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liques et impériaux, qui seraient ici désignés sous leur nom primitif, et dont la véritable origine nous serait ainsi révélée. | Comme remède suprême aux empiétements qu'il voulait combattre, l'auteur conseillait la saisie des biens immeubles appartenant aux ecclésiastiques (1); cette mesure est aussi mentionnée dans les articles 3 et 5 de l'ordonnance de Philippe le Bel; et quoique ce ne fût pas une chose nouvelle dans le droit français, le roi témoigna ainsi qu'il entendait maintenir ce moyen de coercition. Je ne prétends pas que cette disposition ait été introduite dans l'ordonnance à cause des conseils qu'avait donnés notre anonyme, mais on y voit au moins la preuve de la conformité de ses vues avec celles du roi ; et plus on étudierait les détails de son plan, plus on reconnaîtrait, je n'en doute pas, l'exactitude des faits qu'il signale et l'efficacité des remèdes qu'il propose en ce qui concerne les rapports des deux juridictions. Toutefois, il ne faut pas oublier que ce témoin si bien instruit et si versé dans la pratique des affaires, était un juge intéressé qui plaidait sa propre cause, et qui, en prenant la défense du pouvoir royal, soutenait aussi ses intérêts et ses priviléges d'avocat. Je ne crois pas pourtant que cette considération suffise pour expliquer la hardiesse de certaines critiques. On doit se rappeler qu'après avoir si vivement accusé la rapacité des officiaux et la connivence des prélats, il va jusqu'à blâmer certaines institutions de la discipline ecclésiastique, et notamment le célibat des prêtres (2); mais il proteste en finissant qu'il veut en tout rester soumis à l'Église (3). Cette restriction atténue ce qu'il y a d'excessif dans sa liberté : sa foi servait d'excuse à son audace. Ce n'est pas d'ailleurs le seul exemple qu'il ait donné d'une énergique franchise : quand il peint les maux qu'a entraînés l'altération des monnaies (4), il parle avec la même sévérité ; et si Philippe le Bel prit connaissance de cet opuscule, il dut voir que l'auteur # à chacun sa pensée avec une entière indépendance. Cet auteur, tout passionné qu'il était , recommande au roi et à ses ministres de ne pas le faire connaître à ses puissants adversaires, mais en même temps il réclame le privilége de défendre son œuvre si on l'attaque (5), et il offre même ses services avec

(1) Fol. 25 recto. (2) Fol. 29 verso.
(3) Fol. 31 recto. (4) Fol. 32 verso.
(5) Fol. 28 recto et 31 verso.

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un empressement qui n'était peut-être pas complétement désintéressé (l). Il est donc bien certain que s'il n'avait pas signé son écrit , il avait pris soin d'ailleurs de faire connaître son nom. Ce nom ne s'est pas conservé dans le manuscrit que j'ai consulté, manuscrit qui ne remonte guère qu'au quinzième siècle, mais qui appartenait à la Bibliothèque royale au moins dès le temps de Henri II, dont les armes sont reproduites sur la couverture avec celles de Diane de Poitiers. La Bibliothèque historique de la France, et le Catalogue imprimé des manuscrits du roi mentionnent seulement le titre de l'ouvrage et la qualité de l'auteur, qui était, comme il le dit lui-même (2), avocat royal (3). Il est permis de conjecturer qu'il habitait la Normandie, et même qu'il ne devait pas être éloigné de Caen, puisqu'il indique le vicomte de cette ville (4) comme pouvant donner, aussi bien que lui, des renseignements sur les abus commis par les tribunaux ecclésiastiques de cette province.

Ces indications sur la personne de l'auteur sont les seules que fournisse directement le texte de l'ouvrage. Mais en le comparant avec une publication du même temps, on peut arriver à des conjectures fort probables sur le véritable nom de cet écrivain. J'ai cru du moins reconnaître en lui un avocat royal du bailliage de Coutances, nommé Pierre du Bois, qui représenta ce bailliage près de Philippe le Bel lorsque ce prince voulut associer la France entière à sa résistance contre Boniface VIII. Du Puy, dans l'histoire de ce fameux différend, a imprimé (5) le fragment d'un mémoire de maître Pierre du Bois, avocat des causes royales du bailliage de Coutances , fragment où j'ai cru retrouver plusieurs indices de l'identité de cet avocat avec l'auteur de l'opuscule qui fait l'objet de ce mémoire.

Je ferai remarquer d'abord que les opinions des deux auteurs sur l'indépendance temporelle du roi de France et la souveraineté de sa juridiction, sont parfaitement conformes. Tous deux s'appliquent à prouver que la puissance royale a pour elle une

(1) Fol. 20 verso et 34 recto. (2) Fol. 14 recto.

(3) Les rédacteurs de ces courtes notices n'avaient pas pris une connaissance complète de l'ouvrage ; car l'un en fixe la date à l'année 1285 (Bibl. Hist. de la Fr., t. II, n° 16085), et l'autre suppose qu'il était dédié à Philippe le Hardi (Catal. des Mss. latins de la Bibl. du roi, t. IV, n° 6222 C).

(4) Fol. 20 verso.

(5) Preuves, p. 44.

à possession immémoriale; tous deux attachent la même importance à la prescription centenaire. Ils aiment l'un et l'autre à l citer Aristote et le Digeste; ils parlent tous deux d'Alexandre. La donation de Constantin est mentionnée dans les deux ouvrages. Enfin tous deux insistent sur l'influence que les prélats peuvent exercer par leurs exemples ; et à cette occasion ils citent textuellement ce passage du Canon : Quod agitur a prœlatis facile trahitur a subditis in exemplum (1), et cette sentence qu'ils attribuent à l'apôtre, mais qui paraît être plutôt un résumé de sa doctrine, Omnis Christi actio nostra debet esse instructio. Si l'on veut bien observer maintenant que les rapprochements assez nombreux, dont je viens de donner l'indication, sont fournis par un fragment qui n'a pas plus de deux pages , on ne pourra guère douter que les preuves de l'identité des deux auteurs n'eussent été surabondantes, si la dernière partie de l'écrit authentique, composé par Pierre du Bois, s'était conservée jusqu'à nos jours (2). J'avoue, pour mon compte, qu'en apercevant ces points de ressemblance dans deux écrits composés, pour ainsi dire, dans le même temps, sur des matières analogues, et dans une même province; en reconnaissant surtout que l'un et l'autre ouvrage a pour auteur un avocat royal , j'ai vu dans ce concours de circonstances des éléments de probabilité

qui atteignent presque à la certitude. Si les savants éditeurs de l'Histoire littéraire de la France adoptent mon opinion sur l'identité de Pierre du Bois et de notre auteur anonyme , ils pourront reculer au moins jusqu'en 1308 le compte qu'ils rendraient de cet ouvrage. Par des lettres du mois de mai 1307 (3), Philippe le Bel, à la requête de maître Pierre du Bois, son avocat dans le bailliage de Coutances, accordait au chapitre de cette ville l'amortissement d'une rente de 7 livres 15 sous tournois. L'année suivante, les citoyens de Coutances choisirent le même Pierre du Bois pour un de leurs représentants aux états généraux, et les lettres qui l'attestent (4) lui donnent le titre d'avocat des causes royales ecclésiastiques au bailliage de Coutances. Il semble donc que ses attributions

(1) Lib. III, tit. xxxIv, cap. vII, de voto.
(2) Je me suis assuré que cet écrit n'était pas non plus complet dans le registre du

Trésor des Chartes (J. 493), d'après lequel Du Puy l'a publié,
(3) Trésor des Chartes, reg. xxxvIII, pièce 228.
(4) Trésor des Chartes, J. 415, pièce 86.

s'étaient accrues , ou du moins son titre , tel qu'il est exprimé dans cet acte, annonce clairement qu'il était chargé alors de réprimer les abus dont il s'était déclaré l'ardent adversaire.

Je ne balance pas non plus à reconnaître Pierre du Bois pour auteur d'un autre opuscule anonyme, que Baluze a publié dans le second volume de ses Vies des papes d'Avignon (col. 186), et que Du Puy a réimprimé en partie dans son Histoire des Templiers (p. 235). C'est encore un mémoire politique, adressé à Philippe le Bel. L'auteur lui conseille de fonder un royaume en Orient pour Philippe le Long, son deuxième fils, qui deviendrait ainsi le chef de la chrétienté en Asie ; de consacrer les biens des Templiers à la défense et à l'accroissement de cette nouvelle institution, et de faire en sorte que les autres ordres établis dans l'intérêt de la terre sainte soient réunis en un seul, qui s'appellerait ordre royal, et qui aurait pour chef le roi de Chypre. Il arrivait ainsi à organiser une force permanente, capable de vaincre les ennemis de la chrétienté, et en même temps il affranchissait les royaumes d'Occident de ces ruineuses croisades où la France avait tant perdu.

Je ne fais qu'indiquer sommairement le but principal de cet opuscule , et je me hâte d'arriver aux détails qui m'ont prouvé que Pierre du Bois en était l'auteur. Dès le début, je retrouve la sentence qui a été citée à la fois dans le mémoire anonyme de l'an 1300, et dans la délibération authentique de Pierre du Bois, représentant des citoyens de Coutances : Omnis Christi actio nostra debet esse instructio. Cette citation, et d'autres empruntées à l'Écriture sainte, ont amené Du Puy à supposer que ce mémoire sur les affaires d'Orient était l'œuvre de quelque théologien. Mais l'opuscule anonyme de l'an 1300 est rempli de ces emprunts faits à la Bible et au droit canon. La raison en est bien simple. Au treizième siècle, une éducation libérale était avant tout une éducation religieuse ; on apprenait l'histoire sainte avant l'histoire profane, et la connaissance du latin avait pour but principal de faciliter celle des saintes Écritures. N'oublions pas d'ailleurs qu'il s'agit ici d'un avocat, obligé de discuter les textes du droit canon tout aussi bien que ceux du droit civil, et nous comprendrons, qu'ayant conservé et même accru dans l'exercice de sa profession les souvenirs de ses premières études, il ait pu multiplier des citations tirées de nos textes sacrés. Ces simples considérations suffisent pour écarter une conjecture que Du Puy avait émise en passant, et sans y attacher la moindre importance.

La sentence que je rappelais tout à l'heure, n'est pas le seul trait auquel on reconnaisse Pierre du Bois pour l'auteur de ce nouvel opuscule. Ici, comme dans son écrit de l'an 1300, il pose en principe qu'un roi, au lieu de s'engager dans des expéditions lointaines, doit rester au sein de ses États pour y vaquer à la procréation et à l'éducation des enfants. Cette manière de gouverner, toute pacifique et tout orientale, lui avait paru conciliable avec un projet de monarchie universelle; il la recommande à plus forte raison dans ce mémoire sur les affaires d'Orient, et il insiste pour que toutes les expéditions militaires soient faites par Philippe le Long, auquel son frère, le roi de Navarre, servirait au besoin d'auxiliaire. Quant à Philippe le Bel, qui était veuf alors depuis quelques années, et qui n'aurait pu pratiquer sa doctrine sur les devoirs d'un roi, il lui conseille, comme une chose avantageuse à l'État, de se marier le plus tôt possible (1).

Mais pourêtre tout à fait conséquent avec lui-même, Pierre du Bois devait maintenir une autre opinion qui lui était propre, et qu'il avait développée dans son opuscule de l'an 1300, je veux parler de l'influence qu'il attribue au climat de la France sur les qualités du corps et de l'âme. Aussi demande-t-il formellement et par les mêmes motifs (2), que Philippe le Long, avant de partir pour l'Orient, demeure en France assez longtemps pour y laisser plusieurs fils qui seront nourris et élevés dans le royaume, et qui ne le quitteront eux-mêmes qu'après y avoir eu des héritiers.

Ces derniers rapprochements, qui ont pour moi le caractère

(1) Ce sont, dans les deux écrits, les mêmes idées, exprimées à peu près dans les mêmes termes : Remanentes in terra vestra natali, liberorum procreationi, eorum educationi, instructioni, exercituum praeparationi vacando, avait-il dit dans son opuscule de l'an 1300 (fol. 11 recto); et dans l'écrit publié par Baluze (col. 191) : Expediret... quôd dominus rex, quàm primum fieri posset conjugatus, proreationi matrimonii et doctrinae liberorum vacaret, in suo regno propter regendum ipsum remanens. (2) Quoniam disponente et causante caelestis harmoniae benivolentia, generati, nati et nutriti in regno Francorum, praesertim prope Parisius, in moribus, constantia, fortitudine et pulcritudine natos in aliis regionibus naturaliter plurimum prœcellunt, etc. (BAL., col. 194). on retrouve ici, comme on le voit, la pensée qu'il avait exprimée à deux reprises dans son opuscule de l'an 1300 (fol. 6 v° et 29 r").

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