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de Venise suscitaient chaque jour pour faire échouer cette entreprise, le doge, qui avait pu apprécier le zèle de l'ambassadeur du roi Pierre, son désintéressement, sa prudence et son esprit conciliant, voulut lui donner un témoignage public de son estime, en lui conférant, de l'avis du sénat, le titre de citoyen de Venise. L'acte dressé à cet effet le 22 juin 1365, 3° indiction, se trouve dans le registre VII° des Commémoriaux, sous ce titre : Privilegium civilitatis domini Philippi de Maseriis, cancellarii, domini regis Cipri. En écrivant au doge le 1" mars 1376, Philippe de Maizières lui envoyait l'expédition des lettres du roi Charles V, du 16 février, ordonnant la suspension des représailles. Elles sont transcrites ainsi dans les Commémoriaux, VIII, fol. 14 :

Littera suspensionis represalie Francie, olim concesse
Raymundo Serallerii.

« Charles, par la grace de Dieu, roy de France. Savoir faisons que « comme pour certaine marche (lettre de marque) donné et otroié jà « pieça par arrest de nostre parlement, pour certaines justes et raison« nables causes, à l'instance de feu Raymon Sarraillier, jadis bourgeois « de Narbonne, ou de ses procureurs, contre la ville de Venise, en « Lombardie , et de la commune et singuliéres personnes d'icelle, les « bourgeois, marchans et autres personnes de la dite ville de Venise, « qui par avant la dite marque avoient acostumé de venir marchander « en nostre royaume, depuis la dite marche n'aient osé ne osent encores « venir marchander en nostredit royaume : laquele chose, si comme « nous sommes pleinement informés, tourne, non tant seulement à la « dite ville et commune, mais aussi à nostre dit royaume, en grant « préjudice et domage : Nous, pour considéracion des choses desus dites « et de nostre bienaimé le Duc de Venise et de la commune dessus dits, « qui sur ce nous ont humblement supplié.... lesdis marche et arrest, « avons relasché et relaschons, par ces présentes, jusques à cinq ans.... « Donné en l'abbaye de Maubuisson, le 16° jour de février de l'an de « grace mil trois cent septante et six et le 13° de nostre règne. »

Ces lettres ne sont pas dans la collection imprimée des Ordonnances.

L. DE MAS LATRIE.

CHRONIQUE LIÉGEOISE

POUR LES ANNÉES
11 17, 1 1 18 ET 1 1 19.

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Ce document tient de moi le titre sous lequel je le publie; car il se présente dans les manuscrits sans titre, rubrique, ni nom d'auteur. C'est un récit versifié des événements qui se passèrent à Liége, ou vinrent à la connaissance des Liégeois, depuis la fin de l'année 1 1 17 jusqu'au commencement de 1 1 19, embrassant l'espace d'environ quinze mois. L'ouvrage entier consiste en cinq cent treize vers latins composés de dix syllabes et rimés. On ne peut l'attribuer qu'à un chanoine de la cathédrale de Liége. Il s'en trouve une copie du douzième siècle à la sin du manuscrit de la bibliothèque d'Arras, coté aujourd'hui 1016, qui était le n° 105 de la bibliothèque des religieux de Saint-Vaast. Une autre transcription de la même époque existe dans un des manuscrits de la ci-devant abbaye de Signy, à la bibliothèque de Charleville. La rencontre de cette chronique à Saint-Vaast et à Signy prouve qu'elle eut une certaine publicité. L'expression de litterula , par laquelle l'auteur lui-même la désigne (à la page 223), donnerait à croire qu'elle fut envoyée, sous forme de circulaire, à toutes les communautés religieuses avoisinant le diocèse de Liége.

Lorsque Géraud préparait son édition de Guillaume de Nangis, je lui communiquai la chronique liégeoise. Il y reconnut avec plaisir et surprise l'une des sources ou avait puisé son auteur. Cette rencontre eut cela de piquant pour lui, qu'elle fit ressortir à ses yeux des fragments rhythmiques, de véritables vers, que personne n'avait remarqués jusque-là, confondus qu'ils étaient avec la prose du moine de SaintDenis. On peut voir ce qu'il a écrit là-dessus dans sa préface. Depuis lors, prenant la question au point où il l'avait laissée, je me livrai à de nouvelles recherches, et je trouvai que ce document, consulté par Guillaume de Nangis, avait été mis également à contribution pour une histoire des évêques de Liége (Gesta episcoporum Leodiensium), dont l'auteur, appelé Gilles, écrivait en 1250. Or cette circonstance m'apprit quelque chose de plus à l'endroit de Guillaume de Nangis. Les vers de la chronique de Liége, retrouvés par Géraud dans cet auteur, sont au nombre de huit, répartis sur deux passages de l'année 1118. Mais indépendamment de cet emprunt textuel, il y a, à la même date, un long récit en prose dont tous les éléments appartiennent aussi à la chronique rimée. C'est encore de la même source qu'est tiré tout entier le dix-huitième chapitre de Gilles de Liége; et ce chapitre (conformité remarquable) se compose pareillement de vers et de prose. Les vers sont différents de ceux allégués par Nangis, la prose est identiquement la même. De tout cela que conclure ? Que notre chronique liégeoise a passé par les mains des deux historiens, qu'ils s'en sont servis à tour de rôle, mais qu'indépendamment de l'usage respectif qu'ils en ont fait, l'un des deux a copié sur l'autre une relation déjà composée d'après le même document. Quel est le plagiaire ? Évidemment Guillaume de Nangis, qui n'écrivit que sous le règne de Philippe le Bel, tandis que Gilles de Liége florissait du temps de saint Louis. En dernière analyse, l'année 1118 de la chronique de Nangis a été composée, non pas seulement avec la chronique rimée, comme le pensait Géraud, mais encore avec les Gesta episcoporum Leodiensium. L'emploi que l'un des auteurs fondamentaux de notre histoire a fait de la chronique liégeoise, et le point de critique qui en ressort, ne sont pas les seules raisons par lesquelles cette pièce se recommande à la curiosité du public. La date de sa composition la place au nombre des documents où rien n'est à dédaigner; le lieu dont elle retrace l'histoire est de ceux qui marquent le plus dans les fastes de la Gaule chrétienne au douzième siècle. Le diocèse de Liége, renommé de toute ancienneté par ses pèlerinages et par l'indépendance de son Église, reçut de la première croisade une double illustration, en fournissant le premier roi latin de Jérusalem, et en abritant dans l'un de ses monastères la vieillesse de Pierre l'Hermite. Vers le même temps, Liége attira sur soi tous les yeux de la chrétienté, par la conduite de son évêque dans la querelle des investitures. Ce prélat, dont le nom appartient à l'histoire, s'appelait Obert. Il avait été des plus énergiques à condamner les prétentions de l'empereur, son seigneur temporel; mais il ne put approuver non plus les moyens employés par Rome pour faire triompher la cause de l'Église. Armer le fils contre le père lui parut une chose si odieuse, qu'il brava l'excommunication pour rendre à Henri IV, dans son infortune, le devoir que ses autres tenanciers lui refusaient. Il lui ouvrit un asile à Liége, dans son propre palais, et lorsque Henri V se présenta sur la Meuse pour châtier l'évêque rebelle, Obert fit sortir contre lui les chevaliers de son église qui le mirent en fuite. Notre chronique rimée parle plusieurs fois de l'évêque Obert. Sa fidélité à César y est louée à propos du schisme qui suivit la mort du pape Pascal II. Cet éloge, rapproché des vers précédents qui expriment l'attachement de Liége à la doctrine catholique, prouve qu'Obert persévéra, sous Henri V, dans la ligne de conduite qui l'avait honoré du vivant de Henri IV. Il sut accorder l'obéissance au saint-siége avec ses devoirs envers la couronne impériale. Plus loin, sa mort, arrivée le 31 janvier 1 119, donne lieu à un panégyrique de sa personne, où figu' rent un compliment sur la beauté de ses mains et l'énumération des travaux qu'il fit exécuter pour l'embellissement de son église. L'excommunication qui pesait sur Henri V, lorsque mourut Obert, fit de l'élection de son successeur une affaire de parti que vint compliquer encore la brigue des barons du diocèse, dont les uns étaient pour le pape et les autres pour l'empereur. Le candidat soutenu par le comte de Louvain fut celui qui triompha dans le premier moment. C'était un archidiarcre de la cathédrale, nommé Alexandre, et qui ne valait guère moins qu'Alexandre le Macédonien, si l'on en croit notre versificateur. Quel que fût pourtant son mérite, l'archevêque de Cologne refusa de le reconnaître, donnant pour raison que son élection était entachée de simonie. Le chapitre et les hommes du comte de Louvain n'en maintinrent pas moins leur élu. Alors le métropolitain invita le peuple et les communautés dissidentes à venir voter à Cologne, et de cette contreélection sortit un second évêque, Frédéric ou Ferry de Namur, auquel la victoire resta après six mois de contestations. C'est au début de cette querelle que s'arrête la chronique rimée de Liége. Il est à remarquer que l'auteur parle de l'élection d'Alexandre sans faire aucune allusion au crime par lequel elle aurait été achetée. Loin de là, il le félicite de n'être arrivé ni par l'intrigue ni par l'ambition. Faut-il prendre ce témoignage pour de la partialité? Il est vrai que l'attachement de notre chanoine à la personne d'Alexandre est visible, d'après les éloges sans fin qu'il fait de lui; mais, à en juger par là, sa considération pour Ferry de Namur aurait été plus grande encore; car il le loue, du vivant d'Obert, comme le plus bel ornement de l'Église de Liége, et il va jusqu'à former le vœu de le voir évêque un jour. « O de quelle paix » dit-il, « jouirait l'Église sous son gouvernement ! Il ferait renaître le siècle de Wason. » Or, ce Wason était un évêque mort en 1048, dont l'administration avait laisse de si chers souvenirs, que sur son tombeau on avait gravé cette épitaphe :

Ante ruet mundus quam surgat Waso secundus.

L'approbation donnée par le versificateur anonyme au choix d'Alexandre, lorsque Ferry lui paraissait un si digne candidat, me paraît ôter tout fondement au grief de simonie articulé par l'archevêque de Cologne. Les bénédictins, auteurs du Gallia christiana, avaient déjà eu soupçon de cela; mais, vu le manque de documents, ils ne purent s'en expliquer plus qu'ils ne firent, opposant à l'accusation du métropolitain le silence des anciens annalistes liégeois et allemands.

Quoi qu'il en soit, on apprendra par notre chronique l'effet que produisit à Liége la publication du décret fulminé à Cologne. Ce fut un désespoir pour le clergé de la cathédrale ; et si, après ce coup, les partisans d'Alexandre persistèrent à effectuer son installation, ils n'eurent pas le courage de déployer en son honneur les pompes accoutumées. Une procession silencieuse et morne introduisit dans la ville le successeur d'Obert. Au milieu de la frayeur dont cette triste ovation avait frappé tous les gens paisibles, notre chroniqueur dépose la plume : « La « douleur m'empêche de continuer, dit-il ; j'ai reconnu les avertisse« ments de Dieu. Je vois d'ici tomber la foudre. Si je disais combien de « maux j'appréhende, on se moquerait de moi, on refuserait de me croire. Toi qui as la prévision des choses, fais que cette grande affaire « aboutisse à une réconciliation ! »

La chronique liégeoise pourrait donner lieu à d'autres commentaires dont je m'abstiens, croyant plus commode, pour les lecteurs, de placer les observations de détail en note, à mesure que l'occasion de les faire se présentera. Le texte qu'on va lire est celui du manuscrit d'Arras. J'ai fait précéder d'un point d'interrogation entre parenthèses les vers corrompus. Quant aux vers qu'on verra marqués d'un astérisque, ce sont ceux qui ont déjà vu le jour, grâce aux citations de Gilles de Liége et de Guillaume de Nangis.

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Millesimo centesimo anno
[Jesu] Christi septimo decimo,
In hieme tanta serenitas ,
Tanta fuit mundo amenitas
Ut december aprilis medius
Putaretur esse, vel maius.

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