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et de méme qu'après la mort de l'antéchrist ses partisans seront exterminés par les vrais ministres du Christ, ainsi, après la mort du pape Jean, seront exterminés par nous et les nôtres tous nos persécuteurs et révoquées les injustes sentences qui ont été prononcées contre nous ou plutôt contre le Christ, contre la perfection dont il a donné le modèle et contre son saint Evangile »

Abstraction faite de ce que ces rigueurs avaient de détestable, on put constater ce qu'à un autre point de vue elles avaient d'inconsidéré. Le supplice infligé aux quatre Spirituels de Marseille, au lieu d'abattre leurs partisans, ne servit qu'à les exalter davantage. Ils furent révérés comme des martyrs, non seulement par leurs coreligionnaires, mais par tous ceux, moines ou séculiers, qui, sous les noms de Fraticelles, Bizoques, Béguins, Frères du tiers ordre de saint François ou autres, partageaient leurs doctrines. De tous les rangs de ces sectaires de véhémentes protestations s'élevèrent contre la cour d'Avignon. On soutint que le pape, en livrant au feu comme hérétiques ces zélateurs de la pauvreté et de l'humilité chrétiennes, avait renié l'Évangile et était lui-même devenu hérétique; que dès lors il avait perdu toute autorité et que le siège apostolique pouvait être considéré comme vacant. On invoqua de nouveau le souvenir de Pierre Olive et l'on rappela son Commentaire sur l'Apocalypse. De nouveau on représenta l'Église romaine comme la grande prostituée de Babylone, et l'on annonça que les temps étaient proches où elle allait disparaître et être remplacée par une Église plus pure, ainsi que l'ancienne synagogue l'avait été par la primitive Égliseâ.

Loin que, rendu prudent par ces protestations, Jean essayât de la douceur pour ramener les esprits, il s'engagea davantage dans la voie des sévérités, et les mêmes châtiments qui avaient frappé les Spirituels furent déployés contre leurs par

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tisans. Pendant les trois années qui suivirent la mort des quatre frères de Marseille, à Narbonne, à Béziers, à Lodève, à Agde, à Maguclonne, à Marseille, et dans toutes les principales villes du midi de la France, les bûchers s'allumèrent1. Cette fois, les rigueurs furent efficaces, et la prétendue hérésie qu'elles avaient pour but de détruire disparut de ces contrées3. Ce fut à cette occasion qu'un inquisiteur de Carcassonne, Jean de Belna, écrivit un traité où, s'élevant contre les Spirituels qui contestaient au pontife le droit de supprimer leur ordre, il établissait « que quiconque n'acceptait pas les décrets du pape était hérétique et que, par le seul fait de désobéir au saint-siège, le chrétien le plus sincère retournait au paganisme3. » Cette maxime avait déjà été exprimée en termes identiques par Jean XXII dans la bulle où il condamnait ces religieux. Voilà comment dans cette Église, au sein de laquelle les principes s'étaient de plus en plus obscurcis, on était arrivé à définir l'hérésie . L'obéissance aux décrets du pape s'y confondait avec la foi elle-même, et c'était au nom de cette étrange doctrine qu'on menait les hommes à la mort.

1. Eymeric. loc. cit. — Baluze, Vitœ, t. I, p. 140, 169.

2. Baluze, ibid., t. I, p. 118.

3. « Peccatum paganitatis incurrit qui, dum se christianum esse asserit, sedi apostolicae obedire contemnit. » Baluze, Miscell. t. II, p. 274, 275.

II

JEAN XXII

1319-1326.

Les attaques dont, à peine élevé sur la chaire apostolique, Jean XXII avait été l'objet n'étaient que le prélude de plus graves hostilités qui allaient bientôt, aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine religieux, se produire contre lui et agiter dès lors toute la suite de son pontificat. Dans la première année de son avénement, en même temps qu'il avait confirmé au roi de Naples, Robert, les fonctions de vicaire impérial en Italie.il l'avait maintenu dans celles de sénateur de Rome, que ce prince tenait également de Clément V, et il l'avait nommé en outre « capitaine général de l'Etat ecclésiastique » Néanmoins le parti guelfe était loin d'avoir la prépondérance au delà des Alpes. Non seulement les droits temporels du pape n'étaient qu'à demi reconnus à Rome et dans les provinces pontificales; mais, depuis l'expédition de Henri de Luxembourg en Italie, les Gibelins dominaient au nord de

1. Raynald. anno 1311, n* 29. On sait que le vicariat impérial d'Italie ne comprenait en roalitî'' que la Lombanlic et la Toscane.

la péninsule et menaçaient d'étendre leur domination sur la Toscane. Ils avaient à ce moment pour principal chef l'audacieux Matthieu Visconti, que le dernier empereur avait institué son vicaire en Lombardie, et qui, secondé de ses cinq fils, non moins résolus et hardis, exerçait sur cette contrée une sorte de royauté Jean entreprit d'abattre dans la personne de ce chef redouté l'influence du parti gibelin et de relever du même coup en Italie l'ascendant politique du saintsiège. Lorsqu'il avait ordonné, sous peine d'anathème, à tous les vicaires impériaux nommés par Henri Vif de résigner leur mandat entre les mains de l'Église, Matthieu Visconti, docile en apparence aux injonctions du pontife, avait déposé le titre qu'il avait reçu de ce monarque. En réalité, il n'avait rien abandonné de son pouvoir, et, se rendant à la fois indépendant de l'Église et de l'Empire, il avait pris la qualification de « seigneur général de Milan », qualification que lui avaient confirmée les Milanais 2. C'était vainement que, pour s'opposer à ce qu'il regardait comme une usurpation, le pape avait frappé le chef gibelin d'excommunication et jeté l'interdit sur la cité de Milan 3. Il se décida alors à employer d'autres armes, et, au mois de juin 1320, le cardinal Bertrand du Poyet, escorté de huit cents cavaliers provençaux ou gascons, était envoyé au delà des Alpes pour y soulever contre Matthieu Visconti les villes guelfes, et le forcer tout ensemble à restituer la seigneurie de Milan et à reconnaître le roi de Naples comme vicaire impérial4.

1. « Era come uno grande re in Lombardia. » G. Villani. 1. IX, c. 109.

2. Bonicontr. Chron. Modoetiense. 1. II, c. 22, Murat, rer. ital., t. XII, p. 1112.

3. Annal. Mediotan., Murat, ibid. t. XVI, p. 696. Cf. Raynald. anno 1320, n* 12.

4. Raynald. anno 1320, n» 10. Cf. Annal, ilediolan. Murat, ibid. p. 698. L'auteur de ces Annales, qui écrivait, il est vrai, un siècle environ après ces événements, disait à cette occasion : « On ne saurait douter que cette entreprise du pape ne fut contraire à la justice. Outre que le chef de l'Église doit s'abstenir de toute guerre et ne s'occuper que des choses spirituelles, il n'est permis à personne d'envahir le bien d'autrui. Or Jean XII n'avait aucun droit But la cité de Milan. »

Cette mission confiée au cardinal Bertrand était appuyée d'une expédition dont le pontife attendait plus d'effet. A l'exemple de ses devanciers qui tant de fois avaient appelé l'étranger au secours de leurs desseins, il avait obtenu de Philippe le Long que son cousin, le comte de Valois, — le même qui devait plus tard régner en France sous le nom de Philippe VI, — descendît en Lombardie à la tête d'une armée '. Dante, qui, quelques années auparavant, avait salué avec espoir l'arrivée de Henri de Luxembourg en Italie, s'écriait à la nouvelle de ces préparatifs: « Les habitants de Cahors et de la Gascogne s'apprêtent à boire de notre sang. 0 commencement fortuné, faut-il que tu aboutisses à une si triste fin2 ! » Au mois de juillet 1320, Philippe de Valois entra en Lombardie. Il venait accompagné de sept comtes, cent vingt chevaliers bannerets et six cents hommes d'armes à la solde du saint-siège. En attendant d'autres corps qui se formaient en Provence, ce prince, à qui le pontife avait donné le titre de « subrogé vicaire impérial », devait rallier, avec les troupes du légat, celles que fourniraient les villes guelfes, et, après avoir réuni toutes ces forces, tomber sur les rebelles. Matthieu Visconti ne lui en laissa pas le temps. Avant méme que le cardinal eût reçu de premiers secours qu'avaient promis Florence et Bologne, il surprit entre Verceil et Novarre Philippe de Valois, qui, enveloppé par une armée supérieure, s'estima heureux d'acheter son salut par une capitulation et rentra en France sans avoir tiré l'épée3.

Privé de l'aide de la France, Jean chercha un autre appui. Jusqu'ici il s'était abstenu de prendre parti dans la querelle engagée en Allemagne entre Frédéric d'Autriche et Louis de Bavière, attendant que l'un et l'autro se soumissent à son jugement. Il sortit alors de cette neutralité, et, s'adressant à Frédéric, qui, plus faible que son compétiteur, semblait par

1. Annal. Mediolan. Murat, rer ital. t. XVI. p. 698.

2. Parad., chant xxvu.

3. Annal. Mediolan. loc. cit. — G. Villani, 1. IX, c. 109, 110.

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