Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

18. L'esprit d'un bon général devrait res- c'est un avantage immense que d'attaquer: sembler, pour la clarté, au verre d'un té- on vous suppose alors des ressources supé. lescope, verre qui, ayant passé sur la meule, rieures à celles que vous possédez. ne présente point de tableau à l'æil.

2. La guerre doit être une méditation, et 19. Un général qui voit par les yeux des la paix un exercice. autres, ne commandera jamais une arniée 3. La guerre doit nourrir la guerre. comme elle doit l'être.

4. Un soldat s'avance volontiers au feu, 20. Pour avoir de bons soldats, il faut mais il n'aime pas voir trop en arrière ceou'une nation soit toujours en guerre. lui qui le commande.

21. Quand un soldat a été avili et désho- 5. Le temps est tout : cinq minutes font noré par le fouet, il se soucie fort peu de la la différence entre la défaite et la victoire. sloire el de l'honneur de son pays.

6. L'armée la plus invincible est celle où 22. Le militaire n'est jamais ehez l'étran- les pères pensent le plus souvent à leurs enger lorsqu'il est sous le drapeau : où est le fanis, les fils à leurs pères et les frères à drapeau, là est la patrie.

leurs frères. 23. Il n'est pas de grandes actions sui- 7. Les lauriers doivent se partager entre ries qui soient l'ouvre du hasard et de la le hasard, les soldats et le général. fortune : elles dérivent toujours de la com- 8. Après le combat, il n'y a plus d'ennebinaison et du génie.

mis sur le champ de bataille. 24. La guerre est comme le gourerne 9. Une ville rebelle doit être ruinée. ment, c'est une affaire de tact.

10. Les volontaires dans le service deman(NAPOLÉON I".) dent trop d'égards et de ménagements. Les 1 J'ai trois manières de traiter l'ennemi: exemptions des devoirs de la discipline celui qui arrive au-devant de moi et m'ac- qu'ils usurpent ou qu'on ne peut se discueille, devient mon ami, mon frère; celui penser de leur accorder sont d'un perniqui m'attend et capitule, est mon prison- cieux exemple et gâtent les autres. nier; celui qui croise l'épée est mort. Par • 11. La gloire et l'amour du bien public ce moyen, la terreur de mes armes diminue ne campent jamais où l'intérêt comniande. le nombre de mes ennemis : un combat 12. Si le lendemain d'une bataille les meurtrier en prévient plusieurs autres qui rois visilaient les hôpitaux, ils ne feraient le seraient davantage.

jamais la guerre. 2. Ne demandez jamais combien sont-ils, 13. Livrer balaille, c'est battre en brèche mais où sont-ils ?

l'armée qu'on a devant soi. 3. Retenir un otage est un crime : on ne 14. Une armée ne doit jamais approcher doit point trahir la confiance de l'ennemi les bois et les montagnes, sans les occuper qui vient négocier sur la foi de l'armistice. entièrement.

4. Je ne fais point de plans partiels; je 15. On ne doit jamais exécuter devant ne vois les choses qu'en grand, parce qu'un l'ennemi, aucun mouvement de conversion, tourbillon d'événements change toujours à moins que ce ne soit pour former la ligne les plans qu'on a concertés. (SOOWAROW.) sur lin flanc attaqué.

Je ne crains l'ennemi que quand je ne le 16. La meilleure évolution est celle qui vois pas.

(NEY.) peut être exécutée par un certain nombre On ne peut obtenir de succès éclatants d'horomes, dans le moindre espace de temps qu'avec de braves soldats, et l'on ne peut et de terrain. rendre les soldats braves qu'en excitant 17. Il n'y a point de science plus difficile leurs passions. (Le général Rognat.) que celle de la guerre, et cependant, par

On ne décourage pas l'ennemi avec des une étrange contradiction de l'esprit bu· retraites, ni les masses tumultueuses avec main, ceux qui embrassent cette profession des concessions. (Le maréchal BUGEAUD.) ne donnent généralement que peu ou point

Le soldat qui rend ses armes se déshó- d'application à son étude. Ils semblent croire nore, et déshonore l'uniforile de ses cama- que la connaissance de quelques vaines et rades.

(Le colonel AMBERT.) puériles man@uvres constitue le grand 1. A la guerre, dans la plupart des cas, homme de guerre

(X.)

BABOUIN (Prov.). On raconte qu'une fille de Corinthe était prosternée au pied d'une statue de Vénus qui tenait Cupidon par la main, et lui demandait de lui faire obtenir pour épour un beau jeune homme qu'elle aimait. Derrière la statue se trouvait caché, en ce moment, un espiègle qui répondit à ja suppliante, d'une voix très-douce : « Ce n'est pas pour vous. » La jeune fille s'imagina alors que c'était Cupidon qui lui par

lait de la sorte, et elle lui répliqua, non sans dépit : Tuisez-vous, pelit Babouin, laissez parler votre mère qui est plus sage que vous, On a fait un proverbe de cette réponse.

BADAUD (Dicton). Quelques-uns pensent que ce mot a pour origine ce mauvais lalin badaldus, provenant de badare, qui signifie avoir la bouche béante. Le sobriquet de badaud a été donné aux Parisiens par les provinciaux; mais Voltaire, qui était de la vieille Lutèce, semble vouloir se regimber nage, sorte de niais, dont aucun événement contre cette qualification dans les lignes ne pouvait troubler la sérénité. On s'accolisuivantes : « Si on a donné ce nom , dit-il, tuma alors à dire: Tranquille comme Baptiste, au peuple de Paris, plus volontiers qu'à un pour désigner quelqu'un indifférent aux autre, c'est uniquement parce qu'il y a plus plus graves catastrophes. de monde à Paris qu'ailleurs, et par consé- BARADAS (Dicton). On dit d'une situation quent plus de gens inutiles qui s'attroupent brillante qui s'évanouit en peu de temps: pour voir le premier objet auquel ils ne c'est la fortune de Baradas. Ce Baradas éiait sout pas accoutumés, pour contempler un un favori de Louis XIII, mais sa faveur charlatan ou un charretier dont la charrette n'eut qu'une durée de deux mois environ, sera renversée et qu'ils ne relèveront pas. et il la perdit fort singulièrement. Se trouIl y a des badauds partout, mais on a donné vant un jour à la chasse avec le roi, le chala préférence à ceux de Paris.»

peau du prince vint à lomber sous le cheval Corneille diffère en cela d'opinion avec du favori, et au moment où on allait le reVoltaire, et, dans sa comédie du Menteur, il lever, l'animal peu courtois pissa dans le caractérise ainsi le Parisien:

couvre-chef du souverain. Celui-ci s'en prit Paris est un grand lieu plein de marchands niêlés; à Baradas de l'incongruité de sa monture, et L'effel n'y répond pas toujours à l'apparence; depuis lors lui retira ses bonnes grâces. On s'y laisse duper, autant qu'en lieu de France; BARAGOUINER (Dicton ). Cette expresEl parmi taot d'esprits plus polis et meilleurs, sion désigne un langage qui n'est pas ou est Il y crost des badauds autant et plus qu'ailleurs. peu intelligible. Suivant Ménage, elle vient

A son tour, M. Audiffret définit ainsi l'ha- de deux autres mots bara et guin qui, en bitant de la grand'ville: « Le Parisien n'est breton, signifient pain et vin. Du mot barani une bêle, ni un niais, ni un nigaud, ni guin on aurait fait le verbe baraguiner ou u imbécille, ni un sot: c'est un homme baragouiner, qui est comme si l'on disait ne simple et crédule, qui, n'ayant jamais rien savoir autre chose d'une langue que les mots vu, croit tout, admire tout et s'étonne de pain et vin. Mais Grovonius assure de son tout. »

côté que baragouiner veut dire proprement BAGUENAUDEK (Dicton). On entend par chicaner dans une vente ou dans un achal. cette expression, s'amuser de bagatelles. BARBE (Prov.). Les anciens Romains Elle vient de l'habitude qu'ont les enfants n'avaient qu'une médiocre idée de la frande presserles gousses du baguenaudier, pour chise d'un homme à cheveux noirs et à barbe produire une sorte d'explosion.

rousse, d'où sont venus le proverbe français; BAISE-MAINS (Prov.). Pour exprimer

A barbe rousse et noirs cheveux, qu'on accueille une chose avec reconnais

Ne te fie si tu veux; sance ou avec soumission, on dit proverbia-, Jement qu'on la reçoit à belles baise-mains,

et le proverbe espagnol : Faux de nature, les c'est-à-dire, soit en baisant la main du bien

mi cheveux noirs, la barbe rousse. faiteur, soit en baisant la sienne propre. Cet

BARDOT Dicton). On appelle ainsi un usage, qui monte à une très-haute antiquité. petit inulet; et, dans le monde, nn donne s'est répandu dans tous les pays. Les païens quelquefois ce nom à celui sur qui le plus saluaient le soleil, la lune et les étoiles, en grand nombre se décharge du poids des traportant la main à la bouche. Je me suis ré Vaux.. servé, dit le Seigneur, sept mille hommes,

BARILLET (Prov.). On appelle ainsi un qui n'ont pas fléchi les genonx devant Baal et

petit baril, Brantômé cite ce proverbe: Jaqui ne l'ont point adoré en baisant la main. loux de sa femme comme un ladre de son ba(III Reg. xix, 18.) Job déclare qu'il ne s'est

rillet. jamais rendu coupable de cette superstition :

BASSESSE. La bassesse est une médaille Si vidi solem cum fulgeret aut lunam ince dont le revers est l'insolence. dentem clare, et osculatus sum inanuin

(La RocheFOUCAULD.) meam ore meo. (Job XXXI, 26.) Les Romains On n'est jamais sûr de ceux qui se venadoraient aussi les dieux en portant la main dent.

(Doclos.) à la bouche: In adorando, dit Pline, dexte Il est difficile d'écraser ce qui s'aplatit sous ram ad osculum referimus.

les pieds.

(CHATEAUBRIAND.! BAMBOCHE (Dicton), Ce mot, qui er. BASSIN (Prov.). Autrefois les quêtes n'aprime rigoureusement une personne petite vaient pas lieu, comme aujourd'hui, en faiet disgraciée de la nature, fut appliqué. sant usage d'une bourse, et c'était d'un bassin comme sobriquet, à un peintre hollandais, en métal qu'on se servait toujours. De là vint nommé Pierre de Laco, très-contrefait, et e proverbe très-trivial: Cracher au bassin. qui avait le goût singulier de peindre des BAT (Prov.). On dit de ceux qui quittent figures grotesques qui faisaient pour ainsi une condition qu'ils croient mauvaise, pour dire pendant à la sienne. Ses tableaux eu s'exposer à tomber dans une pire: Quine rent une sorte de célébrité; son genre reçut veut selle, Dieu lui donne un bat. le nom de bambochade; et cette qualification BATON (Dicton). On emploie fréquempassant plus tard de la peinture aux acles ment cette locution: Tour du balon, pour de la vie, on appela bamboches, les facéties exprimer un moyen subtil par lequel on de mauvais ton et les plaisirs grossiers. : s'approprie ce qu'on ne pourrait obtenir lé

BAPTISTE (Prov.). On donnait ce nom, galement. Ce dicton vient de ce que les dans les anciennes comédies, à un person- joueurs de gobelets escamotent une foule de

choses par la vertu, disent-ils, d'un petit bâ- cent ans, on lui répond quelquefois par ce ton dont ils font usage.

proverbe : Cent ans ce n'est guère, mais jaBATON BLANC (Dicton.) On dit de quel mais c'est beaucoup. qu'un qui n'a conservé aucune propriété,

· BEAUTÉ. La beauté et la chasteté sont qu'il est réduit au bâton blanc.

toujours en procès.

(OVIDE.) * BATTRE LES BUISSONS (Prov.). Durant La beauté est une pièce de grande recomle siége d'Orléans, sous Charles VII, les ha- mandation au commerce des hommes. Elle bitants, qui ne voulaient point se rendre se présente au devant, séduit et préoccupe aux Anglais, firent appel au duc de Bourgo- notre jugement avec grande autorité et mergue, Philippe le Bon, qui servait alors l'An- veilleuse impression. C'est le premier moyen gleterre contre la France, qu'il serait digne de conciliation des uns aux autres; et n'est de lui de protéger les domaines de son pa- homme si barbare et si rechigné, qui ne se rent pendant qu'il était prisonnier, et of- sente aucunement frappé de sa douceur. La frirent de lui livrer leur ville, s'il voulait la beauté de la taille est la seule beauté des conserver à leur duc. Philippe en référa im hommes : les autres beautés sont pour les médiatement au duc de Bedford, ré gent du femmes.

(MontaigŅE.) royaume, qui lui répondit qu'il n'était pas La beauté du corps est un grand don de homme à battre les buissons pour laisser la nature, et sert à l'homme d'une sorte de prendre aux autres les oiseaux. Cette ré- recommandation de l'homme: elle a, comme ponse indisposa Philippe, qui rappela alors l'aimant, une certaine vertu qui attire l'adles troupes qu'il avaitdans l'armée anglaise, miration des mortels. Au reste, la beauté du et laissa celle-ci aux prises avec Charles VII corps est, dans le fond, un rien, et ne reset Jeanne d'Arc. La réplique du régent de- semble pas mal à un vernis dont la nature vint proverbiale, et l'on s'est accoutumé à se sert pour lustrer ses ouvrages de terre dire de celui qui a travaillé au profit d'au qui sont sujets à de fréquents el imprévus trni: Il a battu les buissons, l'autre a pris les changements, et dont le sort est d'être récisillons,

duits en poussière. (OXENSTIERN.) BAVARDAGE. Ceulx qui ont le corps Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat graile, le grossissent d'embourure, ceulx quand elles demeurent imparfaites, que qui ont la matière exile l'entient de paroles. quand elles sont trop achevées. (MONTAIGNE.)

(La RocheFOUCAULD.) 4 Ne consultez jamais les orateurs pour Le beau doit avoir d'ineffables attraits ; il l'histoire : ils se font un mérite de défigurer doit exciter l'admiration de tous et impresla vérité, sous prétexte de l'embellir.

sionner profondément; il doit rappeler son 2. Les longues harangues avancent les af. origine céleste. Tout ce qui est sorti des faires, comme une robe trainante aide à la mains du Créateur a dû s'en échapper dans course.

(Bacon.)

des formes belles et pures. C'est à cette Les grands parleurs sont comme les vases source du beau qu'il faudrait remonter pour vides qui sonnent plus que ceux qui sont retrouver les belles races qui ont dû paraipleins.

(OXENSTIERN.) tre sur la terre à l'origine du monde. O Français, nation parlière, que vous

(ve MÉRICLET.) donnez de force aux mots et que vous en

BEC (Prov.). Dans les études des pratidonnez peu aux choses !

ciens, comme les huissiers et les procureurs, (J.-J. Rousseau.) les clercs s'amusent quelquefois, vis-à-vis Quand on n'a rien à dire, on parle pour d'un nouveau venu, à tirer la plume qu'il parler.

(Petit Jean.) tient à la bouche, de manière à lui barbouil1. Les paroles qui ont tant de force d'agi- ler les lèvres d'encre. De cette espiéglerie tation, n'en ont aucune d'apaisement: elles on a fait le proverbe : Tirer la plume par le lancent les nations, les bayonnettes seules bec, ce qui signifie déniaiser quelqu'un. les arrêtent.

BÉGUIN (Prov.). Sorte de bonnel que por2. Les tribuns, voilà les vrais ennemis du taient autrefois les enfants, garçons ei filles, peuple: ils les flattent pour l'enchaîner; ils les premiers jusqu'à huit ou neuf ans, les sément les soupçons sur la verlu qui ne veut autres jusqu'à onze et douze. On dit alors pas s'avilir.

(DE LAMARTINE.) d'un adolescent sans expérience : Il a encore Les plus vains des hommes sont les co- son premier béguin. médiens de tribune. Ils ont deux sortes d'il- BĖJAUNE (Prov.). Ce mot qui vient, par fusions: celle de croire qu'ils représentent ellipse, de bec-jaune, est employé pour dél'opinion, et celle de croire trop à la puis- signer un oiseau qui n'est pas encore en sapee de leur art. Il est rare que ces grands âge de nicher, ce que l'on reconnaît à la orateurs soient de grands politiques.

couleur jaune d'une portion de la membrane

(de CORMENIN.) de son bec. Le nom béjaune était aussi don4 1. Le propre d’un Lavard est d'attaquerce né à une sorte de contribution que les nouqu'on ne défend pas, et de défendre ce qu'on veaux venus payaient dans les colléges de n'altaque pas.

Paris ; on dit même encore aujourd'hui, dans 2. Les grands conteurs sont de petits es- certains ateliers, qu'on paie son béjaune ou prits.

(.1. DE CHESNEL.) sa bien-venue; et enfin, faire voir à quelBEAUCOUP (Prov.). Lorsqu'il arrive à une qu'un son béjaune, est une phrase proverpersonne en colère de s'écrier qu'elle ne re- biale qui exprime qu'on lui ciémontre so.2 tournera jamais en tel Jieu, dût-elle vivre inexpérience.

DICTIONN. DE LA SAGESSE POPULAIRE.

BELAC (Prov.). Petite ville du Limousin. Ces talents décidés, ces vocations marOn disait autrefois du vin de son cru : Vin quées sont très-rares ; la plupart des talents de Belac, vin d teindre les nappes; et l'on at- dépendent communément des circonstantribue ce proverbe à Louis XIII, qui avait ces, de l'exercice et de l'application qu'on été très-peu satisfait d'en avoir goûté.

en a fait. Mettons un peu ces prétendus taBEL ESPRIT. C'est un caractère ridicule lents naturels et non cultivés à l'épreuve. que celui de bel esprit, dit le P. Bouhours, Nous voyons des hommes dont l'oisiveté et je ne sais si je n'aimerais point mieux forme pour ainsi dire l'état ; ils se fontamaêtre un peu bête, que de passer pour ce teurs de bel esprit, ils s'annoncent pour le qu'on appelle communément un bel esprit. goût, c'est leur affiche; ils recherchent les

BEL ESPRIT (DU). Il n'y a rien de si utile lectures, ils s'empressent, ils conseillent, dont on ne puisse abuser, ne fût-ce que par et croient naïvement, ou tâchent de faire l'excès. Il ne s'agit donc pas d'examiner jus- croire qu'ils ont part aux ouvrages et aux qu'à quel point les lettres peuvent être uti- succès de ceux qu'ils ont incommodé de les à un Etat florissant, et contribuer à sa leurs conseils. gloire ; mais de savoir 1° si le goût du bel Cependant ils se font par là une sorte esprit n'est pas trop répandu, peut-être mêm d'existence, une réputation de société. Pour me plus qu'il ne faudrait pour sa perfec- peu qu'ils montrent d'esprit, s'ils restent tion!

dans l'inaction, et se bornent prudemment · 2° D'où vient la vanité qu'on en tire, et au droit de juger décisivement ; ils usurconséquemment l'extrême sensibilité qu'on pent dans l'opinion une espèce de supérioa sur cet article ? L'examen et la solution rité sur les talents mêmes. On les croit cade ces deux questions s'appuieront néces- pables de faire tout ce qu'ils n'ont pas fait, sairement sur les mêmes raisons.

el uniquement parce qu'ils n'ont rien fait. Il est sûr que ceux qui cultivent les let- On leur reproche leur paresse, ils cèdent tres par état, en retireraient peu d'avanta- aux instances, et se hasardent à entrer dans ges, si les autres hommes n'en avaient pas la carrière dont ils étaient les arbitres, du mcins le goût. C'est l'unique moyen de Leurs premiers essais profitent du préjugé procurer aux lettres les récompenses et la favorable de la société. On Joue, ou admire, considération dont elles ont besoin pour se on se récrie que le public ne doit pas être sonlenir avec éclat. Mais lorsque la partie privé d'un chef-d'oeuvre. La modestie comde la littérature ane l'on comprend d'ordi- plaisante de l'auteur se laisse violer, et connaire sous le nom de bel esprii, devient une sent à se produire au grand jour. mode, une espèce de manie publique, les C'est alors que l'illusion s'évanouit; le gens de lettres n'y gagnent pas, et les autres public condamne, ou s'occupe peu de l'ouprofessions y perdent. Cette foule de pré- vrage; Jes admirateurs se réiractent, et l'autendants au bel esprit fait qu'on distingue teur déplacé apprend par son expérience mioins ceux qui ont des droits d'avec ceux qu'il n'y a point de profession qui n'exiqui n'ont que des prétentions.

gent un homme tout entier. En eifet, on ciA l'égard des hommes qui sont compta- terait peu d'ouvrages distingués, je dis mêbles à la société de diverses professions me d'ouvrages de goût, qui ne soient partis graves, utiles, ou même de première néces- d'auteurs de profession. sité, qui exigent presque toute l'application Les mauvais succès ne détrompent pas de ceux qui s'y destinent, telles que la ceux qu'ils humilient. Il n'y a point d'aguerre, la magistrature, les arts; c'est sans mour-propre plus sensible et moins corridoute une grande ressource pour eux que gible que celui qui naît du bel esprit; et il 13 connaissance et le goût modéré des let- est infiniment plus ombrageux dans ceux tres. Ils y trouvent un délassement, un plai- dont ce n'est pas la profession, que dans les sir, et un certain exercice d'esprit qui n'est vrais auteurs, parce qu'on est plus humilié pas inutile à leurs autres fonctions. Mais si d'être au-dessous de ses prétentions que de ce goût devient trop vif et dégénère en pas ses devoirs. C'est en vain qu'ils affichent sion, il est impossible que les devoirs réels l'indifférence; ils ne trompent personne, n'en souffrent. Les premiers de tous sont l'indifférence est la seule disposition de ceux de sa profession, parce que la pre- l'âme qui doive être ignorée de celui qui mière obligalion est d'être citoyen. . l'éprouve ; elle n'existe plus dès qu'on l'an

Les lettres ont par elles-mênies un attrait nonce. qui séduit l'esprit, lui rend les autres oc- Il n'y a point d'ouvrages qui ne demancupalions rebutantes, el fait négliger celles dent du travail; les plus mauvais ont souqui sont les plus indispensables. On ne voit vent le plus couté; et l'on ne se donne point guère d'homme passionné pour le bel esprit, de peine sans objet. On n'en a point, dit-on, s'acquitter bien d'une profession différente. d'autre que son amusement : dans ce cas-là Je ne doute point qu'il n'y ait des hommes il ne faut point faire imprimer; il ne faut engagés dans des professions très-opposées pas même lire à ses amis, puisque c'est vouaux lettres pour lesquelles ils avaient des loir les consulter ou les amuser. On ne contalents marqués. Il serait à désirer, pour le sulte point sur des choses qui n'intéressent bien de la société, qu'ils s'y fussent totale- pas, et l'on ne prétend pas amuser avec celment livrés, parce que leur génie et leur les qu'on n'estime point. Cette prétendue état étant restés en contradiction, ils ne sont indifférence est donc toujours fausse ; il n'y buns à rien.

a qu'un intérêt très-sensible qui fasse jouer l'indifférence. C'est une précaution en cas comparaison des idées étrangeres, qu'on de mauvais succès, ou l'ostentation d'un parvient à en produire une quantité d'autres droit qu'on voudrait établir pour décidé. qu'on ne doit qu'à soi.

On n'a jamais tant donné de ridicule au Secondement, ce qui favorise encore l'obel esprit, que depuis qu'on en est infatué. pinion avantageuse qu'on a du bel esprit, Ceperdant la faiblesse sur ce sujet est telle vient d'un parallèle qu'on est souvent à que ceux qui pourraient tirer leur gloire portée de faire. d'ailleurs, se repaissent, sur le bel esprit, On remarque que le fils d'un homine d'esd'éloges dont ils reconnaissent eux-mêmes prit et de lalent fait souvent des efforts inula mauvaise foi. Votre sincérité vous en fe- tiles pour marcher sur les traces de son rait des ennemis irréconciliables, eux qui père; il n'y a rien de moins héréditaire ; au s'élèvent contre l'amour-propre des auteurs lieni que le fils d'un savant devient, s'il le de profession.

veut, un savant lui-même. En géométrie et Examinons quelles sont les causes de cet dans toutes les vraies sciences qui ont des amour-propre excessif: voici celles qui m'ont principes, des règles et une méthode, on frappé.

peut parvenir, et l'on parvient ordinaireChez les peuples sauvages la force a tou- ment, sinon à la gloire, du moins aux conjours fait la noblesse et la distinction entre naissances de ses prédécesseurs. les hommes; mais parmi les nations poli- Peut-être dira-t-on à l'avantage de certaicées, où la force est soumise à des lois qui nes sciences, que l'utilité en est plus en préviennent ou en répriment la violence, réelle ou plus reconnue que celle du bel la distinction réelle et personneile la plus ' esprit; mais cette objection est plus favoreconnue vient de l'esprit.

rable à ces sciences mêmes qu'à ceux qui La force ne saurait être parmi nous une les professent. distinction, ni un moyen de fortune ; c'est Il est vrai que celui qui s'annonce pour tout au plus un avantage pour des travaux les sciences, est obligé d'en être instruit pénibles, qui sont le partage de la plus jusqu'à un certain point; sans quoi il ne malheureuse classe des citoyens. Mais mal- peut pas s'en imposer grossièrement à luigré la subordination que les lois, la politi- même, et difficilement aux autres, s'ils ont que, la sagesse ou l'orgueil ont pu établir, intérêt de s'en éclaircir. Quoique les scienil reste toujours à l'esprit, dans les classes ces ne soient pas exemptes de charlataneles plus obscures, des moyens de fortune rie, elle y est plus difficile que sur ce qui et d'élévation qu'il peut saisir, et que des n'a rapport qu'à l'esprit. On se trompe ile exemples lui indiquent. Au défaut des avan- bonne foi à cet égard, et l'on en impose fatages réels que l'esprit peut procurer suivant cilement aux autres, surtout si l'on ne se l'application qu'on en fait, le plus stérile commet pas en donnant des ouvrages, et pour la fortune donne encore une sorte de qu'on se borne au simple titre d'homme d'escersidération.

prit et de goût. Voilà ce qui rend le bel esMais comment arrive-t-il que de toutes prit si commun, qu'il ne devrait pas inspiles sortes d'esprit dont on peut faire usage, rer tant de vanité., le bel esprit soit celui qui inspire le plus M ais laissant à part ce peuple de gens d'amour-propre ? Sur quoi fonde-t-on sa su- d'esprit, sur quoi les auteurs de mérite, et périorité? et qu'est-ce qui en favorise si dont les preuves sont incontestables, fonfort ja prétention? Voici d'où vient l'il- dent-ils leur supériorité à l'égard de plulasion.

sieurs professions ? Premièrement, les hommes ne sont ja- En supposant que l'esprit dût être la seule mais plus jaloux de leurs avantages, que mesure de l'estime, en ne comptant pour lorsqu'ils les regardent comme leur étant rien les différents degrés d'utilité, et ne jupersonnels ; qu'ils s'imaginent ne les devoir geant les professions que sur la portion qu'à eux-mêmes; et comme ils jugent moins d'esprit qu'elles esigent; combien y en ade l'esprit par des effets éloignés, et dont ils t-il qui supposent autant et peut-eire plus n'aperçoivent pas toujours la liaison, que de pénétration, de sagacité, de prestesse, sur des signes immédiats ou prochains, les de discussion, de comparaison, et en un mot hommes qui ne sont pas faits à la réflexion, d'étendue de lumières, que les ouvrages de croient voir cette prérogative dans le bel goût et d'agréments les plus célèbres ? esprit plus que dans tout autre. Ils jugent Je ne cilerai pas ce qui regarde le gouverqu'il appartient en propre à celui qui en est nement ou la conduite des armées ; on pour. doué. Ils voient, ou croient voir qu'il pro rait croire que l'éclat qui accompagne cerduit de lui-même, et sans secours étrangers: taines places, peut influer sur l'estime qu'on car ils ne distinguent pas ces secours qui fait de ceux qui les remplissent avec succès, sont cependant très-réels. Ils ne font pas et j'aurais trop d'avantage. Je n'entrerai attention qu'à talents égaux, les écrivains pas non plus dans le détail de tous les difféles plus distingués sont toujours ceux qui rents emplois ; il y en aurait plus qu'on ne se sont nourris de la lecture réfléchie des croit qui auraient des titres solides à provuvrages de ceux qui ont paru avec éclat duire. Portons du moins la vue sur gueldans la même carrière. On ne voit pas, dis- ques occupations de la société. je, assez que l'homme le plus fécond s'il Le magistrat qui est digne de sa place ne éiait réduit à ses propres idées, en aurait doit-il pas avoir l'esprit juste, exact, pénépeu; que c'est par la connaissance et la trant, exercé, pour percer jusqu'à la vérité

« ZurückWeiter »