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charger Parent de cette démarche auprès de Pierre Hemery. Le bourgeois répondit sagement, que le beau Regnault était un trop grand seigneur pour sa fille. Quant à la femme de Parent, non contente de parler à Jeanne de Regnault, elle essaya de la compromettre plus sérieusement. Un jour qu'elle allait à une noce, elle emprunta une houppelande garnie de fourrure et un chaperon à sa cousine, qui les lui prêta volontiers, et lui dit en riant : Si Regnault vous rencontre, il vous fera bon visage. La femme de Parent ne manqua pas de répéter cette plaisanterie au damoiseau, qui coupa le bout du chaperon pour avoir un souvenir de sa maîtresse. Quand la cousine rendit à la belle veuve son chaperon ainsi coupé, Jeanne dit qu'elle n'avait souci du dommage, et que Regnault ne lui en était que plus cher. Ces propos n'étaient pas les seules inconséquences que la belle veuve eût à se reprocher dans sa conduite à l'égard du gentilhomme. A ceux qui lui parlaient de Regnault et de la passion qu'il montrait pour elle, Jeanne répondait : Dieu donne joie à Regnault de ses amours ! A table, elle buvait à la santé de Regnault, et contrefaisait son patois picard; elle disait à qui voulait l'entendre, qu'elle aurait bien envie de l'avoir pour mari, mais qu'elle avait trop peur de son père ; qu'il fallait d'ailleurs remettre le mariage après Pâques, parce que les clauses du testament de son premier mari n'étaient pas encore exécutées, mais que son cœur appartenait à Regnault. Ici se présente une lacune qu'il est impossible de combler avec les faits consignés au registre du parlement. Sans en savoir le motif, on voit Jeanne changer tout à coup de conduite à l'égard de son bel ami; il est à croire qu'elle avait cédé aux représentations de Pierre Hemery son père. Peut-être avait-il congédié luimême les deux gentilshommes; et ce serait alors qu'il aurait prononcé ces paroles rapportées ci-après, « qu'il aimerait mieux payer la taille une fois par semaine, que de se voir enlever ainsi de force ses enfants. » Jean Parent et sa femme firent, pour l'amoureux éconduit, des démarches qui amenèrent leur expulsion de la maison de leur cousine. Les tentatives d'Olive, la femme de chambre, secondée par une couturière nommée Cauville, ne furent pas plus heul'0llS0S. Désespéré de cette résistance, Regnault d'Azincourt crut pouvoir emporter la placed'assaut. Il se concerta avec Humblet Prevot,

et, le 18 février 1405 , à dix heures du soir, les deux amis placèrent dix chevaux à la porte Saint-Denis, puis se rendirent à la demeure de Jeanne, avec dix autres chevaux, conduits par autant d'hommes déterminés et bien armés. Après avoir forcé la porte d'entrée, Regnault d'Azincourt, Humblet Prevot, un nommé Lepiquois, un prêtre et un valet, montèrent dans la chambre de Jeanne; elle était couchée avec Jeannette sa sœur et une sienne petite fille. Jeanne éveillée en sursaut, à la vue de ces hommes armés que des torches lugubres éclairaient, se crut en présence de cinq démons, et poussa des cris aigus, en appelant Dieu et la Vierge à son secours. Regnault lui imposa silence avec menace de la tuer, et, montrant le prêtre, il lui dit qu'il était venu pour se fiancer avec elle, et il prit sa main.Jeanne perdit connaissance et tomba dans une effroyable attaque de nerfs. Olive accourut au lit de sa cousine , la couvrit de son corps; mais ne pouvant la faire revenir ni par ses cris, ni par le vinaigre qu'elle répandait sur elle, elle s'écria : « Regnault, vous disiez que vous l'auriez morte ou vive, or prenez-la, elle est morte. »

Regnault et ses compagnons, déconcertés par ce contre-temps, laissèrent la veuve dans son lit, et cherchèrent à enlever la jeune sœur, qui leur fit lâcher prise par ses cris. Ils l'abandonnèrent à la porte de la maison et prirent la fuite.

Un coup aussi hardi , tenté au milieu de Paris, dans un lieu aussi peuplé que la rue Saint-Denis, ne pouvait manquer de mettre en émoi toute la ville. Le prévôt de Paris, dès qu'il en eut connaissance, porta le fait au grand conseil, et reçut l'ordre du procureur du roi de faire arrêter Regnault et ses complices. Il l'envoya chercher par quatre-vingts sergents au domicile de Jean Parent. Regnault d'Azincourt, Jean Parent et sa femme, ainsi que Olive Hemery et la Cauville, furent enfermés dans les prisons du grand Châtelet. Quant à Humblet Prevot, il parvint à s'échapper. Le prévôt de Paris jugea en premier ressort : il condamna Regnault d'Azincourt à une amende envers le roi , Parent à la question, et Olive Hemery au pilori. L'appel des condamnés au parlement les fit transférer dans les prisons du Palais, à la Conciergerie.

Alors eut lieu au criminel le procès dont nous donnons ici la relation. Le procureur du roi prit le premier la parole, pour déclarer que les appelants agissaient suivant lui d'une manière prématurée ; du reste il engagea leur avocat à déduire ses raisons, se réservant d'y répondre. L'avocat de Regnault d'Azincourt et d'Olive Hemery, qui se nommait Andriguel, commença par se plaindre de la manière rigoureuse dont le prévôt de Paris avait procédé envers ses clients, surtout envers Regnault d'Azincourt, gentilhomme d'honneur et d'État, dont la famille était parfaitement connue. On avait refusé à Regnault un conseil, bien qu'il l'eût formellement demandé; personne n'avait pu lui parler avant son interrogatoire : enfin on n'avait point dressé de procès-verbal au moment de son arrestation. Olive Hemery alléguait à peu près les mêmes griefs; elle demandait surtout l'annulation de la sentence du prévôt qui la condamnait au pilori. Cousinot, avocat de Jean Parent, disait que celui-ci était bon gentilhomme, et qu'il avait été mis en prison moult durement; il réclamait surtout contre la question à laquelle son client avait été condamné. Le procureur du roi répondit, en racontant le fait dont Regnault d'Azincourt et ses complices s'étaient rendus coupables ; aux allégations de l'avocat de Regnault, il opposa que registre bel et notable avait été fait, lors de son entrée dans les prisons du grand Châtelet; que s'il avait formé appel après un aveu formel de son crime, c'était à cause des soupçons qu'il disait avoir contre certains juges du Châtelet. Le procureur du roi termina, en déclarant de nulle valeur l'appel formé par les prisonniers, pour n'avoir pas été fait sur-le-champ. L'avocat de la partie civile prit alors la parole; il raconta dans les plus grands détails l'histoire de Jeanne Hemery, et de l'attentat dont elle avait été victime. Il ajouta que depuis ce jour Jeanne n'avait pu quitter son lit , et qu'elle était sans cesse malade : Autant vault que si on l'eut batue et frapée, puisque par leur fait elle a perdu son sens, dit-il, et cela s'est passé à Paris, par la force des armes, par guet-apens, et dans une rue si notable comme est la rue Saint-Denis. C'est là double iniquité, ajoute l'avocat ; c'est un fait de mauvais exemple. Il ne faut pas permettre de pareils scandales, car il ne serait plus nécessaire de demander les filles en mariage, chacun irait par la force. Il concluait à ce que les coupables fissent amende honorable, et fussent conduits en chemise, une torche à la main, devant la maison de la veuve, et lui criassent merci, en disant que mauvaisement et dampnablement ils lui ont fait les dictes injures et villenies. Il concluait de plus à des amendes profitables, c'est à savoir : Regnault qui s'était fait clerc et se trouvait exempt de l'amende honorable, à dix mille francs d'or, Olive Hemery à cinq cents livres tournois et Parent à mille. L'avocat de Regnault répliquaque ce gentilhomme n'eutjamais la pensée defaire à Jeanne injure ou villenie, mais qu'il tendait à bonne fin et à mariage. Il raconta plusieurs des pourparlers qui eurent lieu entre la femme de Parent et Jeanne, et les coqueteries de cette dernière. Il décrivit aussi les prétendues fiançailles d'Humblet avec Jeannette, et celles de Regnault avec Jeanne.A l'égard d'Olive Hemery, il prétendit qu'elle ne pouvait pas avoir corrompu Jeanne, qui, étant femme d'expérience et ayant été mariée, aurait bien su se garder d'une chambrière. Il soutenait son premier dire, quant à la procédure trop rigoureuse faite à Regnault par le prévôt de Paris; l'acte d'arrestation qu'on présentait à la cour avait été dressé depuis l'appel de sa partie. Quant à la maladie de Jeanne, elle était feinte, et il s'en rapportait sur ce point au témoignage des médecins. Il ajoutait que peu d'instants après la tentative et le départ de Regnault, Jeanne s'était levée pour se chauffer, et qu'elle avait témoigné du regret de la résistance qu'elle lui avait faite. Il concluait donc à l'annulation des poursuites et à la mise en liberté des prisonniers. L'avocat de Jean Parent s'exprima dans le même sens. Enfin, s'il fallait en croire la déposition de Regnault, confirmée par Olive, le gentilhomme ne serait venu pendant la nuit chez Jeanne que de l'aveu de la belle épicière, et pour lui être fiancé comme Humblet Prevot avait obtenu de l'être à la petite Jeannette Hemery, à l'insu de son père; en effet, Humblet avait été introduit avec un prêtre secrètement, la nuit, et pour plus de sûreté, la cérémonie s'était faite dans la cave. Seulement Jeanne, disait Regnault, avait été irritée de le voir arriver avec tant de gens et tant de bruit, lorsqu'elle n'eût voulu que lui et le prêtre. La cause fut renvoyée à la chambre du conseil. Mais le lendemain mercredi, l5 avril 1405, la cour statua provisoirement sur le sort des prisonniers. Elle déclara, 1° que Regnault serait rendu à l'évêque, qui statuerait sur le délit commun. Quant au cas privilégié, la cour l'élargit sub penis et submissionibus, c'està-dire sur sa parole, et en se réservant de prononcer plus tard un jugement définitif. Jusque-là, Regnault élut domicile dans la maison de maître Jacques Lefer son procureur. La cour enjoignit en même temps à Regnault, sous peine de cinq cents marcs d'argent, qu'il ne meffit ou fit meffaire par lui ni par autres auIIl. (Deuxième série.) 2 |

dit Pierre Hemery et aux siens. 2° Que Jean Parent serait élargi partout aux mêmes conditions que Regnault. 3° Que Jeanne Cauville, prisonnière au For-l'Évêque, serait élargie sans condition. 4° Que Olive Hemery resterait, quant à présent , à la Conciergerie. Jean Parent et Pierre Hemery se donnèrent assurance mutuelle, et la petite Jeannette, que la cour avait sequestrée durant le procès, fut rendue à son père, qui s'engagea, sous peine de cinq cents livres parisis, à ne lui infliger aucun châtiment. Le 27 avril, Humblet Prevot, qui s'était échappé, se présenta devant la cour en demandant à purger sa contumace. Il fut écroué à la Conciergerie ; on décida que la cour et le procureur du roi verraient ses lettres de rappel, en ayant égard à la requête de l'évèque de Paris, qui réclamait Humblet Prevot comme clerc. Le lendemain la cour déclara que le prisonnier devait être rendu à l'évêque qui l'élargira si bon lui semble. On serait curieux de connaître quel fut l'arrêt définitif rendu par la chambre du conseil ; mais on cherche vainement cet arrêt dans les registres du parlement qui contiennent les actes du conseil. Du reste, d'après l'analyse précédente des faits de la cause et de la plaidoirie des avocats, il est facile de prévoir qu'un accord aura eu lieu entre les deux parties. Si le héros de ce petit épisode est le même que Regnault d'Azincourt, fils du seigneur de ce lieu, il mourut en 14 15 avec son père à la bataille d'Azincourt, ainsi qu'on le voit dans Monstrelet, qui les place l'un et l'autre dans une énumération des chevaliers tués à cette bataille (1). Un extrait des registres du parlement, cité par Duchênes, dans son Histoire de la Maison de Châtillon, rapporte que le fils du seigneur d'Azincourt avait épousé, après l'année 1404, une veuve nommée dame Péronne Malet, et qu'il en avait eu deux enfants (2).

(1) Chroniques de Monstrelet, édit. dn Panth. littér., p.378.

(2) Messire Regnaut d'Azincourt, mourant à la bataille d'Azincourt, laissa sa veuve dame Peronne Malet, la quelle, d'un premier mariage, avoit desjà eu une fille, Isabel de Conty, femme de Messire Colard de Mailly; et du second mariage demeurèrent deux enfans, Gilles d'Azincourt escuyer, dit l'Aigle, escuyer d'escuyerie du Roy seigneur de Rutel et de Fontenay en France qui lors du décès de son père n'avoit que quatre ans, et walerans d'Azincourt qui depuis mourut sans hoirs..... Histoire généalogique de la maison de Châtillon-sur-Marne, 1621, in-fol., p. 475-476.

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