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de la justification & les dispositions qu'il faut y apporter.

Luther & Calvin ont enseigné que ce qui nous rend justes n'est point en nous ; que notre justice est celle de Jésus-Chrift même, qui nous est imputée , & que nous sommes justifiés sans qu'il se fasse en nous aucun changement.

Quant aux dispositions nécessaires pour être justifiés , Luther & Calvin ne pouvoient guere en reconnoître, après avoir foutenu que l'homme n'étoit pas libre, & même qu'il péchoit dans toutes ses actions. Cependant ils ont dit que la foi étoit nécessaire pour que nous fussions juftifiés ; mais ils n'entendoient pas , comme l'entendent les catholiques, qu'elle est une véritable disposition, ils la regardoient seulement comme un instrument par lequel nous recevons la justification. Quoi qu'il en soit & en quelque sens qu'ils l'aient entendu, ils ont reconnu que la foi étoit néceffaire

pour la justification; mais en même tems ils ont contredit la doctrine de l'église catholique en deux points très-importans.

1° Les catholiques ont toujours cru que la foi étoit nécessaire au pécheur pour qu'il rentrầt en grace avec Dieu : mais

qu'outre la foi, il falloit avoir d'autres dispositions, telles que le regret sincere d'avoir offense Dieu, l'espérance du par

fante pour que

don , &c. au lieu que Luther & Calvin ont enseigné que la foi feule étoit fuffi

nous fussions justifiés. 2°. Quand les catholiques disent que la foi est une des difpofitions à la justification ils entendent par la foi ce qu'on entend suivant le fens ordinaire de ce terme, c'est-d-dire , la vertu surnaturelle qui nous fait croire tout ce que Dieu a révélé: au lieu que quand Luther & Calvin partert de la foi" nécessaire pour la justification, par cette foi ils entendent la simple persuasion & croyance qu'on est justifié.

Voici comment Luther s'exprime en différens endroits de ses ouvrages : On ex justifié , dit-il, dès qu'on croit avec ceriitude qu'on l'est réellement. (a)

Le pécheur doit le croire de la même foi dont il croit que Jéfus - Christ eft venu au monde. (b)

Il ajoute ailleurs : Maudit foit celui qui ne se mettra pas du nombre des Saints, Croyez, & dès - lors vous êtes aussi faint que S. Pierre. Ainsi quand Luther dit que

la foi justifie , il entend que pour être justifié, il fuffit de croire fermement qu'on l'eft.

Calvin adopta ce principe de Lather en ajoutant qire pour être justifié, il falloit

1. Sem indulg.

Luth. opera, tom. I, prop. 15, 18.

croire

croire qu'on l'étoit, & croire en même tems qu'on seroit fauvé ( a), & que quiconque croyoit qu'il étoit justifié & qu'il feroit fauvé, non seulement étoit justifié, mais seroit certainement sauvé (b), d'où il concluoit

que

la justice étoit inamisible, c'est-à-dire qu'un homme en état de grace, . y étoit pour toujours & ne pouvoit en décheoir.

La foi que Calvin appelle nécessaire & suffisante

pour la justification, consiste donc à croire fermément qu'on est justifié & qu'on fera sauvé. Il inséra cette doctrine dans l'accord qu'il dressa en 1559, entre les églises de Geneve & de Zurich. Elle est exprimée dans la profession de foi, rédigée au fynode de Dordrect (c), ainsi que dans celle de Frederic III, comte palatin , & zélé calviniste. On trouve sa profession de foi dans le recueil de Geneve (d), & on lit ce qui suit: Je crois

que

Dieu veut me donner gratuitement la justice de Jésus-Christ, enforte que je n'ai point à appréhender les jugemens de Dieu.

Je crois que je suis un membre vivant & perpétuel de ľéglise.

(a) Calv. inft. lib. 3, cap: 2; (b) Antidotum concil. trid. lib. 6. cap. 13: (c) Conf. Tigur. & Gen. opuscula Calvini , pag. 754. (d) 2 part. pag. 149 & 158.

Enfin je crois très-certainement que je ferai fauvé. Voilà , Monsieur , ce que

les fondateurs de la réforme ont enseigné sur la justification. Vous en avoit-on parlé ?

LE PROTESTANT. Je n'avois jamais entendu dire que Calvin & Luther euffent nié la liberté de l'homme. l'ignorois pareillement que Calvin eût foutenu que le juste ne peut perdre la juftice. Je vous avoue que ces deux principes me femblent également déraisonnables. Quant à l'inamillibilité de la justice, il est évident que l'homme le plus vertueux peut tomber dans un péché grief, & alors il cesse d'être juste. Comment continueroit-il d'être aimé de Dieu après l'avoir ainfi outragé? David en commettant un adultere ne ceffa-t-il

pas

d'être juste ? Cette doctrine de Calvin me paroît d'ailleurs aufi dangereufe pour les moeurs que contraire à la vérité.

Mais quant arıx deux autres points que vous venez de m'expliquer , que la foi

la juftification de l'homme n'est pas la fienne , mais celle de Jésus-Chrift, je me rappelle d'en avoir entendu parler à nos miniftres. Comme ce sont des chofes difficiles à entendre, je ne les avois jamais bien comprises , mais

fuffit pour

&

que la justice

puisqu'elles font un sujet de division entre les catholiques & les protestans, j'espere que vous voudrez bien me donner encore quelque instruction à cet égard.

LE DOCTEUR.
Je vais d'abord vous montrer que

la foi ne suffit pas au pécheur pour rentrer en grace avec Dieu.

La foi est une vertu furnaturelle qui foumettant notre esprit à Dieu, nous fait croire tout ce qu'il a révélé : or il est évident

que cette vertu n'est pas fuffisante pour la justification.

Suivant la doctrine catholique expliquée par le concile de Trente , la foi esi la Source & le fondement de la justification parce que fans la foi nous ne pouvons avoir les autres dispositions surnaturelles dont nous avons besoin pour

être justifiés, mais elle ne nous suffit pas.

En consultant d'abord la raison, on ne conçoit pas pourquoi le regret d'avoir offensé Dieu , l'espérance du pardon , les oeuvres de pénitence , la priere &c. ne feroient pas du nombre des dispositions à la justification. On ne conçoit pas comment un pécheur pourroit être réconcilié avec Dieu , sans une résolution fincere de ne plus l'offenfer , fans douleur de l'avoir outragé , fans' espérance en fes

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