Voyage à l'isle de France, à l'isle de Bourbon, au cap de Bonne-Espérance, &c: avec des observations nouvelles sur la nature & sur les hommes, Band 1

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de l'imprimerie de la Société typographique, 1773 - 182 Seiten
 

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Seite 141 - Espagnols, comme si ce crime n'était pas celui de nos jours, et auquel la moitié de l'Europe prend part. Y at-il donc plus de mal à tuer tout d'un coup des gens qui n'ont pas nos opinions, qu'à faire le tourment d'une nation à qui nous devons nos délices ? Ces belles couleurs de...
Seite 139 - Je ne sais pas si le café et le sucre sont nécessaires au bonheur de l'Europe, mais je sais bien que ces deux végétaux ont fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l'Amérique afin d'avoir une terre pour les planter; on dépeuple l'Afrique afin d'avoir une nation pour les cultiver.
Seite 140 - Soit; mais la dureté des maîtres excède les punitions permises, et leur avarice soustrait la nourriture, le repos et les récompenses qui sont dues. Si ces malheureux voulaient se plaindre, à qui se plaindraient-ils? leurs juges sont souvent leurs premiers tyrans. Mais on ne peut contenir, dit-on, que par une grande sévérité ce peuple d'esclaves: il faut des supplices, des colliers de fer à trois crochets, des fouets, des blocs où on les attache par le pied, des chaînes qui les prennent...
Seite 135 - S'ils ont le choix, ils préfèrent celles qui ont passé leur première jeunesse : ils disent qu'elles font mieux la soupe. Ils lui donnent tout ce qu'ils possèdent. Si leur maîtresse demeure chez un autre habitant, ils feront, la nuit, trois ou quatre lieues dans des chemins impraticables pour l'aller voir. Quand ils aiment, ils ne craignent ni la fatigue ni les châtiments. Quelquefois ils se donnent des rendez-vous au milieu de la nuit ; ils dansent à l'abri de quelque rocher, au son lugubre...
Seite 27 - Le 1 1 , on fit la cérémonie du baptême. On rangea les principaux passagers le long d'un cordon , les pouces attachés avec un ruban. On leur versa quelques gouttes d'eau sur la tête. On donna ensuite quelque argent aux pilotes. Le vent fut contraire, le ciel et la mer belle.
Seite 134 - ... les mains sur une échelle. Le commandeur, armé d'un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu cinquante, cent, et jusqu'à deux cents coups. Chaque coup enlève une portion de la peau. Ensuite on détache le misérable tout sanglant ; on lui met au cou un collier de fer à trois pointes, et on le ramène au travail. Il y en a qui sont plus d'un mois avant d'être en état de s'asseoir. Les femmes sont punies de la même manière.
Seite 134 - Voici comme on les traite. Au point du jour trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à l'ouvrage. Chacun se rend avec sa pioche dans les plantations où ils travaillent presque nus à l'ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs broyé, cuit à l'eau, ou des pains de manioc; pour habit un morceau de toile. A la moindre négligence on les attache par les pieds et par les mains sur une échelle. Le commandeur, armé d'un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu cinquante,...
Seite 137 - ... les atteindre, on les tire à coups de fusil, on leur coupe la tête, on la porte en triomphe à la ville au bout d'un bâton. Voilà ce que je vois presque toutes les semaines. Quand on attrape les Noirs fugitifs, on leur coupe une oreille, et on les fouette. A la seconde désertion ils sont fouettés, on leur coupe un jarret, on les met à la chaîne. A la troisième fois ils sont pendus; mais alors on ne les dénonce pas : les maîtres craignent de perdre leur argent. J'en ai vu pendre et...
Seite 199 - Le malin on avait fait partir d'avance tous les noirs ; après midi je me mis en route, et je pris seul les devants. J'arrivai au Poste-Jacotet : c'est un endroit où la mer entre dans les terres en formant une baie de forme ronde. On voit au milieu un petit îlot triangulaire : cette anse est entourée d'une colline qui la clôt comme un bassin. Elle n'est ouverte qu'à l'entrée, où...
Seite 136 - ... et, au moindre signal, ils se jettent avec fureur sur les esclaves. Enfin , lorsque les noirs ne peuvent, plus supporter leur sort, ils se livrent au désespoir : les uns se pendent ou s'empoisonnent; d'autres se mettent dans une pirogue, et, sans voiles, sans vivres, sans boussole, se hasardent à faire un trajet de deux cents lieues de mer pour retourner à Madagascar. On en a vu aborder; on les a repris et rendus à leurs maîtres. Pour l'ordinaire ils se réfugient dans les bois , où on...

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