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vière entrait en Lombardie, ils renouvelèrent cette démarche d'une manière plus pressante, ne craignant pas de faire entendre au pape que son refus pourrait avoir les conséquences les plus graves. Mais Jean était moins disposé que jamais à affronter le séjour orageux de l'Italie, et il ne répondit que par de vagues promesses'. Irrité de cette réponse, le peuple se souleva, chassa tous les partisans du roi de Naples, et, instituant un conseil do cinquante-deux citoyens pour administrer la ville, nomma comme capitaine des milices le trop célèbre Sciarra Colonna s. C'était Rome ouverte à Louis de Bavière.

Informé de cet événement, Jean ne se contenta pas d'écrire aux Romains pour leur reprocher leur rébellion 3. Il ordonna au cardinal Jean des Ursins de se porter sur Rome et de tout faire pour y rétablir l'autorité du roi de Naples \ Conformément à ces injonctions, le légat partit de Florence, et, après avoir rallié sur sa route des troupes napolitaines que lui avait amenées le frère de ce prince, Jean d'Achaïe, il s'avança dans les environs de Rome. Malgré la vigilance des Romains, il réussit à pénétrer la nuit dans la cité rebelle, où il s'empara d'abord de l'église et du quartier de Saint-Pierre. Mais, le lendemain, à la suite d'un sanglant combat que lui livra Sciarra Colonna, il dut abandonner ses positions et sortir de la ville 5. Le pape, de son côté, à la date du 23 octobre 1327, fulminait à la fois deux sentences, dirigées l'une contre Marsile de Padoue, l'autre contre Louis de Bavière. Dans la première, il condamnait comme ennemi de la foi l'auteur du Défenseur de la paix, dont il s'attachait à réfuter les erreurs, et ordonnait aux fidèles « de s'emparer de lui, partout où ils le pourraient saisir, » pour le livrer ensuite à la justice de l'Église °. Dans la seconde, il énumérait les actes

1. Raynald. anno 1327, n" 4-7.

S. Uregorovius. Storia di Roma, t. VI, p. 157-159.

3. Voir cette lettre (27 juillet 1327) dans Raynald, anno 1327, n° 10-13.

4. Raynald. ibid. n° 14.

5. 28 septembre 1327. Gregorovius, Storia di Roma, t. VI, p. 161-16S.

6. Raynald. anno 1327, n° 28-35. Jean de Jandun était compris dans cette sentence.

par lesquels Louis avait témoigné son mépris « du pouvoir des clefs, » le déclarait hérétique convaincu, le privait comme tel de toutes ses dignités, de ses biens « meubles et immeubles, » et menaçait quiconque lui prêterait assistance, non plus seulement d'excommunication et d'interdit, mais des châtiments réservés aux fauteurs et défenseurs d'hérétiques '.

Ces hostilités qui commençaient entre le saint-siège et l'Empire, et dont les premiers éclats avaient suffi pour ébranler l'Italie, n'étaient pas sans affliger certains esprits amis de la religion et de la paix. Le célèbre vénitien, Marin Sanuto, qui avait voyagé en Orient et, qui, en ces derniers temps, s'était entretenu avec le pape des moyens propres à reconquérir la Palestine, adressait alors à un cardinal de la cour d'Avignon une lettre dans laquelle il déplorait ces luttes incessantes qui empêchaient de tourner vers Jérusalem les efforts des chrétiens. « Je crois que ce serait faire une œuvre méritoire, disait-il, si le pape, en considération de la Terre sainte, rendait sa faveur au monarque bavarois. L'argent que l'Église romaine dépense à cette heure en Italie pourrait être employé utilement à la reprise des Lieux saints. Une fois ce prince réconcilié avec le saint-siège, il serait possible d'amener une entente entre lui et le roi de Naples, comme entre celui-ci et le roi de Sicile. A ne parler que de cette guerre de Sicile entreprise autrefois et si longuement poursuivie, qui n'en connaît les regrettables effets? Elle a coûté la mort au fils de saint Louis, Philippe III, au roi Pierre d'Aragon et à une foule de barons, de nobles et d'bommes du peuple; elle a entraîné des dépenses sans mesure, et l'on peut affirmer que cette funeste guerre a été la cause de la perte de Saint-Jean d'Acre et de ce qui restait de la Terre sainte 3. »

Dans une seconde lettre écrite au légat Bertrand du Poyet,

1. Baynald. anno 1327, n° 20-28.

2. Sanut. ep. 1C, apud Bongars, Gest. Dei per Francos, t. II, p. 304,307.

qui s'était en ce moment retiré sur Bologne, Sanuto allait jusqu'à insinuer que, dans l'intérêt de la paix, le chef de l'Église devait faire l'abandon de ses Etats d'Italie. Il disait du moins que, si les papes qui l'avaient précédé avaient pu être témoins des événements qui se passaient aujourd'hui, ils n'auraient pas cherché à étendre leurs possessions temporelles, et que Nicolas III, en particulier, n'aurait pas élevé de prétentions sur le Bolonais et la Romagne. Déjà Dante, à un endroit de sa Divine Comédie, s'était écrié dans un sentiment analogue : « 0 Constantin, de combien de maux ta donation n'a-t-elle pas été la cause M ». Sans exprimer sa pensée aussi ouvertement, Sanuto écrivait : « J'ose dire, avec toute la déférence que je vous dois, que, lors même que le souverain pontife aurait Milan, et, avec Milan, tout le reste de l'Italie, il ne pourrait les garder longtemps, parce que les Italiens ne sont pas d'humeur à se laisser gouverner par des ecclésiastiques. Si donc le pape bt vous vous souhaitez de pacifier l'Italie, ce qui est assurément dans votre intention, c'est par d'autres moyens qu'il faut chercher à atteindre un but si désirable 2. »

Ce n'étaient là que de vains avertissements et de stériles regrets. Depuis longtemps la papauté, occupée de vues politiques, ne prêtait plus qu'un semblant d'attention aux intérêts de la Terre sainte. Cependant, après plusieurs mois de séjour à Milan, Louis de Bavière avait quitté la Lombardie. Passant par la Toscane, où l'avait rejoint le plus habile et le plus déterminé de ses alliés, Castruccio Castracani, qu'il nomma duc de Lucques et de Pistoie et vicaire impérial, il s'était d'abord arrêté à Pise. De là, continuant sa route vers Rome et sans vouloir assiéger Florence que défendait le duc de Calabre, il se rendit droit à Viterbe, qui tenait pour les Gibelins. Il y arriva le 2 janvier 1328. Cinq mille cavaliers, un grand nombre de gens de pied, avec une foule de prélats et

1. Enfer, chant xix.

2. Sanut. Ibid. p. 307-310.

de religieux qui avaient pris pris parti pour lui contre -le pape, composaient son escorte. Trois jours après, au reçu d'un message de Sciarra Colonna qui lui notifiait les dispositions favorables des Romains, il reprenait sa marche, et, le 7 janvier, il entrait enfin à Rome aux acclamations du peuple

Son premier soin fut de s'y faire couronner empereur. Jusqu'alors les pontifes avaient toujours présidé en personne eu quelquefois par leurs légats à cette solennité. Louis prit une résolution hardie, due sans doute aux conseils de Marsile de Padoue qui l'avait accompagné dans cette expédition. Il assembla le peuple au Capitole et lui demanda le diadème. Cette demande, qui flattait chez les Romains des prétentions qu'au temps de Frédéric Barberousse ils avaient essayé de faire prévaloir, fut accueillie avec transport par le peuple, qui désigna sur-le-champ quatre syndics, — au nombre desquels était Sciarra Colonna, — chargés de procéder en son nom à l'acte du couronnement. La cérémonie eut lieu le 17 janvier. Bien qu'une grande partie du clergé de Rome, par fidélité au pape ou par crainte de ses censures, eût quitté la ville, cette cérémonie fut célébrée avec pompe. Suivi d'un nombreux cortège dans lequel dominaient les séculiers et où l'on voyait tout à la fois des Romains, des Italiens et des Allemands, Louis partit à cheval du palais de Sainte-Marie Majeure et se rendit à l'église Saint-Pierre. Là deux prélats, qui l'un et l'autre étaient sous le coup de l'excommunication, les éveques de Venise et d'Aleria, lui donnèrent l'onctien, après que le diadème eut été posé sur son front par l'un des quatre syndics. C'était Sciarra Colonna qui avait été choisi pour cet office2. Qui eût dit que le même homme qui, à Anagni, avait menacé de son épée Boniface VIII, couronnerait de sa main un empereur dans la basilique de Saint

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Pierre? On ne pouvait faire au saint-siège une plus violente injure, ni montrer par une preuve plus éclatante de quel esprit d'indépendance était alors animée, dans ses rapports avec l'Église, la société laïque.

Jean ne laissa pas sans réponse un tel acte d'audace. Par une bulle du 3i mars 1328, il déclara de nulle valeur le couronnement de Louis de Bavière, cassant d'avance toutes les décisions que ce monarque pourrait prendre en qualité d'empereur et, par une autre lettre du même jour, il signifia aux Romains que si, dans un délai de trois mois, ils n'avaient chassé l'usurpateur et n'étaient revenus à "l'obéissance de l'Eglise, il lancerait sur eux les foudres de l'excommunication et mettrait leur ville en interdit2. Déjà, le 21 janvier, avant de savoir que Louis fût entré à Rome, il avait ordonné de prêcher en Italie une croisade contre lui, promettant à tous ceux qui le combattraient par les armes les indulgences iccordées pour la Terre sainte3. Il renouvela alors cette injonction, en même temps que par ses soins était resserrée lalliance qui unissait Robert tle Naples, Florence, Bologne et les autres cités guelfes 4. Non content d'attaquer son alversaire en Italie, il tenta, comme il avait fait une première fois, de l'ébranler en Allemagne. Il rappela aux évêqies et aux princes allemands que Louis de Bavière avait ét'; destitué par une sentence du saint-siège de tous ses dnits à l'Empire et les pressa de procéder au choix d'un autn souverain \ Il ne chercha pas, ainsi qu'on eût pu s'y attetdre, à lui opposer Frédéric d'Autriche, bien que ce prince po.'tât le titre de roi des Romains. Il reprochait à Frédéric d'avoir méconnu les prérogatives apostoliques en ne demandait pas au saint-siège, depuis treize ans qu'il avait été élu

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