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évidemment admettre que le copiste a omis le mot quinto, car d'une part Jean II régnait encore en 1360, et d'autre part les mots anno regni nostri secundo, qui suivent la date de l'année de l'Incarnation, coïncident parfaitement avec l'année 1365, Charles V étant monté sur le trône en 1364. 1372. Lettres de Charles V, vidimées par Charles VII comme Régent en 1420, et par Louis XI en 1463, qui concernent les statuts et priviléges de la ville de Sommières (1). Elles sont datées dans le Registre 199 du Trésor de l'année 1362 de l'Incarnation et de la neuvième année du règne du Roi : or l'année 1362 n'a été la neuvième d'aucun règne. Si on attribuait ces Lettres à Charles VI, comme semblent le faire dans leurs confirmations les rois Charles VII et Louis XI, on serait conduit, en s'attachant à l'indication anno regni nostri nono, à désigner l'année 1389. Mais un autre vidimus de Charles VIII, qui se trouve dans le registre 210, les attribue bien réellement à Charles V, et les dates de l'année 1372, qui est en effet la neuvième du règne de ce Prince. L'erreur du copiste devient alors facile à comprendre; il a écrit sexagesimo au lieu de septuagesimo. 1378. Lettres de Charles V accordant une Sauvegarde à l'abbaye de Chaalis (2). Elles portent, dans le Registre 115 du Trésor, la date suivante : anno Domini millesimo trecentesimo sexagesimo quinto, et regni nostri quinto decimo. Or la quinzième année du règne de Charles V ne tombe point en 1375, mais bien en 1378 ; et en effet on trouve dans le registre 176 une autre copie de ces lettres, qui leur donne cette dernière date. 1407. Envoi fait par Charles VI au Duc de Berry de trois vidimus des priviléges accordés en 1371 à la ville de Peyrusse (3). Ces diverses pièces se trouvent dans le Registre 162 du Trésor. Mais l'envoi y est daté du mois de décembre, tandis que les vidimus envoyés n'y sont datés que du mois de janvier; il y a donc erreur, et peut-être interVersion entre ces deux dates. 1423. Lettres de Charles VII, vidimées par Louis XI en 1461, qui accordent une Sauvegarde aux Célestins de Ternes (4). Elles portent, dans le Registre 198 du Trésor, la date de juin 1421 ; il semblerait donc qu'on dût les attribuer à Charles VI, qui régnait encore à cette

(1) Ordonnances, t. XVI, p. 178. (2) Ordonnances, t. VI, p. 391. (3) Ordonnances, t. IX, p. 275. (4) Ordonnnances, t. XV, p. 185.

époque. Mais la double mention qu'elles contiennent Datum Bituris et anno regni nostri primo, montre qu'elles appartiennent bien réellement à Charles VII, qui passa à Bourges une partie de la première année de son règne (octobre 1422-1423 ). On trouve en effet dans le Registre 21 1 un autre vidimus où elles sont datées de juin 1423.

Je m'arrête, car je n'ai point prétendu relever toutes les erreurs de date contenues dans les Registres du Trésor, mais seulement en indiquer quelques-unes. Les exemples que j'ai choisis suffisent à montrer qu'on ne doit pas consulter ces Registres avec une confiance aveugle. Le meilleur contrôle est sans contredit de recourir à l'original; mais ce moyen de vérification n'est pas toujours possible. Des accidents de tout genre ont fait périr un grand nombre d'originaux déposés autrefois dans les archives des communes , des corporations laïques ou ecclésiastiques et des simples particuliers : aussi est-on souvent obligé de se contenter des transcriptions faites dans les Registres du Trésor ; et sur les 3,000 documents insérés dans la collection des Ordonnances, je ne crains.pas d'avancer que les trois quarts au moins ont été publiés d'après ces Registres.

Je serais donc bien mal compris si l'on me supposait l'intention de nier l'utilité de cette précieuse collection et les ressources qu'elle peut fournir aux études historiques. Bien loin de là , j'ai presque toujours choisi pour exemples des cas où l'erreur commise dans un Registre peut être rectifiée à l'aide d'un autre Registre; et je suis convaincu que bien des difficultés se trouveront aplanies le jour où le dépouillement de la collection entière sera opéré. C'est un travail digne du savant académicien à qui les Archives du royaume sont confiées. En y joignant les cartes faites à la Bibliothèque royale pour les immenses collections Brienne, Colbert, Doat, Duchesne, Dupuy, etc., et les inventaires de toutes les archives départementales, on parviendrait à dresser en quelque sorte un Bulletin des Lois de l'ancienne monarchie, recueil précieux pour les personnes qui étudient l'histoire nationale, et dans lequel les jurisconsultes pratiques trouveraient peutêtre eux-mêmes quelque utilité.

EUGÈNE DE ROZIÈRE.

A LA COMMUNE DE S'.-QUENTIN

PAR JEAN DE RIBEMONT,

Clerc du Parlement.

La pièce que je publie ici m'est tombée sous la main en classant les archives de l'hôtel de ville de Saint-Quentin. Elle m'a frappé et m'a paru digne à beaucoup d'égards de voir le jour. D'abord, c'est une lettre missive, en langue vulgaire, qui date certainement du treizième siècle, et les documents de ce genre sont assez rares pour qu'on ne néglige pas de les recueillir. Mais c'est là, je crois, le moindre mérite de cette lettre, adressée par Jean de Ribemont à la commune de Saint-Quentin. Elle n'est pas moins remarquable à mes yeux pour le fond que pour la forme, et il me semble qu'on en trouvera peu de pareilles, à cette époque, pour le sujet, pour le ton et pour le style. Au temps ou elle fut écrite, la commune de Saint-Quentin, l'une des plus anciennes et des plus importantes de France, avait déjà une existence séculaire. Elle avait eu, comme toutes les communes, de fréquents démêlés avec les églises et les corporations ecclésiastiques de la ville ou des alentours. C'était la cour du roi qui avait jugé ces contestations, dont l'issue avait été favorable à la commune. Un débat du même genre, on ne sait lequel, s'était élevé de nouveau, et c'est à ce propos que Jean de Ribemont adresse aux maires et aux jurés les conseils et les remontrances qu'on va lire :

« Dans les différends que vous avez eus précédemment, leur dit-il, vos affaires sont venues à bien et ont tourné à votre gré; mais c'est qu'alors la cour et le roi étaient sous l'influence de grands personnages laïques. Présentement, c'est le contraire. Aussi vous ai-je conseillé cette année, et cela en confidence, de changer de sentiments à l'égard de votre bailli et de votre prévôt, et de vous attacher à eux plus que par le passé, de faire vos affaires et de vider vos querelles devant la justice royale, mais à Saint-Quentin ; de faire tous vos efforts pour éviter les appels ou de terminer vos démêlés par des transactions : car aujourd'hui, à la cour du roi, c'est le clergé qui a le dessus, et vous, vous avez le dessous. Mais comme il paraît que mes avis ne sont pas de votre goût, puisque vous faites choix d'un autre conseil, qui ne sait pas comme moi ce qui vous est possible, je vous fais savoir que je ne suis nullement jaloux de faire pour vous l'office de crieur public, ni de boire à la coupe de la confusion où vous boirez prochainement. Je ferai mon devoir envers la ville, et plût à Dieu que le commun peuple pût connaître vos folies, mais par d'autres que par moi. Vous envoyez ici votre brailleur, Gobert le Drapier, et vous vous imaginez qu'il va gagner votre cause à force de brailler et de crier. Détrompez-vous ; car vous avez affaire à gens qui ont toutes la faveur de la cour. Je ne me soucie pas le moins du monde, sachez-le bien, de jouer le rôle d'un sot, d'un braillard, d'un crieur pour soutenir vos folies; car je n'en viendrais point à bout, et ne m'en tirerais qu'à ma honte, comme vous ferez. Je fais des vœux pour qu'il plaise à Dieu de vous inspirer selon les temps et selon le crédit des personnes, et aussi pour qu'il daigne vous faire comprendre que j'ai à cœur l'honneur et l'intérêt de la ville, sur ma parole, autant qu'un procureur juré parti de votre hôtel de ville. »

J'ai paraphrasé à dessein, pour mieux la faire comprendre, la lettre énergique et brève de Jean de Ribemont. Je ne crois lui avoir prêté aucune intention qu'il n'ait eue, et qui ne perce visiblement dans son langage; mais ce langage, il faut désespérer de le traduire exactement, et je ne l'ai pas tenté. Ceux qui sont familiers avec les tours et les expressions du moyen âge sentiront aisément le prix de ce document.

Je n'ajoute que deux mots sur l'auteur de cette lettre et sur sa date probable : quel était donc ce Jean de Ribemont qui écrivait d'une pareille encre à une commune aussi considérable que celle de SaintQuentin ? Je n'ai pas là-dessus de grands éclaircissements à offrir au lecteur. Ribemont était, comme on le sait, le nom d'une famille considérable du Vermandois, et aussi celui d'une petite ville située non loin de Saint-Quentin. Notre Jean de Ribemont appartenait-il à cette noble famille, ou n'était-ce qu'un bourgeois distingué de la petite ville ? Cette dernière supposition paraît la plus vraisemblable. Quoi qu'il en soit, son avis était bon, et il pouvait le donner mieux que personne en connaissance de cause; car il était, suivant toute apparence, clerc du parlement. C'est du moins ce qui semble résulter de la qualification de magister qui lui est donnée dans un arrêt de 1288, ou il se porte fort pour Jacques de Saint-Simon, chevalier, condamné à une amende au profit du custos ou coutre de Saint-Quentin (1). C'est sans doute le même Jean de Ribemont qui reparaît en 1294 et 1295 dans une donation et dans un acte de vente, où il est qualifié clerc, comme il s'intitule lui-même dans la suscription de sa lettre (2). Ainsi cette lettre date certainement de la deuxième moitié du treizième siècle. L'écriture d'ailleurs ne permet pas de lui assigner une date postérieure à celle de 1290. Mais il semble que l'histoire oblige à la croire plus ancienne. Elle a dû être écrite peu de temps après la mort de saint Louis, et c'est sans doute au règne de ce roi que Jean de Ribemont fait allusion lorsqu'il rappelle aux officiers municipaux que, lorsqu'ils plaidèrent contre les églises avec succès, la cours et li roys se gouvernoient par grant gens layes et en grant estat. On sait, en effet, que saint Louis introduisit beaucoup de laïques dans le parlement, et que, malgré son respect pour le pouvoir spirituel, il ne se montra pas moins jaloux des prérogatives du temporel. Je crois donc qu'on peut, à coup sûr, attribuer le document que je publie aux premières années du règne de Philippe le Hardi, homme peu versé en politique, qui n'avait pas été élevé pour porter la couronne, et qui subissait assez l'influence et les idées de Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, pour souffrir une réaction favorable au clergé. Inutile de dire qu'on ne saurait placer cette lettre sous le règne de Philippe le Bel ; les faits le défendraient impérieusement, et ce n'est pas sous ce prince qu'on eût pu écrire : Le clergé a le dessus à la cour du roi. Au surplus, voici le texte même de cette petite, mais curieuse pièce. L'ai-je mal appréciée , ou m'en suis-je exagéré l'intérêt ? Le lecteur en jugera :

A sages homes et honestes le maieur, les jurés de le ville de Saint-Quentin ses chiers amis Jehan de Ribemont, clers, salus et boine amour. Comme il soit ensi que au tans que vous eustes

(1) Jacobus de sancto symone, miles, qui venatus fuerat apud Tuniacum in jardino, vinea et porprisio custodis Sancti Quintini, ubi custos dicit se habere garennam, recognovit in pleno pallamento dictus miles nullum habere jus venandi in locis predictis; et quod venatus fuit ibi, pro se et illis quos habebat secum, dicto custodi emendavit; de qua emenda magister Johannes de Ribodimonte constituit se plegius. (Olim, éd. de M. le comte Beugnot, T. II, p. 285.) (2) Arch. du royaume, Trésor des chartes, J. 229, n° 24, et J. 230, n° 62. | .

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