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PRIVILEGES

DE

L'ÉGLISE ET DE LA VILLE

DE TRÉGUIER.

Les titres de l'église de Tréguier ont presque tous péri, en 1632, dans un incendie qui dévora le trésor et les archives de la cathédrale. Heureusement pour l'histoire du pays, un inventaire de ces titres, qui fut dressé au commencement du dix-septième siècle, existe aujourd'hui aux archives du département des Côtes-du-Nord. L'inventaire joint à quelques pièces détachées du genre de celles que nous publions ici, pourront fournir la matière d'un article instructif pour le Gallia christiana, si jamais on s'occupe de terminer ce grand et admirable ouvrage.

La petite ville de Tréguier est située au point le plus septentrional de la Bretagne, à la jonction du Guindy et du Jaudy, deux rivières qui, depuis la ville jusqu'à la mer, forment un canal navigable de trois lieues de long. Là s'était élevé, au sixième siècle, un monastère sanctifié par la retraite de Tugdual, fils du roi Hoël. Sur les ruines de ce couvent, que les Normands détruisirent au neuvième siècle, s'éleva, par les soins de Noménoé, une autre église à Saint-Tugdual, qui devint le siége d'un nouvel évêché. Telle est l'origine du diocèse et de la ville de Tréguier. Cette église, connue des seuls Bretons pendant cinq cents ans, commença à jouir d'une réputation européenne au commencement du quatorzième siècle. Elle dut cette illustration à saint Yves, qui y eut sa sépulture en 1303.

Yves de Kermartin fut l'un des plus célèbres professeurs de l'Université de Paris au moyen âge. Il était de famille noble. Le château de Kermartin, où il vit le jour, était situé dans le Minihy-Tréguier, c'està-dire dans la circonscription où s'exerçait le droit d'asile de SaintTugdual (1). Le grand renom de science et de sainteté qu'il acquit à

(1) Les asiles des églises cathédrales de Bretagne ou minihy (maison des moines) étaient d'une étendue immense. Ils embrassaient la cité tout entière avec sa ban

Paris, le suivit au delà du tombeau. Avant même qu'il eût été canonisé, un pèlerinage s'établit au lieu de sa sépulture, et la Bretagne, oubliant tous ses vieux patrons pour ce saint de fraîche date, lui décerna le titre de patron universel de l'Armorique. Bientôt la gloire du bienheureux Yves alla jusqu'en Chypre, par l'envoi de quelques-unes de ses reliques que Charles de Blois fit parvenir au roi Pierre, son cousin. L'église de Saint-Tugdual, dans son état actuel, appartient par sa construction presque entièrement au quatorzième siècle, et marque ainsi le temps où la prospérité de l'église s'accrut tout à coup par l'établissement de la dévotion à saint Yves. Les titres que nous publions ici sont d'autres monuments du même culte. Ils font voir que l'église et la ville de Tréguier durent, à la considération du saint docteur, de conserver leurs vieilles immunités. Les priviléges de Tréguier étaient tels, que l'évêque, les chanoines et tous les bénéficiers de la cathédrale pouvaient, sans être soumis à aucun droit, exporter leur blé et faire entrer au port leur vin et toutes leurs autres provisions (1). Pareille faculté était dévolue aux bourgeois et aux habitants de la ville pour l'exportation du blé récolté sur le Minihy de Saint-Tugdual, et l'importation du vin, drap et autres marchandises qu'il leur plaisait d'amener à leurs risques et périls. Ces franchises dataient de toute ancienneté, et la coutume était de les proclamer dans la cathédrale deux fois par an, au commencement du carême et le jeudi saint, en menaçant d'excommunication quiconque les violerait. Malgré cela , elles eurent de continuels adversaires dans les seigneurs de la Roche-Derien. Comme les navires pouvaient remonter jusqu'à ce château, dont l'emplacement est sur le Jaudy, un peu au-dessus de Tréguier, les seigneurs avaient pris prétexte de cela pour revendiquer la propriété du fleuve jusqu'à son embouchure; des bâtiments, entretenus par eux sur les eaux de Tréguier, fermaient le havre de cette ville et exigeaient un droit des marchands qui cherchaient à entrer ou à sortir. Leur prétention allait même jusqu'à vouloir faire remonter tous les navires jusqu'à la Roche pour acquitter ce droit. Voilà les abus que nous révèlent les chartes publiées ci-après, abus auxquels s'opposent tour à tour Du Guesclin et le duc de Bretagne Jean VI, en considération du bienheureux Yves de Kermartin. L'inventaire des titres de Saint-Tugdual, dont nous avons parlé précédemment, et l'histoire contemporaine nous font connaître à la suite de quelles circonstances ces deux illustres personnages eurent à donner cette confirmation des franchises de Tréguier. Les histoires générales parlent assez du mouvement tout français qui se manifesta dans l'ouest de la France en 1369, et qui amena la soumission de toutes les provinces laissées aux Anglais par le traité de Bretigny. Ce mouvement se communiqua jusqu'aux Bretons, qui s'impatientèrent de voir leur duc s'entourer toujours d'Anglais, et en conséquence appelèrent les troupes françaises dans leur pays en 1373. On peut suivre dans Froissart (1) la marche rapide de Du Guesclin, qui conduisait l'expédition. Il n'avait qu'à se présenter devant les villes pour s'en rendre maître, et à l'exception de Derval, de Brest et d'Aurai, il les soumit toutes. Passant par la Roche-Derien, il reprit possession de la seigneurie de ce château qui lui avait été donné en 1356 par Charles de Blois. C'est là sans doute qu'il confirma les priviléges maritimes de l'église et de la ville de Tréguier, confirmation dont il est question dans la première de nos chartes, et dont la mention est rapportée par l'inventaire à la date du 11 juillet 1373. Un mois après, plainte lui fut apportée, au nom de l'église et de la ville, que ses officiers inquiétaient les arrivages, au mépris de sa récente confirmation. De là un mandement du connétable au capitaine de ses ville et port de la Roche. C'est notre piece n° 1. Les mêmes priviléges furent reconnus par le duc de Bretagne, Jean V (de Montfort), d'abord en 1388, lorsqu'il eut décidé la ville à recevoir une garnison d'Anglais, et deux autres fois en 1390 et 1394. Son fils, Jean VI, fut amené à valider encore tant de confirmations successives, par suite de l'aventure qui marqua le plus dans l'histoire de son règne. En 1420, invité à dîner chez le seigneur de Penthièvre, il se vit arrêté par son amphitryon et enfermé à Champtoceaux, où il resta pri

lieue. On peut voir dans Du Cange, au mot minihy, les efforts que firent les ducs de Bretagne au quinzième siècle pour restreindre ce privilége exorbitant. Celui de Tréguier se conserva plus tard que les autres dans son intégrité. L'inventaire des titres mentionné ci-dessus, rapporte au folio 208 des « lettres concédées par le duc Jean à « Allain le Torz, criminel, réfugié en la ville de Lantreguier, comme en lieu de sauvegarde, pour jouir du privilége du minihy de Saint-Tugdual, par lesquelles lettres ledit privilége est renouvellé et confirmé en faveur des criminelz en payant cinq sols au prevost de ladite ville; et ce pour la singulière affection et dévotion dudit prince aux saints patrons de la dicte églize. Donné à Vannes, le 26 novembre 1412. » Plus loin on voit que les traités d'Ancenis et de Caen, conclus entre le duc François et Louis XI, ne furent acceptés par Christophe du Chastel, évêque de Tréguier en 1470, que sous la clause expresse que « rien ne soit préjudicyé ny dérogé aux droitz, liber« tés, priviléges, exempcions et immunités de l'église de Saint-Tugdual et son minihy. » (1) Charles de Blois étendit pour les ecclésiastiques ce privilége à tous les ports du diocèse, en 1364. Inventaire des titres de la cathédrale de Tréguier.

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(1) Édition Buchon, livre I, partie 2, ch. 360 et 361.

sonnier plusieurs mois. Sous le coup de cette trahison, le duc se voua à tous les saints de la Bretagne, et surtout à saint Yves, « notre espècial intercesseur, » est-il dit dans la seconde pièce publiée ci-après, « par intercession du quel croions piteusement avoir obtenu nostre delivrance. » Il lui promit de lui faire bâtir une chapelle dans la cathédrale de Tréguier, où serait dite une messe quotidienne, et d'affecter à la décoration de sa châsse un poids de trois cent quatre-vingts marcs sept onces d'argent. C'était beaucoup d'argent, et quand on pense que le prince s'était engagé avec autant de libéralité envers les autres églises de son pays, on s'explique très-bien que, sorti de prison, il ait été obligé de demander des dispenses pour être relevé de ses vœux.Toutefois l'offrande promise à saint Yves fut acquittée de point en point. Au moment de la captivité de Jean VI, le château de la Roche-Derien appartenait précisément au comte de Penthièvre. Le conseil ducal qui résidait à Vannes ayant immédiatement déclaré celui-ci déchu de ses titres et seigneuries, la Roche-Derien fut mise en la main des officiers du duc. Confirmation des priviléges de Tréguier fut donnée à cette occasion ; mais les administrateurs du château en tinrent très peu de compte, et faisant renaître les perpétuelles prétentions de la seigneurie sur la navigation du fleuve, ils inquiétèrent encore les bâtiments en destination pour Tréguier. Alors l'évêque, qui avait partagé la prison du duc, lui apportales doléances de son clergé et de ses diocésains : considération qui, jointe à la dévotion du prince pour saint Tugdual et saint Yves, le détermina à rendre notre acte du 4 octobre 1420 (pièce n° 2). La pièce n° 3 ne concerne pas les franchises du port de Tréguier; elle a trait à la sauvegarde qui régnait pour les sujets de toutes les nations, même ennemies, venant en pèlerinage aux corps saints de la cathédrale. En 1463, la Bretagne étant sur le pied d'hostilité avec l'Angleterre, les pèlerins amenés des îles britanniques au tombeau de saint Yves avaient été arrêtés prisonniers et mis à rançon , sous ombre de n'avoir pas de passe-port, chose qui ne s'était jamais faite par le passé. Par représailles, des navires anglais furent envoyés en croisière sur la côte pour arrêter et mettre à rançon toutes les embarcations de pèlerins qui iraient de la Normandie ou de Saint-Malo à Tréguier. Sur la plainte des Normands et des Malouins victimes de ces représailles, le duc de Bretagne donna sûreté aux sujets anglais qui voudraient faire le pèlerinage, limitant à quinze jours la durée de sa sauvegarde. Dix ans après, de nouvelles hostilités entre la Bretagne et l'Angleterre exposèrent derechef à la perte de leurs biens et de leur liberté les pèlerins qui se rendaient à Tréguier. Cette fois, à ce qu'il paraît, les Anglais avaient tous les torts, et il fallut l'intervention du saint-siége pour mettre un terme à leurs coupables entreprises. Le fait est indiqué comme il suit, au folio 209 de l'inventaire des archives du chapitre :

« Bulle du pape Sixte portant censure d'interdit et excommunication majeure sur tous pirates, corsaires, pillarts et larrons, tant par mer que par terre, de Angleterre et autres provinces, troublants et inquiètants les pellerins et personnes dévotes qui visitoient l'églize cathédrale de Tréguier pour y gaigner les indulgences y concédées; l'exécution de la dite bulle renvoyée au cardinal Alain de Sainte-Praxède (de Coëtivy), aux abbés de Sainte-Croix et de Beauport; donnée à Rome l'an de l'incarnation nostre Seigneur 1472. »

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Bertram du Guesclin (1), duc de Molines (2) et conestable de France, à nostre capitaene et garde de nostre ville et port de la Roche-Deryen, et à son lieutenant, salut. Nous avons oy et entendu la complainte et doléance de réverent père en Deu , l'évesque de Treguer (3), et de nos amez le chapitre , chanoines, segrestain, chapelains, coristes de l'eglise de Treguer, borjois et habitanz de la ville et cité de Lantreguer (4), que, comme par droit et par long privilege anciennement observez, lesdiz evesque, chanoines et autres beneficiez en ladicte yglise, lours blez à eulx appartenans, à cause de lours bénefices, puis

(1) Les chartes données par Bertram Du Guesclin, ainsi que les ouvrages contemporains, présentent son nom avec des variétés d'orthographe très-nombreuses. Ainsi, dans les trois manuscrits du poëme intitulé La vie vaillant Bertran du Guesclin, on trouve Claquin et Glaicquin ; on lit Gleischin dans une quittance qu'il donna en 1363 au vicomte de Bayeux; du Guesclin dans sa promesse d'emmener les compagnies(1365), dans l'acte de réméré du comté de Longueville (1366), et dans plusieurs lettres royaux aux aides et trésoriers généraux, datées de 1367, bien que Charles V, dans une lettre autographe écrite la même année à son trésorier, écrive Caclin. On trouve encore Claiquin dans la complainte rimée composée pour ses obsèques à Saint-Denis ; Glesquin dans une fondation de messe faite par lui à Saint-Sauveur de Dinan ; Claik'in sur son monument au Puy, Gueaclin sur celui de Dinan, du Gue Aquin dans une édition du seizième siècle des grandes chroniques de Bretagne , Glay Aquin dans Froissart.

(2) Il avait été titré duc de Molinas, le 4 mai 1369, par le roi de Castille D. Henri II.

(3) Jean le Brun, évêque de 1372 à 1377.

(4) On donnait le nom de Treguier au diocèse, et celui de Lantreguier à la ville proprement dite.

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