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preneur, le Mutewelli s'en charge et consent à accepter un cadeau qui se débat de gré à gré. En vertu de cette honnête administration, les revenus des fondations religieuses s'égarent dans quelques poches particulières et ne suffisent plus même aux grosses réparations des édifices qui vont s'écroulant de jour en jour. L'hôpital de Sainte-Hélène a pour dotations des propriétés immenses, entre autre» tout le territoire de Beitléhem ; entrez, et voyez dans quel état il se trouve! Il est vrai qu'il y a des Mutewelli, des Nazirs ou intendants, même un ministèrespécialdesWakoufsàConstantinople. Ces déplorables abus proviennent des hommes bien plus que de l'organisation elle-même; quoique le système des Wakoufs ait en soi de graves inconvénients,.il a toujours été néanmoins l'idéal de la constitution de la propriété dans toute théocratie. Pour n'en citer que le plus ancien exemple, Moïse n'a-t-il pas rendu Wakouf toute la terre promise, en réduisant à cinquante ans 1 la durée des baux emphy

. 1. Lévit., xxv, 13.

téotiques? Dans la société hébraïque, le propriétaire véritable, c'est Jéhovah1 ; le Mutewelli, c'est le premier occupant; l'acheteur n'est que fermier temporaire. Et, quoique cette règle, qui rend les biens-fonds en réalité inaliénables, ne s'applique qu'aux propriétés rurales, par suite de la prédilection du législateur pour la vie nomade, elle étend le même privilége aux biens urbains du clergé, c'est-à-dire des lévites \ l'élargissant même jusqu'à leur accorder un droit de réméré perpétuel.

Nous voilà bien loin du Tekkié de Kasséki sultane. En effet, chaque pas nous en éloigne; avant le coucher du soleil, nous devons assister aux exercices religieux des juifs pleurant sur les ruines du Temple. Suivons cette longue rue ornée de plusieurs jolies fontaines , sans eau bien entendu de par les soins des Mutewelli; au bout de cette rue, un petit détour, à gauche, nous permet d'admirer un très-beau portail moresque, seul morceau remarquable du Mekhémé ou tribunal, et, traversant par des ruelles infectes une grande partie du quartier juif, nous voici arrivés devant le mur des Lamentations.

1. Lévit., XXV, 23.- 2. Lévit., XXV, 33, 34.

C'est une espèce de corridor à ciel ouvert dont le côté oriental est formé par l'enceinte de la mosquée d'Omar. Je retrouve la maçonnerie grandiose qui m'a frappé dans ma course autour des murailles de la ville, échantillon bien conservé des constructions du Temple de Jébovah. Ces antiques pierres ont des dimensions imposantes, et l'assise inférieure surtout se compose de blocs cubiques taillés avec un soin particulier. Tout le long règne un pavé entretenu avec beaucoup de soins, dans un état de rare propreté ; c'est, pour ainsi dire, une synagogue sans toit, lieu sacré de prières d'un peuple sans patrie dans sa patrie même. Une cinquantaine de juifs en haillons, vieillards et jeunes gens, sont en prières devant ces restes impassibles de leur nationalité détruite; les uns venus du fond de l'Allemagne avec leur toque de fourrure, les autres des provinces russes et polonaises avec leur longue robe graisseuse et leur feutre indescriptible; ceux-ci arrivant du Maroc et de l'Algérie couverts d'un burnous en lambeaux, ceux-là des pays orientaux où ils portent le turban bleu surmonté d'une excroissance conique; tous, ridicules partout ailleurs à cause de leurs fantastiques costumes, ont ici un caractère commun de tristesse et de proscription qui les rend intéressants. Le front collé sur les pierres saintes qu'ils baisent de temps en temps, en les arrosant de pleurs véritables, ceux-ci récitent, dans leur antique idiome, de longues et ferventes prières ; ceux-là, une vieille Bible à la main, le pied droit étendu, psalmodient d'une voix dolente les sublimes Echa (Lamentations) du prophète de malheur, tout en se balançant d'avant en arrière comme des gens ivres de douleur « Ramène-nous, ô Jéhovah! vers toi, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme autrefois! car, si tu nous as tout à fait rejetés, si ta colère s'est enflammée contre nous violente, ramène-nous, ô Jéhovah! vers toi, et nous reviendrons , renouvelle nos jours comme autrefois 1!

Je restai jusqu'à la fin de la prière silencieux et réfléchi, sous l'impression de ce spectacle émouvant*. Comme je m'éloignais, marchant dans la même direction que les juifs qui avaient terminé leur oraison « Passerez-vous devant ma maison sans vous y reposer ? » dit derrière moi une voix connue. Je me retournai tout surpris et j'aperçus le rabbin avec lequel j'avais fait connaissance sur le paquebot. Bien que le soleil fût couché et que l'entrée de la demeure n'eût rien d'attrayant, j'acceptai son invitation. La vue du désespoir d'Israël avait rendu mon cœur accessible aux senti. ments sympathiques.

Pauvres juifs! ils sont plus malheureux en Judée que partout ailleurs, car ils n'y ont pas les ressources que leur offrent les autres pays: le commerce y est nul, l'usure ne trouve à

1. Jérémie. Lament., V, 21, 22, 23.

2. M. Bida, après être venu s'inspirer à Jérusalem, a rendu la scène dont je viens de parler avec une vérité et un talent hors ligne.

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