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SUR LE

COMMERCE MARITIME

DU MIDI DE LA FRANCE,

ExTRAITs DE QUELQUES ARCHIvEs D'ITALIE.

Un rabbin de la Navarre espagnole, voyageant dans le midi de la France, où fleurissaient au douzième siècle de nombreuses synagogues, écrit sur son journal en quittant Béziers : « J'arrivai delà « au Mont qui tremble (Tremulum montem), autrefois Mons Pes« sulanus, et que les gens du pays appellent aujourd'hui Mom« pelier. C'est une ville commerçante, éloignée de deux lieues de « la mer, et fréquentée par des gens de diverses nations, des « Arabes du Garb (1), des marchands de la Syrie, de la Lombar« die, de Rome, de Gênes, de Pise, de l'Égypte, des Gaules, de « l'Espagne et de l'Angleterre (2). »

Montpellier était alors en effet la ville la plus florissante de nos provinces méridionales, sans en excepter peut-être Marseille. Par ses ports de Lates et de Maguelonne, elle entretenait des rapports continus avec le dehors ; elle envoyait ses facteurs, nonseulement dans les marchés de l'Espagne et de l'Italie, mais en Afrique, au Levant, et jusque dans la Petite-Arménie. Arles, Avignon, Aiguemortes, situées sur des fleuves ou des canaux accessibles aux petits navires de cette époque, comptaient aussi parmi les villes maritimes et se livraient au négoce extérieur. Narbonne, de qui un poëte disait au quatrième siècle : Te maris Eoi merces ditant, « Tu t'enrichis des marchandises des mers du

(1) L'Afrique septentrionale; le Couchant, par rapport aux Arabes d'Égypte, (2) Benjamini Tudelensis itinerarium. Lipsiae, 1764, in-8".

Levant (1), » avait toujours au moyen âge des relations très-étendues. L'ordonnance du roi Charles V, et les autres pièces relatives à Raymond Seraller, mentionnées ou imprimées ci-après, peuvent nous donner une idée du genre de commerce que les armateurs de cette ancienne ville faisaient avec la Sicile, l'Archipel grec et la Romanie. L'établissement des Latins en Orient, à la suite des croisades, n'avait pas été moins favorable aux ports du midi de la France qu'à ceux de l'ltalie; la chute successive des principautés franques et les progrès des Turcs leur furent également funestes. D'autres causes hâtèrent, au profit de Marseille, la décadence de leur commerce maritime, et, dans le nombre, les plus fatales furent l'expulsion des juifs, la guerre des Albigeois et les monopoles accordés à des accapareurs heureux , comme Jacques Cœur. En 1483, Charles VIII, parlant de Montpellier , en faisait ce triste tableau, qui ne peignait que trop fidèlement l'état de tout le pays à l'ouest du Rhône : « Nous avons reçu les supplications des consuls et habitants de Montpellier, contenant que ladite ville a esté anciennement une des principales villes et plus marchandes de notre païs de Languedoc, en laquelle tous marchans estrangiers et autres de diverses nacions et contrées souloient fréquenter, résider et exercer faiz et traffiz de marchandise qui redondoient au prouffit et utilité de tout nostre dit païs de Languedoc, et en icelle prospérité s'est entretenue jusques puis vingt-cinq ou trente ans ença ou environ, tant au moïen des grans mortalitéz qui y ont eu cours et aussi des armées qui ont passé, et en ladite ville et ès environs en allant faire la guerre en Roussillon et Cathelougne, pareillement de diverses pertes, fortunes de nauffrages , que les principaux marchans de ladite ville ont soutenus à diverses fois, et galées qui ont esté perdues en mer « et autrement, et aussi que la liberté de marchandise a esté par cy devant close et restrainte à l'appétit d'aucuns officiers et marchans particuliers dudit pais. (2) » Entre ces deux époques, entre le douzième et le quatorzième

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(1) Auson. Clar. urb. ap. Script. rer. franc., t. 1, p. 737.

(2) Ordonn. des rois de France, t. XIX, p. 275. En 1486 : « Considerans que nostredit païs de Languedoc , lequel est principalement fondé sur fait de marchandise et navigaige, est grandement dépopulé à cause des granz mortalités qui parcy-devant « y ont eu cours, » le roi assure tous les priviléges de la nationalité française aux Catalans, Valenciens, Mallorquains et Espagnols qui voudraient venir se fixer dans la

siècle, le Languedoc eut une période de richesse et d'industrie commerciale qui fut en même temps la période la plus avancée de sa culture sociale et de sa littérature. C'est à ces temps de prospérité que se rapportent les documents dont nous donnons l'indication. Ils n'apprendront pas de faits importants, car le savant historien de la province n'a pas ignoré ses relations lointaines, mais ils confirmeront les notions trop rares qu'il en a recueillies, privé qu'il fut malheureusement du secours des archives étrangères (1). Quelques titres concernent le Roussillon et la Provence. Le premier cité, relatif à Perpignan, rappelle des circonstances qui semblent n'avoir pas été connues des historiens de Roussillon même les plus récents (2). Les notices suivantes, il est superflu de le remarquer, ne font connaître qu'une minime partie des pièces que l'on trouverait dans ces dépôts sur l'histoire du commerce de la France; nous n'avons pu nous attacher aux documents de cette nature, quel que fût leur intérêt , et nous avons dû nous borner à prendre une note souvent bien sommaire de ceux que nous trouvions dans le cours de recherches dirigées vers un autre objet.

Archives de Naples et de Palerme.

13 13. Diplôme de Frédéric II, roi de Sicile, confirmant un privilége accordé en 1296 aux habitants de Perpignan, du Roussillon, de la Cerdagne et de l'île d'Yviça, pour leur commerce en Sicile. Palerme, Regist. Cancell. regiœ. I, folio 80.

1332. Diplôme de Frédéric II, en faveur des habitants de Montpellier. Le roi prend sous sa protection tous les marchands de cette ville qui venaient commercer en Sicile et dans les autres îles de son royaume; il leur donne la liberté d'aller pour leurs affaires dans toutes les villes de sa dépendance et d'y établir, s'il leur est nécessaire, des officiers consulaires. Palerme, Reg. I, fol. 98 (1). 1352. Hugues Jayme, marchand de Marseille, ayant éprouvé des dommages dans une relâche à Tropea, sur la côte de Calabre, Jeanne, reine de Naples et Louis de Tarente, son époux, lui accordent une indemnité. Naples, Palazzo della Vicaria. Regist. Cancell. reg. Ludovic et Joann. 1352. F, folio 187.

province avec leurs femmes, enfants, serviteurs, esclaves, ustensiles, etc. Ordonn., t. XIX, p. 716.

(1) Sans faire tort à Dom Vaissète, on doit remarquer que M. Pardessus, en quelques pages (Collect. de lois maritimes , t. II, lix-lxi), en dit plus sur le commerce extérieur du Languedoc que le savant bénédictin dans toute son histoire.

(2) Cf. Hist. de Roussillon, comprenant l'histoire du royaume de Mayorque, par M. Henri, conservateur de la bibliothèque de Perpignan, 2 vol. in-8°. Paris, imprimerie royale, 1835, t. I, p. 209, 223.

Archives de Malte, à Cité La Valette.

Les banquiers et les marchands du midi de la France étaient les intermédiaires qu'employait ordinairement l'ordre de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem pour le transport et quelquefois pour le recouvrement de ses fonds. Ils recevaient en Europe, des officiers compétents, les contributions annuelles des prieurés et les autres revenus de l'ordre, et les faisaient rembourser par leurs correspondants d'Orient au trésorier de Rhodes (2). En retour, le trésorier recevait souvent les versements que lui faisaient les marchands venus dans les Échelles, et leur délivrait des mandats payables en Europe. Ces faits résultent des documents suivants, que nous avons lus aux archives de Malte.

1351, 12 décembre, de Rhodes. Le grand maître, Dieudonné de Gozon, reconnaît que frère Roger de Pins, précepteur ou commandeur de Chypre, a payé au trésorier de l'ordre : 1° pour la contribution ou responsion de sa préceptorerie, del'année arriérée 1350, finie au mois d'août 1350, et de l'année 1351, finie (quant aux règlements de compte) au mois d'août dernier, la somme de 16,000 florins d'or : 8,000 florins pour chacune desdites années. - 2° la somme de 9,025 florins d'or que ledit précepteur, en vertu d'une procuration spéciale, avait reçue au nom de son couvent pour les contributions des préceptoreries d'outremer (dont les noms sont énumérés), laquelle somme lui avait été re

(1) D'Aigrefeuille n'avait pas à rappeler les faits constatés par ce titre dans son Hist. ecclésiast. de Montpellier, in-fol. , Montp., 1739; mais il est probable que si les documents consultés par Dom Vaissète en eussent conservé quelque trace, le savant bénédictin n'aurait pas omis de le mentionner. Cf. Hist. de Languedoc, liv. XXVIII, ch. xII ; liv. XXXIV, ch. III.

(2) Le comte de Champagne Henri, devenu roi de Jérusalem, se servait aussi de marchands correspondant avec les foires de Champagne pour toucher les revenus du comté que lui envoyait sa mère. Cont. de G. de Tyr, Bibl. Roy. Ms. 8316, fol. 357. édit. Guizot, p.204.

mise par certains marchands de Montpellier et de Narbonne, venus au Levant. Libri Bullarum. 135 1, fol. 308.

1358, 5 mars. Le grand maître et le couvent donnent procuration à Bernard de Malavicina, leur lieutenant, et à frère Roger Otger, pour s'occuper de toutes leurs affaires en Chypre, et notamment pour y recevoir les sommes ci-après désignées : 1° de Raymond Solacii, épicier (piperario) de Montpellier, 1,750 florins d'or que ledit Raymond avait reçus à Montpellier de Ponce Raffaud, procureur de l'ordre, pour les responsions des couvents d'outremer; 2° de Girard Bedoch, marchand de Narbonne, 1,250 florins, reçus par lui à Narbonne, dudit Raffaud ; 3° diverses sommes reçues du même procureur par d'autres marchands des mêmes villes, parmi lesquels se trouvent les Seraller et associés, riche maison de Narbonne. Libr. Bullar. Reg. 1346-1358, fol. 308, v°.

1365, 28 décembre, à Rhodes. Lettre du grand maître, frère Raymond (Bérenger) et du couvent à leur procureur en Occident , in ultramarinis partibus. Ils lui donnent avis que Jean Parazol de La Grasse, marchand de Narbonne, a versé dans le trésor de l'ordre à Rhodes mille florins d'or de Podiomonte et de bon poids, afin de recevoir mille autres florins d'or à Avignon. Le grand maître autorise ce payement. Libr. Bullar. 1365, fol. 315, v°.

Archives de Turin.

1 174. Au mois d'août. Raymond, comte de Toulouse et de Narbonne, donne aux Génois un fondouc à Saint-Gilles et une rue à Arles. Liber jurium reipubl. Genuens. Fol. 427, v° (1).

1270. Quittance du roi de France, Louis IX, aux Génois, pour les sommes que ceux-ci s'étaient engagés à payer comme dédit, au cas où ils n'eussent pas achevé dans le délai fixé par des accords antérieurs l'armement des navires nécessaires au roi. Lib. jurium. Fol. 434 (2).

1289, 1"octobre. Priviléges de Philippe, roi de France, aux marchands romains, génois, vénitiens, bolonais, qui viendront à

(1) Cf. Dom Vaissète, liv. XIX, chap. Lv. (2) Cf. Jal, Pacta Naulorum, extr. des doc. histor., publiés par M. ChampollionFigeac, tom. 1", et Annales maritimes. Mai, 1842.

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