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comme une dépendance de l'Empire, et sans doute il comprit alors la faute qu'il avait commise en tolérant la réunion des deux couronnes de Sicile et d'Allemagne. Mais, quand il vit le monarque, par cet appel au contingent du duché de Spolète, agir en souverain direct des Etats de l'Eglise, il sortit de son silence . Cet empiétement hardi sur les droits du saint-siège lui Ht craindre des usurpations plus graves. Coup sur coup, il adressa à l'empereur deux lettres véhémentes, dans lesquelles, lui reprochant de tralvr ses serments envers l'Église romaine, et lui rappelant de quelle manière Dieu avait puni Frédéric Barberousse et Henri VI qui s'étaient rendus coupables des mêmes témérités, il l'exhortait à ne pas s'exposer à un semblable châtiment et lui signifiait que, s'il ne cessait d'attenter aux droits apostoliques, il n'hésiterait pas à le frapper d'anathème

Frédéric ne voulut pas affronter une sentence dont les effets eussent pu nuire au succès de son expédition en Lombardie. Mais, arrêté par Honorius dans ses entreprises sur' l'Italie centrale, il le fut par les Lombards dans ses entreprises sur la Haute Italie. Les villes guelfes du nord de la péninsule s'étaient émues de l'approche de l'empereur. Se concertant pour défendre leurs libertés, Milan, Brescia, Bologne, Mantoue, Padoue, Vicence, Trévise renouvelèrent, pour une durée de vingt-cinq ans, cette ancienne ligue lombarde qui déjà plusieurs fois avait tenu l'Empire en échec, et que Faenza, Alexandrie, Verceil, Lodi, Bergame, Turin fortifièrent bientôt de leur adhésion3. Leurs milices gardèrent les passages des Alpes par lesquels les Allemands devaient descendre en Italie, et, en empêchant la jonction du roi des Romains Henri avec l'empereur, firent avorter la diète de Crémone. Sans qu'il y eût entente entre le saint-siège et les villes confédérées, ces mêmes cités, qui jadis s'étaient séparées d'Innocent III pour soutenir Otton, se trouvaient ainsi

1. Lettres du pape à Frédéric en avril et mai 1226, Hist. dipl. t. II, 552, 589.

2. Mars 1226. Sigonius, De regno Italiœ, 1. XVII, p. 33.

La Cour De Rome. — T. II. 3

amenées par leurs intérêts à se rapprocher d'Honorius pour combattre Frédéric. Le souverain irrité mit les cités confédérées au ban de l'Empire et les déclara déchues des privilèges que son aïeul Barberousse leur avait reconnus par le traité de Constance Obligé toutefois de renoncer à son expédition, il ne tarda pas à regagner le royaume de Sicile. Avec une apparente modération, il demanda au pape de s'interposer comme arbitre entre lui et les Lombards, s'engageant par avance à ratifier la décision qu'il croirait devoir prendre « pour l'honneur de l'Église et de l'Empire5. » Il fit plus. A diverses reprises, oubliant ses promesses de ne pas intervenir dans les élections ecclésiastiques, il avait prétendu, malgré les réclamations d'Honorius, nommer lui-même à plusieurs évêchés vacants du royaume de Sicile 3; il admit alors à ces sièges des prélats que le pape y désigna il'autorité 4. Enfin, comme s'il eût résolu cette fois et sans remise d'accomplir son voyage outre-mer, il pressa des deux côtés des Alpes le rassemblement des croisés pour la date fixée par la convention de San Germano 5.

Par ces marques de condescendance, Frédéric se flattait sans doute d'obtenir l'appui d'Honorius contre les Lombards. Il se trompa. Le pontife, dans la sentence arbitrale que, le S janvier 1227, il rendit entre l'empereur et les cités lombardes, montra qu'à défaut de ressentiments il gardait des défiances. Comme s'il ne se fût agi que de rétablir une paix nécessaire à la croisade, il décida que Frédéric retirerait ses édits et que, de leur côté, les villes confédérées, renonçant à toute mesure hostile contre l'empereur, lui fourniraient, pendant deux ans, quatre cents hommes d'armes pour la Terre

1. 11 juillet 1226, Hist. dtp/, t. Il, p. 641-647.

2. 29 août 1226. lbid., t. II, p. 675 677. Cf. une autre lettre de Frédéric au pape, du 17 novembre, ibid., p. 691-093.

3. Voir, à ce sujet, trois lettres d'Honorius des 21 août 1221, 27 juin 1223, et 25 septembre 1225. Ibid., t. II, p. 200, 201, 384-386, 522-523.

4. « Tune praelati omnes quos papa creaverat... in suis ecclesiis recipiuntur. » Ricc. de S. Germ. auno 1226.

5. 1" octobre 1226. Hut. dipl. t. II, p. 678 080.

sainte1. Non seulement il ne disait rien, dans cette sentence, des droits de l'Empire sur la Lombardie; il laissait subsister une ligue qui pouvait, au besoin, devenir un secours pour le saint-siège. Bien que ces défiances ne pussent échapper à Frédéric, il accepta la décision du pape et révoqua ses édits 2. Il se prépara dès lors ostensiblement à la guerre contre les Infidèles 3, et il y a lieu de croire que cette fois il était sincère. De nouveau, le pontife, par une encyclique, mit sous la protection de l'Église l'empereur, son fils Henri, l'Empire et .le royaume de Sicile 4. Néanmoins les entreprises de Frédéric sur l'Italie n'étaient qu'ajournées. Mais le conflit inévitable qu'elles allaient soulever entre le saint-siège et l'Empire ne devait pas éclater sous Honorius. Après un pontificat de dix ans et huit mois, et lorsqu'il croyait voir enfin se réaliser ses vœux au sujet de la Terre sainte, ce pape s'éteignit à Rome, le 18 mars 1227.

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II

GRÉGOIRE IX.

1227-1241.

Éclairés par les derniers événements, les membres du sacré collège n'avaient pas été sans se rendre compte des périls auxquels la faiblesse d'Honorius avait exposé les intérêts du saint-siège. Ils sentirent la nécessité de les confier à un pape plus capable de les conduire, et, le lendemain de sa mort, le 19 mars 1227, ils désignaient, sous le nom de Grégoire IX, le cardinal Hugolin, évêque d'Ostie C'était des mains de ce cardinal que Frédéric avait reçu pour la seconde fois, à Rome, l'emblème de la croisade. Chargé d'années ainsi que l'était Honorius, Grégoire ne ressemblait que par ce côté à son prédécesseur. Imbu de toutes les maximes d'Innocent III sur la suprématie pontificale, et, comme lui, mêlant, selon les conjonctures, la politique à la religion, doué, par une rare exception, de facultés qui appartiennent d'ordinaire à l'âge mûr, actif, passionné, opiniâtre, il portait dans la poursuite de ses desseins une énergie qui allait quelquefois jusqu'à l'impétuesité. Sévère d'humeur et néanmoins

1. Voir Potthast, Reg. pontif. 19 mars 1227.

sensible aux marques de la puissance, il célébra son avénement avec un éclat particulier. Le jourde son sacre, le 21 mars, il se montra au peuple couvert d'or et de pierreries Le lundi de Pâques qui suivit, après avoir dit la messe en grande pompe à l'église Saint-Pierre, il ceignit une double couronne, symbole de son double pouvoir spirituel et temporel, monta suruncheval richement caparaçonné, dont les rênes étaient tenues à droite et à gauche par le préfet et le sénateur, puis, escorté de tous les cardinaux vêtus de pourpre, des officiers de sa cour et d'un nombre considérable de prélats et de clercs, il se rendit ainsi, au chant des psaumes et au son des trompettes, à travers les rues et les places décorées spécialement pour cette solennité, jusqu'au palais de Latran2.

Le caractère impérieux du pontife se révéla dès ses premiers actes. A peine sacré, il écrivait à Frédéric et, lui rappelant l'engagement qu'il avait pris de partir au mois d'août de cette année pour la Terre sainte, en exigeait l'execution3. En même temps, des lettres adressées aux évêques de la catholicité leur enjoignaient de contraindre, au besoin, par les censures ecclésiastiques, les croisés de leurs diocèses à l'accomplissement de leurs vœux4. L'intérêt de la Terre sainte n'était pas l'unique motif qui portât Grégoire à d'aussi promptes démarches. Il avait pénétré les desseins de Frédéric sur l'Italie et voulait l'éloigner de la péninsule. Frédéric, qui connaissait la fermeté du nouveau pape, n'en mit sans doute que plus de hâte à préparer une expédition à laquelle tout semble indiquer qu'il était résolu, et, au mois de juillet, les croisés allemands, mandés par lui d'au delà les Alpes, se trouvaient réunis à Brindes avec ceux d'Italie. La saison n'était pas

1. « Gemmis circumtectus et aure. » Vila Gregor.lX, ex card. Arag. ap. Murat, rer. ital. t. III, p. 575.

2. Raynald. anno 1227. n» 16.

3. 23 mars. Hist. dipl. t. III, p. 1-3. Ainsi qu'il le mandait à Frédéric, c'était la première lettre (primitias litterarum) qu'il écrivait après son avènement.

4. Méme date. R-g. Gregor. IX, Ep. 1. (éd. Auvray), Thorin, 1890.

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