Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

avoir exprimé ces griefs, Louis rappelait les accusations dirigées contre le pape par les Spirituels et l'ordre des Frères mineurs. « Il ne s'est pas contenté d'usurper sur l'Empire temporel et sur les droits de notre couronne; il a osé s'élever contre Jésus-Christ et ses apôtres et combattre la doctrine évangélique de la pauvreté parfaite, qu'il s'efforce de renverser non seulement par sa vie scandaleuse et profane, mais par des doctrines émises dans des constitutions détestables, se déclarant par cela même hérétique manifeste, retranché du corps de l'Église et conséquemment déchu de toute prélature. » Le monarque terminait cette déclaration en demandant la convocation d'un concile général, auquel il appelait par avance de tout ce que le pape pourrait faire contre l'Empire et contre lui '.

A l'exemple du pontife qui avait adressé sa dernière bulle à tous les princes chrétiens, Louis fit répandre partout ce hardi manifeste et l'envoya jusque dans Avignon. C'était, comme on le voit, une répétition de la lutte de Philippe le Bel et de Boniface VIII. La France avait commencé; l'Allemagne suivait. Jean comprit qu'au point où était arrivé le conflit entre lui et l'empereur, de nouvelles sentences du saint-siège, si rigoureuses qu'elles fussent, demeureraient impuissantes. Il chercha alors à lui susciter des ennemis en Allemagne et poussa les souverains, de Bohème et de Pologne et d'autres princes à s'armer contre lui 3. Ainsi le pape, qui jadis s'était plaint à Philippe le Long que l'état troublé de

1. Baluze, Vitœ, t. II, p. 478-512. — G. Villani, 1. IX, c. 274. D'après un manuscrit de Vienne qui complète le texte de Baluze, il ne semble pas douteux que ce manifeste ne soit ddté du 22 mai 1324. D'un autre côté, Villani en place expressément la publication au mois d'octobre. Cette dernière date étant la seule qui paraisse convenir à la succession des faits, on peut penser que ce manifeste, rédigé d'avance en prévision des événements, n'aura effectivement été publié qu'en octobre. C'est l'unique manière, à nos yeux, de concilier ces deux dates qui ont donné lieu à de nombreuses discussions. Voy. à ce sujet l'ouvrage déjà cité de C. Muller, t. I, p. 354-359. On doit ajouter que, d'après Villani, la publication se serait faite dans une diète qu'il est seul à mentionner.

2. Raynald. anno 1324, n° 18; anno 1325, n° 8.

l'Europe fût un obstacle au recouvrement de la Terre sainte, non content d'avoir porté la guerre en Italie, l'excitait en Allemagne. Il fit plus; se fondant sur la prétendue vacance de l'Empire, il résolut de faire élire un autre roi des Romains. Son choix se porta sur le roi de France, Charles IV le Bel, qui entra dans ce dessein et eut, à ce sujet, une entrevue avec Léopold d'Autriche, l'un des frères de Frédéric, le vaincu de Mulhdorff t. A la suite de cette entrevue, un traité fut conclu, par lequel Charles s'engageait à verser des sommes déterminées aux princes qui favoriseraient son élection et à leur distribuer en outre diverses terres de l'Empire. Mais, quand le moment vint de procéder à l'élection, le pontife, qui avait envoyé un légat pour la préparer, se heurta aux plus vives résistances 2. Offensés que le chef de l'Église voulût leur imposer un maître, ceux des princes qui soutenaient Louis de Bavière se rallièrent plus étroitement à sa cause 3. De son côté, Louis, en vue de s'affermir en Allemagne, prit une mesure dont le pape chercha vainement à empêcher l'effet. Par une convention du mois d'avril 1325, il rendit la liberté à Frédéric d'Autriche, gardé jusqu'ici comme prisonnier, à la condition par lui de renoncer à l'Empire. Ce prince, qui avait craint pour sa vie, servit dès lors les intérêts de son ancien rival; et le pape dut, au moins pour le moment, renoncer au projet qu'il avait conçu, comme Charles à la fortune qu'il avait espérée 4.

Loin que des défections parussent se produire dans son parti, Louis voyait, au contraire, grossir le nombre de ses adhérents. Sa cour devint bientôt le refuge de tous ceux qui, à des titres divers, se disaient les ennemis du pape. Les anciens

1. L'entrevue eut lieu à Barsur-Aube, le 27 juillet 1324.

2. Ces résistances se manifestèrent à la conférence de Rense que le légat avait provoquée en vue de l'élection, et qui eut lieu vraisemblablement au mois d'octobre 1324.

3. Toute cette intrigue a été racontée on détail par M. A. Leroux dans l'ouvrage intitulé": Recherches critiques sur les relations politiques de ta France avec 1"Allemagne, p. 160-171; in-8°, Paris, 188-'.

4. Raynald. anno 1325, n° 1-4.

Spirituels, ceux des Franciscains conventuels qui avaient attaqué le plus vivement les constitutions du pontife sur la pauvreté parfaite, les Fraticelles, à l'occasion desquels ce débat avait été soulevé et qui prirent dès lors une plus grande hardiesse 1, se rendirent en foule auprès du monarque allemand. Ils l'animèrent de leurs rancunes, le séduisirent par leurs doctrines, qualifiant le Pape d'hérétique et d'antéchrist, disant que le saint-siège, et non l'Empire, était vacant, conjurant Louis d'abattre « la prostituée de Babylone » et le poussant aux mesures violentes 2. Instruit de ces menées, Jean crut en intimider les auteurs en flétrissant par une condamnation solennelle la mémoire de l'homme dont les Fraticelles et, avec eux, tant d'autres sectaires n'avaient cessé, depuis quelques années, d'invoquer les écrits. Il fit examiner le Commentaire de Pierre Olive sur l'Apocalypse par des théologiens, qui le déclarèrent hérétique et infecté de doctrines contraires au pouvoir du saint-siège et à l'unité de l'Église 3. Cette condamnation, prononcée le 8 février 1326, ne suffit pas au pontife. Comme le tombeau de Pierre Olive était, de la part de ses adeptes, l'objet d'un culte religieux, il ordonna d'exhumer les restes mortels qu'il renfermait et les fit brûler publiquement à Narbonne *. De telles sévérités n'étaient pas propres à calmer les passions. A cette foule de moines que le ressentiment avait conduits à la cour de Louis et qu'avaient suivis un certain nombre de clercs, vinrent se joindre des docteurs séculiers, hostiles par principe aux prétentions temporelles du saint-siège. Parmi ces derniers se trouvaient Marsile de Padoue, qui avait été recteur à l'université de Paris, et Jean de

1. Le P. Ehrle, dans l'étude intitulée Die Spiritualen, ihr Verhœltniss zum Franciscanerorden und zu den Fraticellen, a très justement établi que, dans les agitations religieuses de ce temps, les Fraticelles succèdent aux Spirituels et forment un parti qui n'apparaît au grand jour que depuis les débats de 1321. Voir, dans la llevue historique, année 1890, t. 43, p. 103-406, l'analyse substantielle qu'a donnée de ce travail M. Charles Molinier.

2. Christophe, La papauté au xiv* siècle, t. I, p. 350, 351.

3. Baluze, Miscell. t. II, p. 258 et ss.

4. Raynahl. anno 1325, n» 20. D'après d'autres témoignages, les restes de Pierre Olive furent transportés à Avignon et jotés dans le Rhône.

Jandun, son disciple et son ami. Comme Louis leur demandait quel motif les avait amenés vers lui : « Nous sommes venus, répondirent-ils, parce que notre conscience souffre des erreurs et des désordres que nous voyons dans l'Église, et que c'est à vous qu'il appartient de les réprimer; car l'Empire n'est pas soumis à l'Eglise; il subsistait avant qu'elle eût aucun pouvoir temporel, et, si l'Église a fait des lois contre l'Empire, c'est une usurpation que nous sommes, avec vous, déterminés à combattre »

Ce n'était pas uniquement par l'accusation d'hérésie portée contre le pape, ni par l'appel au concile général, que cette lutte semblait une répétition de celle qui avait eu lieu au temps de Boniface VIII. Comme à cette époque, se produisirent des écrits, dont les uns étaient favorables au saint-siège et les autres à l'Empire. Mais ce qui montrait que, dans l'intervalle, les passions avaient grandi, c'est que des deux côtés il y eut exagération. Ce même Marsile de Padoue, qui s'était rendu si résolument auprès de Louis de Bavière, était l'auteur d'un livre déjà célèbre, le Défenseur de la paix 2, où, contestant au pape les droits qu'il s'attribuait sur l'Empire, il l'attaquait tout à la fois dans son pouvoir temporel et dans son pouvoir spirituel. Abusé par les exemples que lui offrait, dans les siècles passés, la politique des empereurs à l'égard du saint-siège, il semblait, par quelques-unes de ses doctrines, subordonner l'Eglise à l'autorité civile, et méconnaître les tendances de son .temps, qui étaient bien plutôt de séparer la société laïque de la société religieuse. C'est ainsi qu'il déclarait qu'à l'empereur appartenait d'instituer le pape, aussi bien que de le punir et de le déposer; qu'il lui appartenait également de convoquer comme do dissoudre le concile général; que l'empereur seul, et non le pape ou qui que ce fût

1. Guil. do Nang. Chron. contin. anno 1326. Ce fut vraisemblablement dans l'été de 1326 que Marsile do Padoue et Jean de Jandun se rendirent auprès de Louis de Bavière. Voy. C. Millier, ouvrage cité, t. 1, p. 162.

2. Cet ouvrage, qui fut écrit en 1321, a été reproduit dans le t. II do la Monarchia de Goldats.

en son nom, avait droit de coercition à l'égard des hérétiques. Toutefois, en reconnaissant ce dernier droit à l'empereur, il n'entendait pas que les pouvoirs séculiers se fissent juges de l'hérésie; il voulait même qu'elle ne tombât sous leur juridiction que si elle éclatait en manifestations scandaleuses et contraires à la loi civile, et il ne laissait au sacerdoce, pour combattre l'erreur, que les moyens de persuasion. Se fondant sur le caractère de l'Église pour la retenir dans son rôle spirituel, il prétendait qu'elle ne pouvait exercer aucune puissance temporelle; mais il exagérait cette idée jusqu'à lui refuser le droit de posséder aucun domaine. Il s'élevait enfin contre la domination que le saint-siège s'arrogeait sur l'Église, et il énonçait à ce sujet les maximes les plus hardies. Il affirmait que l'Église de Rome n'avait aucun titre pour se considérer comme différente des autres Églises, et que saint Pierre n'avait pas reçu une autorité supérieure à celle des autres apôtres. « En vertu de l'institution de Jésus-Christ, disait-il, le pape, les évêques, les simples prêtres ont reçu le même pouvoir spirituel, et si l'un d'eux exerce en fait une plus grande autorité, c'est par l'effet d'une convention que les hommes ont établie et qu'ils peuvent modifier. » Tout en soutenant que le pape, ou, — pour user de ses termes, — l'évêque de Rome, n'avait aucun droit de s'intituler vicaire de Jésus-Christ, il ne laissait pas de lui reconnaître une certaine primauté. Mais il expliquait cette primauté en établissant que le pape n'était que le vicaire du concile général, à qui seul appartenait de définir le dogme et de fixer le sens des Écritures. « La principale fonction du pontife, ajoutait-il, est d'enseigner au clergé, et, par l'entremise du clergé, à l'ensemble des fidèles les degmes et l'Ecriture d'après l'interprétation qu'en adonnée le concile général » C'était décla

1. Voir un travail de M. A. Franck sur Marsile de Padoue, dans le Journal des Savants, mars 1883. Cf. du même auteur Les Réformateurs au moyenâge, p. 149-151. — Huillard-Bréholles, Vie de Pierre de la Vigne, p. 239-241. Voir aussi Pastor, Hisl. des papes (trad. F. Raynaud), t. I, p. 90 et suiv., Paris, 1888.

« ZurückWeiter »