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qui servent de pieces justificatives aux faits, sont des copies exactes des originaux.

Cette brochure offrira des traits de bizarerie affez étranges a ceux qui prendront la peine de la lire; mais ceux qui ne s'en soucieront pas feront encore mieux; tant ce qu'elle renferme importe peu à ceux qui n'y sont pas intéreflés.

Au reste, M. Hume, en livrant au public les pieces de son procés, nous a autorisés à déclarer qu'il ne reprendra jamais la plume sur ce sujet. M. Rousseau peut revenir à la charge ; il peut produire des suppositions, des interprétations, des inductions, des déclamations nouvelles ; il peut créer & réaliser de nouveaux phantômes & envelopper tout cela des nuages de fa rhétorique, il ne sera plus contredit. Tous les faits sont actuellement sous les yeux du public. M. Hume abandonne sa cause au jugement des esprits droits & des cæurs honnêtes.

EXPOSÉ SUCCINCT, &c.

MA liaison avec M. Rousseau commença en 1762, lorsqu'il fut décrété de prise de corps, à l'occasion de fon Emile, par un arrêt du Parlement de Paris. J'étois alors à Edinbourg. Une personne de mérite m'écrivit de Paris que M. Rousseau avoit le deffein de passer en Angleterre pour y chercher un asyle, & me demanda mes bons offices pour lui. Comme je supposai que M. Rousseau avuit exécuté cette résolution, j'écrivis à plusieurs de mes amis à Londres, pour leur recommander ce célebre exilé, & je lui écrivis à lui-même pour l'assurer de mon zele & de mon empressement à le servir. Je l'invitois en même temps à venir à Edinbourg, fi ce séjour pouvoit lui convenir, & je lui offrois une retraite dans ma maison pour tout le temps qu'il daigneroit la partager avec moi. Je n'avois pas befoin d'autre motif

pour

être excité à cet acte d'humanité, que

m'avoit donnée du caractere de M. Rousseau la personne qui me l'avoit recommandé, & la célébrité de son génie, de ses talens, & sur-tout de les malheurs, dont la cause même étoit une raison de plus pour s'intéresser à lui. Voici la r. ponse que je reçus.

l'idée que

M. ROUSSEAU

M. ROUSSEAU A M. HUME.

A Motiers-Travers, le 19 Février 1763. “ Je n'ai reçu qu'ici, Monsieur, & depuis peu, la lettre dont vous m'honoriez à Londres, le 2 Juillet dernier, fupposant que j'étois dans cette capitale. C'étoit sans doute dans votre nation, & le plus près de vous qu'il m'eût été possible, que j'aurois cherché ma retraite, fi j'avous prévu l'accueil qui m'attendoit dans ma patrie. Il n'y avoit qu'elle que je pusse préferer à l'Angleterre, & cette prévention, dont j'ai été trop puni, m'étoit alors bien pardonnable ; mais, à mon grand etonnement, & méme à celui du public, je n'ai trouvé que des affronts & des outrages où j'esperois, sinon de la reconnoissance, au moins des confulations. Que de chofes m'ont fair regretter l'asyle & l'hospitalité philosophique qui m'attendoient près de vous ! Toutefois mes malheurs m'en ont toujours rapprochê en quelque maniere. La protection & les bontés de Mylord Mareschal, votre illustre & digne compatriote, m'ont fait trouver, pour ainsi dire, l'Ecofle au milieu de la Suisse ; il vous a rendu prisent à nos entretiens; il m'a fait faire avec vos vertus la connoiffance que je n'avois faite encore qu'avec vos talens ; il m'a inspiré la plus tendre amitié pour vous & le plus ardent defir d'obtenir la vôtre. avant que je susse que vous étiez difpoft à me l'accorder. Jugez, quand je trouve ce penchant réciproque, combien j'aurois de plaisir à m'y livrer ! Non, Monsieur, je ne vous rendois que la moitié

de

de ce qui vous étoit dû, quand je n'avois pour vous que de l'admiration. Vos grandes vues, votre étonnante impartialité, votre génie, vous éleveroient trop au-dessus des hommes fi votre bon cour ne vous en rapprochoit. Mylord Mareschal, en m'apprenant à vous voir encore plus aimable que

sublime, me rend tous les jours votre commerce plus désirable, & nourrit en moi l'empressement qu'il m'a fait naître de finir mes jours près de vous. Monfieur, qu’une meilleure santé, qu'une situation plus commode ne me met-elle à portée de faire ce voyage comme je le désirerois! Que ne puis-je espérer de nous voir un jour rassemblés avec Mylord dans votre commune patrie, qui deviendroit la mienne! Je bénirois dans une société fi douce les malheurs par lesquels j'y fus conduit, & je croirois n'avoir commencé de vivre que du jour qu'elle auroit commencé. Puisse-je voircet heureux jour plus désiré qu'espéré! Avec quel transport je m'écrierois en touchant l'heureuse terre où sont nés David Hume & le Marefchal d'Ecofle :

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Ce n'est point par vanité que je publie cette leto tre ; car je vais bientôt mettre au jour une rétractation de tous ces éloges; c'est seulement pour completter la suite de notre correspondance & pour faire voir qu'il y a longtemps que j'ai été disposé à rendre service à M. Rouffeau. 5

Notre

Notre commerce avoit entierement cessé jusqu'au milieu de l'été dernier (1765) lorsque la circonstance suivante le renouvella. Une personne qui s'intéresse à M. Rousseau, étant allée faire un voyage dans une des provinces de France qui avoisinent la Suisse, profita de cette occasion pour rendre visite au Philosophe folitaire, dans sa retraite á Motiers-Travers. Il dit à cette personne que le séjour de Neufchâtel lui devenoit tres-désagréable, tant par la superstition du peuple que par la rage dont les prêtres étoient animés contre lui; qu'il craignoit d'être bientôt dans la nécessité d'aller chercher un afyle ailleurs, & que dans ce cas l'Angleterre lui paroissoit, par la nature de ses loix & de fon gouvernement, le seul endroit où il pût trouver une retraite assurée : il ajouta que Mylord Mareschal, son ancien Protecteur, lui avoit conseillé de se met. tre fous ma protection (c'est le terme dont il voulut bien se servir); & qu'en conséquence il étoit disposé à s'adresser à moi, s'il croyoit que cela ne me don. neroit pas trop d'embarras.

J'étois alors chargé des Affaires d'Angleterre à la Cour de France ; mais comme j'avois la perspective de retourner bientôt à Londres, je ne rejettai point une proposition qui m'étoit faite dans de semblables circonstances par un homme que son génie & ses malheurs avoient rendu célebre. Dès que je fus informé de la situation & des intentions de M. Rousseau, je lui écrivis pour lui offrir mes services, & il me fit la réponse suivante.

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