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CENOX LIBRAAN

WEW YORK

DE L'ÉDITION DE 1827.

On avait souvent réimprimé ce recueil, et toujours à mon insu, quand j'en publiai moi-même une édition en 1810. Tous les écrits dont il était composé reparurent alors avec des développements nécessaires, des corrections importantes et des additions trèsconsidérables. L'Essai sur l'Éloquence, augmenté de plus des deux tiers, devint en quelque sorte un ouvrage nouveau. Mais, quoique la doctrine en fût beaucoup plus étendue et plus motivée, le fond resta encore le même, sans aucun changement essentiel, ni dans les principes, ni dans les jugements oratoires qui en forment le véritable esprit littéraire.

Cet Essai n'avait été d'abord destiné qu'à ma seule instruction. Quand j'eus ainsi raisonné mes études et ma méthode, on crut que mon travail pourrait être utile aux jeunes orateurs qui voudraient suivre la même carrière. Je trouvai dans ces cahiers d'ob. servations journalières un ensemble et un traité presque tout fait sur l'éloquence sacrée. La marche progressive de mes premières idées a été pour moi une espèce de voyage littéraire, dont les souvenirs me retraçaient les jouissances de mon travail, et les motifs de mes opinions sur l'art oratoire, soit dans le cours de mes lectures raisonnées, dont j'avais conservé des extraits, soit dans les leçons encore plus instructives que fournit l'exercice habituel du ministère de la parole.

Quoique cet ouvrage soit spécialement approprié aux candidats de la chaire, les préceptes de l'art d'écrire, les principes de la composition, les règles du bon goût, et presque toute la théorie de l'art oratoire, s'appliquent également à tous les genres de littérature, et peuvent, pour ainsi dire, intéresser autant nos jeunes écrivains que les orateurs eux-mêmes.

En essayant de tracer la route de l'éloquence on doit se proposer d'en exciter le goût, plutôt que d'en rappeler les éléments. Une exposition sèche des règles fatigue plus l'esprit qu'elle ne l'éclaire, et leur multitude embarrasse l'inexpérience, sans rien inspirer au talent. Les traités didactiques n'ont jamais formé un seul orateur. Les leçons des rhéteurs qui sont l'objet des premières éludes ressemblent le plus souvent aux réponses des anciens oracles, qui enveloppaient la vérité de nuages et de ténèbres.

Pour jeter plus de lumière sur la route des orateurs il faut donc les environner sans cesse d'exemples, toujours plus instructifs que les préceptes. La multitude, le choix et la nouveauté des modèles que nos grands maitres ont fournis à presque tous les chapitres de l'Essai sur l'Eloquence, donnent lieu d'espérer qu'un genre si précieux d'intérêt ne saurait manquer à cet ouvrage. Nos orateurs du premier ordre, et surtout Bossuet, qui est à leur tête, y sont cités à chaque page, soit pour révéler de nouvelles beautés cachées dans leurs compositions, soit pour signa. ler des morceaux importants, qui n'ont pas été remarqués, soit même quelquefois pour indiquer des fautes que l'autorité d'un grand nom rendrait contagieuses, et qu'on peut discuter avec un respectueux esprit de critique, qui devient alors un hommage de plus qu'on rend à leur mémoire. Mais si l'on s'est quelquefois permis de relever des fautes assez généralement ignorées dans les productions des grands maitres, on a justifié cette liberté légitime de la critique par le plus grand zèle à les venger des reproches injustes qui ont été faits à leurs chefs-d'æuvre. Quelques discours assez généralement inconnus, mais dignes d'être comptés parmi nos trésors oratoires, attendaient depuis longtemps la justice qu'on se plait à leur rendre dans le cours de ces observations, et n'avaient besoin que d'être reproduits en partie sous les yeux des Français pour se recommander d'eux-mêmes à l'admiration publique.

Les sermonnaires étrangers sont jugés dans l'Essai sur lÉloquence avec autant d'impartialité que nos orateurs français. On s'est borné aux plus célèbres prédicateurs de l'Italie et de l'Angleterre, selon le degré d'estime et d'intérêt qu'ils peuvent inspirer aux jeunes orateurs. Les lecteurs qui voudront approfondir cette étude comparée pourront aisément recourir aux ouvrages qu'on leur désigne, en choisissant les plus estimés dans la carrière de la chaire parmi ces deux nations, les seules de l'Europe qui mé

ritent d'être nommées en France avec quelque estime dans l'his. toire de l'éloquence sacrée. Les jugements hasardés parmi nous avec tant de légèreté sur quelques prédicateurs anglais , qu'on n'a pas craint de comparer et même de préférer à nos immortels orateurs, seront relevés dans cet Essai avec la justice que réclame de la vérité l'intérêt de la gloire nationale, pour défendre les droits et l'incontestable prééminence de nos grands hommes.

On ne blesserait jamais dans ses compositions ni la langue, ni le goût, ni les bienséances, si l'on exerçait une critique aussi délicate et aussi sévère en revoyant ses propres ouvrages qu'en examinant les productions d'autrui, surtout de ses rivaux. Mais cette sagacité n'a encore été donnée à aucun écrivain, puisqu'il n'en existe pas un seul auquel on ne puisse reprocher des fautes, ou des redondances, ou des négligences de style dans un travail de longue haleine. Cette observation explique le grand sens du conseil de Boileau quand il exhorte les auteurs à faire choix d'un censeur dont le goût se montre toujours pur et inexorable, sans ètre jamais ni pointilleux ni timide,

Et dont le crayon sûr d'abord aille chercher
L'endroit que l'on sent faible, et qu'on veut se cacher.

Art poétique, chant IV.

Le sujet de cet ouvrage est d'autant plus intéressant, qu'il est bien peu d'études plus philosophiques sans doute que d'approfondir et d'expliquer tout ce qui doit plaire ou déplaire dans un orateur. L'abbé Batteux doit aux anciens cet heureux aperçu, dont il se fait honneur, en ne les citant pas. C'est en effet, selon l'observation judicieuse de Denys d'Halicarnasse et de Cicéron, la plus curieuse et la plus instructive métaphysique de l'esprit humain, que de remonter ainsi à la source et aux principes du vrai beau dans tous les genres, et de développer les jouissances du bon goût par l'analyse raisonnée des plaisirs de l'esprit. On ne saurait éprouver l'impression de ces beautés originales, et en avoir tout le sentiment, que lorsqu'une méditation profonde peut nous rendre raison des jugements savants d'une saine critique, dont les observations deviennent pour ainsi dire palpables, quand on sait confronter les règles de l'art avec les compositions des grands maitres.

La chaine de nos orateurs sacrés semble menacée d'une interruption déjà trop sensible. Il faut donc renouer les études de la génération actuelle aux chefs-d'æuyre du genre, et signaler tous les grands anneaux auxquels on doit se rattacher, pour en perpétuer l'éclat et la solidité. Aussi n'a-t-on négligé dans cet Essai aucune occasion de conserver toutes les traditions de la chaire, lesquelles se perdraient infailliblement si l'on différait plus longtemps de les recueillir; et c'est ce qu'on a fait sur la foi des successeurs de Massillon, qui ont eu le plus de succès dans cette carrière. Aucun prédicateur n'a songé à perpétuer le souvenir de ces anecdotes historiques sans lesquelles plusieurs beautés du premier ordre, cachées dans les monuments oratoires du siècle de Louis XIV, ne seraient plus intelligibles pour la postérité. On était encore assez généralement instruit il y a quarante ans de ces traditions orales, qui ne sont consignées encore nulle part, et dont il ne resterait bientôt plus de vestige. Nos plus grands orateurs ne publierent pas eux-mêmes leurs sermons. Les éditeurs chargés de ce soin n'ont jamais songé à y joindre un commentaire opportun, qui aurait ajouté beaucoup d'instruction et d'intérêt à la lecture de Bossuet, de Bourdaloue et de Massillon. Tout ce qui intéresse un genre de littérature dans une période à jamais mémorable de gloire appartient éminemment à l'histoire littéraire de cette époque, et doit être transmis à l'émulation des ages suivants.

Quelque désir qu'on ait d'exciter une honorable émulation dans tous les domaines de l'éloquence, cet Essai contient très-peu d'additions aux articles qui concernent les orateurs du barreau. Ce sujet a été complétement traité par Quintilien, qui en a fait l'upique objet de son Institution de l'Orateur. La chaire elle-même n'a jamais eu pour l'instruction de ses candidats un livre élémentaire qu'on puisse comparer à ce chef-d'æuvre de l'antiquité, qui leur sert encore d'ouvrage classique, et dont les excellents principes consacreront toujours notre doctrine sur l'éloquence sacrée.

Si l'on voulait approprier spécialement les leçons de l'art oratoire au barreau, cette matière mériterait d'être traitée par un homme de talent et de goût qui aurait longtemps suivi les audiences, et qui même y aurait obtenu des succès assez impo. sants pour accréditer ses conseils et sa méthode par toute l'autolité de sa renommée. Rien ne serait plus honorable pour un avo

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