c'est un moine) offre comme l'idéal de la vertu une femme qui, ayant fait vœu de continence, s'exposait volontairement aux tentations les plus périlleuses, et qui ensuite, pour se débarrasser de ceux qu'elle éprouvait ainsi, ne trouvait pas d'autre moyen que de les précipiter dans une cuve d'eau froide placée auprès de son lit. Tel est encore le lai du Chevalier à l'épée, où le preux Gauvain, pour obtenir la main d'une châtelaine, est obligé de se soumettre à une épreuve du même genre (1). -

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Pour réfuter les erreurs archéologiques très-nombreuses, il faut le dire, dans l'ouvrage de Bodin, M. Godet s'est contenté d'intercaler dans le texte de longs extraits d'écrits plus modernes, et entre autres du Voyage dans l'Ouest de M. Mérimée. Quant aux faits historiques proprement dits, nonseulement il a laissé subsister des inexactitudes faciles à relever (2), mais ses rectifications sont souvent des erreurs. Ainsi Bodin ayant dit, et avec raison, que du temps de César les Gaulois de la Gaule celtique ne se servaient pas de la langue grecque, M. Godet le contredit en s'appuyant « sur ce que les relations étaient fréquentes entre les Celtes, les Aquitains et la Province romaine, et que là le peuple était presque romain par le langage, les mœurs et les lois. » Nous ne voyons pas, d'après cette phrase, comment les Celtes auraient pu apprendre le grec, soit des Aquitains, qui parlaient quelque langue comme le basque, soit des habitants de la Province presque romaine par le langage. Ajoutons que le passage des Commentairés cité par Bodin confirme pleinement son assertion.

On voit ce que les ouvrages de Bodin auront gagné à de pareilles annotations. Nous ne savons s'il gagnera davantage à une nouvelle édition qui se prépare, dit-on, en ce moment, et où l'on mettra en œuvre les notes laissées par lui, et dans lesquelles on prétend qu'il désavoue les opinions qu'il a professées. C'est donner bien de l'importance à des livres qui n'ont pas grande portée historique ou philosophique, et l'on doit vraiment regretter de voir consacrer à de pareilles réimpressions un temps qu'il aurait été si facile d'employer d'une manière profitable pour le public et pour la science. LUD. L.

(1) Voy. le Recueil de Legrand d'Aussy, édit. in-18, t. I, p. 25 et suiv., et t. V, p. 141. — Voy. encore Millot, Histoire littéraire des troubadours, t. II, p. 240.

(2) Tel est, par exemple, le passage où Bodin prétend que du nom des Tayfales ou Teigfales, peuples gothiques établis dans le Poitou, on peut conclure qu'ils adoraient le phallus. Tels sont encore les passages où il appelle Sauvigny la célèbre abbaye de Savigny à Mortain; où il rapporte que Diane de Poitiers a été la maîtresse de François l" ; où il place à Vernoil, bourg situé à un myriamètre et demi de Saumur, au lieu de Verneuil (Normandie), la célèbre défaite des Français et des Écossais par Bedford en 1424, etc., etc.

HISToIRE DES RACES MAUDITEs de la France et de l'Espagne, par M. Francisque Michel. Paris, Franck, 1847, 2 vol. in-8°. Nous nous bornerons à une analyse très-rapide de cet estimable et consciencieux ouvrage, qui vient d'obtenir l'accessit du prix Gobert, décerné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Après quelques mots de préface, l'auteur, dans une introduction de soixante-et-onze pages, expose son sujet et fait, comme il le dit, l'histoire des opinions qni ont précédé la sienne. Puis, dans les cinq chapitres qui suivent et qui composent le premier volume, il définit les cagots, retrace leur condition civile et sociale à diverses époques, disserte sur leurs origines ethnographiques et l'étymologie de leur nom, critique les différents systèmes émis sur ces questions, et examine enfin les causes de la réprobation dont ces modernes parias ont été victimes. La méthode employée par M. Michel est principalement géographique. Il suit à la piste le sujet multiple de ses investigations sur tous les points où ce sujet les conduit.Après les cagots de France et d'Espagne, viennent les Colliberts du Bas-Poitou, les Chuctas de Mayorque, les Vaqueros des Asturies, les Marrons ou Marons d'Auvergne, les Oyseliers de Bouillon, les Hautponnais et Lyzelars de Flandre, les Calots, les Cacous, les Juifs de Gévaudan, etc., qui font l'objet des quatre premiers chapitres du deuxième volume. On voit par cette esquisse les limites dans lesquelles le cadre choisi par M. Michel se circonscrit très-nettement. Il omet volontairement un certain nombre de classes d'hommes que le nom de races maudites rappelle instantanément à l'esprit. Tels sont les Bohémiens et les Juifs du moyen âge, qui ne jouent qu'un rôle très-étroit et accidentel dans le livre que nous analysons, et qui ont été d'ailleurs ou sont actuellement l'objet de monographies importantes. M. Michel paraît avoir voulu se borner à celles de ces races ou de ces familles d'hommes qui, malgré le joug d'abaissement et d'ignominie dont elles ont été chargées, ont néanmoins pris racine au milieu de la société qui les persécutait, et s'y sont définitivement fixées. Le reste du deuxième volume, qui termine l'ouvrage, se compose de pièces justificatives recueillies avec ce soin et cette activité infatigable qui caractérisent le laborieux éditeur, telles que chansons populaires, fragments de chartes , de registres municipaux, puisées au plus près des sources originales, soit dans la tradition, soit dans les archives publiques des COIIlIIlUlIl0S. V. DE V.

MÉMoIREs DE LA socIÉTÉ ÉDUENNE. Autun et Paris ; Dumoulin, 1845, 216 pages in-8°, fig.

Ce volume, outre un compte-rendu des travaux de la société et de fouilles exécutées par ses membres, contient une addition à la numismatique des Éduens par M. Loydreau, d'Arnay-le-Duc; et sous le titre de Fragments d'histoire métallique, un mémoire un peu diffus, mais intéressant, de M. J. de Fontenay, sur les méreaux, les jetoirs, diverses monnaies de

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