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rie, qui avait gagné Turin, s'apprètait à franchir les Alpes, la ville de Parme, que jusqu'alors il avait retenue sous son obéissance, tombait au pouvoir des pontificaux et devenait le foyer d'une révolto qui s'alluma bientôt dans toute la Ligurie. L'empereur retourna sur ses pas et se porta sur Parme Pendant qu'il assiégeait cette cité, un nouveau roi des Romains, Guillaume, comte de Hollande, était élu à Neuss, le 3 octobre 1247, par les prélats des provinces du Rhin, auxquels s'étaient joints le comte de Gueldre et le duc de Brabant \ Quelques mois après, un échec plus sensible était infligé à Frédéric. Les Parmesans, dans une habile et vigoureuse sortie, profitant d'un éloignement momentané do ce prince, mirent le feu à son camp, sorte de ville qu'il avait appelée du nom fastueux de Vittoria, tuaient ou faisaient prisonniers ses défenseurs surpris, s'emparaient du trésor et de la couronne de l'empereur, et forçaient lo monarque lui-même, revenu en hâte mais trop tard vers les siens, à se réfugier dans Crémone avec les débris de son armée 3.

Cette défaite, qui affaiblissait Frédéric en Italie, l'affaiblit également au delà des Alpes. Le pape ordonna aux évêques de l'Allemagne de redoubler de zèle dans la prédication de la croisade contre l'empereur4, et déclara soumis à l'anatheme quiconque lui prêterait conseil ou assistance5. Il ne déploya pas une moindre ardeur pour fortifier le parti de Guillaume de Hollande6. Avant méme la prise de Vittoria, il avait envoyé à ce prince trente mille marcs pour lever des

ment dont nous allons parler, le pape avait écrit à Louis IX de ne se porter vers Lyon que sur un avis spécial du saint-siège (11 juin 1247, Hist. dipl. t. VI, p. 544-546). Il craignait sans doute que ce monarque, pour prix de sa protection, ne l'obligeât à la paix avec Frédéric.

1. Chron. de reb. in liai. gest.

2. Zeller, Ilist. d'Allem. t. V, p. 402.

3. 18 février 1248.

4. Polthast, Reg. ponlif. n" 12902, 12920 (avril, mai 1248). Cf. ibid. n° 12752 (novemb. 1247).

5. avril 1248. Hist. dipl. t. VI, p. 614-617.

6. MH. dipl. t. VI, p. 575, 576 (Lettre aux prélats de l'Allemagne, 19 novemb. 1247).

troupes et autorisé les peuples de la Frise, qui s'étaient depuis peu croisés pour la Terre sainte, à s'acquitter de leur vœu en soutenant de leurs armes le nouveau roi des Romains2. Ce n'est pas que Frédéric ne conservât des adhérents en Allemagne. Si, gagnés ou intimidés parle pontife, les prélats de l'Empire s'étaient alors ralliés, pour la plupart, à la cause du saint-siège, plus d'un prince, parmi les séculiers, se montrait encore attaché à Frédéric. Les populations ellesmêmes, bravant les foudres apostoliques qui frappaient ses partisans, ne laissaient pas, sur divers points de l'Allemagne, de lui demeurer fidèles. Dans ces circonstances, Innocent put se rendre compte à quel degré, en déchaînant la guerre civile, il avait lui-même ébranlé son autorité. A Ratisbonne, le peuple expulsa son évêque, qui, selon les ordres du pape, avait mis la ville en interdit, et défense fut faite, sous peine de la vie, de se montrer dans les rues avec le signe de la croisade prêchée contre Frédéric 3. Dans une autre ville épiscopale, placée aussi sous l'interdit, à Eichstadt, les habitants avaient pris la résolution de se passer du clergé. Ils enterraient eux-mêmes leurs morts au son des trompettes, et telle était leur hardiesse, qu'après avoir chassé l'évêque et les autres ecclésiastiques, ils avaient élu des laïques pour évêque, pour prévôt et pour doyen4. Ailleurs le mépris des censures pontificales fut poussé jusqu'à l'hérésie ouverte. On vit des inconnus parcourir la Souabe et, entrant dans les églises, déclarer en chaire que le pape et les évêques étaient autant d'hérétiques vivant dans le péché et coupables do simonie; qu'aucun homme n'avait le droit d'interdire la célébration des offices divins, et que depuis longtemps le monde était trompé par ceux qui se prétendaient ses guides. « Seuls, nos amis et nous, disaient-ils, nous venons vous enseigner la vérité et la foi selon la justice. Qu'il ne soit plus question

1. Nie. de Curbie, c. 22.

2. Potthast, Reg. ponlif. n" 12749-12751 (17 nov. 1247).

3. Raynald, anno 1248, n» 10-12.

4. Chron. Erphord.

du pape; c'est un homme si pervers et d'un si mauvais exemple, qu'il vaut mieux se taire sur son compte. Priez plutôt pour le seigneur empereur Frédéric et pour son fils Conrad; ceux-là sont les parfaits et les justes1. »

Un conçoit comment, dans cette situation des esprits et au milieu des graves événements qui troublaient alors l'Europe, le zèle des croisades pour la Terre sainte, déjà si affaibli, s'éteignit enfin tout à fait. Le pape, sur la demande de Louis IX 2 et conformément au décret publié dans le concile de Lyon, avait chargé le cardinal-évêque de Tusculum, Eudes de Châteauroux, de faire prêcher la croisade, non seulement en France, mais en Angleterre, en Allemagne et dans les autres États de l'Occident3. Ce soin avait été confié aux franciscains et aux dominicains. Mais, en promettant à tous ceux qui porteraient les armes contre Frédéric les indulgences accordées pour les expéditions de Terre sainte, en relevant do leurs vœux nombre de croisés qui s'engageaient à le combattre, Innocent contribua lui-même à détourner les chrétiens de la guerre de Palestine 4. Il fit plus; il enjoignit à Eudes de Châteauroux, par une lettre secrète, d'interrompre en Allemagne la prédication de la croisade5, afin de ne point nuire au mouvement que, dans cette partie de l'Europe, il fomentait contre Frédéric. Les moines mendiants, de leur côté, discréditèrent par leur conduite le principe même de la croisade. En vue de fournir au pontifo les ressources dont il avait besoin dans sa lutte avec l'empereur, ils croisaient

1. Annal. Sladens. ann. 1248.

2. Matth. Paris, t. IV, p. 416.

3. Guill. de Nang. Gest. Ludov. Reg. cCInnoc. IV, n° 2229 (Lettre du pape du 6 novemb. 1246).

4. Il convient de noter que ce fut, sur la requête de Louis IX, que le pape envoya des prédicateurs en Frise pour la croisade; ils y arrivèrent en septembre 1247. Deux mois après, sur la demande do Guillaume de Hollande, il commuait les vœux des Frisons, et les autorisait à se joindre au roi des Romains pour combattre Frédéric.

5. 5 juillet 1210. ° Volumus ut ista secreto teneas, nulli penitus reveIanda. » Reg. n° 2935. En recommandant le secret à son légat, le pape voulait sans doute se soustraire aux justes réclamations de Louis IX.

les personnes de tout sexe, de toute condition, jusqu'aux infirmes, aux malades et aux vieillards; puis, le lendemain ou sur l'heure, pour une somme queleonque, ils les déliaient de leurs engagements La perte récente de Jérusalem n'eût sans doute été suivie d'aucun nouvel effort contre les Infidèles, si le roi de France, aussi fervent en sa religion qu'attaché à ses serments, n'eût persévéré dans le vœu de se rendre outre mer, vœu qu'il avait fait, peu avant la réunion du concile, durant une maladie oû il avait failli succomber 2. On était si dégoûté de ces lointaines et infructueuses entreprises, que non seulement nul autre souverain ne se joignit à Louis IX3, mais qu'en France la mère de Louis, les grands du royaume, l'évêque de Paris lui-même s'efforcèrent de détourner le roi de cette expédition, au point de lui dire qu'ayant pris cet engagement en état de maladie, il n'avait pas à ce moment la conscience de ses actes 4. Certains indices autorisent même à penser qu'Innocent, qui craignait de se trouver sans appui en face de Frédéric, essaya de retenir le monarque 5. Louis ne se laissa pas ébranler. Son exemple, ses exhortations, peut-être aussi l'attrait nouveau d'une solde, entraînèrent à sa suite la noblesse française. Parti de Paris au

1. Matth. Paris, t. V, p. 73. Voir aussi Berger, Re;/. d'Innoc. IV, t. II, IntroJ., p. cxxviir.D'après Nicolas do Curbie, c. 29, le pape, durant les sept années qu'il résida à Lyon, dépensa, dans sa lutto avec Frédéric, plus do 2l)0,000 marcs d'argent, ce qui représenterait aujourd'hui la valeur d'au moins quarante-huit millions de francs. Les textes prouvent quo l'argent recueilli en Allemagno pour la Terre sainte fut détourné de son objet et employé à la guerre contro Frédéric. Voir Hist. dipl. t. VI, p. 682; Reg. d'Innoc. IV, n°' 4166, 4238, 426!), 4510. Le pape ne parait avoir opéré ces détournements qu'aprês lo départ de Louis IX pour l'Egypte; il craignait les remontrances du roi.

2. Guill. de Nang. Chron. anno 1244.

3. On doit noter néanmoins que lo roi d'Angleterre et le roi do Norvège prirent la croix. Mais ni l'un, ni l'autre ne partirent. Le premier no se croisa que pour jouir des décimes ecclésiastiques levées à ce sujet sur son royaume, et le second ne le fit que dans un intérêt politique. Berger, Rey. d'Innoc. IV, t. II, Introd. p. cxxxvi, Clviii, Clxi.

4. Matth. Paris, t. V, p. 3.

5. Chron. Erphord. — Rerger, loc. cit., p. Cgxxyi.

mois de juin 1248, il passa par Lyon, où il sollicita encore avec instance et sans succès l'inexorable pontife de pardonner à l'empereur en considération de la Terre sainte Après cette dernière et inutile tentative, il se rendit à Marseille et, le 25 août, il s'embarquait à Aigues-Mortes, montrant ainsi à toute l'Europe qu'il y avait alors plus de piété dans le cœur d'un roi que dans celui du chef même de l'Église.

Telle était l'opiniâtreté d'Innocent, que, quelques jours seulement après que Louis IX avait quitté la France, il ordonnait au cardinal Etienne, vicaire pontifical à Rome, de faire prêcher la guerre sainte contre Frédéric dans l'État ecclésiastique, de frapper d'excommunication quiconque lui donnerait un secours manifeste ou caché, et de placer sous l'interdit tout le royaume de Sicile. « Faites savoir aux habitants de ce royaume, mandait-il à son légat, que les villes qui resteraient attachées au tyran perdront leurs privilèges, comme les nobles leurs fiefs èt le clergé ses dignités. Dites également à ceux qui nous obéiront qu'ils n'ont pas à craindre de retomber sous le joug du monarque déchu ou sous celui de ses fils. Un arrêt émané du ciel même, par l'organe de l'Église universelle, ayant déposé Frédéric, ce jugement ne peut être réformé par aucun pouvoir humain, et jamais, du consentement du saint-siège, un prince issu de cette race de vipères ne sera empereur ou roi3. » Deux mois après, comme si les événements eussent été complices de la sévérité d'Innocent, un nouvel échec était infligé à Frédéric. Pendant qu'à l'appel du pape les populations du sud de la péninsule se soulevaient encore une fois, et que les Guelfes de la Haute Italie, enhardis par leur récente victoire, s'apprêtaient à en poursuivre les effets, en Allemagne Guillaume de Hollande, aidé des armes des Frisons, s'emparait d'Aix-laChapelle, sans que Conrad eût pu s'opposera cette entreprise,

1. Matth. Paris, t. V, p. 22. Voir une lettre du pape à ce sujet, aoiU 1248, Hist. dipl. VI, p. 643, 644.

2. 30 août 1248. Ilist. dipl. t. VI, p. 636-651.

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