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favorablement la bassesse de sa servante. Et voilà pourquoi toutes les générations m'appelleront la bienheureuse. C'est celui qui est puissant par lui-même qui m'a fait ces grandes choses; c'est lui dont le nom est la sainteté même. Sa miséricorde ne s'arrête point à moi : elle s'étend de race en race sur tous ceux qui le craignent. Il fera ce qu'il a déjà fait. Il déploiera la puissance de son bras, il dissipera les superbes, il déposera les grands, il exaltera les humbles, il rassasiera les affamés, il renverra dans l'inanition les riches, il recevra favorablement son serviteur Israël, il se ressouviendra pour lui de ses anciennes miséricordes, des promesses qu'il a faites à Abraham et à sa postérité; miséricordes, promesses qui sont sans repentance; miséricordes, promesses qui subsistent à jamais, in sæcula.

C'est ainsi que Marie, louée par les anges et les saints, rapporte à Dieu toutes ces louanges. Plus elle est louée, plus elle loue Dieu. Ne craignons donc point de la louer et de la bénir avec toutes les générations; car c'est bénir Dieu en elle et par elle.

« Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna dans sa maison 1. » Savoir si elle a vu la naissance de saint Jean, l'Evangile ne le dit pas ; mais cela est très-possible. On oppose qu'il ne convenait point que la plus pure des Vierges se trouvât à pareille circonstance. Mais cette Vierge très-pure était aussi mère et épouse. Sa présence avait été une source de bénédictions pour l'enfant et la mère avant la naissance; sa présence pouvait être une source de bénédictions pour l'enfant et la mère dans la naissance même.

Enfin, le temps d'enfanter pour Elisabeth s'accomplit, et elle enfanta un fils. Et ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde sur elle, et ils la félicitaient. Et il arriva qu'au huitième jour ils vinrent circoncire l'enfant, et ils l'appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère répondant, dit: Non, mais il sera appelé Jean. Mais ils lui dirent: Il n'y a personne en votre parenté qui s'appelle de ce nom. Et ils demandèrent par signes au père, comment il voulait qu'il fût appelé. Et, ayant demandé des tablettes, il écrivit dessus : Jean est son nom. Et tous en furent dans l'admiration. Et aussitôt sa bouche ful ouverte et sa langue déliée, et il parlait en louant Dieu. Et la crainte se répandit sur tous leurs voisins, et toutes ces paroles furent divulguées dans tout le pays des montagnes de Judéc. Et tous ceux qui les ouïrent les mirent dans leur cœur, disant : Quel pensez

1 Luc, 1, 56.

yous que sera cet enfant? Car la main du Seigneur était visiblement avec lui 1. »

Zacharie, son père, après être resté long-temps muct, répandit son âme dans un admirable cantique, où il célèbre le règne du Christ, qui était venu et qui allait bientôt paraître, et en même temps la part qu'aura son fils à ce grand ouvrage. « Rempli de l'Esprit-Saint, il prophétisa, disant : Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, parce qu'il a visité son peuple et en a opéré la rédemption. Et il nous a élevé un boulevard de salut dans la maison de David, son serviteur: ainsi qu'il l'avait promis par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été depuis le commencement des siècles, de nous sauver de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent, pour exercer sa miséricorde envers nos pères et se souvenir de son alliance sainte. Serment qu'il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder cette grâce, qu'étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte, dans la sainteté, dans la justice devant lui, tous les jours de notre vie. Et toi, enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour nous préparer ses voies et pour donner la science du salut à son peuple, et la rémission des péchés par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, avec lesquelles l'Orient nous a visités d'en haut; pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort; pour diriger nos pas dans la voie de la paix 2. »

Ce cantique, appliqué, comme il doit l'être, au Christ et à son précurseur, est facile à entendre. Quant à l'Orient, qui nous a visités d'en haut, c'est un des noms de Jésus-Christ qu'un prophète appelait plusieurs siècles auparavant : Un homme viendra, et son nom est l'Orient 3. Ce prophète, c'est Zacharie, et Zacharie, père de saint Jean, en répète et en explique l'oracle. Jésus-Christ est le vrai Orient, lui qui fait lever sur nous le vrai soleil de justice, comme disait Malachie ".

Pour ce qui est du merveilleux enfant, « il croissait et se fortifiait en esprit ; et il demeura dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation en Israël 5. »

Que les voies de Dieu sont différentes des voies des hommes! Un enfant est né, prédit par les prophètes. Il sera le précurseur du Christ. Son père et sa mère sont deux saints, élevés au rang des prophètes. Cependant il les quittera dès son enfance pour se retirer

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dans le désert et y mener une vie encore plus austère que celle ea
d'Elie et d'Elisée. Il y a plus : lui qui avait senti sur la terre lent
Verbe incarné dès le sein de sa mère, et à qui son père avait prédit za
qu'il en serait le prophète et lui devait préparer les voies, il ne a
quittera point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le
connaîtra si peu, qu'il faudra que le Saint-Esprit lui donne un
signe pour le connaître, quand le temps sera venu de le manifester
au monde. Tant il est vrai que ce n'est que dans la retraite et le
silence que Dieu se communique à ceux qu'il appelle, pour en
faire des hommes puissants en œuvre et en parole. Il y avait retenu
Moïse pendant quarante ans ; il y retiendra Jean-Baptiste pendant

trente.

Les voies de Dieu sur Marie et Joseph ne sont pas moins surprenantes. A quelle épreuve ne les met-il pas l'un et l'autre? Joseph se voit obligé à abandonner, comme une épouse infidèle, celle de qu'il avait prise comme la plus pure des vierges; et il était prêt à exécuter une chose si funeste à la pureté de la mère et à la vie de et l'enfant. Car ne pouvant être long-temps sans découvrir la grossesse de la sainte Vierge, que pouvait-il faire, l'ayant aperçue, sinon de la croire une grossesse naturelle ? Car de soupçonner seulement ce qui était arrivé par l'opération du Saint-Esprit, c'était un miracle dont Dieu n'avait point encore donné d'exemple, et qui naturellement ne pouvait tomber dans l'esprit humain.

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<< Marie ayant épousé Joseph, elle fut trouvée enceinte avant qu'ils eussent été ensemble, ayant conçu du Saint-Esprit. Comme Joseph, son mari, était juste et qu'il ne voulait pas la diffamer, il résolut de la renvoyer sans éclat1. »

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Joseph était juste, et sa justice ne lui permettait pas de demeurer dans la compagnie de celle qu'il ne pouvait croire innocente. Tout ce qu'on pouvait espérer de plus doux de la bonne opinion qu'il avait conçue avec raison de sa chaste épouse, était, comme il le méditait, sans la diffamer, de la renvoyer secrètement. C'était, dis-je, ce qu'on pouvait espérer de plus doux. Car pour peu qu'il se fût livré à la jalousie, qui est dure comme l'enfer, à quel excès ne se fût-il pas laissé emporter? Sa justice même l'aurait flatté dans sa passion; et, sous une loi toute de rigueur, il n'y a rien qu'il n'eût pu entreprendre pour se venger. Mais Jésus commençait à répandre dans le monde l'esprit de douceur, et il en fit part à celui qu'il avait choisi pour lui servir de père.

Joseph, le plus modéré comme le plus juste de tous les hommes,

'Math., 1, 18 et 19.

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ne songea seulement pas à prendre ce parti extrême, et voulait ter seulement quitter en secret celle qu'il ne pouvait garder sans it crime. Cependant, quelle douleur de se voir trompé dans l'opinion es qu'il avait de sa chasteté et de sa vertu; de perdre celle qu'il aimait, nes. et de la laisser sans secours en proie à la calomnie et à la vengeance On publique! Dieu lui aurait pu éviter toutes ces peines, en lui révéanlant plus tôt le mystère de la grossesse de sa chaste épouse; mais sa nite vertu n'aurait pas été mise à l'épreuve qui lui était préparée, nous por n'eussions pas vu la victoire de Joseph sur la plus indomptable de tre toutes les passions, et la plus juste jalousie qui fût jamais n'eût per pas été renversée aux pieds de la vertu.

2.C

Nous voyons par le même moyen la foi de Marie. Elle voyait la peine qu'aurait son époux et tous les inconvénients de sa sainte Jos grossesse ; mais, sans en paraître inquiétée, sans songer à prévenir ce cher époux ni à lui découvrir le secret du ciel, au hasard de se voir non-seulement soupçonnée et abandonnée, mais encore perdue et condamnée, elle abandonne tout à Dieu et demeure dans sa ag paix 1.

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Dans cet état, et « pendant que Joseph était dans ces pensées,
l'ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : Joseph, fils de
ce David, ne craignez pas de prendre avec vous Marie, votre épouse;
car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit 2. » Quel calme à ces
paroles ! quel ravissement! quelle humilité dans Joseph ! Laissons-le
a concevoir à ceux à qui Dieu daigne en donner la connaissance.
<< Elle enfantera un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus
ou Sauveur ; car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés 3. »
Vous lui donnerez le nom de Jésus. Pourquoi vous? Vous n'en
êtes
pas le père. Il n'a de père que Dieu; mais Dieu vous a transmis
e ses droits; vous tiendrez lieu de père à Jésus-Christ: vous serez
son père en effet d'une certaine manière, puisque,
formé par
le
Saint-Esprit dans celle qui était à vous, il est aussi à vous par ce
titre. Prenez donc, avec l'autorité et les droits de père, un cœur
paternel pour Jésus. Dieu, qui fait en particulier tous les cœurs.
des hommes, fait aujourd'hui en vous un cœur de père: heureux,
depuisqu'en même temps il donne pour vous à Jésus un cœur de
fils! Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère; vous partagez avec
elle ce Fils bien-aimé et les grâces qui sont attachées à son amour.
« Tout ceci a été fait, ajoute saint Mathieu, pour accomplir ce
que le Seigneur avait dit par le prophète : Voici que la Vierge
concevra et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel,

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Bossuet. Elévat. · 2 Math., 1, 20.

-- 3 Ibid., 1, 21.

c'est-à-dire, Dieu-avec-nous 1. » Cette prédiction d'Isaïe, faite à la maison de David, et sa plus grande gloire, n'était sans doute pas ignorée de Joseph, fils de David, et qui n'avait hérité de ses ancêtres que cette magnifique promesse. Elle dut naturellement lui revenir à l'esprit. Plusieurs pensent même que ces paroles appartiennent encore au discours de l'ange.

Ainsi éclairé sur le grand mystère, « Joseph, à son réveil, fit ce que lui avait ordonné l'ange du Seigneur, et prit son épouse. Et il ne l'avait point connue lorsqu'elle enfanta son fils premier né, et il l'appela Jésus 2. >>

Toujours la sainte tradition a tenu comme une vérité de foi que Marie, non-seulement a conçu et enfanté vierge, mais qu'elle est demeurée vierge toute sa vie. En vain certains hérétiques ont-ils abusé de quelques locutions hébraïques de l'Evangile pour soutenir le contraire. Leur blasphême a toujours été repoussé avec horreur. Ils n'ont prouvé que leur ignorance et leur mauvais vouloir. Quand ils objectent que l'Evangile parle des frères et sœurs de Jésus, ne savent-ils donc pas que l'Ecriture appelle frères et sœurs tous les proches parents; qu'Abraham dit à Lot, son neveu: Nous sommes frères; et que Jacob dit à Rachel qu'il était le frère de son père Laban, c'est-à-dire son neveu? Lorsque de ces paroles: Et il ne la connaissait ou ne la connut point jusqu'à ce qu'elle enfanta son fils, ils voudraient conclure qu'il la connut donc dans la suite, ont-ils donc oublié ces paroles du Seigneur à ses apôtres Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles? ou bien en concluront-ils que dans la consommation des siècles, au jugement dernier, Jésus-Christ ne sera plus avec ses apôtres, eux qui cependant doivent juger avec lui le monde? ont-ils oublié ces paroles du Père au Fils: Asseyezvous à ma droite jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied? ou bien en concluront-ils que, quand tous les ennemis du Fils lui auront été soumis, il ne sera plus assis à la droite du Père, il ne régnera plus avec lui? Lorsqu'enfin, de ce que Jésus est appelé le Fils premier-né de Marie, ils veulent inférer qu'elle a eu des fils puînés, ignorent-ils donc que l'Ecriture elle-même définit le premier-né, celui qui ouvre le sein de sa mère, et qu'elle ordonne de le racheter comme tel, sans attendre si un autre le suivra ou non 3? Pour nous, enfants de l'Eglise, nous professerons toujours de cœur et de bouche la foi qu'elle nous a transmise sur l'honneur virginal de la Mère de Jésus. Avec

Math., 1, 22 et 23. — 2 Ibid., v. 24 et 25. 3 Exod., 13, 12 et 15.

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