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VI

Une noce arabe chez les latins. — Musique fantastique. Cérémonies du mariage.

Je sortais de dîner, m'apprêtant à faire un tour dans cette ville où parmi tant de souvenirs de toutes les époques j'y en avais laissé moi-même quelques-uns; un jeune Latin, âgé de seize à dix-huit ans, m'attendait assis sur le seuil de ma chambre, armé d'un grand cierge en cire blanche. A mon approche, il se leva et, m'appelant par mon nom, il m'offrit son flambeau, m'invitant pour la soirée même à la noce de sa sœur.

Tout élonné, je demandai naïvement à cet ami si intime comment il s'appelait. Au sortir de l'enfance, quatre ans sont un siècle et suffisent pour produire un.homme, tandis que vers la trentaine, quelques années modifient peu la physionomie. Le petit Aïssa était donc bien grandi, bien changé, et sans être accusé de manquer de mémoire, j'avais pu ne pas reconnaître dans ce grand garçon le gamin vif et intelligent qui, lors de mon dernier voyage, m'avait accompagné dans toutes mes courses, et qui, lui, ne m'avait pas oublié, comme le prouvait sa démarche tout affectueuse. Apprenant mon arrivée, il avait voulu être un des premiers à me souhaiter la bienvenue. J'acceptai l'invitation, et rendezvous fut donné pour huit heures du soir, à la maison de l'aroncé (fiancé).

« Mais à quoi bon cette grande chandelle, lui demandai-je ? Dois-je l'emporter avec moi? Joue-t-elle un rôle dans les épousailles?

— Certainement, me répondit-il, gardezvous bien de l'oublier, c'est votre lettre d'invitation. »

Dans ce pays où les anciens usages ont la vie dure et tenace, les flambeaux de l'hymênée ne sont pas seulement une formule, une périphrase rebattue à l'usage des anciens rimeurs classiques, c'est une belle et bonne realité.

A huit heures je pars pour la maison nuptiale qui n'est pas éloignée, et que je trouve facilement, grâce à l'harmonie qui s'en échappe. Les voisins sont des gens bien heureux'.... Cette harmonie, c'est un mélange irritant de voix féminines et d'instruments barbares : les voix féminines lancent, comme des fusées, deux notes à l'octave, formant un chant monotone dont les paroles, qu'il est presque impossible de distinguer, sont des improvisations à la louange de l'épousée, de sa famille, des principaux invités. Cette poésie de circonstance (on l'appelle zagharith), se compose de quatrains, hurlés plutôt que chantés, sur ces deux éternelles notes, et après chaque quatrain éclatentle gloussement, l'ululation, le glouglou de tout le chœur. Ce dernier cri est peut-être ce que les Grecs appelaient alaly (AXaXii), cri de joie et de douleur, cri de guerre, cri de victoire. Au bout de quelque temps, cela devient d'un effet trèsagaçant sur les nerfs déshabitués de la musique orientale. Quant aux instruments, l'indispensable, la base obligée de toute fêle, c'est le doumdoum, nom expressif qui nous dispense de définir le son de l'instrument. Le doumdoumse compose de deux petites timbales accouplées, formées chacune d'un hémispère de cuivre garni d'une peau tendue et rendant chacune une note différente; on les frappe, pour obtenir cet agréable résultat, avec deux petits bâtons de bois dur, en marquant un rhythme peu varié qui se ralentit ou s'accélère selon les circonstances.

Mais, dans les grandes occasions, le doumdoum reçoit du renfort; on jouit alors d'un orchestre complet, lequel s'accroupit sur une natte, dans un coin de la chambre, et dont l'invariable composition est celle-ci:

Un violon se lançant dans les variations les plus inattendues;

Un canoun, sorte d'épinette à vibrations métalliques posée horizontalement sur les genoux. Grâce aux dés de fer qui arment ses doigts, l'artiste peut, sans crainte de s'user les ongles, racler infatigablement les cordes de laiton et lutter de caprice, d'entrain et de persévérance avec le Stradivarius voisin;

Un virtuose, accompagnant son chant monotone des ronflements prolongés de son tambour de basque.

Cette réunion mélodieuse semble ne se proposer qu'un but, celui de couvrir le tic tac du doumdoum, mais le doumdoum a toujours le dernier mot: non pluribus impur....

Eh bien! vivez quelque temps parmi les peuples orientaux, habituez votre oreille aux sons fantastiques, capricieux de cette musique sauvage, et vous serez étonné d'y trouver un charme étrange, quelque chose qui diffère absolument des sensations musicales produites par l'harmonie européenne. Cette gamme par quarts de ton, qui blessait d'abord votre tympan effarouché, perdra ce caractère d'intonations vagues et fausses : les motifs sou

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