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et y recevait solennellement la couronne des mains de l'archevêque de Cologne

Malgré ces coups successifs portés à sa forlune, Frédéric ne laissa pas de continuer la lutte. Aux dernières mesures prises par Innocent il répondit par un redoublement de rigueurs contre les sujets de son royaume qui trahissaient sa cause, allant jusqu'à ordonner de faire périr par le feu tout religieux qui serait trouvé muni de lettres pontificales 2. De nouveau il essaya d'entraîner dans une ligue les souverains de l'Europe. Au mois de mars 1249, à l'occasion d'un complot tramé contre sa personne et dont, égaré par le ressentiment, il accusa le pape d'avoir été l'instigateur, il adressa aux princes de la chrétienté une lettre dans laquelle il disait: « Innocent, ce pontife grand et pacifique, ce directeur de la foi, non content de semer partout la révolte, a couronné ses œuvres en cherchant à nous ôter la vie. Considérez la gravité d'un tel crime; considérez les excès et l'orgueil de ces prélats qui, non satisfaits du domaine spirituel, veulent encore, par les moyens les plus coupables, chasser les princes du domaine temporel. Résistez donc à leur cupidité insatiable; empêchez qu'ils ne se glorifient dans leurs vices; assistez-nous contre eux de votre force et de votre courage, afin qu'abaissant leur orgueil nous affermissions l'Église, notre mère, en lui donnant des guides plus dignes da la diriger, et que nous puissions, comme c'est notre office, la réformer et l'améliorer pour la gloire de Dieu 3. »

Ce manifeste, où Frédéric faisait entendre encore une fois le mot de réforme, fut le dernier qu'il adressa aux princes de

1. 1" novembre 1248.

2. Voir deux letties de Frédéric du mois de mars 1240, Hist. dipl. t. VI, p. 699-703.

3. « Resistito igilur eorum cupiditatibus effrenatis, resislite ne in sua malitia glorientur; assistite nobis in forti brac/iio et forti animo contra eos, ut, ipsorum omnino supercilium deprimentes, sacrosanclam Ecclesiam matrem nostramdignioribus fulciendo rectoribus, prout ad nostrum spectat oflicium..., ad honorem divinum in melius reformemus. » Mars 1249. Hist. dipl. ibid., p. 705 707.

l'Europe. Revenu dans son royaume de Sicile pour y réunir toutes les forces dont il pourrait disposer, il comptait marcher à leur tête contre les Guelfes d'Italie et, après les avoir domptés, percer jusqu'en Allemagne où il donnerait la main à Conrad 1. Mais une défaite que le roi de Sardaigne, Enzie, nommé par lui son vicaire en Lombardie, essuya aux environs de Modène 2, déconcerta ses projets. Peu après, il voyait le domaine pontifical lui échapper et ses États de l'Italie méridionale sur le point d'être envahis par une armée que le cardinal Capoccie, rappelé d'Allemagne par Innocent, avait recrutée sur les terres de l'Eglise3. Il essaya de résister encore. Néanmoins, à partir de ce. moment, son courage parut décliner comme avait décliné sa fortune. N'ayant pu ni vaincre, ni apaiser le pontife qui avait juré sa perte, voyant s'étendre les révoltes, se multiplier les défections, en proie à la défiance au point d'avoir livré au supplice son plus fidèle conseiller, Pierre de la Vigne, qu'il soupçonnait de le trahir 4, épuisé par les efforts de cette longue et terrible lutte, il tomba enfin malade non loin de Lucéra, au château de Fiorentino, où il expira le 13 décembre 12u0.

Ainsi mourut ce monarque, qui, depuis plus de trente années, avait rempli de son nom la chrétienté et avait lutté, d'abord par les négociations., puis par les armes, contre trois papes successifs. Représentant fidèle d'une époque agitée et violente et déjà portée, par quelques-unes de ses tendances, à un certain scepticisme, il n'avait pas, on doit l'avouer, une moralité qui fût à la hauteur de ses desseins. Plus italien qu'allemand, peu s'en fallut qu'en n'écoutant que sa propre ambition il n'eût rangé sous son obéissance l'Italie entière, et qu'il n'eût du même coup abattu la puissance temporelle des

1. Hist.dipl. t. VI. p. 703. 704.

2. Chron. de reb. in liât. gest.

3. Cherrier, Hisl. de la lutte des papes et des empereurs, t. IT, p. 378-383. Cf. Mignot, Journ. des Sav. année 1864, p. 27-30.

4. Sur cette lin tragique du ministre de Frédéric, voy. Iluillard-Bréholles, Vie de Pierre de la Vigne, p. 77-91.

papes et donné à la péninsule l'unité politique. Ses appels à une réforme dans le régime de l'Église, si justifiés qu'ils pussent être par les abus dont elle offrait le spectacle, n'étaient de même dictés que par l'intérêt. Car tel est en ce monde le cours des choses, que les changements les plus salutaires s'y accomplissent quelquefois par les vices des hommes plus que par leurs vertus, et par leurs passions plus que par leurs idées. S'il échoua dans ses projets, il ébranla du moins cette omnipotence pontificale contre laquelle commençaient alors à se soulever non seulement les souverains séculiers, mais les peuples, et il en prépara la chute.

En apprenant la fin de son redoutable ennemi, Innocent ne put contenir sa joie. « Que les cieux se réjouissent, s'écriait-il dans une lettre adressée aux peuples du royaume de Sicile, et que la terre tressaille d'allégresse! La foudre et la tempête, si longtemps suspendues sur nos têtes, se sont changées, par la miséricorde divine, en doux zéphirs et en fraîches rosées ,. » Toutefois l'œuvre qu'il avait entreprise n'était pas terminée. Le fils de Frédéric, Conrad, son successeur à l'Empire comme à ses États héréditaires, se soutenait encore en Allemagne. L'opiniâtre et implacable pontife déclara de nouveau que jamais, avec le consentement du chef de l'Église, Conrad ou tout autre prince de la race de Frédéric ne posséderait l'Empire, ni la dignité de roi des Romains, ni même le duché de Souabe 2. Après avoir promis la couronne impériale à Guillaume de Hollande qui vint le trouver à Lyon, et auquel il renouvela publiquement cette promesse, il enjoignit aux princes et aux villes de l'Allemagne d'obéir à l'élu du saint-siège, avec menace de punir par les peines

1. 25 janvier 1251. Raynald. eod. anne, 1251, n° 3.

2. « Scire vos volumus et tenere quod Friderici soboles... ex aliquà permissione vel gratia sedis apostolicae, quam in membris sibi adhioreatibus diutina persecutione vexavit stirps illa viperea, ad honorem Romanorum regis vel imperii seu principatum Sueviœ... aliquo tempore non consurget. » Lettre aux nobles de Souabe, 31 mars 1251, Raynald. ibid. n° il.

spirituelles et temporelles tout acte de résistance 1. Se servant, pour triompher de Conrad, des mêmes armes dont il s'était servi pour abattre Frédéric, il fit prêcher la croisade contre lui non seulement en Allemagne, mais en Flandre, en Brabant et dans les provinces de France limitrophes de l'Empire 2. Il porta la passion jusqu'à octroyer pour cette croisade des indulgences supérieures à celles qui étaient accordées pour la guerre de Palestine3; et, quand il eut par ces mesures ajouté aux troubles de l'Allemagne, il se disposa à passer lui-même en Italie, afin d'enlever le royaume de Sicile au lils de Frédéric.

Pendant que l'Italie et l'Allemagne étaient ainsi déchirées, Louis IX, le seul qui portât alors avec honneur la bannière du Christ, s'était dirigé vers l'Égypte, où, après s'être emparé de Damiette, il avait été fait prisonnier à la suite de la meurtrière bataille de la Massoure. La nouvelle de ce désastre avait causé en Occident et particulièrement en France la plus vive émotion 4. On accusa Innocent d'avoir été, par sa croisade contre Frédéric, la première cause de ce revers. « Le pape ne songe qu'à étendre sa domination, disaient les nobles de France, et il oublie le roi notre seigneur qui souffre pour la foi 5. » Ce n'est pas qu'Innocent n'eût été touché du sort de Louis IX. Il avait mandé aussitôt à l'évêque de Paris et à d'autres prélats du royaume de presser ceux des croisés de Terre sainte qui étaient demeurés en France de partir pour l'Egypte. Mais ses ordres, dont il n'avait suivi qu'imparfaitement l'exécution, étaient restés sans effet6. A cette occasion, se produisit un événement qui montra combien de plus en plus s'ébranlait dans les esprits le respect de

1. Voir, pour les nombreuses lettres du pape écrites à ce sujet, Iieg. d'Innoc. IV, février et mars 1251.

2. Potthast, Reg. pontif. n» 14170, 14177.

3. Matth. Paris, t. V, p. 260. Ces indulgences devaient s'étendre au père et à la mère du croisé.

4. Matth. Paris, ibid, p. 169, 170; 172, 173.

5. Ibid. p. 260.

6. Berger, Reg. d'Innoc. IV, t. II, Introd. p. Ccxlii, Ccxliii.

l'Église et du saint-siège. Dans le cours de l'année 1251, des hommes en grand nombre, venus, à ce qu'on croyait, de Flandre et de Picardie, et portant un étendard sur lequel était figuré un agneau surmonté d'une croix, parcoururent la France, appelant partout les populations à une croisade pour aller secourir le roi et reconquérir la Terre sainte. Se donnant comme envoyés de Dieu, qui voulait, disaient-ils, accomplir cette œuvre au moyen des petits et des simples, ils bénissaient, confessaient, remettaient les péchés. C'était aux habitants des campagnes qu'ils s'adressaient de préférence; d'où le nom de Pastoureaux qui leur fut attribué. Us arrivèrent par milliers jusqu'à Paris, où un de leurs chefs prêcha publiquement dans l'église Saint-Eustache, revêtu des insignes épiscopaux. Ils ne se contentaient pas d'usurper les fonctions spirituelles; dans tous leurs discours, ils s'élevaient contre le clergé. Ils reprochaient aux évêques leur vie profane et leur luxe, traitaient les religieux et en particulier les moines mendiants de vagabonds et d'imposteurs. Mais c'était surtout contre la cour de Rome qu'ils dirigeaient leurs outrages, et, dit un contemporain, « le peuple, déjà mal disposé à l'égard du clergé, n'applaudissait que trop à leurs prédications » Dans le moment qu'éclatait en France ce mouvement des Pastoureaux, Innocent était entré en Italie et, de Gènes où il avait séjourné d'abord, s'était avancé jusqu'à Pérouse 3. Il ne voulait pas seulement enlever le sud de la péninsule à Conrad; jugeant l'occasion favorable pour étendre en Italie le pouvoir temporel du saint-siège, il avait formé le projet de réunir le royaume de Sicile au domaine direct de l'Eglise. Dès son arrivée à Pérouse, il avait conféré des fiefs aux nobles de ce royaume, octroyé des privilèges aux villes, s'attribuant ainsi les prérogatives de la puissance souveraine 3.

1. Matth. Paris, t. V, p. 246.249. Le Nain de Tillemont, t. III, p. 429-439.

2. Il avait quitté Lyon le 19 avril 1251, avait séjourné à Gènes du 11 mai au 26 juin, puis, passant par Milan, était entré le 5 novembre à Pérouse.

3. Par une lettre du 18 février 1252, il « restitua » à Marco Zanni, qui

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