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proposition était hérétique '. Jean le cita à comparaître, sans que l'audacieux docteur consentît à abjurer son opinion; et, pour la première fois, le chef de l'Église se vit accusé d'hérésie, non, il est vrai, ouvertement, mais d'une manière indirecte, par l'un des ordres monastiques qui s'étaient montrés jusqu'ici le plus dévoués au saint-siège.

Cependant le pontife ne perdait pas de vue les événements qui se passaient au delà des Alpes. Craignant que, si Louis de Bavière descendait en Italie, ce ne fût, avec la ruine du parti guelfe, celle de ses propres desseins, il chercha à lui fermer l'entrée de la péninsule. Dans ce but, il commença par lui contester le titre en vertu duquel il était intervenu en Lombardie. Le 9 octobre 1323, il publia une bulle dans laquelle, après avoir rappelé qu'à la chaire apostolique appartenait d'examiner l'élection du roi des Romains, il disait que, tant que cette électiou n'avait pas été approuvée par elle, il y avait un prince élu, mais non un roi; que néanmoins Louis avait pris le titre de roi des Romains, sans attendre que le saint-siège eût ratifié son élection; qu'en outre et au mépris de l'Église romaine, à qui étaient dévolus tous les droits de la puissance impériale durant la vacance de l'Empire, il avait osé exercer ces droits et exigé des vassaux de l'Empire, tant ecclésiastiques que séculiers, le serment de fidélité; qu'enfin il n'avait pas craint de se faire ouvertement le défenseur de Galéaz Visconti et de ses frères, ennemis de l'Église romaine et condamnés juridiquement pour crime d'hérésie. « En conséquence, ajoutait le pape, nous enjoignons à Louis de Bavière, sous peine d'excommunication, de se désister dans trois mois du gouvernement de l'Empire et de révoquer les actes dont il a pris induement l'initiative en qualité de roi des Romains; nous défendons de plus à tous évêques et autres ecclésiastiques, sous peine de suspension de leur office, à toutes villes et communautés, à toutes personnes séculières, de quelque condition ou dignité qu'elles soient, sous peine

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d'excommunication contre les personnes et d'interdit sur les terres, de lui obéir ou de lui donner assistance en ce qui regarde l'administration de l'Empire, nonobstant tout serment de lidélité qui aurait pu lui être prêté et que nous cassons par ces présentes '. »

Ce langage, qui rappelait celui dont s'étaient autrefois seryis les pontifes dans leurs luttes avec les empereurs, montrait combien peu Jean se rendait compte de la situation faite au saint-siège depuis la mort de Boniface VIII. La victoire remportée par Pbilippe le Bel sur la papauté était trop récente, pour que le souvenir n'en fût pas présent à l'esprit des princes. A la vérité, Louis de Bavière n'avait ni l'habileté ni l'audace persévérante de Pbilippe, et, en raison de la constitution politique de l'Allemagne, il était loin d'y posséder un pouvoir aussi solide que celui dont disposait le roi de France. Il se montra néanmoins résolu, comme lui, à ne pas souffrir l'ingérence du saint-siège dans ses affaires temporelles, et, à la suite d'une diète tenue à Nuremberg, le 18 décembre 1323, il publia un manifeste dans lequel il s'élevait hautement contre les déclarations du pontife. « La coutume observée de temps immémorial en Allemagne, y disait-il, est que le roi des Romains, une fois désigné par l'ensemble ou la majorité des électeurs et couronné ensuite aux lieux traditionnels, exerce les prérogatives attachées à ce titre, reçoive les serments de fidélité, confère les fiefs et distribue, comme il lui plaît, les charges et les dignités du royaume. Or il est notoire que nous avons été élu par la majorité des électeurs et couronné conformément aux traditions. C'est donc contre toute vérité que le pape nous accuse d'avoir usurpé le titre et les fonctions de roi des Romains. Il ne trahit pas moins la vérité en soutenant que l'Empire est vacant, puisque, depuis dix ans, nous en sommes en possession. Nous ne reconnaissons pas d'ailleurs que le saint-siège ait le droit d'examiner notre élection pour l'approuver ou la rejeler. Ce droit ne

1. Cette bulle eît tout entière dans Raynald. anno 1323, n° 30 33.

pourrait tout au plus appartenir au pape que si, à la suite de plaintes et par voie d'appel, l'afïaire de notre élection eût été déférée à son jugement, ou si nous lui avions demandé la couronne impériale et qu'il prétendit avoir de justes raisons de nous la refuser. Quant au reproche qui nous est fait d'avoir donné notre protection à Galéaz Visconti et à ses frères bien qu'ils fussent déclarés hérétiques, nous ne savons pas s'ils ont été en effet convaincus d'hérésie, mais nous avons quelque lieu de croire qu'on nomme rebelles à l'Eglise les hommes qui se montrent fidèles à l'Empire 1. »

Tel était le premier résultat de la lutte engagée inconsidérément par le pape. On déniait au saint-siège un droit que depuis deux siècles il s'était attribué, celui de se faire juge de l'élection du roi des Romains. Louis ne se borna pas à cet acte de protestation. Il fit répandre des libelles où l'on disait qu'en se réservant de confirmer ou de rejeter l'élection du roi des Romains, le pape annulait en fait le droit des électeurs; qu'en s'arrogeant la puissance impériale durant la vacance de l'Empire, il violait ouvertement les coutumes de l'Allemagne qui en attribuaient l'exercice au comte palatin du Rhin ; que toute sa conduite n'était inspirée que de la haine qu'il avait contre l'Empire, et qu'il ne se proposait d'autre but que de l'anéantir a. En même temps qu'il attaquait le pape par ces libelles, Louis envoyait des troupes en Italie pour soutenir les Gibelins. Le 28 février 1324, Galéaz Visconti et Marc, son frère, que secondaient les forces allemandes, infligeaient une entière défaite à Raymond de Cardone qu'ils emmenaient prisonnier à Milan 3. A cette nouvelle, Jean, alarmé, ordonna de prêcher la croisade contre les Visconti, en rappelant, dans une longue bulle, les divers crimes pour lesquels eux et leur père avaient été condamnés comme hérétiques et

1. Harzheim, Conc. germ. t. IV, p. 298-304. — Raynald. anno 1323, n° 34-36.

2. Raynald. anno 1324, n° 17. Jean écrivit au roi do Bohème et aux archevêques de Trêves, de Mayence et de Cologne, pour réfuter des accusations qu'il qualifiait de calomnies.

3. Murat. Annali. d'Ital. anno 1324

dont le plus grand à ses yeux était assurément de s'être montrés rebelles à la chaire apostolique '. Pour subvenir aux frais de cette croisade, il imposa une décime à toutes les églises de France. Le roi de France, qui était alors Charles IV le Bel, frère de Philippe le Long, s'opposa d'abord à la levée de cette décime. Mais le pape l'ayant autorisé à en lever une pour lui-même, il donna son adhésion. « Tel est aujourd'hui le misérable sort de l'Eglise, écrivait un contemporain; quand l'un la tond, l'autro l'écorche 3. »

Le jour où il ordonnait cette croisade, Jean, qui déjà une première fois, après la publication de sa bulle contre Louis de Bavière, avait assigné ce prince devant le saint-siège pour rendre compte de sa conduite, le citait de nouveau à comparaître 3. Mais, sans avoir égard à ces avertissements, le monarque allemand continuait à envoyer des secours aux Gibelins et nommait des vicaires impériaux dans les principales villes de Lombardie. Le pape se décida alors à exécuter ses menaces. Le 11 juillet 1324, il lança contre Louis une sentence par laquelle il le déclarait déchu de tous les droits que lui avait donnés son élection, et lui réitérait la défense de prendre le titre de roi des Romains et d'en exercer les folietons, sous peine, non plus seulement d'encourir l'excommunication, mais de se voir privé des fiefs et privilèges qu'il tenait de l'Empire ou de l'Eglise. Cette sentence fut notifiée à tous les princes chrétiens et publiée à la fois en France, en Angleterre, en Italie et en Allemagne. Encore le pape se réservait-il, par la même sentence, de frapper Louis de plus

1. Bulle du 23 mars 1324, Raynald. eod. ann. n° 7-12.

2. Gr. Chroniq. éd. P. Paris, t. V, p. 300. Le langage du chroniqueur est plus énergique. « Le pape, dit-il, envoia par toutes les provinces du royaume de France, afin que los églyses et les personnes d'églyse lui aidassent à parfaire ses guerres. Laquielle chose le roy deffendit...; mais le pape luy rescript; après, le roy considérant Donne m'en je t'en donrai, il octroia de l'igier, dont le papo luy donna le dixiesme des églyses à deux ans ensuivans ; et ainsi saincte églyse, quant l'un la tond, l'autre l'escorche. »

3. Monitoires des 7 janvier et 23 mars 1321. Raynald. ood. anno, n°" 3, 13. grandes peines, si, dans un délai déterminé, il ne faisait acte de soumission '.

Ce délai devait expirer au mois d'octobre. Loin de paraître disposé à se soumettre, Louis choisit cette date pour publier contre Jean XXII un nouveau manifeste, où il l'attaquait tout ensemble dans sa conduite politique, dans son administration spirituelle et jusque dans sa foi. « On rapporte, y écrivait l'empereur, qu'il dit ouvertement que, lorsque les rois sont divisés, le pape est vraiment pape et fait ce qui lui plaît. Il dit aussi que les divisions qui peuvent troubler l'Allemagne assurent la paix de l'Eglise et le salut du pontife. C'est sans doute par cette raison qu'il n'a pas envoyé de nonces en Allemagne pour empêcher les guerres qu'y avait fait naître une double élection, queiqu'il eût dans ces contrées plusieurs collecteurs chargés de recueillir de l'argent et auxquels il eût pu aisément confier cette mission, montrant ainsi, par une preuve évidente, qu'il agit contrairement aux préceptes du Christ dont il se dit faussement le vicaire. » Puis, reprochant au pape l'usage qu'il faisait de son autorité spirituelle : « Qui ne sait, ajoutait Louis, qu'il a conféré des évêchés et des abbayes dans nos États à des ecclésiastiques indignes et dont le seul titre à sa faveur était d'être ennemis de l'Empire? En Italie, il a, au mépris de toute justice, condamné comme hérétiques des hommes notoirement orthodoxes, et cela uniquement parce qu'ils nous étaient fidèles. Il nous traite nousmême de fauteur d'hérétiques parce que nous protégeons nos vassaux, tandis que, de son côté, il s'efforce de les soumettre par la voie des armes si contraire aux devoirs du sacerdoce. C'est lui le véritable auteur des div isions et des guerres qui troublent en ce moment la Lombardie; et c'est à fomenter ces guerres, c'est à répandre le sang que sont employées les sommes considérables qu'il se procure en Italie et en Allemagne au moyen de décimes qu'il double et qu'il triple et des annates qu'il tire de tous les bénéfices vacants. » Après

1. Rayn. anno 1324, n" 21-25.

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