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ropéenne, elle ne parut plus désormais qu'une institution au service de la France, et, en dépouillant cette universalité qui avait été l'un de ses caractères, elle se diminua encore aux yeux du monde.

Ce ne fut toutefois que peu à peu que le saint-siège se vit entraîné ainsi dans l'orbite de la France. Aucun des engagements qu'avait pris Clément V no pesait sur Jean XXII, et, à considérer les premiers actes de ce pontife, on eût dit que la papauté n'avait rien perdu de son autorité, non plus que de ses idées de domination. Dès l'année de son avénement, il envoya de tous côtés des légats, soit pour s'interposer dans les querelles qui divisaient alors la plupart des princes, soit pour revendiquer les droits du saint-siège là où ils étaient méconnus. Frédéric de Sicile, qui s'était allié avec Henri de Luxembourg, s'étant peu avant la mort do ce monarque emparé de la Calabre, Jean le somma de restituer cette province au roi de Naples, le menaçant, en cas de désobéissance, de le frapper d'excommunication et de mettre ses États en interdit Il menaça do même des foudres apostoliques le nouveau roi d'Ecosse, Robert Bruce, qui défendait contre le roi d'Angleterre, Edouard II, une couronne récemment conquise par les armes; et, signifiant à ce prince que ses droits à une souveraineté indépendante n'avaient pas été consacrés par le saint-siège, il lui refusait le nom de roi 3. A Edouard II il rappelait que son royaume était devenu, depuis Innocent III, un fief de l'Eglise romaine, et il exigeait de lui, à ce titre, un serment de vassalité que ni lui ni son père, disait-il, n'avaient prêté 3. Il mandait également à Louis de Bavière et à Frédéric d'Autriche de mettre fin à leurs discordes, et, les qualifiant l'un et l'autre de « roi élu des Romains, » leur faisait entendre par cela même que, tant que l'élection de l'un d'eux n'aurait pas reçu l'approbation pontificale, il considérait

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l'Empire comme vacant Se fondant sur ce principe, il confirmait au roi de Naples, Robert, les fonctions de vicaire impérial en Italie que lui avait déléguées Clément V 3. Il y a plus; au mois de mars 1317, il faisait afficher dans Avignon une bulle où, après avoir déclaré que l'administration de l'Empire vacant appartenait au pape, — à qui Dieu, disait-il, avait remis dans la personne de Pierre « le royaume du ciel et de la terre, » — il enjoignait à tous ceux qui en Italie avaient reçu des pouvoirs du défunt empereur de résigner ces pouvoirs sous peine d'excommunication et d'interdit, ajoutant que « quiconque continuerait à les exercer sans l'assentiment du saint-siège offensait par cela seul la majesté divine 3. »

Ce n'étaient là, à vrai dire, que de vaines prétentions; du moins les menaces spirituelles ne suffisaient-elles pas à les faire prévaloir, et, pour ne parler que de l'Allemagne, aucun des deux souverains élus ne voulut alors soumettre ses droits à la sanction du pontife *. Si, dans ses rapports avec les princes, Jean annonçait une fermeté et une hardiesse que Clément V n'avait montrées que quelque temps avant sa mort et seulement à l'égard de l'Empire, il ne l'imita que trop dans ses rapports avec l'Eglise, et on le vit tout d'abord s'engager dans ces abus et ces « trafics illicites » que signalait si amèrement le cardinal des Ursins. C'est de son pontificat que date l'usage outré do ces réserves, par lesquelles le saint-siège nommait directement aux dignités ecclésiastiques. Dès les premiers mois qui suivirent son élévation, il s'attri

1. Raynald. anno 131G, n° 10. Cf. Héfélé, Conc. t. IX, p. 483.

2. Juillet 1311. Theiner, Cod. dipl. dom. temp. t. I, p. 471, 472.

3. Raynald. anno 1317, n° 27, 28.

4. Héfélé, Conc. loc. cit. Le pape se plaignit même plus tard que ni Louis de Bavière, ni Frédéric d'Autriche n'eussent transmis le décret de leur élection à l'Église romaine, « ad quam exarninatio ac approbatio seu reprobatio electionis et personne cujuscumque in regem Romanorum eleeti pertinere dignoscitur. «Raynald. anno 1314, n° 24. Les originaux des deux décrets d'élection sont encore aujourd'hui, l'un à Munich et l'autre à Vienne. Voy. C. Muller, Der Kampf Ludwigs des Baieni mit der romischen curie, t. I, p. 28.

La Coun De Rome. — T. II. 24

buait expressément par un décret le droit de disposer non seulement des bénéfices mineurs, mais des prieurés, abbayes, évêchés qui viendraient à vaquer en « cour de Rome » ', nom sous lequel on continuait de désigner la cour apostolique. Il se donna d'ailleurs pour loi de ne ratifier presque aucune élection, se réservant de choisir lui-même le titulaire 3. Mais c'est surtout dans les moyens de mettre le clergé à contribution qu'il se montra peu scrupuleux. La coutume à laquelle avaient été peu à peu amenés les ecclésiastiques de verser, lors de leur entrée en fonctions, de l'argent en cour de Rome, était enfin devenue une règle qui fut désormais appliquée avec rigueur. Aucune lettre de provision ne fut délivrée qu'après versement d'une somme déterminée ou une promesse de paiement qui était, comme le paiement lui-même, consignée sur un registre spécial3. L'usage des annates, qui avait commencé sous Clément V, prit également une plus grande extension. Après s'ètre attribué, à l'exemple de ce pape, les revenus de la première année des bénéfices vacants en Angleterre 4, Jean, donnant pour motif « les nécessités du saint-siège »5, étendit cette mesure à tous les Etats dela catholicité {. Il en excepta toutefois les bénéfices majeurs. Mais cette exception elle-même tomba, et les archevêchés, les évêchés, les abbayes, aussi bien que les petits bénéfices, en un mot toutes les charges de l'Église furent soumises à l'annate7. Il advint ainsi que les ecclésiastiques nommés ou non en

1. Extravag. 1 I, lit. m, c. 4. Cf. Baluze, Vitse, t.1, p. 722.

2. G. Villani, 1. XI, c. 20. Cf. Gesta episcopor. Eichstetens. conlinuata, Pertz. ss. t. XXV, p. 595.

3. On donnait à cet impôt le nom de servitium. L'engagement de payer, comme le paiement lui-môme, était consigné sur un livre qu'on appelait le liber obligalionum et que l'on conservait dans les archives pontificales. C'est à l'aide de ce livre que les auteurs du Gallia christiana ont relevé les dates de la nomination des èvêques français à partir du xiv* siècle. Voy. Baluze, Miscell. t. I, p. 479. — Du Cange, au mot servitium. — Gallia Christiana. t. XIII. col. 38, 39, 233, 234, et passim.

i. Raynald. anno 1317, n° 49.

5. « Pro necessitatibus ecclesiai romanae. »

6. Extravag. 1. III. tit. H, c. 10, 11.

". Christophe, llist. de la papauté au xive siècle, t. II, p. 16, 17.

cour de Rome payerent une double taxe, l'annate et le servitium, nom de l'impôt exigé pour l'obtention de leur charge. Encore Jean eut-il un art particulier pour augmenter ces ressources. En 1317, alléguant, non sans quelque raison, que la population de certaines provinces ecclésiastiques était trop considérable pour qu'un seul métropolitain pût la gouverner utilement, il modifia la circonscription de nombre de diocèses et institua, avec de nouveaux archevêchés, des évêchés suffragants C'est ainsi qu'en France seulement il créa, cette année, douze sièges épiscopaux. Il avait soin en outre de ne jamais nommer à un évêché vacant, sans déplacer à cette occasion six ou sept éveques, ce qui nécessitait autant de promotions dont profitait le trésor pontifical 2. II procéda de même pour les petits bénéfices 3. Il est superflu d'ajouter que les grâces expectatives, les commendes, les exemptions, les dispenses et toutes les autres faveurs dont disposait le saintsiège, n'étant accordées que moyennant certaines taxes exigées du titulaire, étaient également pour le pontife une source de richesses 4.

C'était sans doute à ces déplorables trafics que Dante faisait allusion, lorsque, dans l'un des derniers chants de sa Divine Comédie, il représentait saint Pierre le visage étincelant de colère et s'écriant d'une voix terrible qu'il n'avait pas abreuvé de son sang l'Église du Christ pour qu'elle fût vendue à prix d'or 5. Jean ne négligeait pas au reste les moyens plus légitimes d'augmenter les revenus apostoli

1. Baluze, Vils, t. I, p. 135, 136. Voy. la bulle, en date du 25 juin 1317, par laquelle Jean érige en archevêché l'église épiscopale de Toulouse. Extravag. 1. III, tit. n, c. 5.

2. G. Villani, 1. XI, c. 20.

3. Il convient de noter qu'en cette même année, 1317, Jean publia la bulle Execrabilis quorumdam contre l'abus si commun de la pluralité des bénéfices (Baluze, ibid., t. I, p. 157). Mais il y a lieu de supposer que, sous une apparence de réforme, se cachait une combinaison financière.

4. Alvaro Pelaye, pénitencier du pape, dit notamment, au sujet des grâces expectatives, que les lettres qui les conféraient coûtaient aux titulaires 50 florins. De planclu ecclesiœ, 1. II, c. 8.

5. Parad. chant Xxvii.

ques. Indépendamment de la levée des décimes qui avaient été imposées par le concile de Vienne en vue de la croisade décidée contre les Infidèles i, il avait, au lendemain de son avénement, écrit en Angleterre, en Irlande, en Suède, en Norvège, en Danemark, en Pologne, pour exiger le tribut que, sous le nom de « denier de saint Pierre » le saint-siège y recevait autrefois de la piété des fidèles a. De même, en rappelant à Edouard II que l'Angleterre était feudataire de l'Église romaine, il avait réclamé, à titre de cens, un arrérage de vingtquatre mille marcs sterling, dont il est vrai que mille seulement furent acquittés par ce prince, qui se contenta de promettre le reste et sut en outre éluder la prestation du serment de vassalité 3. Le roi de Naples, Robert, avait également, à ce titre, payé deux mille onces d'or 4. Par tous ces divers moyens, Jean amassa un trésor qui, d'après les contemporains et à ne citer que les chiffres les plus modérés, s'élevait, à sa mort, à quinze millions de florins 5. Encore ce chiffre ne devait-il représenter que le trésor particulier du pape ; car les cardinaux avaient leur part dans lesreve

1. Le 10 avril 1318, le pape mandait à l'évêque d'Auxerre et à l'abbé de Saint-Denis, chargés de lever en France les décimes imposées par Clément V pour la croisade, de prêter sur ces décimes 100,000 florins à Philippe le Long et d'envoyer le reste à Avignon. Archives nationales, à Paris, L 298, n» 14.

2. Raynald. anno, 1317, n° 4!). Voir, ibid., la lettre adressée à ce sujet par le pape au roi de Suède, et qui est datée du mois de février do cette année.

3. Raynald. anno 1317, n°' 24, 23 ; 47, 48.

4. Id. anno 1316, n» 5.

5. Villani, loc. cit., compte 25 millions, dont 18 en or monnayé et 7 en joyaux et autres objets précieux ; Galv. de Flamna (Murat, rer. ital. t. XII, p. 1009) compte 22 millions sans y comprendre les joyaux; Albert de Strasbourg (Chron. ap. Urstisius, t. II. p. 123), ordinairement bien informé, compte 11 millions, et Ruonconte Monaldeschi (Murat, ibid. p. 537), 15 millions. Ces deux derniers semblent n'avoir eu en vue que l'or monnayé. Parlant des chiffres donnés par Villani, M. Maurice Faucon, qui a compulsé les registres de dépenses de la cour d'Avignon, estime ces chiffres acceptables en ce qui regarde les joyaux et les autres objets de prix {Librairie des papes d'Avignon, t. I, p. 40, note 3, Thorin, 1880). D'après cela, Villani, Albert de Strasbourg et Monaldeschi seraient presque d'accord sur la quantité d'or monnayé. Mais les éléments font défaut pour contrôler l'exactitude de ces évaluations.

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