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tions, n'attestent que trop l'incurie de son pontificat. Il n'y a pas eu de bénéfice un peu considérable qui n'ait été cédé à prix d'argent ou donné à la faveur. Et que d'abus, de prévarications je m'abstiens de rappeler! Ces désordres sont connus de tout le monde, et le mécontentement serait général si, ce qu'à Dieu ne plaise, on désignait un pape qui ressemblât à celui-là. Nous désirons un pontife de sainte vie, qui, tout en étant dévoué à vous et à votre royaume, ne laisse pas déserts les sanctuaires des Apôtres; qui témoigne de son zèle pour la Terre sainte, non par des discours trompeurs, mais par d'efficaces mesures; qui n'enrichisse pas ses proches des dépouilles de l'Eglise; qui réforme les abus, bannisse la simonie et tous ces trafics illicites qui ont eu cours jusqu'ici; qui se montre enfin par ses œuvres le digne vicaire de JésusChrist, sans quei la foi périra et l'Église avec elle'. »

Tel était le jugement qu'un membre du sacré collège portait sur le dernier chef de l'Église. Inexact en ce qui concernait les rapports de Clément avec le roi dé France, il n'était, sur le reste, que trop conforme à la vérité. Encore était-il injuste d'imputer uniquement à ce pontife des abus qui lui étaient communs avec plus d'un de ses devanciers et dans lesquels les cardinaux eux-mêmes avaient leur part de responsabilité. Avec Napoléon des Ursins, plusieurs autres cardinaux avaient sollicité également l'intervention de Philippe le Bel. Ce monarque, dans sa réponse, les exhorta à se réunir à Lyon, comme étant un lieu plus convenable pour l'élection et où, disait-il, ils seraient plus en sûreté; il ajoutait que si, par suite de leurs divisions, deux papes étaient nommés, il n'en reconnaîtrait aucun, jusqu'à ce que le choix de l'un d'eux fut ratifié par un concile général2. Un schisme eût en effet contrarié la politique de Philippe. Nul doute que, sans l'avouer ouvertement, il ne voulût un pape français et dis

1. « Alioquin fides et Ecclesia est submersa. » Baluze, Vide, t. II, p. 289-292.

2. Baluze, ibid. p. 293-297.

posé, comme Clément, à résider en France; et il est vraisemblable que, par son influence ou au besoin par la contrainte, il en eût bâté la désignation, quand il vint à mourir le 29 novembre 1314.

Tandis que la vacance du saint-siège menaçait ainsi de se prolonger, on procédait en Allemagne à l'élection d'un nouveau roi des Romains. Non moins divisés entre eux que l'étaient les membres du sacré collège, les princes ecclésiastiques et séculiers de l'Allemagne étaient restés plus d'une année, après la mort de Henri de Luxembourg, sans lui donner de successeur. A la fin, faute de pouvoir s'accorder, ils partagèrent leurs suffrages entre un petit-fils de Rodolfe de Habsbourg, Frédéric, duc d'Autriche, et Louis, duc de Bavière l. Elus, l'un et l'autre, en octobre 1314, ils furent couronnés dans le mois même où expirait Philippe le Bel, le premier à Bonn de la main de l'archevêque de Cologne, le second à Aix-la-Chapelle de la main de l'archevêque de Mayence. De cette double élection naquit une guerre civile, qui, pendant sept années, devait agiter l'Allemagne 2. C'était la deuxième fois, depuis la mort de Rodolphe, que la succession à l'Empire se décidait sans la participation du saint-siège.

Les cardinaux eurent du moins la sagesse d'épargner un schisme à l'Eglise; mais ils furent plus lents à se résoudre. Louis X le Hutin, qui avait succédé à Philippe le Bel, partageait sans doute les idées du feu roi sur le choix du futur pape; et, dès les premiers jours del'année 1315, l'évêquedeSoissons et deux autres ambassadeurs se rendaient en son nom auprès des cardinaux pour les presser de donner un chef à l'Église3. Au dire d'un contemporain, le roi de Naples, Robert, qui, comme le roi de France, était intéressé à l'élection, intervint également 4. Ces démarches furent inutiles, et les membres

1. Frédéric fut élu roi des Romains le 19 octobre 1314, et Louis le 20, Zeller, Hist. d'Ailem. t. VI, p. 282,283.

2. Zeller, Ibid., p. 284,285.

3. Guil. de Xang. Chron. contin. anno 1314.

4. Ferr. Vicent., Murat, rer. ital. t. IX, p. 1166.

du sacre collège demeurèrent encore toute une année dans la même inaction. L'on avait été si souvent témoin de ces vacances pontificales, qu'elles ne produisaient plus cet étonnement, mêlé d'indignation, que les premières avaient causé. Elles ne laissaient pas, comme on le pense, de nuire, dans les esprits, à la considération du saint-siège. Louis X se détermina enfin à envoyer vers les cardinaux, non plus des ambassadeurs, mais son propre frère, Philippe le Long, comte de Poitiers. Ce prince réussit, non sans difficulté, aies attirer à Lyon, après s'être engagé par serment à ne pas les tenir enfermés en conclave. Ils ne s'entendirent pas davantage, et Louis X mourut 1 sans qu'un pape fut nommé. Philippe le Long, appelé à Paris comme régent du royaume, — titre qu'il allait bientôt échanger pour celui do roi, — ne voulut pas s'éloigner de Lyon avant d'avoir assuré l'élection du pape. Ses conseillers lui disant qu'il n'était pas obligé d'observer un serment contraire aux intérêts de la foi, il fit venir les cardinaux dans un des couvents de la ville, et, quand ils furent rassemblés, il leur signifia qu'ils n'en sortiraient pas jusqu'à ce qu'ils eussent donné un pasteur à l'Église; il remit ensuite au comte de Forez la garde du conclave et partit pour Paris3. Cette mesure énergique eut le résultat qu'il en avait attendu. Après quarante-huit jours de clôture, les membres du sacré collège se décidèrent à porter leurs suffrages sur le cardinal Jacques d'Euse, originaire de Cahors, qui prit le nom de Jean XXII. Il y avait alors deux ans, trois mois et dix-sept jours que le saint-siège était vacant.

Élu le 7 août 1316, le nouveau pontife fut couronné à Lyon le 5 septembre suivant. Très instruit pour son temps, moins éclairé cependant sur la théologie que sur le droit et la médecine, plus apte, comme on l'a dit, à conduire une université

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qu'à gouverner l'Église prétendant toutefois diriger la catholicité, dur, impérieux, opiniâtre, d'ailleurs étroit dans ses idées et par dessus tout intéressé et avide, Jean était capable, par certains côtés de son caractère, de restituer en apparence au saint-siège quelque chose de son autorité, mais non de le relever du discrédit où il était tombé et qu'un aussi long interrègne n'avait pu qu'aggraver 2. C'est de son avénement que date, à parler exactement, la résidence des papes à Avignon, résidence qui jusqu'ici n'avait rien eu de délinitif. Un mois environ après son couronnement, il se rendit en cette ville 3, s'installa dans le palais épiscopal et s'y enferma de telle sorte que, durant un pontificat de plus de dix-huit années, il n'en sortit que pour aller à l'église cathédrale qui lui était contiguë4. En se décidant à demeurer en France, Jean n'obéissait pas seulement au désir de la majorité des cardinaux; comme Clément V, il fuyait le séjour troublé de l'Italie, où, les Gibelins s'étant enhardis depuis l'apparition qu'y avait faite Henri de Luxembourg, le désordre s'était encore accru. Dès lors commença pour la papauté ce long exil que les Italiens ont appelé improprement la Captivité de Babylone, exil tout volontaire et dans lequel elle trouva en effet, au moins pour un temps, la sécurité qu'elle cherchait; mais, en s'éloignant de Rome qui avait été son berceau et où, d'après les traditions, reposaient les restes sacrés des Apôtres, elle se priva imprudemment de l'appui qu'au milieu de son abaissement elle eût emprunté à ces souvenirs.

Au nombre des vœux que, dans sa lettre à Philippe le Bel, avait exprimés le cardinal Napoléon des Ursins, était celui que le successeur de Clément V se montrât dévoué à la cou

1. Hist. littér. t. XXIV, p. 15, 16.

2. D'après la plupart des historiens, Jean XXII serait le fils d'un savetier. Voy., dans la Revue des questions historiques, année 1876, un article de l'abbé Martin qui conteste cette assertion et qui, d'après le témoignage du chroniqueur Albert de Strasbourg, le fait descendre d'une famille de chevaliers.

3. Il y arriva le 2 octobre 1316.

4. Christophe, Hist. de la papauté au xiv° siècle, t. I, p. 291.

ronne de France. Ce fut le seul que Jean réalisa. A peine établi dans Avignon, il fit une promotion de huit cardinaux dont sept étaient français et auxquels bientôt il en ajouta sept autres de la même nation 2. Ce serait néanmoins une erreur de croire que, par le fait de sa translation en deçà des Alpes, le saint-siège fût tombé, comme on l'a dit, dans la sujétion des rois de France. L'exemple de Philippe le Bel, frappant de loin Boniface VIII, n'avait-il pas prouvé qu'en quelque lieu que résidât le chef de l'Église, un prince audacieux et puissant était capable de l'y atteindre? L'indépendance de la papauté, ainsi qu'en témoignait tout le cours de son histoire, ne tenait pas au lieu où elle habitait, mais au sentiment qu'elle avait de sa mission et au respect que, parce sentiment même, elle savait imprimer dans l'esprit des peuples. Ce qui est vrai, c'est que se sentant alors affaiblie en Europe, n'espérant presque plus rien de l'Italie, qu'elle était impuissante à dominer, ni de l'Allemagne qu'elle avait abattue, elle ménagea dans la France le seul État dont elle pût obtenir, au besoin, une protection efficace. Mais cela même la conduisant à se faire l'alliée de ses rois, à servir leurs desseins, à remplir le sacré collège de cardinaux français 3, tandis qu'il était dans les traditions que toutes les nations y fussent représentées, elle ne tarda pas à devenir française par sa politique, ainsi que, depuis Clément V, elle l'était par ses origines ; au lieu d'être comme jadis une institution eu

1. 17 décembre 1216. Le huitième de ces cardinaux était italien.

2. Cette seconde promotion de cardinaux eut lieu le 19 décembre 1320.

3. En décembre 1327, Jean fit une troisième promotion de dix cardinaux, dont six français. Au mois de mai 1331, Jean écrivait à Philippe VI de Valois qui lui avait demandé de nommer deux nouveaux cardinaux français: « Circumspectionem regiam volumus non latere quod jam xx cardinales, de quibus xvn (lisez xm) de regno Franciœ originem traxisse noscuntur, existant in collegie. » Raynald anno 1331, n° 33. Cf. Baluze, Vitse, t. I, p. 736. Il n'est pas sans intérêt de noter que déjà depuis longtemps le sacré collège ne comptait plus de cardinaux allemands. ;A partir du pontificat d'Honorius III, sous lequel on trouve encore deux cardinaux de cette nation, Conrad d'Urach et Olivier de Paderbon, il n'y en eut plus jusqu'à l'époque du grand schismo en 1379, où Urbain VI, répudié par la France, appela quelques allemands à la dignité de cardinal.

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