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tre Philippe le Bel, l'espoir de raffermir avec les forces unies de Henri VII et du roi de Naples un pouvoir temporel ébranlé par les factions, avaient porté Clément à se départir, sur ce point, des vues de ses prédécesseurs. Toutefois, se disant empêché par les affaires du concile, il avait résolu de ne pas aller lui-même à Home, et il avait délégué cinq cardinaux chargés de présider, à sa place, aux cérémonies du couronnement. Dans la lettre où il leur confiait cette mission, le pontife écrivait ces mots, qui rappelaient le langage exagéré de certaines bulles de Boni face, et qui, s'ils n'étaient pas de sa part une vaine témérité, montraient combien il se faisait encore illusion sur le rôle du saint-siège à l'égard des princes : « Jésus-Christ, le roi des rois, disait-il, a donné à son Eglise une dignité d'un si incomparable éclat et lui a attribué en même temps une telle plénitude de puissance, que son concours est nécessaire à l'élévation des plus grands princes et que c'est à elle qu'il appartient de consacrer leur autorité, comme ils ont eux-mêmes le devoir de lui obéir et de la servir 1.»

Supérieur par la fermeté, le courage, par la magnanimité des sentiments aux derniers souverains qui l'avaient précédé, Henri ne venait pas en Italie avec l'unique dessein de ceindre le diadème; il avait annoncé l'intention de relever en deçà des Alpes la puissance impériale, moins dans des vues d'ambition que pour éteindre les factions et rétablir la paix, et Clément, intéressé lui-même à cette œuvre de pacification, avait fait savoir au monarque qu'il attendait de son intervention cet heureux résultat 2. Le spectacle des provinces du nord et du centre de la péninsule, devenues presque partout la proie de petits tyrans, inspirait alors à l'auteur de la Divine Comédie, qui, victime lui-même de la violence des partis, avait été exilé de Florence, sa patrie, ces paroles élo

1. 18 juin 1311. Raynald. eod. anne, n» 7-18. Dans cette lettre, le pape indiquait, avec un minutieux détail, les diverses formalités auxquelles devait se soumettre le futur empereur lors de son couronnement.

2. Raynald. anno 1310, n» 15.

La Cour De Roue. — T. II. 23

quentes : « Ah! Italie esclave, habitation de douleur, vaisseau sans nocher dans une affreuse tempête, loi qui fus la souveraine des peuples, qu'es-tu devenue? Aujourd'hui une guerre implacable divise les habitants de tes contrées, et ceux que les mêmes murailles protègent se dévorent les uns les autres. Cherche, infortunée, cherche autour de tes rivages, et vois si dans ton sein il est une seule de tes provinces qui jouisse des bienfaits de la paix I 1 » Tels étaient les funestes désordres qu'avaient produits les longues guerres du sacerdoce et de l'Empire. C'était vainement que Ies papes avaient, à diverses reprises, tenté de mettre un terme à ces violences, et les hommes généreux qui, comme Dante, plaçaient le bien commun des peuples au-dessus du triomphe des partis, n'espéraient plus que des empereurs la réalisation de leurs vœux. Lui-même, de guelfe qu'il avait été d'abord, avait été entraîné, au spectacle de tant de maux que l'Église était impuissante à guérir, à se faire gibelin. Il reprochait comme un crime aux deux derniers empereurs de s'être montrés insensibles aux souffrances de l'Italie, et, s'adressant dans son poème à Henri de Luxembourg: « Hâte-toi, lui disait-il; viens délivrer tes fidèles de l'oppression sous laquelle ils gémissent, viens voir ta ville de Rome, veuve et délaissée, qui pleure, qui t'appelle nuit et jour et s'écrie : 0 mon César, pourquei m'as-tu abandonnée 2? »

Les vœux de l'auteur de la Divine Comédie semblèrent d'abord au moment d'être exaucés. La plupart des villes de la Haute Italie envoyèrent des députés à Henri, qui, nommant pour chacune d'elles des vicaires impériaux et distribuant les dignités et les fiefs, chercha à réconcilier les partis, à dissiper les haines, et ce fut comme en triomphe qu'il alla, conformément aux traditions, recevoir à Milan la couronne des anciens rois lombards Mais les rivalités ne tardèrent

1. Purgat. Chant vi.

2. Ibid.

3. 6 janvier 1311. Zeller, Hist. d'Allem. t. VI, p. 274.

pas à se réveiller. Par cela même que sa présence donnait de la force aux Gibelins, les Guelfes se crurent menacés. Se défiant des dispositions pacifiques du monarque, craignant qu'en réalité il ne fut venu en ennemi, ils entraînèrent dans une ligue contre lui le roi de Naples, Robert, qu'ils regardaient comme le chef de leur parti et à qui ils avaient communiqué leurs défiances. Tandis qu'en Lombardie ils repoussaient de leurs cités les vicaires impériaux et se préparaient à fermer leurs portes sur le passage du souverain, ils organisèrent à Florence et à Rome une énergique résistance. Contraint malgré lui à la guerre quand il croyait apporter la paix, Henri, après avoir soumis quelques villes rebelles de la Haute Italie, gagna Gènes, ensuite Pise, d'où, évitant de s'engager dans l'intérieur de la Toscane et longeant la mer, il parvint sous les murs de Rome Il lui fallut livrer un combat pour entrer dans l'antique cité. Les Guelfes, que commandait un frère du roi de Naples, Jean, prince d'Achaïe, s'étant rendus maîtres de la basilique de Saint-Pierre et de la rive droite du Tibre, il dut pénétrer par la rive gauche et, contrairement aux usages, ceindre la couronne dans l'église de Latran. La cérémonie s'accomplit, le 29 juin 1312, au milieu des troubles. Henri renouvela, devant les cardinauxlégats, les engagements qu'il avait pris à Lausanne envers le pape et le saint-siège2. Sans s'arrêter dans Rome et résolu cette fois non plus à pacifier l'Italie, mais à y dompter les Guelfes, ennemis de l'Empire, il s'apprêta aussitôt à marcher contre Florence, pour se porter ensuite sur l'Italie méridionale et y atteindre le roi de Naples au sein même de ses États.

Ainsi avorta une expédition dont les amis de l'Italie avaient attendu de si heureux effets. Clément, qui, au début, s'était

1. Pour les détails de l'expédition en Italie, voir Relatio de ilinere italico Henrici Vil dans Baluze, Yilx papar. avenion, t. II, p. 1143 et ss. Cf. Gregorovius, Storia di Roma, t. VI, p. 34-71.

2. Raynald. anno 1312, n" 40, 41.

flatté de réunir par une solide alliance Henri de Luxembourg et le roi de Naples et espérait de cette alliance l'affermissement de son pouvoir temporel et la fin des factions, voulut empêcher des hostilités qui renversaient ses projets. Il manda aux cardinaux d'imposer la paix ou tout au moins une trève aux deux princes, alléguant que l'un et l'autre s'étaient engagés envers l'Eglisa romaine par un serment de fidélité Cette allégation imprudente n'était pas pour apaiser un monarque déjà irrité des résistances qu'il avait rencontrées en Italie. Protestant contre ce qu'il appelait une erreur du pontife ou un mensonge de ses scribes, il déclara par un acte public que, si le roi de Naples était en effet le vassal du saintsiège, il n'était, quanta lui, que le protecteur de l'Eglise romaine; qu'il ne s'était engagé envers qui que ce fût par un serment de fidélité, et que jamais aucun des empereurs qui l'avaient précédé n'avait prêté un semblable serment3. Conformément à ses résolutions, il se porta contre Florence, qui, secourue par les autres villes guelfes, se défendit avec opiniâtreté et dont, faute de forces suffisantes, il ne put se rendre maître. Obligé de lever le siège3, il appela d'Allemagne de nouvelles forces, s'allia avec Frédéric de Sicile, et, secondé des flottes gibelines de Pise et de Gènes, il se prépara à envahir le royaume de Naples, après avoir publié un édit qui destituait Robert, comme traître et rebelle à l'Empire, « de tous ses États, honneurs et dignités4. » C'était outrepasser les attributions impériales, le monarque ne pouvant rendre celte sentence qu'à titre de suzerain du comté de Provence que possédait Robert. Le pape, à l'instigation du roi de France, prenant parti à son tour, publia uno bulle par laquelle était

1. Baluze, Vilm, t. II, p. 1206.

2. Lettiv! de Henri VII aux cardinaux, ao'it 1312. Theiner, Cod. dipl. dom. temp. t. I, p. 458.

3. 31 octobre 1312.

4. 2G avril 1313, Pertz, Leg. t. IV, 545. L'édit est daté de Pise, où il était allô le 10 mars et où il séjourna jusqu'au 8 août. Ln 12 f;vrier,il avait déjà déclaré Robert ennemi de l'Empire.

frappé d'excommunication quiconque, empereur, roi ou autre, entrerait à main armée dans le royaume de Naples, fief de l'Église romaine'. On allait peut-être voir renaître les luttes du sacerdoce et de l'Empire, quand Henri fut surpris par la mort à Buenconvento, non loin de Sienne, le 24 août 1313.

Cependant Clément n'avait pas épuisé la somme de ses complaisances envers Philippe le Bel, et, dans le temps même qu'il lançait contre l'empereur cette menace d'excommunication, il faisait au roi de nouvelles concessions. Le 5 mai de cette année, accomplissant une promesse qu'il lui avait faite lors de son couronnement à Lyon, il prononçait dans l'église cathédrale d'Avignon la canonisation de Célestin2, canonisation que Philippe n'avait sollicitée que pour flétrir par une suprême injure la mémoire de Boniface. Encore Clément pouvait-il alléguer que les vertus de Célestin étaient dignes de cet hommage. Il donna une preuve moins excusable de complaisance et par laquelle on est en droit de dire qu'il se déshonora. Bien qu'au concile do Vienne il se fût réservé de traduire à son propre tribunal le grand maître des Templiers, il permit que Jacques de Molay fût jugé à Paris par une commission de cardinaux et d'évêques dévoués au roi3, et le grand maître, dans la personne duquel Philippe avait voulu condamner en quelque sorte l'ordre tout entier, périt sur le bûcher. Tel fut lo dernier épisode de cette lugubre tragédie des Templiers. Ce même pape, qui, aux dépens de son honneur et de celui du saint-siège, se montrait si faible devant le roi de France, se souvint pourtant de l'autorité qu'il laissait se perdre entre ses mains, et, vers la fin de cette année, il publia, sur les rapports de l'Eglise romain»! et de l'Empire, deux constitutions des plus hardies. Dans la première de ces constitutions, qui était, disait-il, un avertissement aux futurs rois des Romains et aux futurs empereurs, il déclarait que les

1. 12 juin 1313. Raynald. eud. anno, n° 20, 21.

2. Raynald. anno 1313, n° 40.

3. Les lettres du pape au sujet de cette commission sont de décembre 1313. Raynald. eod. anno, n° 39.

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