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intelligences. Encore n'était-ce pas du clergé, habitué à obéir en dépit de certaines oppositions, que la papauté avait alors à redouter des innovations dont elle pût s'alarmer. Il avait fallu qu'un monarque puissant, en lutte avec la cour de Rome, se vît arrêté par elle dans ses entreprises ambitieuses pour oser demander aussi ouvertement une réforme dans la constitution de l'Eglise; et quarante années devaient s'écouler avant que, ces idées arrivant à so répandre, le saint-siège fût de nouveau aux prises avec des événements analogues à ceux qu'il venait de traverser.

Durant ces quarante années, onze papes allaient se succéder sur la chaire de saint Pierre. Ils n'eurent pour la plupart qu'un même but : achever l'œuvre d'Innocent IV et en consolider les effets. Celui que les cardinaux assemblés à Naples appelèrent d'abord sur le saint-siège était un neveu de Grégoire IX, Réginald, cardinal-évêque d'Ostie, de la famille des comtes de Segni. Élu dans le mois où mourut Innocent, le 12 décembre 1254, il adopta le nom d'Alexandre IV. Sans avoir l'énergie ni l'habileté du dernier pape, il s'attacha à continuer ses vues. Il s'inspira de son exemple au point de l'imiter, au début, dans sa politique équivoque. On avait vu Innocent chercher à réunir au domaine de l'Eglise le royaume de Sicile, puis l'offrir au roi d'Angleterre, et cependant déclarer que, prenant sous sa protection le petit-fils de Frédéric, il entendait lui conserver ses droits tant sur les Etats siciliens que sur le royaume de Jérusalem et sur le duché de Souabe '. De même Alexandre, à peine en possession du pontificat, écrivit à la mère du jeune prince, Elisabeth de Bavière, que son dessein était « non seulement de maintenir en leur intégrité, mais d'accoître les droits de son cher fils en Jésus-Christ, Conradin, illustre roi de Jérusalem et duc de Souabe 3. » Quelques jours après, il ne craignait pas de dé

1. Voir ci,dessus, p. 127, 131.

2. u Ejnsque pueri jura non solum integra et illa;sa servare, immo potius adausere. » 23 janvier 1255 Potthast, Ref/. ponlif. n° 15649. Cf. Cuerrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. III, p. 35, 36.

mentir ces déclarations; et, informé qu'Alfonse, roi de Castille, issu de Frédéric Barberousse par les femmes1, prétendait de ce chef au duché de Souabe, il mandait aux éveques et aux seigneurs du pays de seconder de tous leurs efforts les prétentions de ce souverain, leur promettant, en retour de leur zèle, « les grâces et les faveurs du saint-siège 2. »

Dans sa lettre à la mère de Conradin, Alexandre avait évité du moins de donner au jeune prince la qualification de roi de Sicile. Comme son prédécesseur, il avait résolu, dans l'intérêt de l'Église romaine, d'appeler un étranger à régner au sud de l'Italie. Manfred, ce courageux défenseur des droits de la maison de Souabe, qui, après avoir ouvert à Innocent le royaume de Sicile, avait repris les armes et infligé une première défaite aux forces du saint-siège, n'avait pas laissé, depuis la mort de ce pape, de continuer les hostilités ; et, à l'exception de quelques villes de la Terre'd'Otrante, toute la Pouille reconnaissait alors Conradin pour souverain 3. Alexandre s'était hâté de renouer les négociations avec le roi d'Angleterre. Dès le mois d'avril 1255, un traité, qui confirmait sur plusieurs points et modifiait sur d'autres la cession faite par Innocent au jeune fils de Henri III, Edmond, était rédigé à Naples par l'ordre du pontife et porté ensuite à Londres. Aux termes de cet acte, le royaume de Sicile était conféré en fief à Edmond et à ses héritiers, moyennant un cens annuel de deux mille onces d'or et l'obligation de fournir chaque année, pendant trois mois, trois cents chevaliers armés et équipés pour le service du saint siège. Ce prince devait s'obliger en outre, sous peine de déchéance pour lui et ses successeurs, à ne jamais prétendre à l'Empire. D'un autre côté, le roi d'Angleterre, en acceptant la couronne au nom de son lils, devait prendre l'engagement de diriger sur l'Italie méridionale, avant la Saint-Michel de l'année suivante, des forces

1. Le père d'Alfonse, Ferdinand III, avait épousé la plus jeune des filles de Philippe de Souabe, roi des Romains et oncle de Frédéric II.

2. 4 février 1255. liaynald. eod. anne, n° 53.

3. Charrier, ouvr. cité, t. III, p. 35 et suiv.

suffisantes pour en expulser Manfred. Il devait également, avant cette date et sans réclamer jamais les cent mille livres tournois promises par Innocent, payer à l'Église romaine 135, 541 marcs sterling, montant des dettes qu'elle avait contractées pour la guerre de Sicile. Dans le cas où, à cette date, il n'aurait pas envoyé de troupes, ou même s'il n'avait pas payé les 135,541, marcs, non seulement le traité était réputé nul, mais le roi tombait sous le coup de l'excommunication et ses États étaient frappés d'interdit

Le roi d'Angleterre adhéra à toutes les conditions de cet onéreux et singulier traité, où la religion n'avait de place que par les peines spirituelles qui en garantissaient l'efficacité. Il est vrai que, pour aider le monarque dans les dépenses de la guerre qu'il allait entreprendre, Alexandre lui accorda tout l'argent qui avait été jusqu'ici recueilli en Angleterre en vue de l'expédition contre les Infidèles l. Le sousdiacre Rostand, notaire apostolique, envoyé dans ce royaume, eut en outre la mission de lever sur le clergé une décime dont le produit devait être également remis entre les mains du roi Enfin, pour hâter la réunion des forces que ce prince devait diriger sur l'Italie, Alexandre, imitant jusqu'au bout les procédés d'Innocent IV, chargea ce même Rostand de prêcher en Angleterre la croisade contre Manfred, avec promesse des indulgences réservées pour la Terre sainte 4.

En attendant les secours de l'Angleterre, Alexandre leva en Italie de nouvelles troupes à sa solde, qu'un des membres du sacré collège fut chargé de conduire contre Manfred. Mais, si divisés que fussent alors les esprits dans le royaume de Sicile, cet appel à l'Angleterre, en excitant des mécontentements, eut pour effet de grossir le nombre des partisans de

1. Rymer, Fœdera, t. I, pars n, p. 126-128.

2. Lettre d'Alexandre, du 15 mai 1255, à l'archevêque de Cantorbéry et au sous-diacre Rostand. Rymer, Fœdera, t. I, pars i, p. 196. Le pape, en vue de la guerre de Sicile, releva en outre Henri III de son ancien vœu pour la Terre sainte. Ibid.

3. Matth. Paris, t. V, p. 519, 520. — Rymer, t. I, pars n, p. 10 et ss.

4. Matth. Paris, ibid. p. 521, 522. — Potthast, Reg. pontif. n» 15864.

ce prince Quelques mois après que le traité avait été porté à Henri III, l'armée pontificale, défaite encore une fois par Manfred, dut se replier vers la Terre de Labour 2. Alexandre, craignant pour sa sûreté, jugea prudent de quitter Naples et gagna Anagni, d'où bientôt il se rendit à Rome Dans l'intervalle, le duc de Bavière, oncle et tuteur de Conradin, faisait parvenir à Manfred un acte par lequel le petit-fils de Frédéric, s'intitulant « roi de Sicile et de Jérusalem et duc de Souabe », lui conférait la régence du royaume 4. Cet acte, en légitimant la résistance de Manfred, donna un nouvel appui à ses armes. Vainement Alexandre, à deux reprises, au mois de février et au mois de juin 1256, écrivit au roi d'Angleterre, le pressant d'envoyer les troupes promises 5. Ce monarque, alors en lutte avec ses barons et mal soutenu par son clergé, demanda au pape un délai pour remplir ses engagements6. Durant ces bésitations, Manfred entrait dans la Terre de Labour, voyait s'ouvrir devant lui Naples, Capoue, refoulait dans l'État ecclésiastique les débris de l'armée pontificale, et, sur la fin de l'année, devenu maître des provinces de terre ferme, s'apprêtait à passer en l'île de Sicile pour achever de soumettre à son obéissance le reste du royaume7.

Tandis que la guerre sévissait ainsi dans l'Italie méridionale, sans qu'on pût savoir encore si elle appartiendrait à Conradin ou au roi d'Angleterre, le nord et le centre de la péninsule n'étaient pas moins troublés. Bien que l'Empire parût déjà bors de cause en ces contrées et que, sous les dénominations de Guelfes et de Gibelins, on ne dût guère entendre désormais que les alliés intéressés ou les advorsai

1. Matth. Paris, t. V, p. 531.

2. Lettre d'Alexandre au roi d'Angleterre du 18 sept. 1255, Rymer, 1.I, pars ii, p. 4.

3. Alexandre était à Anagni dès le 7 juin 1255. Il se rendit à Rome vers la fin de novembre.

4. Voir, dans Cherrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. III, p. 45, le texte de cet acte emprunté aux archives de Venise.

5. Rymer, Fœdera, t. I, pars H, p. 10, 15.

6. Rymer, ibid. p. 11, 12, 13.

7. Cherrier, ibid. p. 57.

res du saint-siège, les partis y avaient conservé leurs noms avec leurs violences, mettant aux prises non seulement les villes entre elles, mais, dans les villes, les citoyens. Dans ces luttes intestines, les communes italiennes achevaient de perdre ce qui restait de leurs anciennes libertés, et, sur les ruines do leur indépendance, commençaient à s'élever de nouveaux maîtres ou, pour mieux dire, des tyrans, qui se maintenaient par les armes et quelquefois par le crime. L'un d'eux, le farouche Eccelin de Romano, après avoir été le plus ferme appui de la cause impériale en Lombardie, s'y était alors constitué uno sorte de souveraineté et faisait peser sur tout le pays compris entre les Alpes, le Pô, l'Adda et l'Adriatique, un régime de terreur. Innocent IV, dans les derniers mois de son pontificat, l'avait excommunié autant pour ses crimes que pour son alliance avec la maison de Souabe Cette sentence n'avait eu d'autre elfet que de le pousser à de nouveaux excès, et il commit des actes si odieux, qu'Alexandre fit une première fois en 1256, puis en 1258, prêcher la croisade contre « cet homme de sang », qui périt enfin, victime de son ambition, dans une tentative infructueuse sur Milan 3.

Ces rivalités qui déchiraient la Haute Italie, et dont la politique du saint-siège avait été en partie la cause, avaient pénétré jusque dans Rome, et, par un juste retour, le chef de l'Eglise s'y vit le jouet des factions. Lorsqu'il était entré dans la capitale de la catholicité, le sénateur Brancaleone, le même qui, sous Innocent IV, gouvernait Rome en maître et qui, appartenant au parti gibelin, était appuyé par le peuple, venait d'être renversé du pouvoir 3. Les nobles, qui appartenaient à la faction guelfe, s'étant ligués avec le clergé, s'étaient emparés du Capitole, et ils eussent mis à mort Brancaleone, tombé entre leurs mains, s'ils n'avaient craint le

1.9 avril 1254. Potthast, Reg. pontif. n° 15331.

2. Potthast, ibid., n° 16143, 11249. Eccelin périt au moi9 de septembre 1259.

3. Au commencement de novembre 1255 et dans le mois môme où le pape entra a Rome.

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