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face, pour l'aider en l'expédition de Sicile, lui attribua des décimes tout à la fois sur les églises de France, d'Italie, de Corse et de Sardaigne Se flattant que, par les armes de ce prince, il pourrait du même coup réduire les Gibelins d'Italie, il le nomma capitaine général de l'Eglise, gouverneur de la Marche d'Ancône et du duché de Spolète et « pacificateur en Toscane tant que durerait la vacance de l'Empire»2. Il considérait en effet l'Empire comme vacant, et, dans une lettre hautaine qu'au mois d'avril 1301 il adressait aux évêques d'Allemagne, prétendant, à l'exemple d'Innocent III, que c'était à lui de juger des mérites du prince élu à l'Empire, il signifiait que si, dans un délai de six meis, Albert, duc d'Autriche, qui se qualifiait induement roi des Romains, n'avait pas envoyé des députés à Rome rendre compte de sa conduite, il délierait de leur obéissance tous ceux qui lui avaient juré fidélité et procéderait contre lui et ses complices par les voies spirituelles et temporelles 3.

La déclaration qu'il fit, plusieurs mois après, à l'occasion de la succession au trône de Hongrie montra encore davantage les sentiments dont il était animé. André le Vénitien étant venu à mourir au mois de juillet 1301, les Hongrois avaient élu à sa place un fils de Venceslas, roi de Bohème, qui avait été couronné, sous le nom de Ladislas, par l'archevêque de Colocz 4. Le fils aîné de Charles le Boiteux, Charles Martel, qui n'avait cessé de revendiquer le royaume de Hongrie, étant mort lui-même quelques années auparavant, avait laissé pour héritier de ses prétentions un fils, du nom de Charobert, que Boniface favorisait 5 comme Nicolas IV

1. Raynald. anno 1301, n° 15.

2. 3 septembre 1301. Theiner, Cod. dipl. dotn. temp. t. I, p. 376, n° 553; 377, n° 554. Cf. une lettre de Boniface au cardinal Matthieu d'Acqua Sparta, en date du 2 décembre 1301. Raynald. eod. anne, n° 14.

3. Raynald. anno 1301, n» 2.

4. Tosti, Hist. de Boniface VIII, t. II, p. 269 et suiv.

5. Boniface n'avait pas reconnu André comme roi de Hongrie et le désignait par oes mots : « qui rex Hungariœ dicitur (Raynald, anno li99n' 13). »

avait favorisé Charles Martel. Informé du couronnement de Ladislas, Boni face manda aussitôt à son légat en Hongrie que ce royaume était un fief de l'Eglise romaine, qu'au pape seul appartenait de décerner la couronne, que le fils de Venceslas Q'y avait aucun droit et que l'archevêque de Colocz, en se prêtant à cette usurpation, avait commis « un acte de témérité ou plutôt un acte de folie » qu'il importait de punir. Comme s'il eût été persuadé qu'il suffisait de notifier sa volonté pour aplanirions les obstacles et vaincre tontes les résistances, il disait au début de sa lettre: « Le pontife romain, établi par Dieu au-dessus des rois et des royaumes, est chef souverain de la hiérarchie dans l'Eglise militante; assis sur le trône de la justice et placé par sa dignité au-dessus de tous les mortels, il prononce ses sentences d'une âme tranquille et dissipe tous les maux par son regard »

C'est dans cet état d'esprit que Boniface s'attaqua, non plus à des princes faibles, comme pouvaient l'être le nouveau roi de Hongrie, le roi des Romains ou le roi de Naples, mais à un souverain qui était tout ensemble le plus puissant entre ceux de la chrétienté et le plus jaloux de son indépendance, à Philippe le Bel. La querelle s'engagea à l'occasion d'un procès intenté par le monarque à Bernard Saisset, évêque de Pamiers. Ce prélat, accusé d'avoir voulu soulever le Languedoc pour le soustraire à la couronne de France et le réunir à l'Aragon, avait été arrêté par ordre du roi, traduit à sa cour et placé, comme prisonnier, sous la garde de l'archevêque de Narbonne 2. Un semblable procès violait les lois de l'Eglise,

1. « Romanus poutifex, super reges et regna constitutus a Dee, in Ecclcsia militanti hierarcha summus existit,et, super omnes mortales obtinens principatum sadensque in solio judicii, emn tranquillilate juJicat etsuo intuitu dissipat omne malum. » 17 octobre 1301. Raynald. eod. anne, n° 7. Ce ne fut que sept ans après, au mois de novembre 1308. que Charobert, favoris'; également par Clément V, fut accepté pour roi par les Hongrois. Encore eurent-ils soin de réserver leur droit d'élection, disant qu'ils voulaient bien que le saint-siège confirmât leur choix, mais non qu'il l'imposât.

i. Bernard Saisset fut traduit devant le roi et une assemblée do barons, à Senlis, le 14 octobre 1301. Sur le procès de l'évèque de Pamieis, voir Dupuy, llist. du différend, p. G21 et suiv.

d'après lesquelles un évêque ne pouvait être jugé par les tribunaux séculiers. Avant que cette affaire fût connue à Rome, Boniface avait déjà plusieurs sujets de ressentiment contre Philippe. Il n'avait pas vu, sans mécontentement, que ce prince eût donné asile en ses États à quelques-uns des Colonna fugitifs Il n'avait pas été moins offensé de l'alliance contractée par lui avec le roi des Romains, Albert d'Autriche, dont le saint-siège avait refusé d'approuver l'élection 2. Il savait en outre que Philippe, abusant des concessions que lui avait faites la chaire apostolique, continuait à prélever des subsides sur le clergé, sans que la situation de son royaume en parût justifier la nécessité 3. Enfin il ne cessait d'être animé contre ce prince par les députés flamands, qui avaient alors à se plaindre de l'invasion de leur pays et de la captivité de leur souverain 4. L'affaire de l'évêque de Pamiers, venant s'ajouter à ces griefs, acheva d'irriter Boniface, qui résolut de sévir.

Dans les premiers jours du mois décembre 1301, plusieurs bulles partirent à la fois pour la France. Taudis que, par l'une, Boniface sommait le roi de remettre Hernard Saisset en liberté 5, il lui notifiait, par une autre, que, revenant sur ses concessions antérieures, il le privait des subventions ecclésiastiques et suspendait tous les privilèges accordés jusqu'ici par le saint-siège à la couronne de France 6. A ces

1. Voir, dans Dupuy, Hi.il. du différend, p. 181 et Rs., la bulle Super l'etri salio (8 sept. 1303).

2. Kervyn de Lettenhove. Recherches «te. p. 79.

3. Voy. deux lettres, l'une du 2S janvier, l'autre du 27 avril 1299, adressées par Boniface à Philippe le Bel à ce sujet. Raynald. anno 1299, n" 2325. Cf. Kervyn de Lettenhove, Recherches etc. p. 23, 24.

4. Bontaric, La France sous Philippe le Bel. p. 403.

5. 5 décembre 1361. Itaynald. eod. anne, n» 28.

6. 4 décembre 1301 (bulle Sulvator mundi). Dupuy, ibid., p. 42, 43. Dans celte bulle, il disait ces mots qui étaient une autre preuve de cet état d'exaltation dont nous avons parlé : ° Le vicaire du Christ peut, selon les li mps, les lieux et les personnes, suspendre, révoquer, modifier les statut-;, privilêges et concessions émanés du saint-siè^e, sans que la plénitude de son autorité puisse être entravée par quelque disposition que ce soit. »

lettres était jointe la fameuse bulle Ausculta fili, dans laquelle il lie reprochait pas seulement à Philippe la violation des libertés de l'Église et ses usurpations sur les biens du clergé, mais ses abus dans l'administration du royaume, abus qu'il avait portés au point d'altérer les monnaies, et l'oppression qu'il exerçait sur ses sujets séculiers. « Rentrez, lui disait-il, mon très cher fils, dans la voie qui mène à Dieu et dont vous vous êtes écarté par votre faute ou à l'instigation de conseillers pervers. Ne vous laissez pas surtout persuader que vous n'avez pas de supérieur et que vous n'êtes pas soumis au chef de la hiérarchie ecclésiastique. Une pareille opinion est insensée, et quiconque la soutient est un infidèle déjà séparé du troupeau du bon Pasteur. » Il ne se contentait pas d'adresser au monarque des blâmes sévères sur sa conduite; il lui annonçait que, pour remédier aux désordres dont elle était la cause, il avait résolu de réunir, au 1er novembre de l'année suivante, un concile à Rome, auquel seraient appelés tous les prélats de son royaume. « Vous pourrez, ajoutait-il, vous trouver personnellement à cette assemblée ou y envoyer des députés; nous ne laisserons pas d'ailleurs de procéder en votre absence, selon que nous le jugerons convenable '. » Enfin, par une quatrième bulle, il informait les éveques de France de la réunion du concile ot leur ordonnait de s'y rendre, afin de pourvoir avec lui « à la conservation des libertés de l'Église, à la réformation du royaume, à la correction du roi et au bon gouvernement de la France 3. »

Cette bulle Ausculta fili, où Boniface manifestait la prétention d'imposer ses volontés au roi aussi bien dans les choses qui touchaient à l'ordre temporel que dans celles qui relevaient de l'ordre spirituel, avait été rédigée en consistoire et minutieusement examinée avant d'être expédiée 3.

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Cette particularité prouvait que les cardinaux, non plus que le pape, ne se rendaient compte des progrès que, depuis la mort de Frédéric II, l'opposition à la suprématie politique de l'Eglise romaine avait faits dans les esprits, opposition qui, commençant par les souverains, avait gagné l'aristocratie laïque et les populations mêmes. Lorsque cette bulle fut connue en France, la résistance éclata si vive et si entière, qu'il fallait bien qu'en effet l'opinion fût presque partout hostile aux prétentions du saint-siège. Pbilippe, qui, lors de ses démêlés avec le roi d'Angleterre et le comte de Flandre, avait refusé si ouvertement de se soumettre à l'autorité du pontife, était encore moins disposé à la subir dans une circonstance où l'indépendance de sa couronne devait lui paraître menacée. On a cru jusqu'ici , sur le témoignage de certains chroniqueurs, qu'il avait fait brûler en grand appareil la bulle Ausculta fili sous les yeux du peuple de Paris. Un tel éclat était contraire au caractère de ce prince Très jaloux de son pouvoir et sans scrupule sur le choix des moyens dont il se servait pour le défendre ou l'accroître, il n'aimait pas à se commettre lui-même, faisait à sa place agir ou parler ses légistes, qui étaient à la fois ses conseillers et ses instruments, et conservait, dans ses entreprises les plus hardies, le respect apparent du droit et de la religion. A la bulle Asculta fili il en fit substituer une autre plus brève, qu'il rendit publique et où les déclarations du pontife étaient exagérées en même temps que présentées sous la forme la plus brutale et la plus injurieuse pour le roi 2. Après avoir par cette fraude éprouvé l'opinion, il convoqua à Paris les prélats et les nobles du royaume, avec les députés des villes, alin, leur mandait-il, « de délibérer sur certaines affaires qui intéressaient au plus haut degré le roi, le royaume, les églises, tous et chacun 3. »

1. Voy. à ce sujet un article intitulé la bulle Ausculta fili, dans la bi. blioth. do l'École des Chartes, année 1883, p. 393-418.

2. C'est la bulle Scire te volumus reproduite par Dupuy, p. 44. Voir, dans la Papauté au moyen âge, l'étude sur Boniface VIII, p. 262, note 1.

3. Boutaric, La France sous Philippe le Bel. p. 22, 23.

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