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faire convoquer par le sacré collège un concile général qui condamnerait Jean XXII. Dans le cas où la majorité du collège refuserait son concours, Napoléon des Ursins devait, avec ceux des cardinaux qu'il aurait su gagner, se retirer auprès de l'empereur, qui inviterait les éveques de l'Allemagne à tenir eux-mêmes un concile auquel seraient appelés les divers princes de l'Europe 1. C'était dans les derniers jours de juin 1334 que s'était tramé ce complot. On ne sait quelles suites y furent données à partir de ce moment. Mais la mort du pontife devait le rendre inutile. Le 4 décembre de cette année, Jean XXII expirait à Avignon.

Certes, à considérer les attaques de toute sorte dont Jean XXII avait été l'objet durant son long pontificat, il faudrait fermer les yeux à la vérité pour ne pas reconnaître qu'en dépit des efforts qu'il avait déployés la papauté était minée de toutes parts, et qu'il la laissait plus abattue qu'elle ne l'était à la mort de Clément. Mais, on doit le dire également, si elle était abattue à ce point, c'était moins encore par l'effet de ces attaques multipliées que par l'effet du discrédit toujours plus grand où l'avaient fait tomber et ses propres abus et les désordres de cette cour que l'on continuait d'appeler la « cour de Rome, » et dont l'exemple n'avait été que trop funeste à l'Église. Un tableau de ces désordres, qu'on voudrait croire empreint d'exagération, nous a été transmis dans un ouvrage intitulé Les gémissements de l'Église2, ouvrage écrit à Avignon dans les dernières années de Jean XXII et dont l'auteur, l'espagnol Alvaro Pelayo de l'ordre des Frères mineurs, était alors pénitencier du pape et devint éveque de Silva. On peut d'autant plus ajouter foi aux paroles de l'auteur, qu'ennemi déclaré des Fraticelles il était un partisan convaincu de la toute-puissance pontificale, sans se rendre compte que là était la source principale des maux qu'il signa

1. Les seuls documents qu'on possède sur cette affaire ont été donnés par Raynald. anno 1334, n* 31-34.

2. De planctu ecclesiœ, in-fol., 1560.

La Cour Db Romb. — T. II. 28

lait. A ses yeux, comme aux yeux d'Agostino Trionfe, le pape était le juge suprême et universel, non seulement pour le spirituel, mais pour le temporel, et il avait le droit de déposer les rois, aussi bien que de déposer l'empereur. A un endroit de cet écrit, il disait de même: « Le pape est le représentant de Dieu sur la terre, et, comme on ne saurait imposer des limites à la puissance de Dieu, on ne saurait non plus en imposer à l'autorité du pape. » Or ce défenseur ardent de la puissance pontificale ne trouvait pas de mots assez forts pour flétrir les vices de la cour de Rome. C'est elle, écrivait-il, qui par son avidité et son orgueil a corrompu toute l'Eglise; c'est elle la cause de cette haine que les laïques montrent à l'égard du clergé. « Si l'on compare le présent au passé, on voit que le pape et les cardinaux ont grandi en honneurs, en dignités> en richesses; mais ils ont diminué en vertus dans une égale proportion. Ils ont cherché et obtenu la gloire du monde; Dieu seul connaît ceux qui auront une autre gloire. » Ce qu'il reprochait surtout à la cour romaine, c'était sa cupidité, portée au point, disait-il, que le pauvre n'osait plus aujourd'hui se présenter devant le chef de l'Eglise. Il s'indignait que, pour se faire délivrer une feuille de parchemin scellée de plomb, il fallût payer cinquante, soixante et quelquefois cent florins. « Jamais je ne suis entré dans le palais du pape, sans y trouver des clercs occupés à compter des pièces d'or qu'on voyait amassées en monceaux devant eux sur des tables. » Considérant ensuite l'ensemble de l'Eglise, il déplorait qu'à l'imitation de ce qui se pratiquait dans la cour pontificale, la cupidité se fût substituée dans l'Église à la charité. « Ce que les prélats devraient donner, ils le vendent, et le désir du lucre a chez eux remplacé la religion. Et ce n'est pas seulement la vénalité qui infecte toute l'Eglise; on n'y a que trop fidèlement suivi d'autres pernicieux exemples. Oui, l'Église est remplie, que dis-je? elle regorge d'autels, de messes et de pieuses cérémonies; mais on y voit aussi et outre mesure les sacrilèges, l'homicide et la fornication. Elle est bien cette prostituée qu'avait vue l'Apôtre. Osons dire ce qui est connu de tout le monde; l'Église aujourd'hui subit une éclipse. Pour qu'elle rentre dans les voies de la lumière, il faut qu'elle soit llagellée, comme le troupeau écarté de sa route y est ramené par le fouet du berger. » Puis, s'adressant à l'Église elle-même dans un mouvement qui ne manquait pas d'éloquence : « 0 sainte Eglise, s'écriait-il, re- f garde ce que tu as fait! Il fut un temps où, comme un arbre immense, tu étendais tes rameaux dans le monde entier. Alors toutes les nations de la terre reconnaissaient ta loi. C'était par les souffrances de tes martyrs, par ton culte de la pauvreté, par tes hautes vertus que tu étais devenue si puissante. Mais un jour est venu où tu as recherché les vaines gloires de la terre, où tu as mis les trésors de ce monde devant ton cœur au lieu de les fouler aux pieds, où la chasteté a chez toi fait place à la licence, l'esprit de mansuétude à l'esprit de vengeance, où tu as répandu le sang d'autrui au lieu de répandre le tien. Dès lors ta puissance s'est amoindrie, et de cruelles mutilations t'ont été infligées. Tu as perdu l'Afrique, tu as perdu l'Asie; et voici maintenant que l'Europe même où tu habites réprouve tes œuvres et commence à se retirer de toi! »

1 LIVRE DIXIÈME

DÉCADENCE DE LA PAPAUTÉ

I

BENOIT XII

1334-1342.

Lorsque mourut Jean XXII, la papauté était visiblement sur son déclin. Sans parler de son pouvoir temporel en Italie de plus en plus compromis, les attaques de Louis de Bavière succédant à celles de Philippe le Bel, la nature de ces attaques, les doctrines qui en soutenaient la hardiesse, ce mouvement d'indépendance qui de toutes parts se manifestait parmi les séculiers contre les autorités ecclésiastiques, attestaient par de nouvelles preuves qu'elle avait perdu, avec son ancien ascendant sur les princes, la direction générale de la société civile. Les pontifes ne laissaient pas, il est vrai, de demeurer les maîtres de l'Église, et ils disposaient, commo ils n'avaient jamais fait, des charges ecclésiastiques; mais, outre qu'ils avaient perdu toute action morale sur le clergé, ils se voyaient attaqués par le clergé lui-même dans leur pouvoir spirituel, et l'on peut dire que l'Église commençait

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