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« Le comte de Harecourt de gueulles à deux fesses d'or, etc. » Cette nomenclature héraldique se continue de la sorte jusqu'au bas du folio 56, verso , et finit ainsi : « Messire Phelippe de Saint-Denis, de gueulles à deux jumelles d'or et j. liépart en chief de mesme. « Messire Jean Murdrac de Potherel semblablement. » Cette première partie se compose donc d'un fragment de chronique et d'une liste de blasons normands, dus , selon toute vraisemblance, à la plume d'un même auteur, probablement quelque roi d'armes attaché à cette province. Peut-être les deux noms d'hommes Raullet et le Houpet, que nous avons signalés, jette-' ront-ils, aux yeux des personnes plus versées que nous dans les antiquités généalogiques de la Normandie, quelque lumière sur l'origine ou la provenance de ce double ouvrage ; nous devons, quant à nous, borner ici nos conjectures. Malheureusement cette chronique, ainsi qu'on en peut juger par les courts fragments que nous avons transcrits , offre peu d'intérêt. C'est la copie mutilée de l'une de ces rapsodies sèches et banales que nous a laissées en assez grand nombre (1) cette époque, peu fertile d'ailleurs , du moins sur notre sol, en monuments historiques d'un prix plus élevé. On ne sera pas fâché toutefois de trouver ici in extenso ce qu'elle dit de la Pucelle. Nous reprenons cette partie du texte, qu'indiquait ci-dessus notre analyse, et qui commence au f" 46.

L'an mil iiijcc xxviij Jehenne la pucelle ariva devers le roy en chastiau de Chinon, qui pour lors y estoit; disoit et remonstroit qu'elle

(1) On voit par les variantes nombreuses des historiens de Charles VII, recueillis par Godefroy, que cet éditeur avait à sa disposition une assez grande quantité de textes, dont il a négligé de nous laisser l'inventaire. Le British Museum possède actuellement un exemplaire de la chronique du Héraut Berry, qui peut avoir servi au travail de l'historiographe du dix-septième siècle. En voici l'indication précise : Chronique de France (1402-1458), n° 10,045. Ms. sur papier du quinzième siècle, petit in-fol. acheté en fev. 1836 par le Muséum à la vente Heber, article 834 de ce catalogue.Sur les premières pages du manuscrit, on lit ces inscriptions qui en racontent les vicissitudes : Ex libris Carmel. discalc. sancti Ludovici, et d'une main plus récente, dont le style indique assez l'époque de la révolution française : Au citoyen Bardin fils, rue Méderic, 442, à Paris. Collationné avec l'édition de Godefroy, cet exemplaire ne nous a paru fournir aucune différence avantageuse. L'auteur de cet article possède la copie de deux chroniques abrégées fort analogues à celle du manuscrit 11542, de Londres, transcrite sur des textes originaux également contemporains et inédits. L'une s'étend de 1402 à 1428, et l'autre de 1418 à 1421.

III. (Deuxième série.) 8

estoit venue par la grace Nostre Seigneur pour donner aide et secours à la ville d'Orléens qui pour lors estoit assegié de toutes pars par le comte de Salisberry qui y fut tué d'un canon, le conte de Suffole, le seigneur de Taillebot et autrez Englez. Et combien que plusieurs se esmervilloient des termez et offrez qu'elle faisoit, fut examinée par notables clers. Par les quelz fut trouvée que en elle n'avoit maulveslie; mez à leur avis estoit conduite de la grace de Dieu. Par quoy elle fut mise en armez et conduite au mareschal de Rez et apres qu'elle eult assemblé des gens d'armes ce que en peult finer, tira devant Orléens et incontinent assaillirent la bastille assise devant le bout du pont, la quelle estoit si fort emparée et fournie de gens et d'artillerie qu'elle estoit gagié[e] imprenable d'assault. Mès néanmoins o l'eide de ceulz de la ville dont partie passa en batiaulx pour leur venir aider, icelle bastille fut prinze d'assault et Classidas noié qui en estoit garde. Et tout le sourplus des aultres Englez mors et prins et guèrez n'en demoura en vie. Et après la prinze d'icelle bastille, furent les tours de dessus le pont prinzes et gaigniez sans arester. Parquoy led. mareschal et la pucelle entrèrent dedens la ville d'Orléens à grant joie et ne demoura guères que (1) le siége de l'aultre part, où estoient le conte de Suffolc, le sieur de Tallebot et aultres signours d'Anglez embastillez (2) loges fortes et bien closes, grans fossez parfons alans de l'un à l'aultre. Yssirent de lad. ville d'Orléens led. mareschal et lad. pucelle et leur compengnie; vindrent, assaillirent et prindrent d'assault l'une desd. bastilles et tuèrent tous les Englez qu'ils trouvèrent dedens. Et la nuit ensuivant désemparèrent led. Suffolk et Tallebot des aultrez bastilles et se retirèrent les ungs à Gyen et les aultres à Mehun sur Loire et à Bourgenay et bientost après icelle Jehenne la pucelle et sa compengnye ala devant Gergeau où estoit le comte de Suffolc et messire Alexandre son frère avec vj ou vijcc Englèz. La quelle ville fut assaillie et prinze d'assault et demoura led. conte de Suffolc prins et le signour de la Poule son frère qui depuis mou[rur]ent et messire Alexandre son aultre frère mort et tous les aultrez Englez, saouf bien pou qui furent prins en vie. Et ne demoura guèrez que lad. pucelle et la compengnye s'en vint à Mehun sur Loire; en la quelle ville les Englès qui dedens estoient ne l'osèrent attendre; mès se désemparèrent et y laissèrent grand nombre d'articlerie qu'il[s] avoi[en]t recuilly du siège d'Orliens. Après la quelle ville recouvrée, icelle pucelle et sa compengnye tira à (1) ll y a dans cette phrase quelque faute de transcription. Ce que est sans doute Boigency qu'elle print par composicion pour haste d'aller renconstrer sur les champs les Englez qui la venoient secourir; et là estoit monseign. d'Alençon, mons. d'Albret, mons. d'Ansebesc et aultrez. Et à Patay furent rencontrés les Englès, combatus et déconfiz et y demourèrent le sign. de Tallebot, le signour de Scallez et aultrez plusieurs prisonniers. Messire Jehan Fastol et plusieurs aultres s'enfuyrent et y demoura plus de ij m. mors. L'an mil iiijce xxix dessusdit, par le conseil et entreprinze de lad. pucelle se partit le roy de Bourgez pour soy aler couronner à Rains et en traversant paiz, print Troyez en Champaygne, parce qu'ils voient (1) la puissance du roy preste de bailler l'assault, et aultres plusieurs villez et chastiaux. Et la arivé, se fist couronner o les sollempnités accoustumées le xviie jour de juillet aud. an. Après la quelle chose faicte, s'en vint à S. Denis et en y venant mist Beauvoir, Senlis et aultres placez en son obéissance. Et le roy estant en la dicte ville de Saint Denis, il [y] entra sans nul contredit. La pucelle accompengné[e] de mons. d'Alençon, et de partye des gens du roy alèrent devant Paris et incontinent qu'ilz furent arivés firent saillir leur gent à pié ès fossés pour donner l'assault. A quoy ceulx de la place firent grant résistence en tirant fort de canons et grosses arbalestes qui pou de mal firent, fors à la pucelle qui fut blecié[e] d'un vireton par son hernays de jambez; par quoy elle est (2) et ses gens se retirèrent à Saint Denis devers le roy, le

de trop. (2) Lisez : enbastillés [en] loges, etc., ou bien : en bastilles, loges, etc.

quel bientost après se partit et s'envint passer Saine et reffreschir a Tours et à Chinon.

nement et arrivé en Touraine, lad. pucelle retourna au pays de France où estoient demourez grant partie des gens du roy tant a Compiegne que ez placez qu'il avoit conquises et après ce qu'ele eust tournyé et veu partie du pais, se retira aud. lieu de Compiengne et elle estoit dedens. Les Bourgoignons vindrent courir devant et alentour avoient mis plusieurs embuches. Et à l'escarmuce y essit icelle pucelle avec plusieurs de ses gens, et se lancha avant tant qu'elle se trouva entre les dites embucez, ou elle fut prinze et emmenée d'iceux Bourgoignons. Et après qu'ilz l'eurent longuement gardée, la vendirent ès Englez, qui l'achathèrent bien chièrement. Et après ce, la menèrent à la ville de Rouen, où elle fut emprisonnée l'espace de long temps et questionnée par les plus grands hommes et

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sages et grignours clers de tout leur party, pour savoir ses (1) vittores qu'elle avoit euez sur eulx estoient faictez par enchantement, caraulx, ou aultrement. La quelle il trouvèrent de si belle réponse, en leur baillant solucions si raisonnables, qu'il n'y eut oncques nul d'entre eux qui par longtemps l'osast jugier à mort selon droit. Mais finablement la firent ardre publiquement, ou aultre femme en semblable d'elle; de quoy moult de gens ont esté et encore sont de diverses oppinions (2). »

Ce récit écourté ne fournit aucune notion qui ne nous fût acquise d'autre part. Cependant le trait qui le termine aura sans doute excité l'attention du lecteur. On voit par ce nouveau témoignage qu'en dépit de l'éclatante publicité donnée par les Anglais au supplice de Jeanne, beaucoup d'esprits se refusèrent pendant plusieurs années à admettre la réalité de cette fin tragique. Fidèle à cette naïve et crédule admiration, dont l'histoire , depuis Arthur jusqu'à Napoléon, nous offre plus d'un exemple , le peuple avait aussi accordé à la Pucelle le don de l'immortalité. Nous connaissions déjà par plus d'une source cet étrange effet de l'imagination populaire, et les fraudes singulières auxquelles elle donna lieu de se produire (3). Nous en trouvons ici une nouvelle trace qui nous semble curieuse à recueillir.

(1) Si les.

(2) Folio 47.

(3) Voy. sur ce sujet D. Calmet, Hist. de Lorraine, pièces justificatives du t. II, p. CC, et passim; Journal d'un bourgeois de Paris, éd. du Panthéon, p. 218, et les autres témoignages signalés par M. Le Brun de Charmettes, Histoire de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 294 et suivantes. Ces rumeurs erronées donnent une explication facile aux bizarres entreprises qui furent tentées, peu de temps après la mort de Jeanne Darc, par de fausses pucelles. Aux documents curieux qui ont été publiés sur cette matière, nous joindrons ici en passant l'indication d'une charte, que nous croyons inédite et qui contient des renseignements relatifs à l'un de ces imposteurs féminins. Ce sont des lettres de rémission tirées du Trésor des chartes, registre 76, et données par Charles VlI, sous la date de juin 1441, en faveur de Jean de Signenville, qui s'expriment ainsi : « Charles par la grâce de Dieu roy de France, sçavoir faisons à tous présents et avenir : nous avons receue l'humble supplication de Jehan de Signenville, écuyer du pays de Gascoigne, contenant que deux ans a ou environ, feu sire de Raiz en son vivant nostre conseiller et chambellan, et maréchal de France, sous lequel ledit suppliant estoit, dit audit suppliant qu'il vouloit aller au Mans et qu'il vouloit qu'il print la charge et commandement des gens de guerre que avoit lors une appelée Jehanne qui se disoit pucelle, en promettant que s'il prenoit ledit Mans, qu'il seroit capitaine, » etc., etc. (Mss. de la Bibl. roy., collection Legrand, tome VI.)

Continuons maintenant le dépouillement de notre recueil.

A partir du feuillet 78, on remarque les pièces suivantes :

1439. Lettres de Henri VI « roy de France et d'Angleterre » instituant un conseil composé de « l'archevêque de Rouen (1), l'évêque de Lisieux (2), les comtes de Somerset (3), de Dorset (4), Mortain (5) et Harcourt (6), des abbés de Fécamp (7) et du Mont

(1) Louis de Luxembourg, d'abord évêque de Térouanne, conseiller du dnc de Bedford et partisan du roi d'Angleterre, qui le fit chancelier de France, archevêque de Rouen en 1436, cardinal en 1439, évêque commendataire d'Ely, en Angleterre, où il mourut en 1443. (2) Pierre Cauchon, natif de Reims, où une famille de ce nom occupait un certain rang dès le treizième siècle. (Arch. de l'Aube, p.377.) Il s'acquit surtout une odieuse mémoire par le rôle infâme qu'il joua dans le procès de la Pucelle et son dévouement aux Anglais. Ceux-ci lui procurèrent, en 1429, le siége de Lisieux pour le dédommager de celui de Beauvais, repris par les Français. Voy. sur ce personnage la note intéressante que lui consacre M. J. Quicherat, Procès de condamnation, t. I, p. 2. (3) Jean Beaufort, comte, puis duc de Somerset, mort en 1444. (4, 5, 6) L'extrême instabilité qui se remarque à cette époque dans les tenures seigneuriales, occupées par les Anglais, tant en France que dans leur pays, et particulièrement en Normandie, ne permet pas de désigner avec une entière précision et une complète certitude les titulaires de ces trois domaines à la date, vague elle-même, de ce document. Ainsi le comté de Dorset, qui, en 1440, appartenait à Thomas Beaufort de la maison de Lancastre (Dugdale, Baronagium, l, 329), était passé à la date du 6 juillet 144 1 entre les mains d'Edmond, son frère. (Ms. de la Bibl. roy., coll. Bréq., vol. 51.) Deux ans après, la même terre était érigée en marquisat en faveur de ce dernier. (Dugdale, loc. cit., t. ll, p. 123.) La seigneurie d'Harcourt, en Normandie, confisquée, en 1418, sur Jean VII, comte d'Harcourt, qui suivait le parti français, fut successivement possédée par le duc de Clarence (1418), le duc de Somerset (1426), le duc de Bedford (1430) et d'autres encore. (De la Roque, Hist. de la maison d'Harcourt, I, 409.) Quant à la terre de Mortain , située dans la même province, elle paraît avoir été usurpée par un seul titulaire pendant tonte sa vie, savoir, Edmond de Beaufort, fils de Jean de Lancastre, déjà nommé. Il est plus que probable, la construction de la phrase semble le prouver, qu'à cette date de 1439 les trois comtés de Dorset, Mortain et Harcourt se trouvaient réunis dans la main de ce même seigneur. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que le 23 avril de cette année 1439, il en était ainsi. Une montre de gens d'armes, passée à Rouen et signée de sa main, donne à Edmond de Beaufort cette triple qualification. (Archives du royaume, sect. K, cart. 65, n° 1.) Ambassadeur à Bâle en 1435, régent de Normandie en 1446, duc de Somerset en 1449, il devint, depuis le mariage de Henri VI avec Marguerite d'Anjou, le conseiller intime et favori de cette princesse. (V. sur ce sujet un document curieux, récemment publié par M" E. Wood-Green : Letters of royal and illust. ladies, etc., t. I, p. 98.) ll se fit tuer pour sa cause, en 1455, à la célèbre bataille de Saint-Alban. (7) Gilles de Duremort, clerc normand, abbé de Beaupré, puis de Beaubec, puis de Fécamp, prêta serment comme tel au roi d'Angleterre, en 1423, à Paris, dans les mains du duc de Bedford. Il prit part au procès de la Pucelle, reçut de Henri VI l'évêché de Coutances (1439), et mourut en 1444.

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