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il faut plus d'efforts pour s'en détromper que fausseté a un air de respect dans les occapour s'en préserver.

sions où la vérité serait une offense. Un L'éducalion ordinaire est bien éloignée homma sait qu'on pense mal de lui, cela est d'être systématique. Après quelques notions humiliant; l'aveu qu'on lui en ferait serait imparfaites de choses assez peu utiles, on une insulte, on lui ôterait par là la res. recommande, pour toute instruction, les source de chercher à s'aveugler lui-même, moyens de faire fortune, et pour morale la et on lui prouverait le peu de cas qu'on fait politesse; encore est-elle moins une leçon de lui. Les gens les plus unis et qui s'estid'humanité qu'un moyen nécessaire à la ment à plus d'égards, deviendraient ennefortune.

mis moriels, s'ils se témoignaient compléCette politesse si recommandée, sur la- tement ce qu'ils pensent les uns des autres, quelle on a tant écrit, tant donné de précep- Il y a un certain voile d'obscurité qui conles et si peu d'idées fixes, en quoi consiste- serve bien des liaisons, et qu'on craint de t-elle ? On regarde comme épuisés les sujets lever de part et d'autre. dont on a beaucoup parlé, et comme éclair. Je suis bien éloigné de conseiller aux cis ceux dont on a vanté l'importance. Je ne hommes de se témoigner durement ce qu'ils me flatte pas de traiter mieux cette matière pensent ; parce qu'ils se trompent souvent qu'on ne l'a fait jusqu'ici; mais j'en dirai dans les jugements qu'ils portent, et qu'ils mon sentiment en peu de mots. Il y a des sont sujets à se rétracter bientôt, sans juger sujets inépuisables : d'ailleurs il est utile ensuite plus sainement. Quelque sûr qu'on que ceux qu'il nous importe de connaître fût de son jugement, cette dureté n'est persoient envisagés sous différentes faces et vus mise qu'à l'amitié, encore faut-il qu'elle par différents yeux. Une vue faible, et que soit auiorisée par la nécessité et l'espérance sa faiblesse même rend attentive, aperçoit du succès. Les opérations cruelles n'ont été quelquefois ce qui avait échappé à une vue imaginées que pour sauver la vie, et les palétendue et rapide.

liatifs pour adoucir les douleurs. La politesse est l'expression ou l'imitation Laissons à ceux qui sont chargés de veil. des vertus sociales; c'en est l'expression, si ler sur les mœurs, le soin de faire entendre Glle est vraie, et l'imitation, si elle est fausse : les vérités dures; leurs voix ne s'adressent et les vertus sociales sont celles qui nous qu'à la multitude; mais on ne corrige les rendent utiles et agréables à ceux avec qui particuliers qu'on leur prouvant de l'inténous avons à vivre. Un homme qui les pos- röt, et ménageant leur amour-propre. séderait toutes, aurait nécessairement la po- Mais quelle est donc l'espèce do dissimuJilesse au souverain degré.

lation permise, ou plutôt quel est le milieu Mais comment arrive-t-il qu'un homme qui sépare la fausseté vile de la sincérité d'un génie élevé, d'un caur généreux, d'une offensante? Ce sont les égards réciproques justice exacte, manque de politesse, tandis qui font lo lien de la société, et qui naissent qu'on la trouve dans un homme borné, in- du sentiment de ses propres imperfections feressé et d'une probité suspecte ? C'est que et du besoin qu'on a d'indulgence. le premier manque de quelques qualités so On ne doit ni offenser ni tromper les ciales, telles que la prudence, la discrélion, hommes. Ja réserve, l'indulgence pour les défauts et Il semble que, dans l'éducation des gens les faiblesses des hommes. Une des premiè. du monde, on les suppose iucapables de res vertus sociales est de tolérer dans les vertus, et qu'ils auraient à rougir de se autres ce qu'on doit s'interdire à soi-inême, montrer tels qu'ils sont. On ne leur recomAu lieu que le second, sans avoir aucune mande qu'une fausseté qu'on appelle polivertu, a l'art de les imiter toutes. Il sait té tesse. Ne dirait-on pas qu'un masque esi un moigner du respect à ses supérieurs, de la remède à la laideur ? bonté à ses inférieurs, de l'estime à ses La politesse d'usage n'est qu'un jargon égaux, et les persuader tous qu'il en pense fade, plein d'expressions exagérées, aussi avantageusement, sans avoir aucun des sen- vides de sens que de sentiment. timents qu'il imite.

La politesse, dit-on, marque cependant On ne les exige pas même aujourd'hui, l'homme de naissance; les plus grands sont et l'art de les feindre est ce qui constitue la les plus polis. J'avoue que cette politesse politesse de nos jours. Cet art est souvent est le premier signe de la hauteur, un remassez ridicule et assez vil pour être donné part contre la familiarité. Il y a bien loin de pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour faux. Ja politesse à la douceur, et plus loin encore

Les hommes savent que les politesses de la douceur à la bonté. Les grands qui qu'ils se font ne sont qu'une imitation de écartent les hopimes à force de politesses l'estime. Ils conviennent, en général, que sans bonté, ne sont bons qu'à etre écartés les choses obligeantes qu'ils se disent ne eux-mêmes à force de respects sans allasont pas le langage de la vérité, et, dans les chement. occasions particulières, ils en sont les du La politesse, ajoute-t-on, prouve l'éducapes. L'amour-propre persuade grossière- tion soignée, et qu'on a vécu dans un monde ment à chacun que ce qu'il fait par décence, choisi; elle exige un lact si fin, un sentiment on le lui rend par justice.

si délicat sur les convenances, que ceux Quand on serait convaincu de la fausseté qui n'y ont pas été initiés de bonne heure, des protestations d'estime, on les préfére- font dans la suite de vains efforts pour l'acrait encore à la sincérité, parce que cette Tirir, et ne peuvent jałuais en saisir la grâce. Premièrement, la difficulté d'une suffira d'être hon; au lieu d'élre faux pour chose n'est pas une preuve de son excel- flatler les faiblesses des autres, il suffira lence. Secondement, il serait à désirer que d'être indulgent. des hommes qui, de dessein formé, renon Ceux avec qui l'on alira de tels procédés, cent à leur caractère, n'en recueillissent n'en seront que reconnaissants, et en ded'autre fruit que d'être ridicules : peut-être viendront meilleurs. cela les ramènerait-il au vrai et au simple. Tels sont les fondements sur lesquels

D'ailleurs cette politesse si exquise n'est l'éducation générale devrait porter, pour pas aussi rare, que ceux qui n'ont pas d'au- préparer les instructions particulières. tre mérite voudraient le persuader. Elle

(Duclos.) produit aujourd'hui si peu l'effet, la faus- EDUCATION PARFAITE (L'). Le court seté en est si reconnue, qu'elle en est quel traité qui suit, publié en 1734, par l'abbé quefois dégoûtante pour ceux à qui elle s'a- de Bellegarde, est remarquable par la sa. dresse, et qu'elle a fait naître à certaines gesse et la netteté de ses enseignements gens l'idée de jouer la grossièreté et la brus- moraux et religieux; et quoique sous une querie pour imiter la franchise, et couvrir forme des, plus simples, ce n'en est pas leurs desseins. Ils sont brusques sans être moins une sorte de petit chef-d'oeuvre, en francs, et faux sans être polis.

ce sens qu'il se fait aussi bien comprendre Ce manége est déjà assez commun pour de l'intelligence la plus ordinaire que de qu'il dût être plus reconnu qu'il ne l'est en la plus élevée, en fournissant égaleinent à core.

toutes les deux une utile direction pour la Il devrait être défendu d'être brusque à vie pratique. C'est un avantage en effet quiconque ne ferait pas excuser cet incon- qu'avaieni nos pères sur la génération ac- : vénient de caractère par une conduite irré- tuelle, de savoir aborder, dans les termes prochable.

les plus vulgaires les questions de la plus Ce n'est pas qu'on ne puisse joindre haute portée; lequel avantage les mettait beaucoup d'habileté à beaucoup de droi- à même de faire fructifier, dans tous les ture; mais il n'y a qu'une continuité de esprits, les germes qu'ils s'attachaient à y procédés francs qui constate bien la dis répandre pour le plus grand profit de l'hutinction de l'habileté et de l'artifice.

manité. De nos jours, sans aucun doute, On ne doit pas pour cela regretter les nous voyons profondément remuer les temps grossiers où l'homme uniquement mêmes principes dans un but analogue, et frappé de son intérêt, le cherchait toujours le progrès s'est manifesté aussi dans les dépar un instinct féroce au préjudice des au- ductions obtenues du raisonnement, comme ires. La grossièreté et la rudesse n'excluent dans la perfection des choses manuelles; méme ni la fraude ni l'artifice, puisqu'on mais notre phraséologie actuelle nuit en Jes remarque dans les animaux les moins général à la diffusion des idées; elle offre, disciplinables.

dans l'ordre moral, ce que présente, dans Ce n'est qu'en se polissant que les hom- l'ordre pbysique, un champ où les maumes ont appris à concilier leur intérêt par- vaises herbes étouffent la bonne semence; ticulier avec l'intérêt commun, qu'ils ont et nos théories ressemblent si fréquemment compris que, par cet accord, chaque homme à des énigmes, que la plupart de ceux qui tire plus de la société qu'il n'y peut mettre. les entendent renoncent à en chercher le

Les hommes se doivent donc des égards, mot. Voyons comment a procédé l'abbé de puisqu'ils se doivent tous de la reconnais- Bellegarde, pour ce qu'il nomme l'éducusance. Ils se doivent réciproquement une lion parfaite. politesse digne d'eux, faito pour des êtres 1. L'homme que j'essaye de caractériser, peasants, et variée par les différents senti- est un homme rare en tout, doué de tous wents qui doivent l'inspirer.

les talents nécessaires pour être un grand Ainsi la politesse des grands doit être de homme selon le monde, et un homme par l'humanité; celle des inférieurs de la re- excellence selon Dieu. connaissance, si les grands le méritenl; 2. Grand juge, grand magistrat, granu celle des égaux de l'estime el des services conseiller pour lui-même et pour les autres. mutuels. Loin d'excuser la rudesse, il sc- Grand observateur des lois, grand dans tous rait à désirer que la politesse qui vient de ses desseins et dans toutes ses actions. la douceur des mours fût toujours unie à 3. Comme il a un cour eniièrement discelles qui partirait de la droiture du coeur. férent de celui des autres, il a aussi des

Le plus inalheureur effet de la politesse inclinations toutes différentes. Elles sont d'usage, est d'enseigner l'art de se passer toutes belles et toutes bonnes, parce qu'elles des vertus qu'elle imite. Qu'on nous inspire sont toutes droites, qu'elles ont toutes la dans l'éducation l'humanité et la bienfai- raison pour régle, et Dieu pour fin. sance, nous aurons la politesse, ou nous 4. Il vit d'intelligence avec tout le inonde, n'en aurons plus besoin.

il regarde la contradiction comme une ofSi nous n'avons pas celle qui s'annonce fense. par les grâces, nous aurons celle qui an. 5. Il ne condamne le jugement de pernonce l'honnête homme et le citoyen ; nous sonne, et tâche de régler le sien par la vén'aurons pas besoin de recourir à la faus- rité. selé.

6. Il excuse les défauts des autres. En los · Au lieu d'être artificieux pour plaire, il vo, ant il se regarde, et s'il a découvre

quelques-uns en lui-même, il les corrise ne se pardonne rien. Il s'examine dans toute pour n'être à charge à qui que ce soit. sa conduite, il pèse toutes ses paroles, il

7. Quelque digne de blåne et de censure rappelle toutes ses actions, il scrute tout, qu'on lui paraisse, il ne blâme et ne cen- jusqu'à ses pensées, et s'il se trouve coupasure personne quand on ne relève point de ble, il se châtie, . Jui, el qu'on n'est pas obligé de le recon- 23. Il n'y aurait point de lois d'établies naître pour maître et pour supérieur

dans le monde, qu'il vivrait toujours bien. 8. Il se retire chez lui sans jamais se ré. 24. Il n'altend pas qu'elles fassent usage pandre au dehors. Il s'enferme dans le sanc- sur lui de ce qu'elles ont d'autorité en ellesiuaire du silence, et si la raison l'en fait mêmes pour faire obéir : la raison, en les sortir quelquefois, ce n'est jamais que pour lui faisant prévenir, le rend soumis à ce se communiquer à peu de personnes et tou- qu'elles veulent, et, ponctuel à faire volonjours à d'autres sages.

tairement et gaiement ce qu'elles comman9. Il évite les engagements du monde, dent, et que les autres ne font souvent que parce qu'il sait qu'un engagement en en par contrainte. Traine après soi un autre plus grand, et que 25. Toujours maitre de ses passions , de d'ordinaire le précipice est à côté.

leurs mouvements et de soi-même, il ne 10, il ne s'engage point non plus volon- s'emporte jamais. Jamais, non plus, il n'atiers dans les grandes affaires : il sait qu'il git par impétuosité, par ressentiment, ni par y a bien du chemin à faire avant d'en voir précipitation. l'issue et la fin.

26. Il attend tout de Dieu, et rien de la 11. Quand il le fait, sa prudence domine fortune. et cautionne les suites.

27. Il ne s'empresse pour rien, il ne se 12. Toujours guidé par la raison, il avance passionne de rien, et ji sait attendre du avec sécurité.

lemps, ce que le temps lui refuse. 13. S'il voit quelque étourdi prêt à s'a- 28. Qu'il soit lent ou habile à faire ce ventrirer, comme il ne se soumot ni à l'o- qu'il fait, il n'y prend pas garde; il consipinion, ni à la coutume, il se garde bien de dère seulement s'il fait bien ce qu'il fait; il faire le deuxième

croit même que ce que l'on fait est assez tốt 14. Il n'a d'autre règle de ses actions fait, quand il est bien fait. que sa propre conscience. Il fait ce que la. 29. Il ne se hâte ni ne se presse jamais, raison lui comniande, et s'abstient de ce parco qu'il est persuadé qu'il est impossible qu'elle lui défend,

à l'homme de rien faire de très excellent à 15. Il ne fait rien par caprice : il en a hor- la hâte, et que les ouvrages qui sont le plus reur. La crainte ne le gouverne jamais. tot achevés, ne sont pas les plus parfaits;

16. Toujours éclairé d'une forte lumière que souvent même ils ne sont pas sans inqui lui fait heureusement voir le bien qu'il perfections. doit ipratiquer et le mal qu'il doit fuir, la 30. S'il parle , il parle peu, mais ce qu'il vertu qu'il doit suivre et le vice qu'il doit dit est bon et signifie beaucoup. Il ne parle éviter; il abhorre tout ce qui fait ombrage jamais contre sa pensée, mais il ne la dit à son innocence, et recherche avec uno sainte pas toujours. avidité tout ce qui peut la lui conserver. 31. Il ne brigue point les magistratures,

17. Ce qu'il fait, il le fait toujours conve- ni les grandes digpjtés : il les obtient toutes nablement; moins pour paraitre bomme de avant qu'il ait ou le temps de les désirer; bien à ceux du monde qui l'examinent, que mais aussi il les abandonne toutes avant parce qu'il ne peut se résoudre à faire au, qu'elles soient désirées des autres, tremeni.

32, Il y entre sans ambition et sans vios 18. Si on le reprend, il remercie et se core lence; tandis qu'il y est, il les exerce avec rige.

intégrité, avec modestie, sans allache et sans 19. Il n aime l'utile qu'autant qu'il est ostentation; mais s'il les faul quitter, il en honnête, et s'il ne fait point ce qui est in- sort sans chagrin et sans contrainte. convenant, c'est de peur d'inquiéter są cons- 33. Il n'a de commerce qu'avec des personcience et de blesser sa propre modestie, piu- nes qui ont le goût de la sagesse et de bontôt que par la crainte de la rigueur de l'au- nes meurs, parce qu'il sait que le goût se torité des supérieurs.

forme dans la conversation; que les meurs, 20. Dans les choses douteuses et diffiiles, les humeurs, l'esprit même se communiil consulte toujours la raison, et ne manque quent insensiblement; et que l'on hérite du jamais de prendre sa conscience à témoin de goût d'autrui par la fréquentation. sa sincérité dans ses actions, de sa droiture 34. Il se croit heureux de rencontrer des dans ses intentions et de son désintéresse- gens qui aient une noble inclination, c'estment en tout.

à-dire , qui tendent à la sagesse et au sou21. li a soin, par sa vigilance continuelle verain bien, parce qu'il sent que le penet par ses fréquentes réflexions sur ses pro chant qu'il a vers ces mêmes objets se fortipres défauts, d'être et de s'entretenir tou- fie en lui à mesure que la communication jours tel qu'il n'ait pas de quoi rougir de- avec eux devient grande. vant lui-même,

35. Il conserve toujours son crédit et com22. La persuasion où il est que pour évi- mande l'admiration, parce qu'il ne laisse jater de censurer des hommes, il faut se cen- mais voir les bornes de sa capacité, ni sonsurer soi-même et se condamner, fait qu'il der le fond de son savoir et de son adresse, 36. Il a toujours l'esprit présent, pense à se l'est acquise par sa droiture et par son tout ce qu'il faut, à tout ce qu'il doit, et ne équité, il se la conserve par un attachement manque en rien, ni à rien, faute de pré- inviolable à tout ce qui est honnête. voyance, ou par égarement.

48. Il est dissimulé par raison. La pru37. Avant de rien entreprendre, il dence ne veut pas qu'on parle à cour outente ses forces, il sonde son fond, et vert à tout le monde, ni toujours. jamais il ne s'engage qu'il ne connaisse 49. Il désappointe par son adresse et par son adresse, son activité, et ne sache où son esprit, la curiosité de celui qui s'applipent aller sa capacité pour toutes choses que à le connaitre, peul-être plutôt pour

38. Quoique le renoin de la sagesse soit le lui nuire que pour en faire un ami. iriomphe de la renommée, il ne cherche 50. Il se défio de ces gens rampants qui pas toutefois précisément à passer pour l'abordent et qui le louent; il craint qu'ils sage parmi les hommes dans lout ce qu'il ne le flatlent que pour le frapper ; qu'ils entreprend : il ne tend uniquement qu'à n'en veuillent aux intérêts de sa famille contenter ceux qui en ont véritablement le plutôt qu'à ses propres amitiés; et qu'ils ne fond et le caractère, en se contentant lui lui fassent un grand récit de leurs affaires même,

pour l'engager à leur raconter les siennes. 39. Que tout le monde condamne ses en 51. Il leur cache sa volonté et ne leur treprises et se récrie contre, pourvu qu'il découvre pas sa pensée. Ce serait ouvrir à ait l'approbation des gens de mérite, des ces ennemis politiques, à ces faux amis la personnes reconnues capables d'être bons porte de la forteresse de son esprit, et dans juses de la chose, et celle de sa conscience la suite ils pourraient Jui livrer un ussaut et de sa raison, il laisse crier tout le monde avec succès. et ne dit mot,

52. Il uso de réserve et de déguisement 40. Il ne se travaille point à chercher dans avec eux, et il ne marche jamais qu'il n'ait de vaines subtilités les moyens de terminer l'æil ouvert sur leurs piéges. heureusement ses affaires : il se tranquil- 63. Différent de ces personnes qui se jise dans sa patience, et pourvu qu'il soit croient assez sensées et assez éclairées d'ellesprudent, il se soucie peu d'être subiil, parce mêmes pour n'avoir besoin de prendre d'aqu'il est convaincu qu'un grain de prudence vis de qui que ce soit, il se laisse conduire, vaut mieux qu'un magasin de subtilités. et ne fait rien de sa tête, parce qu'il n'a

41. Pour venir à bout de ses projets, il pas assez bonne opinion de sa propre sufne s'en tient pas au promier coup d'essai: fisance. du premier il passe au second, et toujours 54. Il a des amis, parce qu'il sait s'en il avance; mais comme il sait que les affai- faire ; et il s'en fait, parce qu'il conçoit la res dépendent de beaucoup de circonstan- misère de celui qui n'en a point, et qu'il ces, si les choses et les occasions changées est convaincu qu'il n'y a pas de désert si rendent tout contraire à ses desseins, il la- affreux que de vivre sans amis. che prise et ne s'opiniâtre jamais, ni contre 55. Il n'en a point toutefois de table, point la raison, ni contre la nature.

de comédie, de carrosse, de collation, de ré42. Ji ne demeure jamais oisif un mo- jouissance, ni de promenade, parce qu'il meal: à peine a-t-il achevé une chose qu'il sait que tous ces amis-là ne sont bons que en commence une autre; et quand il a expé- pour un jour de noces, ou durant la faveur dié les affaires qui pressent, toute sa ré- et la prospérité ; que les amitiés d'un ami création est de changer de travail et d'occu- de table ne durent qu'autant que le repas ; cupations,

qu'à l'heure du manger ce sont des serviet43. Quoi qu'il voie, quoi qu'il entende, il tes dont on fait ce qu'on veut; mais qu'à ne donne point d'entrée aux impressions l'heure de rendre service, ce sont des gens populaires. Il regarde le monde et ses cou- qui ont les mains gourdes, qui font les intumes comme deux trompeurs qui sont d'in- quiets, les embarrassés, et qui disent qu'ils telligence.

ne peuvent être d'aucun secours. 14. Il veille continuellement à la pureté 56. Il n'en a que de bons et de véritables de son âme et au recueillement de ses sens, qui aiment sa personne et qui ne regaret tous les jours il lâche de se rendre meile dent point la fortune, parce qu'il ne s'en leur et plus admirable.

fait aucun par l'entremise d'autrui, ni par 43. Il ne manque jamais, parce qu'il con hasard ; mais qu'il se sert de tout ce qu'il a suulte toujours sa conscience, et qu'il ne fait de prudence et de jugement pour les bien que ce que sa raison lui ordonne.

connaitre, et qu'il doit tous ceux qu'il a à 46. Qui voit ce qu'il fait un jour, voit ce l'examen de son discernement et à son qu'il fait tous les jours de sa vie. Sa nourri bon choix. ture, ses repas, ses occupations, son som 57. Il ne se soucie pas de ce qu'il lui en meil, tout est réglé : jamais d'excès, jamais coûte pour les connaître avant de se les de désordre.

associer : il examine leur conduite, il 47. Il ne cherche point à acquérir de la épluche leurs actions, il pèse leurs paroles, réputation par une vaine ostentation de sa il étudie leur génie et leur fond avec plus grandeur et de son mérite, ni par aucun au- d'application qu'il n'étudierait les livres les tre artifice : c'est dans la vertu et dans l'a plus abstraits et les plus métaphysiques mour de l'ordre qu'il prétend s'en faire une parce qu'il sait ce qu'on risque en agissant solide et substantielle; et quand une fois il diffóremment; soins, veilles, avis, recherches, il emploie tout, parce qu'il sait qu'il tres, une grande fortune, parce qu'il crairit vaut mieux être trompé au prix, qu'à la de les perdre; et pour se les conserver il ne marchandise.

cherche point trop leur connaissance, parce 58. Il ne s'en rapporte pas aux belles ap- qu'il sait que souvent d'obligés ils devienparences ; il va au mérite et à la réalité, et nent ennemis, dès qu'ils sont dans l'impuisregarde toujours avant de s'engager, si le sance de rendre la pareille. dedans est conforme au dehors; parce qu'il 71. Au reste, comme il sait que, dans le sait que se tromper dans le choix des person- monde, on juge d'un homme par les amis nes de qui l'on se fait des amis, c'est la pire qu'il a, il a soin de nu chercher que les amis et la plus dangereuse de toutes les trom tiés de ceux qui sont en estime et en bonne peries.

réputation ; qui saveni et qui pratiquent ei59. Pour discerner leur esprit et leur hu- core mieux ; et qui surtout ne soient ni meur, il les fait parler, parce qu'il sait qu'il jeunes, ni étourdis, parce que, si un ami faut tåler le pouls de l'esprit par la langue, prudent épargne bien des chagrins, on en conforniément à la pensée du Sage qui dit: reçoit au contraire tous les jours de celui Parle si tu veux que je te connaisse.

qui n'est pas tel; que son imprudence les 60. Enfin, il les connait, et comme il ne lui fait continuellement multiplier, et sa peu: les croire plus parfaits qu'ils ne sont, jeunesse entasser les uns sur les autres. il ne peut aussi les estimer plus qu'ils ne

72. Attentif à tout, au présent, au passé valent

et à l'avenir, il regarde ce qui lui est arrivé 61. Mais s'il sait si bien se faire des amis, pour se rendre sage ; ce qui luiarrivera pour il sait mieux encore s'en servir et se les s'y résoudre; et ce qui peut lui arriver pour ménager; et c'est où parait son adresse et sa ne pas être surpris. prudence, car savoir se conserver ses amis, 73. Il est fort circonspect dans tout ce qu'il est plus que les avoir su faire et bien choisir dit; et quoiqu'il ne mente jamais, il ne dit

62. Il sait mieux dissimuler leurs vices pas néanmoins toujours toutes les vérités que leurs vertus; mais il ne veut ignorer ni qu'il sait, parce qu'il sait aussi que la vérité leurs défauts, ni leurs faules.

est aigre et de dure digestion pour bien des 63. Il conserve avec eux sa liberté tout gens, qu'il est bon enfin de l'adoucir quand entière, et s'il juge à propos de les reprendre, on le peut. il le fait avec douceur pour les corriger; 74. Prudent et discret, il sait se taire lorsmais jamais il ne les censure pour leur faire qu'il y a du danger à la dire; parce qu'en la de la peine en leur faisant honte.

disant il ferait plus de mal qu'il ne voudrait 64. Il les aime, il leur donne et ne leur faire de bien, et qu'on l'accuserait de tédemande rien.

mérité. 65. S'il est en place et peut leur être utile, 75. Vif et pénétrant, il voit d'ahord ce il y est porté d'inclination: il les avance, il qu'il en peut faire connaitre, et ce qu'il en les produit, souvent même sans qu'ils le sa faut céler, et jamais il ne divulgue ce qu'il chent, et toujours sans qu'ils l'en aient faut dissimuler, parce qu'il y aurait de la prié.

malice ou de l'imprudence. De même il ne 66. S'il leur arrive quelque chose de få dissimule pas ce qu'il en faut faire concheux, il partage avec eux le chayrin qu'ils naitre, surtout lorsqu'il est consulté, parce en ressentent; il les console, et leur offre qu'alors le silence est suspect, et que la réce qu'il peut pour les soulager, quand il ne serve d'une fausse discrétion est souvent peut leur donner ce qu'il voudrait pour les plus dangereuse et plus préjudiciable que remettre.

l'indiscrétion du babil. 67. Il entre dans les nécessités de ceux qui 76. Il n'est pas comme ces personnes qui sont pauvres; dans les maux de ceux qui passent dans le monde pour gens d'imporsont affligés; et n'en néglige aucun, parce tance, de mérite et de condition, parce qu'on qu'il se représente qu'il peut aussi tomber,. ne les a ni pratiquées ni entretenues, et dont et avoir besoin un jour de ceux-là même l'on prend, quand on les quitte, des opiqu'il mépriserait, s'il en méprisait quelques

nions contraires à celles qu'on en avait avant uns à cause de leur misère.

de les aborder : plus il parle, plus il se fait 68. Leur présence n'augmente point l'a- admirer, et jamais il ne se retire qu'il ne mitié qu'il a pour eux, l'absence ne saurait laisse dans les esprits de nouvelles idées de la diminuer : ce n'est jamais celle-là qui ré- son savoir et de sa vertu. veille en son esprit le souvenir des promes- 77. Il n'est ni trop hardi, ni trop timide; ses qu'il leur a faites, de même que celle, mais il parlo toujours avec une assurance ci ne lui fait jamais oublier son devoir. qui ne donne ni dans le faste, ni dans la

69. Il ne se sert des uns que de loin, bassesse. parce qu'il a reconnu qu'ils étaient meil- 78. Il n'écoute jamais son imagination, leurs pour la correspondance que pour la parce qu'il sait qu'elle excède toujours, et conversation. Il se sert des autres pour l'en- qu'elle ne conçoit pas seulement ce qu'il y tretien, parce qu'il a remarqué qu'ils étaient a, mais encore ce qu'il y pourrait avoir. plus sages dans le conseil qu'heureux dans 79. Quelque vraisenıblance qu'aient les l'action, que leurs éclaircissements lui ont choses qu'elle lui représente, prévenu été utiles et leurs instructions avantageus qu'elle a coutume de les faire plus grandes S'S.

qu'elles ne sont, il ne la croit point et s'en 70. Il ne souhaite ni aus uns ni aux au défie toujours.

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