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logne son arrivée au pape: « Nous avons hâle de nous trouver aux pieds de Votre Sainteté, écrivait-il, et de lui prouver par des actes que l'Église, notre mère, n'aura pas à se repentir de nous avoir élevé et nourri de son lait1.» Honorius, malgré sa complaisance pour Frédéric, no crut pas dovoir se contenter de ces déclarations, et deux délégués du saintsiège allèrent vers le monarque lui demander, avec une promesse positive de concourir à la croisade, des explications précises au sujet de la Sicile. Ils étaient aussi porteurs de plusieurs projets de décrets préparés d'avance et auxquels le pape exigeait qu'il donnât son adhésion2. Frédéric se prêta à toutes ces exigences. En ce qui concernait l'expédition de Terre sainte, il prit l'engagement formel d'envoyer, au mois de mars 1221, cinq cents chevaliers en Egypte, et d'y passer lui-même au mois d'août suivant. A l'égard de la Sicile, il délivra aux représentants d'Honorius un écrit par lequel il reconnaissait que l'Empire n'avait aucun droit sur ce royaume, que lui-même ne le possédait que du chef de sa mère et comme fief du saint-siège; et, « afin d'ôter tout soupçon que la Sicile pût jamais être réunie à l'Empire, » il s'obligeait, par le même écrit, à n'avoir en ce royaume que des officiers natifs du pays et à y sceller les actes d'un sceau particulier3. En fait, au lieu de séparer les deux couronnes, il se bornait à séparer les deux gouvernements. Il est difficile de croire que l'insuffisance d'une telle séparation, qui n'empêchait pas que les forces del'Empire et de l'Italie méridionale ne fussent à l'occasion réunies sous une seule main, échappât à la prudence d'Honorius. Mais, soit qu'il se laissât abuser par les témoignages de dévouement de son ancien élève, soit qu'il voulût éviter des difficultés qui eussent nui à la croisade,

Frédéric et Otton que ces partis commencèrent de se dessiner dans la Haute Italie, empruntant leurs noms aux Welfen et aux Wiblingen dont les rivalités avaient si souvent agité l'Allemagne. Voir notre premier volume, p. 395.

1. oct. 1220. Hist. dipl. t. I, p. 863.

2. 10 nov. 1220. Ibid. p. 880, 881.

3. Huillard-Bréholles, Rouleaux de Cluny, Not. et extr. des mss. t. XXI, 2* part., p. 353. Cf. Hisl. dipl. Introd. p. 110.

principal objet de sa sollicitude, il parut consentir à cette séparation trompeuse, et Frédéric fut autorisé à se présenter dans Rome.

Il y lit son entrée, le 22 novembre 1220, par la cité Léonine. Aux princes et aux évêques allemands qui l'avaient accompagné s'étaient joints les députés d'un certain nombre de villes du nord et du centre de l'Italie, avec les barons feudataires du royaume de Sicile. Ce concours inusité de tant de nobles personnages, venus d'au delà les Alpes et de tous les points de la péninsule, flatta sans doute la vanité des Romains, et ce fut au milieu des plus vives acclamations que le nouvel empereur reçut la couronne dans la basilique de SaintPierre 1. A l'issue de la cérémonie et dans la basilique même où elle avait été célébrée, furent promulgués, sous le titre de constitutions impériales, les décrets qu'avaient présentés à l'adhésion de Frédéric les envoyés d'Honorius, et qui devaient être exécutés dans toute l'étendue de l'Empire. En les sanctionnant de son autorité, l'habile monarque avait voulu donner de nouvelles preuves de son attachement au saintsiège. L'un de ces décrets annulait tous les statuts et coutumes des villes qui étaient contraires aux libertés de l'Église, défendait de traduire les clercs devant les tribunaux séculiers et mettait au ban de l'Empire quiconque usurpait les biens ecclésiastiques. Par un autre décret, qui avait trait spécialement à la répression de l'hérésie, étaient notés d'infamie et punis de la confiscation des biens tous les hérétiques, à quelque secte qu'ils appartinssent; en outre, injonction était faite aux magistrats des villes de les poursuivre et aux seigneurs de les chasser de leurs terres, sous peine, pour les premiers, d'être destitués de leurs fonctions et, pour les seconds, d'être privés de leurs domaines2. Frédéric n'oublia pas la marque de piété qui devait le plus toucher Honorius. II renouvela solennellement le vœu de délivrer la Terre sainte du joug des

1. Voir une lettre d'Honorius du 19 décembre 1220, Hùt. dipL t. II, p. 82. Cf. Zeller, Uisl. d'Allem. t. V, p. 194.

2. Pour le texte de ces constitution», voir Hist. dipl. t. II, p. 2-7.

Infidèles ot reçut une seconde fois la croix des mains du cardinal Ugolin, évêque d'Ostie 1. A son exemple, le duc de Bavière, plus de quatre cents seigneurs et un grand nombre de simples chevaliers allemands et siciliens prirent la croix, et le vieux pontife crut pouvoir annoncer aux chrétiens d'Orient la prochaine arrivée de l'empereur avec « une magnifique armée 2. »

Cet espoir devait être déçu. Aussitôt après son couronnement, Frédéric, profitant du nouveau répit qu'il s'était ménagé avant son départ outre-mer, avait quitté Rome pour se rendre en son royaume de Sicile. Les huit années qu'il avait passées au delà des Alpes depuis son élévation à l'Empire n'avaient pas été sans nuire à son pouvoir dans l'Italie méridionale, et de nombreuses usurpations y avaient été commises par les barons et les villes. En même temps qu'il voulait rétablir la royauté en ses prérogatives, il se proposait de descendre dans l'île de Sicile pour y soumettre les Sarrazins, qui, à la faveur des mêmes conjonctures, étaient parvenus à une sorte d'indépendance et troublaient le pays de leurs déprédations Occupé des soins que nécessitaient les intérêts de son autorité et la pacification du royaume, non seulement il laissa passer l'époque où il devait s'embarquer pour l'Egypte; il n'y avait pas même envoyé, à la date convenue, les secours qu'il avait promis. Ce n'est pas qu'en apparence il ne se fût préparé à la croisade. Au mois de février 1221, il avait mandé de Salerne aux fidèles de l'Empire et à toutes les villes de la Lombardie et de la Toscane d'apprêter des forces pour l'aider à reprendre la Terre sainte, vers laquelle, « jour et nuit », disait-il, se portait sa pensée4. Pressé toutefois par le pontife d'exécuter ses engagements, et pour son propre honneur et pour celui du saint-siège à qui l'on reprochait

1. Rico, de S. Germ. »

2. Lettre au cardinal Pélage, légat du saint-siège en Egypte, 15 déc. 1220. Hist. dipl. t. II, p. 82.

3. Hist. dipl. Introd. p. 378, 391. Cf. Chorrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. II, p. 13-17.

4. Hist. dipl. t. IL p. 122-127.

d'user envers lui d'une coupable indulgence1, il se décida enfin à diriger sur l'Egypte quarante galères siciliennes s. Il était trop tard. Quand ce renfort arriva, Damiette était perdue pour les chrétiens. Privés depuis trop longtemps des secours qu'on leur avait annoncés, affaiblis aussi, on doit le dire, par leurs propres divisions, ils n'avaient pu ni poursuivre leurs conquêtes, ni garder Damiette que, le 8 septembre 1221, ils se voyaient contraints de rendre aux Infidèles3.

A la nouvelle de cet événement dont il se sentit frappé « comme d'un glaive », Honorius adressa les plus amers reproches à l'empereur. « C'est vous, écrivait-il, qui, par vos vaines promesses, avez donné aux croisés une fausse sécurité et causé leur défaite; et, comme pour augmenter notre douleur, voici qu'on nous accuse, nous aussi, d'avoir déserté la cause de Dieu, en ne vous obligeant pas, ainsi que c'était notre devoir, à vous acquitter de votre vœu. » Rappelant à Frédéric les engagements formels qu'il avait pris le jour de son couronnement, il lui signifiait que, s'il ne se hâtait de les remplir, il était résolu à l'excommunier comme traître à ses serments et à faire publier cette excommunication par toute la catholicité4. En même temps, des lettres envoyées aux éveques d'Italie, d'Allemagne, de France, d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande, les exhortaient à redoublor de zèle dans la prédication de la croisade 5. Frédéric, qui, au premier bruit de la reddition de Damiette, avait écrit à Honorius qu'il était dans le ferme dessein de réparer cette défaite 6, proposa au pape une entrevue pour aviser avec lui aux moyens les plus propres à venger le nom chrétien. Cette entrevue, à laquelle consentit Honorius, eut lieu, au printemps de 1222, à Ycruli. Tous deux convinrent d'assembler à la Saint-Martin de cette

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année, à Vérone, un congrès général des princes de l'Europe, où l'on réglerait les conditions d'une nouvelle et plus grande entreprise et Frédéric jura de se mettre à la tête de l'expédition au jour qui serait fixé par l'assemblée ou par le pape lui-même. Croyant cette fois à la sincérité du monarque, Honorius plaça sous la protection de l'Église l'Empire, l'empereur, l'impératrice, leur fils Henri, leurs États héréditaires, et ordonna aux evêques allemands de frapper d'excommunication quiconque troublerait la paix pendant que Frédéric serait à la croisade

Une maladie du pontife retarda la réunion de ce congrès, qui se tint au mois de mars 1223, non à Vérone, comme il avait été dit, mais à Férentine. Malgré le grand objet pour lequel on l'avait convoqué, il ne s'y trouva guère, avec le pape et l'empereur, que Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem, les grands maîtres des ordres militaires et religieux de la Terre sainte, quelques personnages ecclésiastiques, tels que les archevêques de Tarente, de Worms, de Magdebourg, et le préfet de Rome. L'impératrice Constanee étant morte dans l'intervalle, Honorius avait eu la pensée de faire épouser à Frédéric Yolande, fille et héritière de Jean de Brienne. En donnant au chef de l'Empire la couronne de Godefroyde Bouillon, il croyait l'engager à la délivrance de la Terre sainte par des intérêts plus puissants Frédéric n'était pas lui-même insensible à l'idée d'ajouter une nouvelle couronne à celles qu'il possédait déjà. Sur les sollicitations de l'assemblée, il promit d'épouser Yolande, qui était alors à Saint-Jean d'Acre; et, la guerre contre les Infidèles ayant été d'un commun accord ajournée à deux ans, il fit le serment d'être prêt à partir le jour de la Saint-Jean-Baptiste de l'année 1225 4. Pendant ce temps, il devait armer une flotte

1. Lettre du pape au cardinal Pélage, 25 avril 1222, Hist. dipl. 240-242.

2. Raynald. anno 1222, n' 4.

3. Constance était morte à Catane, le 23 juin 1222. L'idée d'un mariage entre Yolande et Frédéric avait été suggérée à Honorius parle grand maître de l'ordre des Teutoniques.

4. Lettredu pape à Philippe Auguste fin mars 1223, Raynald. hoc anne,n°l-5. La Cour De Rome. — T. II. 5

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